Conte libertin, dans l'esprit du XVIIIe siècle.

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Une jeune pucelle au cœur un peu léger
Vaguait en chantonnant au plein cœur d'un verger.
Sa robe relevée laisse entrevoir à peine
Une cheville fine, une jambe de reine.
Un corsage échancré sur deux rotondités
Ouvre la porte aux songes les plus insensés...

Et tout en écrivant, ma main se fait légère
Et voudrait bien, c'est vrai (ce que c'est que la chair!),
Taquiner, caresser ces globes jumelés.
Puis je me vois en elle sur l'herbe allongé.

Mais pour l'heure, elle va soupeser, apprécier,
Récolter et goûter les fruits de son verger.
Ah, que je voudrais être en place de la pomme
Qu'elle tient à la main ! Lors, mes attributs d'homme
S'émeuvent tout soudain. Je veux croquer la pomme !
Je fais en mon histoire une entrée impromptue.
Oui je veux un morceau de ce fruit défendu,
Car ce que l'on écrit peut-être on le veut vivre ?
C'est un appât je crois pour tenter d'y survivre.
Et quand je dis : « morceau », je veux le dire : « entier !

La belle peu farouche délace son corsage.
Lors, j'ai toutes raisons de ne plus être sage
Puisque s'offre à mes yeux un spectacle de choix.
Je suis bien plus heureux qu'en son royaume un roi !
Je vais m'en approcher quand la belle s'esquive.
Alors, en souriant, ondulante, lascive :
- Si tu veux y tâter,
Il faut le mériter.
- Que faut-il faire alors?
Combien te faut-il d'or?
- On ne m'achète pas mais tu peux me gagner.
Mon corps est un trésor qu'on ne sait dédaigner,
Car si tu veux me voir, en combats amoureux,
Devenir ton amante en jeux voluptueux,
Il faut me convoiter, avec art et grand soin.
Et je voudrais savoir, avant qu'aller plus loin,
Quel goût peut bien avoir ta... bouche si gourmande?
Et si le goût m'en plaît je te ferais l'offrande
Du peu de mon savoir en joutes amoureuses."

Un objet si tentant!... l'idée en est heureuse!
Aussi je m'alanguis, couvrant des yeux ma muse,
Ma lèvre entr'ouverte pour qu'elle s'en amuse.
Elle me mignota, baisouilla, caressa,
Doucement, violemment, savamment... mordilla,
Rencontra, visita ma lèvre consentante.
Son art est absolu, et le reste me tente!
Son savoir est certain, sa connaissance est telle...!
Pour être jouvencelle elle n'est plus pucelle!
Je veux m'en assurer et ma main remontant
Au plus haut de sa jambe, elle s'arrêrte net.
- Lâchez-moi donc, monsieur, car je suis fille honnête.
Il suffit d'un baiser, vous croyez tout permis!
Je ne suis pas catin qui saute à votre lit!
Vous avez cru, monsieur, que je prenais plaisir?
Allez donc, croyez-moi, j'avais faim, voilà tout.
Il faut vous éveiller. La faim n'est pas désir...
Cependant (oh mon Dieu!), je vous trouve à mon goût.
- Ecoutez-moi, Madame, à mettre tant d'ardeur
A l'appétit naissant sera pour moi flatteur.
- Souffrez alors, Monsieur, que je me mette à table
Et que de me servir... en serez-vous capable?
- Ah, j'ai pour vous ma belle une faim de gourmet!
Donnez-moi votre main, le couvert est dressé."
Joignant geste et parole, elle allonge le bras.
En un tremblant soupir que je crois un trépas,
Qui est d'étonnement, puis de ravissement.
- Vos vigoureux appâts m'ont mis l'eau à la bouche.
Commençons le dîner." La belle peu farouche
Assure dans sa main l'objet de nos désirs,
Le caresse et le choye. Alors, dans un soupir:
- Je vais goûter à ce morceau et puis, pour le dessert,
Je sens deux beaux pruneaux qui feront bien l'affaire!
- Prenez de tout ma belle, et prenez largement!
Je veux pour ce festin votre contentement."

Je ne vous dirai pas
La suite du repas...
Sous le frais d'un pommier, dans ce verger fleuri,
Le couvert fut servi, desservi, resservi...
Si elle eut son content de ma... virilité,
Maintes fois je goûtais à sa... féminité,
M'y replongeant sans cesse et m'y plongeant encore,
Explorant goulûment les secrets de son corps.
Je veux la réserver pour ma collection;
Elle me vaudra quoi? deux, trois mois de prison?...
Elle se dit pucelle, et moi la crois catin.
Ne suis-je pas un peu scandaleux libertin?
Alors en s'étirant, sortant de pâmoison:
- Que dites-vous, Monsieur? ces trois mois de prison?...
- Souviens-toi donc, ma fille, avoir tenu en mains
Un "sévice" en trois pièces qui te fit grand bien.
Un mois pour chaque pièce et le contrat est bon.
La Sainte Trinité n'a pas d'autre oraison.
Oh tiens, donne ta main,
Refaisons-nous du bien."

Et lors, notre souper dura jusqu'au matin.
Madame savait bien prendre les choses en main!

La Belle en s'éveillant s'ébroua puis manda:
- Qui êtes-vous, Monsieur, vous qui portez si beau?
Un galant gentilhomme, un vilain hobereau?
- Je suis pour vous, Madame, un homme plus qu'heureux.
Je voudrais vous garder jusqu'au devenir vieux.
- Mais avez-vous un nom? ou un titre? que sais-je...?
- J'ai un titre? Madame. Un titre?... Un privilège!
Je fus nommé marquis, après quelques... toquades.
Mon nom est Donatien, François, marquis de Sade.
Je suis un libertin,
Non pas un assassin...
- Pourrais-je vous revoir? Je voudrais être à vous!
- Vous le serez, Madame, et au-delà de tout!"
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