1
min

Aubade à deux tribades

Image de Tibal

Tibal

13 lectures

0

Madame la Comtesse, céans je viens à vous,
Ne blâme ni ne conteste, belle âme ne se dévoue,
Qu’aux damnés et aux malicieux.
Devant la porte arrière, l’air d’un jars, je pérore,
Car dans votre jardin va paraître l’aurore...
Or Eos escorte Monsieur.

Quand bien même je ne vois ni mal ni bonhomme,
Mais qu’amabilités dans votre binôme,
D’une volupté que je loue,
L’on sait votre mari, capitaine important,
L’âme puritaine, emporté, impotent,
Conséquence de quoi jaloux.

S'il apparaissait là, ce dévot plus qu’austère,
Il n’apprécierait pas de percer le mystère
De vos nuits insomniaques.
En somme il n’y a que la polissonne amie
Et moi qui connaissons, soit dit sans infamie,
Vos manies démoniaques.

Sur cette jeune compagne, géniale comédienne,
Vêtue de moins qu’un pagne et divine comme Diane,
Mettre la main est un haut fait.
Je ne suis pas si fat, dites-moi si j’élucubre :
Sappho sur le sofa, c’est elle votre succube...
Ou est-ce que vous philosophez ?

Car piquées par la vie et ses pires délices,
Par celle d’Epicure et de Pyrrhon d’Elis,
L’une est athée, l’autre déiste.
Lectures de la Sagesse, des Essais, de l’Ethique,
Sceptiques majestés, vous ont faites hérétiques.
En public, restez fidéistes.

Nul besoin de tricher, je vous ai vues à l’œuvre,
Bien entichées, lovées, ainsi que deux couleuvres,
Délivrant baisers colombins.
Communions de salive, lascives, m’ont laissé ivre,
A présent sur vos lèvres, je lis comme dans un livre :
Vous avez envie d’un bon bain.

Vous laver le visage, c’est vrai, ferait grand bien,
Le reste aussi, n’est-ce pas ? C’est là l’usage lesbien.
Pourtant il faut y renoncer,
Et remballer dentelles, chemises et lévites,
Rendosser les corsets, telles des soumises et vite !
Maréchaussée a semoncé.

Mes chères affranchies, ne cherchez pas querelle,
Cachez ces chairs impies, cessez la fricarelle,
L’heure n’est plus à gamahucher.
Songez à sa stupeur s’il entrait, franc cornard,
Dans l’antre du stupre, tableau de Fragonard,
Tombant sur un godemichet !

Didon, dis-moi ma belle, « demoiselle » que l’on nomme,
Renie donc ton serment qui n’accepte aucun homme,
Maudit dogme des anandrynes !
Quant à toi, p’tite Comtesse, j`ai guetté, averti,
Pour couvrir double vie et vertu d’invertie,
Marguerite et Alexandrine.

Alors gardant pour moi ces ennuyeux secrets,
En auriez-vous une nuit à me consacrer ?
Dégourdi, un bon vit... Gourdan, Raucourt !
Avec un gourdin, le cocu accourt !!

Thèmes

Image de Poèmes
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,