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VIEUX OBJETS (d’après la nouvelle en prose de Maupassant)

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Charles Dubruel

28 lectures

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Autrefois, ma chère Marie,
Nous restâmes saisis quand nous avons lu
Un vers de Sainte-Beuve, t’en souviens-tu ?
Non ? Alors, le voici :
Naître, vivre et mourir dans la même maison !

J’y suis toute seule, dans la maison
Où je suis née, où j’ai vécu
Et où j’espère mourir.
Je suis entourée de vieux souvenirs
Et ne lis plus.
Mais les objets familiers
Me parlent des miens,
Des morts et des vivants éloignés.

Je suis vieille et je rêve sans fin.
Tu te rappelles nos folles inventions,
Et les aventures que nous combinions
Dans nos cervelles, autrefois ?

Par ailleurs, sais-tu pourquoi
Nous sommes malheureuses si souvent ?
La raison en est qu’on nous apprend
À trop croire au bonheur.
Nous ne sommes pas élevées
Avec l’idée de souffrir, de lutter.
Nous attendons
Des cascades d’heureuses situations.
Le bonheur
Ne consiste pas à l’obtention
D’une grande félicité :
Elles sont rares les grandes félicités.
Le bonheur réside dans l’attente
D’allégresses qui n’arrivent presque jamais.
Le bonheur, c’est l’attente
D’espérances et d’illusions.
Il n’y a de bon que les illusions.

Aussi, je rêve le plus clair
De mon temps.
Assise devant mon feu,
Je pense aux évènements
Laissés en arrière
Surtout à ceux qui ont eu lieu
Ici, il y a soixante ans.
Il me revient des bouffées d’antan,
Des sensations de jeunesse, des élans.
Oui, j’ai des visions des choses passées.
J’ai retrouvé ainsi
Un bois où j’avais chassé
Un coucher de soleil, ses derniers rayons
Sur la mer et mon exaltation
Devant les lointains infinis.
J’ai retrouvé
Mes moindres anciennes pensées
Comme si toutes ces années
Ne s’étaient pas écoulées.

Sous le toit, nous avons un débarras
Que j’appelle la pièce aux vieux objets.
Ce qui ne servait plus a été jeté là.
Appareils usés, bibelots cassés...
Certains objets ont appartenu
À mes grands-parents.
Ils me font rêver de façon éperdue
‘‘Oh ! La lampe de grand-maman !’’
Ou : ‘‘Tiens, j’avais brisé ce sucrier
Le jour où Élodie s’est mariée.’’

Toi, ma chère Marie,
Tu ne dois guère comprendre tout ceci.
Et tu vas sourire de mes niaiseries,
De mes sentimentales manies.
Pardonne-moi de ne parler que de moi.
Quand tu me répondras, parle-moi de toi.

Mille baisers de ta vieille amie,
Annie.
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MissFree · il y a
Bonjour tristesse! :-) encore une bien jolie adaptation.
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Charles Dubruel · il y a
merci beaucoup
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Patricia Burny-Deleau · il y a
On se retrouve et on retrouve nos parents dans ce texte !
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Charles Dubruel · il y a
oui, tout à fait.
merci, Patricia

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Flore · il y a
Bravo, et la passion de Maupassant ne vous quitte plus, pour notre grand plaisir, et me donne l'envie d'y remettre le nez.
Parce que Maupassant scolaire, "Bel Ami", "La Horla" c'est si loin...

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Vivian Roof · il y a
Encore une fois bravo. Mon seul regret, je n'ai pas lu tout Maupassant, ou je ne m'en souviens plus... Si vous citiez avec précision vos sources ?
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Charles Dubruel · il y a
je ne peux guère être plus précis : cette nouvelle s'appelle "vieux objets". Si vous le souhaitez , je vous envoie un collé-copié de l'original. Merci beaucoup pour votre appréciation.
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Vivian Roof · il y a
Oui, d'accord. Mais fait-elle partie d'un recueil ?
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Charles Dubruel · il y a
mais oui, et cette nouvelle s'appelle vraiment " vieux objets"
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