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De la vie, des objets, des arbres et des gens,
Les détails s’oubliaient en formes imprécises,
Les lignes restant floues, les courbes indécises,
Aux façades sourdait l’écho des mouvements.

Comme au guerrier jaillit l’ivresse au sang qu’il verse,
La souplesse allait noire et sur le blanc du dur ;
Radieux crucifiant mille ombres sur les murs,
Le soleil frappait tout de ses milliers de herses !

Obscurité, clarté, l’une à l’autre soumises,
Il faisait chaud, peut-être, aux soldats trépassants,
Car semelles collées, le bruit des survivants
Allait le même pas qu’un silence d’églises.

Pourtant, l’hiver était cette année bien sévère,
Et s’il avait donné plus qu’il n’en faut de neige,
Le carmin de leurs vies coulant aux fumées beiges,
Les humains aveuglés le payaient vite et chair !

La jeunesse perlait aux profondes blessures,
Et brûlant des flocons tombés gratuitement,
Cette cire rougeâtre aux enfants titubants,
Laissait chaque âme au ciel remonter sombre et pure...

Car un cierge s’éteint dans une odeur d’encens,
Les secondes de vie comme une armée qui rampe,
Dans la tête ouragan, tempête dans les tempes,
Ruisselaient des parfums de regrets aux mourants ;

À l’angoissant espoir d’aller rencontrer Dieu,
Le jour seul, clair encore et consumé de bleu,
Au milieu du béton, du fer, des coups de feu,
Rentrait dedans leurs plaies comme dedans leurs yeux !

Ils gémissaient « Maman... », ils murmuraient « De l’eau... »
Et répandant leur sang rendaient leur dernier souffle,
Le corps percé de coups, de froid, les doigts sans moufle,
Dans des cris de douleur et quelque chant d’oiseaux.

Revoyant un fauteuil, un chien, quelques couleurs,
L’enfance entre-tuée aux mêmes idéaux,
Le sombre des cercueils au calme des tombeaux
Se refusait rageur à ces morts pour l’honneur.

De la vie, des objets, des arbres et des gens,
Les détails s’oubliaient en formes imprécises,
Les lignes restant floues, les courbes indécises,
Aux façades sourdait l’écho des mouvements.

PRIX

Image de Printemps 2015
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Julia Strauss · il y a
C'est splendide, je suis scotchée, par la puissance qui se dégage de vos vers à la versification parfaite. Bien que le prix soit terminé, j'aime votre poème.
Si vous disposez de quelques instants, je vous invite à lire: http://short-edition.com/oeuvre/poetik/mon-semblable

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Jonathan Lévêque · il y a
Magnifique, après Honore ton pays je suis une fois de plus séduit par vos alexandrins. Je continuerai à vous lire. Je vous invite à venir lire Un puissant dictame sur ma page.
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/un-puissant-dictame

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Loreena Ruin · il y a
Hé mais votre texte n'a pas été sélectionné pour la Finale ? Non mais ! C'est trop inzuste moi je dis. Je voulais voter pour lui... snif.
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Sébastien Broucke · il y a
Chère Loreena, vous l'experte, vous la talentueuse, vous le Critique si aiguisé, si pertinent, si honnête, vous êtes déçue que ce texte si triste ne soit pas en finale... C'est peu-être justement parce qu'il n'y avait pas d'issue à ce poème qu'il n'a pas réussi à séduire le jury. Mais il en est un autre qui y est arrivé, un autre où la mort mène à la vie, peut-être a-t-il un peu su vous plaire aussi... A bientôt peut-être.
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Loreena Ruin · il y a
Ne vous moquez pas ! Quelle réputation vous me faites... j'ai peur de dire des bêtises maintenant ! Pour la peine, j'ai été faire un petit commentaire sur Ne pleure pas, c'est un garçon. Et je n'ai fait des critiques terribles car je suis tyrannique et très mauvaise. Oui oui, vous vous trompez sur mon compte !
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Béhem · il y a
comment rester sensible à un thème pareil ? C'est long, de beaux quatrains aux rimes embrassées. félicitation. +1v
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Sébastien Broucke · il y a
Merci Béhem, la guerre est effroyable... si effroyable... alors qu'en effet chacun pourrait s'embrasser... A bientôt.
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Fred Panassac · il y a
Une voix de plus pour saluer votre talent.
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Sébastien Broucke · il y a
Encore vous, chère Fred ! Mais vous êtes partout... Un immense merci pour votre soutien constant et toujours si chaleureux. A bientôt.
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Utilisateur désactivé · il y a
Après le lapin aux herbes d'Amphicyon me voici de nouveau plantée devant la pire des boucheries...
On ne peut qu'admirer votre talent, un talent d'autant plus salutaire qu'il sait parfaitement décrire l'innommable. Chapeau Monsieur !

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Sébastien Broucke · il y a
Élodie, je préférerais Sébastien !...Un très grand merci pour la gentillesse que vous mettez à offrir votre temps aux écrivains et dessinateurs de Short. Les commentaires que vous laissez à chacun sont toujours emplis de bon sens et font toujours très plaisir. A très bientôt.
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Jeanne Mazabraud · il y a
Ça vient des tripes et prend à la gorge. J'ai voté.
Bientôt un de mes textes en ligne... Jeanne

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Sébastien Broucke · il y a
Merci beaucoup Jeanne. Je lirai votre texte ! A bientôt.
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Zot · il y a
Joli ! Vous peignez admirablement bien les mots -et les maux.
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Sébastien Broucke · il y a
Merci beaucoup Zot ! Je me serais bien passé des maux, mais il y en a tellement plus que dans le dictionnaire...
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Zot · il y a
Oui, et hélas, même plus que de raison…
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Mikaliah · il y a
Après Hugo, voilà Aubigné... Quel talent, quelle puissance, quelle émotion... Merci Sébastien
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Sébastien Broucke · il y a
D'Aubigné...? Lui aussi faisait du Broucke ! Mais pourquoi les gens ont-ils tant de mal à se contenter d'être eux-mêmes...Merci pour votre humour Mikaliah. Vous êtes adorable.
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Isabelle Lambin · il y a
Face à l’innommable, je t'offre mon vote et mon silence.
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Sébastien Broucke · il y a
Merci.............................................................Izzie
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Isabelle Lambin · il y a
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
« Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi.
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

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Utilisateur désactivé · il y a
C'est de qui, Izzie ?
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Isabelle Lambin · il y a
C'est un extrait d'Athalie de Jean Racine
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