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Saryna Vasdev

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FINALISTE
Sélection Public

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Rose - Flottant dans un néant, hantée, terminé mes névroses. Rose l'a tué. Eh oui, Victor est mort. Les hortensias sont sur sa tombe. Tombale, tombée, béton, son âme, amèrement a pris son envol, voleuse je l'ai pris. Et oui, je suis une voleuse. Volant dans un silence amer. Me leurrant, rampant, sans panser mon cœur, écœurée de toi, moisie comme de la silicone, connasse oui, une vraie connasse. Narguée par tous ces hommes à qui tout réussi. Ils sont tous obnubilés par le sexe, le sexe, le sexe, ô oui, viens que je te prenne, que je te baise, que je te touche, NON !! Me laisse pas sur la touche. Qui suis-je ? Ah oui, une connasse, une bonasse apeurée, réactionnaire, nerveuse velue, lubrifiée de fierté, terminant mon projet. Rejetée de la race masculine, je suis à présent dans l'inertie totale. Je vomis ma vie, visiblement menteuse... sur tout.
Ah ! Mais tu es là mon prince, cesse donc de te pavaner, n'écoute que moi, je suis ta princesse, cessant, sans arrêt de rincer ton cerveau.

Victor - J'étais vautré dans tes bras, quand t'as braqué ton flingue avec tes fringues de vieille, tu faisais pitié. J'aurais voulu me casser ? Célibataire à cause de toi, merci salope. Si tu ne m'avais pas achevé véritablement, l’hôpital allait être ma prochaine maison, j'aurais juste été un zombie, bizarre, ardant dans la boue, bouillonnant de rage. À mon âge, j'aurais dû être calme !
Princesse oui ! Elle m'a tué un mercredi, sans mère, sans père et sans merci, me laissant seul abandonné, sur un banc donné. Je songeais, une cigarette au bec. Je suis parti sans pari... parti... Pour toujours, laissant mon sang glacé. C'en était assez pour elle. Je m'étais servi une tasse de thé. Maintenant, je m'entasse sous la terre, terrifié. Imaginant ta fierté. Tu as eu ce que tu voulais... Pour fêter mon départ prenons un verre car je suis maintenant un ver de terre, un ver timbré oui. Exactement. Un ver timbré, comme quoi d'ailleurs ? Timbré comme quoi ? Comme qui ? Pourquoi ? Pour qui ? Sommes-nous tous timbrés, enveloppés de lettre ? L'être est qui ? Un moustique et une tique en soif de sang ? Un lion grinçant des dents ? Un dentifrice frisant le ridicule ? Un cucurbitacé tassé dans la terre, terminant sa lancée dans le potager ? Un pote âgé ? Mais tu m'as vu gesticuler lentement, je mentais, je te mentais, je me mentais, et toi tu étais juste menthe religieuse ?
Timbrée comme une religieuse ? Comme une chieuse ?

Rose - C'est moi la chieuse ?? Oh merde. Je vais chier. Le thé est un laxatif puissant. Il fait en sorte que je puisse enfin évacuer. Nous sommes tous inexistants au possible, car inégaux. Je suis maintenant fichue, sans rien sur la tête, rien dans la tête, tête à claques... Claquement de doigts, et le voilà ! Ha ! Rêve connard il ne reviendra plus et tu es seul... Mais c'est ce que je voulais non ?
Je n'aurais pas pu continuer à me faire traiter ainsi. C'était un phallocrate, il l'a cherché.

Victor - Comment ? Est-ce que c'est toi Rose ? Que veux-tu ? Je n’suis pas devin. D'ailleurs je n’bois que du thé... Pourquoi reviens-tu ? Vas donc faire le ménage, tu prendras de l'âge, tu seras toute ridée, dérisoire. Je travaille trop, je suis à cran, arrête de me prendre pour un con. Tu n'es bonne à rien, tu es une femme, parmi toutes les femmes, vous ne m'êtes pas familières, vous vivez dans une fourmilière et nous les hommes, comme une gomme on vous efface de la race humaine. Car vous n'êtes pas des nôtres. Vous avez pêché et vous mordez à l’hameçon encore. Vous essayez pourtant de vous débattre et de faire valoir votre force avec vos beaux discours sur les inégalités. Mais nous sommes les plus puissants... Vous les femmes vous n'êtes rien.

Rose - Mais oui ! Toi ! T'es à l'aise là dans ton lit à bouquiner. Le bouc inné, tu me barbes ! Tu violes des femmes, tu te crois surpuissant, invincible, mais pourtant aujourd'hui tu es ma cible. C'est moi qui vais te violer, te violer tellement fort que ton sexe en connaîtra la couleur. Tu fais moins le malin là, c'est moins limpide d'un coup ? Je vais te lapider, ce sera le conte universel de l'année ? Tu comptes savoir ma vie future ? Elle sera sans les mâles. Les femelles domineront. En attendant, tu peux compter les heures parce que c'est long. T'aurais dû rester célibataire, un célibâtard en fait ! Mais attends ?! T'as rien d'autre à foutre ?

Victor - Je suis un con pris en cible, c’est incompréhensible. Quand je l'ai vue débarquer avec ses talons, son maquillage de poupée, son allure hautaine, s'était-elle rebellée la garce ? Les femmes ne sont bonnes à rien, juste à nous servir, assouvir nos désirs, j'allais lui pisser à la raie quand elle a sorti le pistolet, pour me pulvériser de ma perversité, sous la pression, et dans la pulsion j’ai paniqué, pourtant, j'avais pas niqué...

Rose - Le coup est parti tout seul, comme les siens. « Pardon bébé c'est parti tout seul » nous sommes qui pour vous ? Sommes-nous vos chéries chères, enrichissant comme un morceau de chair, que vous chérissez tant, ou alors un produit cher peut-être ? Qui sommes-nous pour vous ? Omniprésents, les hommes, ni présents ni absents dorénavant. L'or en avant dans leur sang, sanguinaires pourtant. Mais à bout portant j'ai tiré. Après que t'aies tiré ton coup. Sur le fil le masque masculin tombe enfin. Je suis prise de panique, une pression électrique, je l'ai achevé, dois-je rester à son chevet ? La police viendra, me menottera, m'enfermera, ce sera la prison, l’oppression, besoin d'un peu d'eau, d'une pression, une demie seconde de réflexion s'il vous plaît... J'ai commis un acte démesuré, révoltée sur mesure par la société qui susurre que cette inégalité perdure, coincée entre quatre murs, envahie par l'usure, je suis faible. Il est maintenant trop tard, je dois sortir de ce cauchemar, éperdue, sans issue je n'ai plus qu'une solution mettre fin à mes jours, pour toujours. Peut-être que notre histoire, celle d'un couple dérisoire, fera l'objet d'une enquête et que le peuple sera en quête de changement... J'aimerais y croire un instant... Mais pour l'heure, on sera sous le feu des projecteurs, pour bannir les clichés présents depuis trop d'années !

PRIX

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Arlo · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Shawness Youngshkine · il y a
Je vote pour le mode 'impro' du style, comme une écriture automatique où les sonorités viennent à mesure. J'écris souvent comme cela avec plus d'assonances, même si mes textes sur Short sont axés sur le récit. Je m'étonne que ce soit une nouvelle. Bon à savoir. A+ bonne chance :-)
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M. Iraje · il y a
Relu avec le même plaisir. Vote confirmé !
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Françoise Baverel Guénaire · il y a
Bien rythmé, incisif, et à la fois poétique. Bravo !
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Loulouve · il y a
merci infiniement pour vos commentaires :) j'essaye différent style en effet ! Celui ci est très slam, mais prenez en considération qu'il s'agit de deux personnes qui se parlent.... Lu dans la tête et à haute voix, le rendu est différent. :)
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M. Iraje · il y a
Superbement déstabilisant dans l'approche et l'écriture.
Efficace comme un coup de couteau dans le dos ! Novateur dans le genre. +1

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Laroche · il y a
Classée en nouvelle, cette sorte d'incantation relève peut-être davantage d'une forme de prose poétique; une sombre mélopée…
Cordialement.
Marc Laroche

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Samsara · il y a
Votez pour Saryna Vasdev et son superbe texte ! Partez en campagne littéraire !!!
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Rosylou · il y a
j'aime surtout comment elle joue avec les mots;
cela me fait pense à du slam

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Yaakry Magril · il y a
Nouvelle courte mais super efficace !! j'aime bien one vote !
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