3
min

Asphalion ou l'héritage d'Aeson

Image de Silvio Pelleschi

Silvio Pelleschi

16 lectures

1

Il était une antique forêt,
Noble royaume d’une divinité,
Si immense que nul ne pouvait si aventurer.
En son centre, un géant sylvestre : l’Arbre sacré.

À son pied, naissait une source cachée,
Le ruisseau, puis la rivière arrosaient
De leurs vives eaux la Vallée d’Ioménée.
Là, vivait Amatheia, Gardienne et Fée.

Aux frontières, on vit un nuage de poussière
On entendit au loin les clameurs d’une guerre.
Les champions des deux camps ennemis,
Du tumulte de la bataille, s’étaient évanouis.

C’étaient le Prince Aeson fils de Licomédès
Et Androclès, Général du Tyran Menares.

Tous deux blessés, s’étaient retrouvés à l’orée
Du bois interdit ; Ils ne comprenaient
Ce qu’ils y faisaient et comment en sortir.
Un dieu s’était joué d’eux ; Pour quel désir ?

Les adversaires se pourchassèrent
À travers la végétation, ils couraient
Mais leurs forces, vite, les abandonnèrent.
Androclès, furieux, maudissait la vile déité
Tandis qu’Aeson, gémit puis adressa une prière :
« Puissiez-vous remporter la bataille, mes frères ! »

Aeson se souciait ainsi du déroulement
Des combats et du moral de ses guerriers,
Le fracas des armes s’étant tu depuis longtemps ;
Il pensait à son pays que jamais il ne reverrait.

Il sentait qu’un voile s’abattait sur ses yeux.
Ses dernières larmes pour son père Licomédès
Et pour sa sœur étaient un amer Népenthès*1.
Il expirait, avachi sur un tronc d’arbre creux.

Loin de ses compagnons d’armes, ses Valeureux !
Il ne sentirait pas le parfum des Asphodèles,
Si jeune pour le repos du guerrier, il en fit pourtant le vœu.
Sa plainte s’envola dans les airs à grandes ailes,

Pour atteindre deux cœurs les plus précieux :
Celui de sa sœur Maeoni et de la fée Amatheia.
Toutes deux ressentirent, en dedans, le même froid :
L’annonce d’un deuil prochain,
Quelqu’un de cher rejoindrait ses aïeux ;
Elles n’avaient encore connu un tel chagrin.

L’une quitta, de son royaume, l’intendance,
L’autre abandonna, des eaux, l’émergence,
Pour secourir, la première, son frère aimé
La seconde, un parfait étranger.

Maeoni chevauchant, fut poursuivie
Puis capturée par des cavaliers ennemis.

Elle reçut un coup terrible
En apprenant la mort, au combat, du Roi.
La bataille, son père, son frère et elle étaient perdus !
D’un mariage contraint elle serait la cible,
Qui entendrait sa voix pleine d’effroi ?
Aux dieux elle adressa « Je crois*2» et la vie en elle disparut.

*1 « Népenthès » en grec, qui dissipe le chagrin.
*2 « Credo ».

OOOOOOOOOOO

Assise dans l’arbre parmi les branches,
Une nymphe aux généreuses hanches
Regardait, effarouchée, le héros étendu.
Elle le trouvait beau et de son sort était ému.

Lui prodiguant des soins, elle pria la mort
De retenir ses ombreux coursiers.
Aeson, encore pâle, bientôt serait fort.
Sauvé ! Oui, mais faible, souvent il dormait.

Arriva enfin Amatheia, la déesse blanche,
Qui sur le bel étranger se penche.
Aeson remercia les Dames bienfaisantes
Et les pria de le reconduire auprès des siens.

« Les tiens sont désormais des âmes errantes,
Tu faillis les devancer. Tu es vivant, viens ! » - Amatheia.

« Des Mânes !? Mon père ? Ma Sœur ? Mes Guerriers ? » - Aeson.
« Tous, dans l’Au-delà, s’en sont allés. » - Amatheia.

« Que fais-je donc en cette forêt ensorcelée ?
Pourquoi m’avoir enlevé à mon devoir ? » - Aeson.

« Je compatis à ta peine, et te promets de t’aider,
Asphalion, Seigneur de ces lieux doit le savoir. » - Amatheia.

Alors la Déesse, pour tous, appela des montures,
Et trois cerfs blancs au poitrail altier apparurent.

« Alors que nous musardions dans les bois et champs,
Une brise bienvenue nous apporta votre doux chant. » - Dit l’un des Cerfs.

En chemin, ils entendirent un combat féroce,
C’était Androclès qui dominait un sanglier véloce.

« Cessez le combat » ordonna puissamment Amatheia.
La Bête et la Brute, stupéfaits, cessèrent et, séparés,
Androclès, suant et ensanglanté, clama :
« Qui êtes-vous donc nom de Dieu ? »

« Nom de déesse ! », dit la Nymphe faussement autoritaire.
Le Sanglier se prosternait, et l’Impertinent s’affaissa à terre.
Tous deux étaient épuisés, Aeson mit en garde la déesse.
« Je suis Amatheia, la Déesse Blanche, fille, épouse et mère ;
D’Ioménée la seule chasseresse
Et j’interdis qu’un autre que moi y sorte le fer ! »

Ainsi Androclès et Aeson ne pouvaient se battre à mort
Et devaient tous auprès d’Asphalion entendre leurs sorts.

La Déesse enchanta le sanglier qui devint plus grand
De façon à s’offrir à Androclès pour monture.
L’équipe continua sa route dans les bois luxuriants,
Et s’arrêta pour passer la nuit près d’un étang sûr.

La nuit tombée, la Nymphe prit un bain de minuit.
L’impur Androclès, pour l’épier, la suivit
Et il ne fut pas mécontent de voir cette beauté nue.
Soudain, des serpents attaquèrent l’ingénue,

Le barbare accourut et plongea à son secours,
Etranglant les odieux reptiles avec rage.
Agitée, elle se débattait contre le rustre qui l’emmenait sur le rivage.
Souffrant d’une morsure, une pâleur funeste saisit son visage.
Androclès l’empoignait pour aspirer le venin, elle prenait ombrage.
Elle se fit une raison car il n’y avait d’autre aide autour.

Amatheia, elle, veillait sur le jeune héros endormi.
Elle réfléchissait sur le précédent émoi ressenti
Et qui la poussa à partir à la recherche de l’étranger ;
Qu’il soit étranger à ses yeux et non à son cœur la troublait.

Elle le regardait de plus près, sans le réveiller
Et s’étonnait d’ailleurs de ce vain intérêt :
Lui d’une pesante mortalité, et elle, divine et légère...
En dedans d’elle-même quelque chose ne voulait se taire...

Androclès avec la Nymphe dans ses bras
Rejoignit ses compagnons, éprouvés par l’accident.
La Déesse devina...
Elle prit la relève auprès de sa créature gémissante.

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Le jour se leva à nouveau
Et ils atteignirent le ruisseau.
Là, ils laissèrent leurs montures
Plus loin, rochers moussus et branchages formaient un long mur ;

Ils entrèrent solennellement dans l’espace sacré
Et le Souverain apparut, majestueux,
Homme aux ailes d’argent, tout d’or paré,
Sa silhouette baignait dans un halo lumineux.

« Vous voici enfin. Bienvenue mes Enfants »
La Déesse et la Nymphe s’approchent,
Aeson et Androclès se prosternent sincèrement.
« Je suis Asphalion, Seigneur-Dieu, dont la fin est proche »

« Oui, le Cycle des Règnes s’achève,
J’abdique donc pour le Recommencement.
Tous les Quatre, je vous ai vus en rêve ;
À vous, revient le gouvernement.

Amatheia devient Grande Déesse, de tous aimée.
Aeson je te fais Gardien de la Vallée d’Ioménée.
Androclès au Sanglier, tu épouseras la nymphe Dionée,
Et tous deux régnerez sur les Hommes en paix.

Quant à moi je ne ferai plus qu’Un avec l’Arbre Sacré,
Axe des deux mondes, de nos pères le souvenir et mausolée. »

Ainsi parla Asphalion, et s’en vint la nouvelle saison.
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Il y a à la fois du Hugo et du Tolkien là dedans. Quel souffle épique !!! C'est impressionnant !
·