Adieu, madame Leaderway !

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Bonjour à tous et à toutes. Je suis très heureux d'être ici parmi vous  [+]

( Composé de 302 vers, il fait partie des dernières pages de mon roman intitulé "Sarah Leaderway" )

Dans une salle contiguë aux lieux d'aisance,
Peu à peu Sarah, à plat, reprit connaissance.
Sans chercher à employer un langage choisi,
La pièce sentait le renfermé, le moisi.
Clignant les yeux, Sarah regarda deux figures,
Dont elle distingua les fausses chevelures.
C'étaient deux infirmières, souriantes, debout,
Qui déjà attendaient là, la patience à bout.
Toutes deux portaient un badge et la blouse blanche;
Des bracelets flattaient les parties de la manche.
Sarah se dressa avec peine sur son séant.
"Que Dieu ne réduise point mon espoir à néant !"
Se dit-elle en espérant bien briser ses chaînes,
Sachant qu'elle n'était pas au bout de ses peines.
Une pelisse noire traînait sur le lit;
C'était un manteau dont on avait fait le pli.
Les deux infirmières attendaient qu'elle mette
Plus rapidement la pelisse si molette.
Sarah sortit du lit dur comme du béton,
En ayant mal au dos, l'air maussade et mécontent.
Elle ressentit une douleur dans le ventre;
Une douleur dont elle ignorait bien le centre.
Elle enfila difficilement le manteau.
"Adieu robe courte, décolleté bateau"
Se dit-elle en sortant aussitôt de la salle,
Accompagnée des deux infirmières, l'air pâle.
Toutes trois s'engagèrent dans un si étroit
Couloir; là où Sarah était non sans émoi,
Car elle voyait que ce passage était bien vide.
Elle était donc à la fois anxieuse et avide
De savoir où était ce tumulte habituel.
"Il paraît clair que le chagrin n'est pas mutuel".
"Où sont-ils ?" se demanda-t-elle, curieuse.
"Peu m'importe" se dit-elle, enfin insoucieuse !
Un certain air de malice dans le regard,
Comme si on cherchait à la mettre au placard;
Il s'agissait des deux infirmières, silencieuses,
Qui donnaient l'impression d'être malicieuses.
Sarah n'avait qu'à les regarder tour à tour;
Elle était loin de faire patte de velours.
Après quelques minutes, elles s'arrêtèrent
Devant une salle où une caisse par terre
Poussa Sarah à pleurer tout en sanglotant.
Elle entra dans la salle sombre en haletant.
"Adieu, ma mère !" s'écria-t-elle, agenouillée
Devant le cercueil en sapin, la voix mouillée.
Sarah était en larmes devant le cercueil.
Dire qu'elle était toute plongée dans le deuil !
Madame Leaderway, inerte dans la bière,
Attendait qu'on la porte vers le cimetière.
Ô sinistrose, ô amertume, ô triste sort !
C'était le dernier sommeil, c'était bien la mort.
La morte était d'une pâleur cadavérique.
Engourdie, elle fit un sourire angélique.
Des ridules au coin des yeux et sur le front
S'étaient éclipsées; c'était un aspect courant.
Sarah caressa la joue de sa mère. "Chouette !"
Dit-elle, émue. Elle était toute stupéfaite
De l'éclat du visage, tel l'astre du jour.
Certes, Dieu donnait d'abord des signes d'amour.
Sarah, qui s'était bien évanouie de tristesse,
Imaginait sa maman en robe d'hôtesse
élégante. On dirait une robe à paniers
Embellissant la défunte avec des souliers
À talons hauts, d'un vernis dont les brillances
Faisaient allusion à ces jours où les jouissances
Familiales nous poussent à rire aux éclats,
Étant donné ce qu'on présente sur les plats.
Sarah versait des larmes sur sa chère mère.
Sa main tenait la sienne. Elle lui était chère.
Alors qu'elle tenait sa main à pleine main,
Le célébrant arriva, la Bible à la main.
À bout de souffle, il s'assit pour reprendre haleine.
Ainsi, par terre, la foi était bien sereine.
Retroussant ses manches, se mettant au travail,
Il feuilleta la bible, les yeux pleins d'orgueil.
Puis, fermant ceux-ci, les jambes déjà croisées,
Il essaya de rassembler ses idées dosées.
Une fois prêt, il se mit à parler tout bas
En rouvrant les yeux, se foutant d'eux, de là-bas.
Près de Sarah, les yeux tournés vers la défunte,
La main sur la Bible, il se mit à prier la Sainte
Vierge d'intercéder pour eux tous en ce jour
Triste où la défunte était au ciel sans retour.
Il priait pour elle en dodelinant de la tête,
Comme on fait au bébé dans sa bercelonnette.
Ainsi il s'était vu embraser de ferveur
Avec laquelle il servait Dieu de tout son coeur.
Voilà Jack Leaderway qui arriva bien juste,
Avec sa taille de nain, l'air d'un homme fruste.
Jack était venu vite en se précipitant
Vers l'entrée de l'hôpital tout en haletant,
Accompagné du maître de cérémonie.
Le célébrant, dont la tâche semblait finie,
Se leva, salua tout le monde en s'inclinant,
Y compris la défunte qui semblait canon.
Puis il sortit de la salle comme une trombe;
Eux que voilà, tout silencieux comme une tombe.
Il s'agissait de Jack et sa fille Sarah
Qui souhaitait bien qu'il la serre dans ses bras.
L'attitude de Jack mit sa fille en défiance;
Tous deux se regardèrent en chiens de faïence.
Ils se firent face, silencieux, sans parler.
La présence de son père la fit râler.
Le maître de cérémonie, ayant l'air d'un foudre
De guerre frais, n'avait pas inventé la poudre.
Il se contenta de s'asseoir auprès de Sarah,
Sous le regard de Jack Leaderway, l'homme ingrat.
Sarah était désormais assise, esquintée.
À vrai dire, elle était bien loin d'être effrontée;
Le maître de cérémonie la caressa
De la main puis, sans réticence, il la poussa
Du coude pour l'avertir de l'étape à suivre.
Sarah, les paupières mi-closes comme ivre,
Se mit à détacher faiblement le ruban
Qui retenait ses cheveux ayant l'air tout flambant.
Ensuite, elle mit cette bande sur le buste
De sa mère qui dormait du sommeil du juste
Et pourtant éternel. Dieu ait son âme ! Ô ciel !
Sarah avait un amour non superficiel
Pour sa mère qui laissait bel et bien un reste.
Le maître de cérémonie, d'un simple geste
Du bras, fit signe à trois hommes, l'air d'un robot,
D'entrer là de manière à en finir bientôt.
Les trois hommes étaient plus grands et plus robustes
Que Jack, le nain, qui avait les cheveux hirsutes.
On les reconnut à l'abord par leurs habits
Et leurs lunettes noires; c'étaient les brebis
De Dieu; ils étaient tous des vrais chrétiens fidèles;
Ils étaient bien dociles sans être rebelles
Aux ordres; c'étaient bel et bien des croque-morts;
Ceux qui se chargeaient aussi du transport des morts.
Ils avaient un rôle important dans les obsèques.
Sous leur mine calme, on dirait des âmes héroïques.
Christine n'était plus dans cet hôpital,
Tant ce lieu bien funèbre lui faisait du mal.
Sarah baisa la main de sa défunte mère
Tout en pleurant et dit tout bas :"Adieu, ma mère!"
Enfin les croque-morts fermèrent le cercueil
Sous les yeux de Sarah en vêtements de deuil.
Puis tous trois portaient la bière sur leurs épaules
En portemanteau, les mèches étant bien folles,
S'agitant sous l'effet d'un simple mouvement
De la tête qu'on fit bouger légèrement.
Ils quittèrent tout doucement la salle sombre.
Derrière eux, eux autres les suivaient comme une ombre,
Y compris le docteur John en noeud papillon noir,
Qui avait l'air triste, autant qu'on puisse savoir.
Les blouses blanches que voilà, baissant la tête
En signe de deuil pour la morte à cette fête
De Noël, où Christine avait déjà eu son Noël
La veille, offert par sa mère, la nuit de Noël;
Oui, la Noël est une fête où règne la joie;
Une fête où l'on épanche vraiment sa joie.
La mère s'était déguisée en père Noël,
Faisant un cadeau puis le réveillon de Noël.
Pourtant, pour Sarah, cette joie avait fait place
À la tristesse qui troublait Sarah de face.
Les voilà dehors, deux voitures attendaient;
Celle de Jack et le corbillard à bouder.
Le docteur John s'arrêta, debout, à l'entrée
De l'hôpital, la mine triste et éplorée.
Il était en train de regarder le cercueil
Que portaient les croque-morts en ce jour de deuil.
Se pliant aux exigences de sa carrière,
Il ne pouvait les escorter au cimetière.
Christine, déjà dans le Toyota Tundra,
Attendait, impatiente, sa mère Sarah
Ainsi que son grand-père Jack, l'homme hypocrite,
Qui faisait preuve d'hypocrisie insolite.
Une fois le cercueil mis dans le corbillard,
Ce dernier partit, suivi par Jack, mis à part,
Se faisant ainsi un vrai cortège funèbre
Vers le cimetière d'Ashland le plus célèbre.
En chemin, on rencontra des gens çà et là,
Ainsi que certains de bonne humeur. Les voilà !
Vu l'état du ciel, le temps était à la neige.
Dieu tout-puissant décelerait quelque manège.
Les gens, qu'on rencontra, semblaient vraiment heureux,
Oubliant le cortège funèbre et malheureux.
On les voyait en train de traverser la rue;
Et sans chercher à faire une description crue,
Ils portaient des habits exprimant la gaieté;
Des habits aux couleurs prouvant l'hilarité.
Les voilà à Lithia Way qui grouillait de monde,
Avec ses restaurants où allait une bande
De jeunes hommes avec des adolescents
portant avec eux des objets divertissants.
Il y avait des hommes, leurs enfants et leurs femmes;
Dans cette ville de presque vingt-deux mille âmes.
Les voilà enfin ! Au Siskiyou boulevard;
Le Toyota Tundra suivant le corbillard.
Empreintant la rue Morton dont l'âme était fière,
On se rapprocha peu à peu du cimetière.
Une fois arrivés, on vit un panonceau
En forme d'arc ferré. On dirait un berceau
Renversé, où était écrit en caractères
Visibles : ASHLAND CEMETERY. Ô galères !
Tous descendirent des véhicules garés,
près d'un certain nombre de végétaux serrés.
C'était de l'herbe ou des plantes herbacées
Qui charmèrent tout un chacun, les mains glacées.
On entra dans le cimetière en prononçant
Tout bas quelques mots d'un ton plutôt frémissant.
Dire que ce n'était autre qu'une pratique
Digne d'une religion dite "catholique" !
Portant le cercueil, on marchait à pas feutrés
En signe de respect pour les morts enterrés
Dans ce lieu béni et célèbre. Quelles tombes!
À part le froid, cela coupa à tous les jambes.
Les voilà debout à Ashland Cemetery,
Le visage fané, blafard, pâle et flétri.
À cette tragédie, Christine resta muette;
De maigres larmes séchaient dans ses yeux noisette.
Elle était à côté de sa mère Sarah
Qui la serra chèrement contre elle d'un bras.
Jack, tout près de leur maître de cérémonie,
Les regarda bien en face avec ironie.
C'était Jack, lui seul, qui avait tout pris en charge
Il y avait de vagues soupçons mettant en rage :
On avait tôt procédé à l'enterrement !
Un trou creusé en terre prématurément !
Hélas ! les voilà ! Debout autour de la fosse.
Voilà Christine, la rousse ! Oh ! quelle gosse !
Qui avaient creusé la fosse ? Les fossoyeurs !
Leurs regards donnaient l'impression d'être charmeurs
De serpent. Rien d'étonnant à ce que l'avare
De Jack les aime au plus haut point. Il était rare
Qu'il cherche tel ou tel type qu'il n'aimait pas.
Et ce, quand il s'agissait surtout du trépas !
Hélas ! on descendit le cercueil dans la tombe !
Dire qu'on faisait cela par-dessous la jambe !
Le maître de cérémonie prêta sa voix
En lisant un texte offert par Jack, le sournois.
Bien qu'à plat, Sarah n'en était pas moins sensible
Aux obsèques dont la suite était bien pénible.
"Sois forte ! d'ailleurs, tu ne seras pas de trop"
Se dit Sarah, à plat, bien qu'elle ait le coeur gros.
C'était l'adieu froissé de sa défunte mère;
Elle la laissait, rongée d'amertume amère.
La morte regretta d'avoir marié ce Jack
Qui, au fond, voulait ardemment vider son sac.
Il en usait avec elle avec insolence.
Dire qu'elle avait beaucoup souffert en silence !
Certes, elle l'avait longuement toléré
Avant de finir par couver Guillain-Barré
Et se faire ensuite hospitalisée d'urgence
À l'hôpital où le docteur John de confiance.
S'était occupé d'elle, chose à applaudir,
Avant qu'elle n'ait rendu le dernier soupir.
Dire que la maladie était bien mortelle !
Maudit soit Guillain-Barré ! Syndrome rebelle !
Pour Sarah, Guillain-Barré était ennemi;
Il avait tué sa mère; il n'était pas ami.
Quel ensevelissement ! Quelle mise en terre !
Ainsi, Sarah et Christine eurent à se taire.
"C'est du beau travail !" se dit Sarah en jetant
Le regard sur cette tombe, le coeur battant.
En voilà la dalle de pierre funéraire
À double pente, une stèle au fond ordinaire,
Surmontée, en dessus, d'une modeste croix
Qui témoignait d'une vraie profession de foi !
Oh ! il neigeait maintenant. Quelle coïncidence !
Pour la défunte, c'était bien un jour de chance.
Dire que la neige tombait à gros flocons !
La neige qu'attendaient également des cons !
Apparemment, Dieu voulait bien parer la tombe
En signe de pureté comme une colombe.
La défunte avait tout enduré en ayant foi
En Dieu qui nous pardonne tout; Il veut qu'on soit
Dans le royaume des cieux parmi les fidèles;
On n'a qu'à se repentir sans être rebelles
À ce que veut Dieu qui est miséricordieux;
Dieu n'aime pas les arrogants, les orgueilleux.
De son vivant, la défunte était toute bonne
Et trop modeste; ce qui la rendait mignonne.
Certes, en couvant la maladie, Dieu l'aimait.
Satisfaite soit la défunte qu'on aimait !
Ainsi la tombe se fit vite recouverte
D'une couche de neige blanche et bien inerte.
On le croirait une rémission des péchés,
Comme des draps blancs, bien propres et point tachés.
Voilà la neige ! oh ! quelle neige ! neige fraîche !
Ô clémence, ô miséricorde, ô neige fraîche !
C'est dans ce lieu béni qu'on avait inhumé
Le premier pionnier d'Ashland, Helman, l'être aimé.
Il était l'honneur même de ce cimetière;
Lisa Somahugs n'avait qu'à en être fière,
Ainsi que tous les autres, les morts enterrés
Dans ce cimetière où ils étaient honorés.
Une fois la prière des cérémonies faite,
Le maître de cérémonie, baissant la tête,
Toujours tout près de Jack Laderway, l'homme ingrat
Regardant bien en face sa fille Sarah,
Dirigea l'assistance vers la sépulture,
Procédant pour ainsi dire à une clôture
Des funérailles auxquelles l'on avait tôt
Procédé, mais Dieu décelerait tout bientôt.
Le coeur déchiré, voilà Sarah et Christine
En train de jeter un peu de terre bien fine
Sur la sépulture, ainsi que Jack Leaderway
Qui dit tout bas : "Adieu, madame Leaderway !".
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ALYAE B.S · il y a
Waw, tellement c'est profond. J'ai adoré vois lire. Je suis en finale et vous avoir aussi comme lecteur, me ferait énormément plaisir (bien sûr, si vous voulez). Passez une excellente journée. 😉