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Alchimie

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Jargenty

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Toi, aliéné dans ta sève, pauvre morceau de choux
Tu parviendras au bord du monde, nu comme un vers de bois
Nu comme un vers, blanc comme un cierge, froid comme une ablette
Tu parviendras au bord du monde et dans un cri tu sauteras.

Alors tu verras qu’il n’y avait point de monde sous les pieds
Tu verras, tu sentiras que la Terre est partout comme un vent
Un vent de mille pieds harassés de misère, couverts de poussière
Toi, aliéné de l’horizontale, croisant au large des missels, tu mourras.

J’entreprenais tes funérailles quand des doigts de feux se sont posés sur ma bouche
Héros, entendis-je, que fais-tu de ton ombre, elle aussi tu la mets en terre ?
La terre dans mes mains vira au bleu, elle émit un doux parfum de femme
Et puis du sang s’en vint ruisseler là, entre mes doigts merveilleux.

La voix, entendue vraiment, revint sous la forme d’un verre en cristal de Bohème
Ô verre, lui dis-je, épiant en tous sens les malvenus qui pourraient me juger fou
Ô verre, ma descente finira-t-elle un jour dans le Soleil ?
Ô Toi, siffla le verre, jamais tu ne descendis mais toujours tu montes, sans cesse.

Mes joues s’empourprèrent de honte, comprends-tu ça mon frère ?
Mes joues de pourpre se vêtirent et la nuit me couvrit de frayeur
Tu comprends que je devais couper le noyau en deux avec ma hache
Couper le noyau et jeter loin de l’autre chaque moitié, pour l’amour ?

Entre mes mains je pris mon visage de rayon et je pleurais du feu
Vous me tuez, Soyez maudits mes frères, que le verre vous saigne
Ils furent alors ceints de verre et cela fût un bien grand mystère
De partout des êtres fervents vinrent les arroser de larmes et de prières.

Toujours seul parmi les lamantins je demeurais dernier à ne pas croire
Pourquoi m’as-tu abandonné mon Dieu, j’ai versé le sang dans le feu
Par-delà le monde des oiseaux blancs crevèrent des yeux de grenouilles
Je reçus ce signe et je marchais jusqu’à l’embouchure de la mort.

Toi, l’Agenouillé, tu sors du marais avec les mains attachées
Ton dos est tout couvert de vase, serais-tu né de la tanche ?
Mon frère revenait, il avait traversé l’univers pour se répandre à mes pieds
Je levais mon verre et le cassais au-dessus de sa tête, cela est mon sang !

Des louves accoururent, il y a toujours des louves avec des mamelles
Elles nourrissent les revenants ou les petits enfants perdus
Elles ont des crocs et des flancs durs battus par la faim
L’une d’elle devint la maîtresse du fou et le fou se mit à croire.

Je me lèverais parmi ceux qui sont couchés, ravi de la verticale
Je croiserais le regard de la louve, je deviendrais la louve
Je croiserais le regard de son petit, je deviendrais le petit de la louve
Je croiserais l’œil du Soleil et je deviendrais le Soleil

Amen
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