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Gaea

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Tu ne liras jamais cette lettre. Cela ne serait pas juste pour toi, je t’ai déjà assez fait souffrir. Tu pourrais y voir un message qui n’existe pas.

Je ne regrette rien, ni notre histoire ni notre rupture. Ce que je regrette c’est ton absence. C’est un gouffre immense, glacial.

Comment peut-on disparaître l’un de l’autre après avoir passé tant d’années côte à côte ?

Cela te surprendra peut-être, peut-être pas. Je suis aussi froide que la glace aussi dure que le granit. Mais je suis irrémédiablement une mélancolique, la seule chose que j’aime chez Charles c’est le Spleen et je me prélasse sur le registre de chanson d’automne. Tu es l’une des partitions que j’utilise à loisir pour me fondre dans les méandres du vague à l’âme.

Un jour on m’a dit : « Tenter une relation avec toi c’est comme retenir de l’eau avec les mains ». J’ai trouvé cela beau, cruel mais beau.

J’ai rêvé de toi cette nuit, cela m’arrive souvent. Sans raison apparente. Ce songe était dérangeant, ce doit être le reflet de mon égocentrisme. Je ne veux pas le partager, ni ici, ni ailleurs.

J’aime à penser que tu m’aimes toujours et que notre séparation te pince encore le cœur. Oh je ne souhaite pas que tu souffres, non, juste que, comme moi, tu ressentes un peu de nostalgie lorsque tu entends une chanson : « Mais elle, c’est une fille d’Avril. Pauvre de moi, une fille difficile, qui ne veut pas, découvrir d’un fil tout ce qu’elle a : ni son cœur ni son corps ».

Tu as une petite fille, tu as bien plus de courage que moi. Vois-tu je ne me sens toujours pas prête. Encore une chose qui prouve que j’ai pris la bonne décision. Tu donnes tellement et moi je garde tout.
Je jalouse mes secrets, tais les plus petites banalités. Savoir c’est pouvoir et je veux pouvoir.

Quand je pense à nous, tout se perd dans le flux de notre ancien quotidien. Rien n’émerge distinctement. Mais... certaines pensées me reviennent et me ramènent à notre intimité. Pendant ces moments-là tu prenais le contrôle et c’est ce que je veux. Ce que j’aime.

Je ne pense pas t’avoir suffisamment remercié. Tu as été un amoureux exemplaire. Tu aimes l’amour, tu es capable de tout abandonner par amour. Tu as réussi à nous aimer assez pour deux pendant longtemps. Je n’ai pas été capable d’apprendre la passion à tes côtés, je n’y arriverai certainement jamais.

Je repense souvent à ton sourire il parvenait à faire pétiller ton regard. J’aimais bien ces moments.

De temps en temps j’imagine que je tombe sur toi par hasard. Je ferais semblant de ne pas te voir et te laisserai le choix de venir à moi ou non.

C’est déjà arrivé, deux fois à chaque fois nous étions accompagnés et tu m’as vu bien avant moi.

Vaniteuse comme je suis, je ne peux m’empêcher de me demander comment tu m’as trouvé. Qu’as-tu pensé ?
M’en veux-tu toujours ? Je ne suis pas rancunière, est-ce parce que je n’ai jamais tenu à quelque chose suffisamment fort ?

Mais une fois j’aimerai bien que nous soyons seuls, je te demanderai comment tu vas en espérant sincèrement que tu sois heureux. Si tu ne l’étais pas je me sentirais coupable. Tous mes vœux sont purement égoïstes. Si tu es heureux c’est que j’ai fait le bon choix.
J’aimerai qu’on s’installe pour prendre un café, qu’on partage ce qui façonne notre quotidien.
Je n’en parlerai pas, à personne. Cela ne regarderait que nous. Toujours mes secrets.

Je t’ai aimé, à ma façon, maladroite et imparfaite. J’ai aimé le sentiment que tu m’as procuré. Tu as eu une vraie jeunesse, tu as fait des conneries avec tes potes. J’ai envié ça chez toi. Tu le sais nos enfances ont été bien différentes. Je ne dis pas que la tienne fut facile, ce n’est pas le cas. Mais tu étais entouré et tu as pu en profiter. Je voulais connaître des aventures moi aussi et que tu m’apprennes à vivre. Ce n’était pas possible. Je voulais un amour de vacances, un premier amour et tu voulais trouver la femme de ta vie.

Je me relis et vois à quel point mes mots sont égocentriques. Je suis égoïste. Je n’avais pas le droit de t’avoir toi. Tu étais trop bon, trop gentil pour moi. Si j’en avais le droit je te demanderai pardon. Mais je n’en ai pas le droit.

Ma carapace vous semble une force. Mais c’est faux, si je semble si forte c’est que j’ai été formaté ainsi. Pour avoir l’air forte. En moi je ne me sens pas forte. Tu attendais trop de moi. Je n’étais pas capable de nous porter tous les deux. J’ai déjà bien de la peine à me porter moi-même.

Un nouveau terme est apparu : le syndrome de l’imposteur.
Pour moi ce n’est pas une nouvelle pathologie à la mode. Le syndrome de l’imposteur me poursuit. Au travail, en amour, quand je rempli ma déclaration d’impôt, quand je vais au restaurant, quand je prends le volant, quand j’achète une maison, quand je choisie des locataires.
J’ai toujours l’impression qu’une entité supérieure va prendre ma main et me réprimander d’une tape. « Arrête de jouer à l’adulte, tu n’es qu’une enfant. Une méchante enfant. »

Je rêve des étoiles alors que je ne suis rien. Mais qu’elles sont belles ces étoiles.

Je ne pouvais plus supporter le nous. C’était trop. Mais comment faire pour mettre fin à une relation quand tu n’as aucune raison objective de le faire ? Au départ, tu ne fais rien. Ensuite tu deviens de plus en plus désagréable, méchante et injuste. Finalement tu inventes les raisons. Tu le sais déjà (du moins je l’espère sincèrement) mais notre rupture n’est pas de ton fait. Tu n’en portes pas la responsabilité. J’aurai pourtant bien aimé. Aujourd’hui encore je me sens sale de la façon dont j’ai agi envers toi. Je t’ai fait croire que c’était par ta faute, ton comportement. Je ne voulais juste pas que tu quittes ma vie. Comment quitter quelqu’un qu’on aime encore ? Moi j’aurai aimé que tu continues à faire partie de ma vie. Ce n’était pas possible pour toi. Je t’en veux de m’avoir forcé à choisir. Je voulais tout, ton amitié et ma liberté. Toi tu voulais mon amour ou rien.

Tu dois penser que je t’ai oublié, rayé de mes pensées. Tu te trompes mais je te comprends. Comment pourrais-tu penser autrement alors que tu as vu comment je fonctionne avec ma famille ? C’est que, pour moi, les liens du sang n’en sont pas, des liens. Je ne côtoie pas les gens par devoir. Si une personne fait partie de ma vie c’est que je l’y ai invité.

Et toi je t’y ai invité. Après mûre réflexion pour toutes les raisons qui font que tu es toi. Et c’est pour cela que ta perte m'affecte toujours. Une douleur fantôme, sourde, une part de moi-même qui est restée à tes côtés. Ce que je demande aujourd’hui est trop à accepter, pour toi, pour ta nouvelle vie. J’aimerai que nous restions complices, amis, intimes. Cela ne nous serait de toute manière pas autorisée.

Tu te plaignais que je ne t’écrivais jamais rien que je n’avais jamais aucune attention à ton égard. Tu avais raison. Tous ces mots d’amour me semblent futiles. Ils ne représentent rien. Les paroles sont des cajoleries pour les esprits simples. Ce n’est pas ainsi que l’on peut mesurer un engagement, une volonté, une relation.

Nos espérances, nos envies, nos pensées rien ne se rejoignait. Tu pensais pouvoir tout surmonter par amour je savais en être incapable.

Tu n’as pas compris. Personne ne comprend, pas même moi.

Tu m’as demandé trop d’amour, trop de moi. Plus que je suis capable d’en donner.

Aujourd’hui est un jour sans, je vais m’enfermer derrière ces murailles. Je ne rêve que d’une chose : me terrer dans un nid avec des couettes, des oreillers, des livres par centaines. Et que personne n’attende quelque chose de moi. Je suis creuse en dedans et rien ne parviens à me remplir, me faire sentir vivante.
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