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Vivre ou mourir

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Fred

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Dans son atelier tristement désert, maître Renaudeau faisait les cent pas. Un mélange de colère et de désespoir le taraudait depuis plusieurs semaines, mais en cette fin de journée glaciale de février de l’an de grâce 1317 un torrent de larmes lui montait aux yeux sans qu’il puisse les retenir.
Colin, son petit garçon âgé d’à peine un an et demi venait de mourir dans ses bras. Et c’était ici, dans cet atelier vide que le maître charpentier purgeait son chagrin, à l’abri du regard des autres, de ses quatre enfants et de sa femme Bérénice.
Maître Gaspard Renaudeau, charpentier réputé de la ville de chinon pleurait à chaudes larmes dans son atelier silencieux. Il fallait qu’il évacue toute cette peine, qu’elle sorte de son âme pour qu’il puisse mieux réfléchir.
Ce grand gaillard d’un mètre quatre-vingt, la chevelure hirsute et les yeux clairs, avait tenu dans ses bras ce petit être amaigri qui s’en était allé doucement en le regardant de ses yeux implorants. Son petit Colin n’avait plus que la peau sur les os et il est mort de faim, le pire cauchemar des parents.
Il y avait aussi, Camille, sa fille aînée, qui souffrait d’une forte fièvre depuis une semaine et son état empirait chaque jour. Les derniers morceaux de pain trempés dans du lait coupé à l’eau avaient été pour elle, mais la fillette de dix ans n’avait plus la force d’avaler quoi que ce soit.
Les trois fils cadets, Arthur, Nestor et Roland n’étaient pas en meilleur état, leur dernier repas remonté à deux jours et leurs pauvres petits corps se décharnaient à vu d’œil. Bérénice et lui n’avaient pas mangé depuis une semaine, préférant donner le peu qu’ils trouvaient à leurs enfants.
Depuis trois ans, la colère du tout puissant s’abattait sur les pauvres gens. Les hivers longs et froids et les étés pluvieux avaient eu raison des récoltes et les réserves avaient fondu rapidement. La famine et les épidémies s’étaient installées dans le pays et beaucoup de gens mouraient.
La région, d’ordinaire si belle et foisonnante, arborait un visage de désolation, les hommes d’Église parlaient d’apocalypse, de fin du monde. Les plus faibles, vieillard et enfants maigrissaient au point de n’être plus que peau et os. Les enfants imploraient leurs mères impuissantes. Qu’avaient fait les hommes pour mériter un tel châtiment ? Nul ne le saura jamais.
Gaspard s’inquiétait bien sûr pour ses enfants, mais l’état de Bérénice l’alarmait. Le petit être dans son ventre lui pompait toute son énergie et elle aussi s’affaiblissait. Gaspard ne pouvait envisager la mort de sa femme, il ne le supporterait pas. Et puis comment fera-t-il tout seul avec quatre enfants ? Non ce n’était pas envisageable, il fallait qu’il trouve une solution.
 On va tous mourir ! Hein Maître Gaspard ? grommela une voix derrière lui.
Jean l’ouvrier et ami de longue date venait d’entrer dans l’atelier. Lui aussi dépérissait peu à peu, mais pire encore que la chair c’était le désespoir qui gagnait l’homme. Il avait perdu deux de ses six enfants et sa femme souffrait de la même fièvre que la petite Camille.
 Je ne sais pas Jean...Gaspard laissa sa phrase en suspens, puis il reprit avec force.
 ... mais je ne vais pas me laisser faire.
Le maître charpentier faisait maintenant face à son ouvrier, son regard s’était durci et Jean sut une fois encore que le charpentier cherchait une solution. Il lui vouait une confiance presque aveugle depuis des années. Gaspard les avait, lui et les autres ouvriers, tirait de situations difficiles, comme l’incendie d’une partie charpente de la Collégiale Saint Mexme qu’ils réparaient. L’abbé n’avait rien voulu savoir, il fallait terminer dans les délais sinon il ne paierait pas. Alors par d’ingénieux systèmes de poulie et levier, mis au point par le maître charpentier, ils réussirent à réparer les dégâts en deux jours et l’abbé paya, non sans réticence.
Jean s’appuya sur son établi, là où jadis il avait tant travaillé, il aurait donné n’importe quoi pour retrouver sa vie d’avant.
 Trouve vite une idée Gaspard, ma femme va mourir.
 Je sais, ma petite Camille n’est pas en meilleure forme. Je n’arrête pas de penser qu’il y en a qui mange à leur faim et leurs enfants, à eux, ne meurent pas. Pourquoi c’est nous qui devons toujours travailler jusqu’à en mourir et payer toujours plus d’impôts ? Nous avons des vies de misère, Jean et eux que font-ils ?
 Ben c’est comme ça depuis toujours, répliqua Jean en baissant le regard vers le sol. Les prêtres sont les messagers de Dieu et nos seigneurs nous protègent contre les barbares qui sont à nos portes.
 Alors, je ne veux pas d’un Dieu qui laisse mourir des enfants innocents ni d’une noblesse qui se repaît de nos impôts, répondit le charpentier avec colère. Mon petit Colin n’avait qu’un an et demi, quelle faute avait-il commise, et nous Jean, qu’avons-nous fait de mal ?
 Je n’entends rien de tout ça Maître Charpentier, je ne suis qu’un simple ouvrier et eux ils savent tout. C’est comme ça, ils sont au-dessus de nous, c’est la volonté du tout puissant. Et puis comment t’es sûr qu’ils mangent à leur faim ?
 Parce que je vois tous les jours l’abbé de la collégiale se rendre au château au moment des repas, et lui, il ne maigrit pas...
Maître Gaspard avait repris les cent pas dans l’atelier vide et Jean qui le connaît bien, savait qu’à cet instant précis il échafaudait un plan.
 ... il nous faudrait juste de quoi tenir deux ou trois mois, le temps que le fleuve se calme. Ensuite, les gabarriers iront chercher du blé à Saint-Nazaire en échange de quelques barriques de vin. Puis le printemps arrivera et les cultures pourront reprendre. Juste deux à trois mois, Jean, c’est tout ce qu’il nous faut...
 Ben ouais, mais où tu vas trouver de la nourriture... Soudain l’ouvrier compris. Non ! pas ça Gaspard tu es fou ?
 T’as une autre solution ? Les greniers de la forteresse regorgent de blé, d’orge. Leurs caves sont pleines de barriques de vin. Ce sont nos impôts qui sont stockés là ! Et pendant que nous mourons que fait le gouverneur de la forteresse ?
 Gaspard, tout ça appartient au roi, notre bon Philippe V ! On n’a pas le droit...
Le maître charpentier s’approcha de Jean et lui posa une main sur l’épaule en le regardant droit dans les yeux.
 Jean, qu’es-tu prêt à faire pour sauver ce qui reste de ta famille ? lui dit-il fermement.
L’ouvrier leva un regard fatigué et souffla.
 À tout, Gaspard, je suis prêt à tout faire pour que ma femme et mes enfants puissent vivre.
 Alors passe le mot à tous, qu’ils se tiennent près de la grille du château juste avant l’aube avec des chariots.
Puis Gaspard attrapa son couteau de charpentier et le glissa dans l’étui qu’il portait à la taille.

**
Comme chaque soir, Jean de Janville, le gouverneur de la forteresse conviait à sa table l’abbé de saint Mexme. Sa femme et ses trois enfants déjà installés attendaient l’arrivée des plats du dîner qu’une servante apporterait lorsque le maître en donnera l’ordre. Éléonore, sa fille aînée âgée de dix ans s’impatientait, car il y avait au menu son dessert préféré : des oranges confites au miel, elle salivait rien que d’y penser et le retard de l’abbé l’agaçait.
Deux bambins de cinq ans, des jumeaux, chouinaient de fatigue, mais le maître des lieux tenait à la présence de toute la famille à sa table, et puis cela leur enseigne leurs obligations. Les deux chérubins joufflus ne l’entendaient pas ainsi, au diable les conventions, reput du biberon de lait que leur nourrice leur avait administré, ils voulaient dormir.
Le feu de l’âtre diffusait une chaleur douce, quelques chandelles éclairaient la pièce renforçant le sentiment de confort et de sécurité. Madame de Janville tenait beaucoup à cette ambiance chaleureuse et elle prodiguait ordres et directives aux domestiques pour que cette douce quiétude se renouvelle chaque soir.
Le gouverneur, les mains croisées dans le dos guettait l’arrivée de l’abbé par la fenêtre, lui aussi s’impatientait. L’homme de taille normal imposait plus par son port altier que par sa carrure. Sa voix sonnait la puissance aristocratique d’une noblesse de sang, les de Janville étaient cousins du roi.
 Tiens la lune apparaît ce soir, on dirait que ce temps épouvantable se calme, dit-il à la cantonade.
 Ce n’est pas trop tôt, j’ai hâte de reprendre nos promenades à cheval, répondit madame de Janville.
 ... et moi de me remettre à la chasse, enfin la vraie, avec chiens et faucons. Pas celle que pratiquent ces vilains.
 Ils nous rapportent de la viande fraîche toutes les semaines, ce n’est pas si mal en ces temps de disette.
 Ne vous inquiétez pas, madame, nous sommes au-dessus des caprices du temps, nous sommes de sang royal, rien ne peut nous atteindre.
 Caprice qui dure depuis trois ans, tout de même et qui fait mourir une bonne partie de vos gens.
 Madame, nos greniers sont pleins de blé et d’orge, nos caves pleines de barriques de ce vin que vous appréciez tellement, c’est à cela que sert l’impôt. La forêt autour du château nous appartient, ainsi que tout ce qui y courent ou rampent. J’ai fait pendre trois braconniers le mois dernier, cela calme le reste de la populace. Et puis ces manants se reproduisent tellement vite qu’en quelques années ils auront reconstitué la population.
Enfin, l’abbé de saint Mexme entra dans la salle, un sourire gourmand s’afficha sur le visage d’Éléonore et les deux jumeaux cessèrent leurs pleurnichements. L’abbé dans sa bure noir impressionnait par sa corpulence à la limite de l’obésité, mais surtout par sa fonction. L’homme d’Église portait les signes de son appartenance à la sainte inquisition, il avait le pouvoir de soumettre n’importe qui à la Question et à la série de tortures qui s’en suivait.
 Veuillez pardonner mon retard, mais avec toutes ces morts je suis débordé, dit l’abbé en s’approchant du feu.
 Nous vous attendions pour passer à table, mon père, s’exclama le gouverneur en faisant un signe de tête à la servante qui s’était tenue discrètement près de la porte.
Presque aussitôt, une avalanche de serviteurs apporta l’entrée, le vin et le pain. Pour les pauvres domestiques, les repas étaient une vraie torture, car aussi affamés que le reste de la population, ils enduraient les supplices de la tentation : voir, sentir tous ces plats succulents, mais défense d’y toucher sous peine d’être exécuté sur-le-champ.
 De la Dodine de verjus ! s’exclama l’abbé. Votre poulailler nous régale souvent, Monsieur de Jeanville, ces petits foies de volaille sont de vrais délices.
Mais, avant de commencer, l’abbé joignit ses mains en prière et prit son air solennel, les autres convives firent de même, attendant les bénédicités.
 « Bénissez-nous, Seigneur, bénissez ce repas, ceux qui l'ont préparé, et procurez du pain à ceux qui n'en ont pas ! Ainsi soit-il ! ».

Et l’abbé affamé se jeta sur les foies de volaille savamment préparés par le maitre cuisinier du château. Le gouverneur et son épouse commencèrent leur repas doucement et semblaient dédaigner ce plat savoureux. La jeune Éléonore quant à elle, grignotait les morceaux de choix avec désintérêt, attendant l’arrivée des oranges confites.
Le repas se poursuivit avec l’arrivée triomphale d’un civet de lapin aux épices accompagné d’une sauce caméline et d’un copieux plat de haricots. Le vin coulait à flots, les visages s’empourpraient et les langues allaient de bon train, tout cela sous les yeux de Marie la servante qui avait ordre de rester à portée de voix.
La colère et le dégoût renfrognés lui coupaient l’appétit, tous les jours elle voyait mourir des proches de faim, alors qu’ici on faisait ripaille. Les restes de ces festins qu’elle était obligée de donner aux chiens et aux cochons auraient pu sauver d’une mort certaine des enfants, des vieillards de Chinon. Et puis comment ces individus, soit disant de hautes noblesses, pouvaient ils avoir autant mépris pour les pauvres gens ? N’était-il pas de leur devoir de les protéger ?
Sa colère n’avait d’égale que sa faim, Marie la petite servante de vingt ans se demandait si ce monde avait un sens.
Une voix tonitruante la fit sortir brutalement de ses réflexions.
 ... Marie ! MARIE !
 Euh oui Monsieur
 Ah ben enfin ! Vous pouvez apporter les oranges confites au miel.
**
Gaspard s’était introduit dans le château par la porte de la cave à vin situé à l’entrée du château dans la tour de l’horloge. D’ordinaire elle était gardée, mais les épidémies et la famine avaient aussi frappé chez les soldats.
Une torche finissait de brûler diffusant une faible lueur sur les barriques de vin, Gaspard en compta plus d’une centaine, et sans tarder, il se dirigea vers les greniers dans lesquels on stockait le blé et l’orge.
Il connaissait bien le château, il y avait fait tant de réparations. Les céréales étaient stockées dans la tour de Coudray, à l’extrémité ouest de l’éperon rocheux sur lequel était bâtie la forteresse, il devait donc passer par l’immense esplanade presque à découvert.
Il déboucha de la tour de l’horloge. Et qu’elle ne fût pas sa surprise de constater que la place avait été transformée en basse cour. À droite sous le patio, on avait aménagé une étable comportant cinq vaches, sur la gauche, c’est un immense poulailler qui devait produire œufs et viande. Un peu plus loin, Gaspard reconnut les grognements d’un ou plusieurs cochons, juste à côté de la tour aux chiens. La nourriture ne manquait pas, il avait raison « leurs enfants ne mourraient pas de faim ».
Voilà pourquoi l’abbé pressait le pas chaque soir pour se rendre au château.
Le charpentier poursuivit sa progression vers la tour de Coudray sans rencontrer âmes qui vivent, et une fois de plus sa découverte confirma ses prévisions ; la tour regorgeait de sacs de blé, d’orge et de maïs.
La colère du charpentier était à son paroxysme, toute cette nourriture aurait pu sauver tant de vie. Cette fois, il n’avait plus de doute, tant pis pour les conséquences. Il se précipita vers l’entrée de la forteresse et fit tourner le cabestan pour ouvrir la herse, sa colère avait décuplé ses forces.
Sitôt l’ouverture libérée, Gaspard leur indiqua les endroits où étaient entreposées les réserves de grain et une noria de chariot pénétra dans l’esplanade avec fracas. Mais tout ce bruit n’entrava pas le festin qui se déroulait dans les appartements du gouverneur. Des éclats de rire couvraient presque le bruit des chariots. C’en était de trop, le charpentier songea à son petit Colin et une fureur incommensurable s’empara de lui. Il monta avec rage l’escalier en colimaçon qui menait au lieu de ripaille et découvrit le gouverneur, son épouse et l’abbé de saint Mexme attablés, un verre de vin à la main.
 Comment pouvez-vous festoyer, alors que nous mourons ? cria le charpentier.
Marie la jeune servante fut d’abord surprise par l’arrivée tonitruante de Gaspard puis un rictus de contentement s’afficha sur son visage, elle ne bougea pas. L’abbé, qui avait le courage d’un épouvantail, resta médusé et blême, tandis que la femme du gouverneur s’offusqua de cette irruption par une onomatopée alcoolisée. Seul le gouverneur posa lentement son verre et s’approcha de Gaspard hors de lui.
 Qui vous a donné l’autorisation de venir troubler notre quiétude, manant ! cracha-t-il avec dédain.
 Les pauvres gens que vous laissez mourir de faim, regardez par la fenêtre Gouverneur, le peuple reprend son du, il y a eu assez de morts.
Le gouverneur s’approcha de la fenêtre sans quitter des yeux le charpentier menaçant et regarda avec effarement le défilé de chariots dans la cour du château. Une rage l’envahit et il se rua sur Gaspard, mais les bras puissants du charpentier ne firent pas un pli de l’assaut flasque, et le régisseur se retrouva solidement maintenu par derrière un couteau bien effilé sur la gorge.
 Lâchez-moi immédiatement ! hurlait le gouverneur.
Les quelques serviteurs du château s’étaient massés autour de Marie, Gaspard lisait dans leurs yeux leur soif de vengeance envers cet être abject qui laissait mourir leurs proches. L’abbé sur le bord de l’apoplexie tremblait et madame la gouverneur s’était évanouie de peur ou d’ivresse.
 Et vous manant, faites quelque chose ou je vous chasse de mon service, vous irez mourir ailleurs, et toi charpentier je te connais, je vais te faire pendre, cracha-t-il avec rage.
La fureur envahissait Gaspard, il ne cessait de revoir son petit Colin rendre son dernier souffle dans ses bras, et à cette image le couteau tranchant comme un rasoir s’appuya un peu plus sur le cou du gouverneur. Le charpentier n’avait qu’une envie, lui ouvrir la gorge et le regarder agoniser dans une marre de sang.
Soudain, il entendit une troupe d’hommes monter les escaliers, étant dos à la porte il ne pouvait les voir, est-ce les soldats de la garde ou ses amis ?
Puis un silence se fit dans la salle et une voix retentit.
 Laisse-le vivre, Gaspard, il y a eu assez de morts et puis il n’en vaut pas la peine. Tout le monde est de ton côté, même les soldats du fort.
Les paroles apaisantes de Jean détendirent l’étreinte du charpentier jusqu’à lâcher complètement le Gouverneur. Celui-ci s’éloigna comme un rat et toisa avec arrogance les gens qui lui faisaient maintenant face.
 On se retrouvera ! brailla-t-il.
 Dans une autre vie, Gouverneur, répondit calmement Gaspard.
Le temps était comme arrêté dans la salle à manger de la forteresse Royale. Un silence lourd avait rempli l’espace ; un silence menaçant, chaque visage portait maintenant les stigmates de la colère, de la rancœur et la vengeance n’était pas loin.
C’est Marie, la petite servante qui mit un terme à l’atmosphère pesante. Elle s’approcha de la table en toisant madame de Janville qui avait repris connaissance, elle saisit une orange confite et un couteau. Les yeux exorbités de peur de madame de Janville allaient de la jeune fille au couteau, puis Marie s’assit en face d’elle et coupa l’orange en deux.
 Ma petite sœur de cinq ans a tenu trois jours rien qu’avec une demie orange. Vous vous rendez compte combien d’enfants vous auriez pus sauver rien qu’en partageant votre repas.
Madame de Janville acquiesça plus par crainte que par compassion, puis Marie se leva et dans un geste rapide comme l’éclair elle planta le couteau dans la table en bois, juste devant la gouverneur.
 Ne craignez rien nous ne sommes pas des assassins, dit-elle en se dirigeant vers la porte.
Puis, tout le monde quitta le château non sans jeter un regard noir au gouverneur et à sa famille. Ce soir-là les habitants de Chinon allaient pouvoir donner à manger à leurs enfants et c’est ce qui comptait, pour le moment. Gaspard le charpentier leur avait donné un espoir, l’ombre de la mort s’éloignait et la vie triomphait.
Lorsque les estomacs furent remplis et la colère passait, Gaspard proposa un pacte à monsieur de Janville. Le gouverneur reprenait son rôle de protecteur et il ouvrait toutes les réserves de nourriture ou il était livré à la fureur populaire qui le pendrait sûrement.
Vivre ou mourir tel était le choix qu’il devait faire à son tour.
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El Ramouncho · il y a
Encore une belle production, fine et touchante. Keep it hard.
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Fred · il y a
Merci beaucoup !!
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Mamy-writing · il y a
« vivre ou mourir » : une belle et bien triste histoire rédigée dans un contexte de souffrances, de combats et de victoire remportée âprement, mais où la morale est sauve, ce qui rassure !

Je retrouve avec plaisir au fil de chaque page votre style d’écriture, dans le souci du détail, de la « couleur des sentiments », de l’action de chacun, la profonde différence de classe sociale qui sévit à cette époque que vous savez si bien traduire, mais qui perdure aussi sous une autre forme au XXIème siècle que nous sommes..Heureusement aujourd’hui , les Associations caritatives sont là pour enrayer ce flot de précarité qui s’installe dans une société dévorée par une technologie de haut vol, certes très utile, mais aussi par un individualisme bien accentué. J'aime cette œuvre du passé qui se conjugue aussi au présent.

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