6e épisode VACUUM, LA FÉE À L'ENVERS. Quand la sophistication du commerce intime entre Ève et Adam incommode grandement le Gardien

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Auteur-compositeur-interprête en tous genres. Nouvelles, romans, poésie, stratégie, blues, rocks et ballades https://www.youtube.com/user/FayardPierre  [+]

- Même absente, je la ressens Gardien, et Ève c’est pareil. Elle est ma différence, sans elle je ne suis rien. Imagines-tu une fente qui subsiste sans l'ustensile qui la jardine sous la lune comme en plein soleil sous ces pommiers que tu adores ?
Offusqué par ces propos aussi saugrenus que malvenus, Suprême, un autre nom du Gardien, en perdait son sang-froid. Lui originellement plutôt imperturbable, accusait ouvertement ses créatures de prendre prétexte de ses infimes erreurs de modelage initial et de répartition des chairs, pour développer un commerce intime bien hors de proportion !

- Ne t’accuses pas Gardien, l’erreur est stimulante, le rassurait une Ève tolérante bien que sidérée parfois par tant de mauvaise foi.
Du haut de son Unité Absolue, Suprême accusait "Luron et Luronne", comme il les appelait, d’accentuer à dessein ces différences au lieu de les limer et progressivement éliminer à les en rendre lisses, polies et sans aspérités au point d'exclure toute nécessité de fusion avec l'altérité.
Il leur reprochait de se servir de leur dissemblance comme prétexte pour remettre en cause son omniscience et son omnipotence.

- Crois-tu Adam que je ne te vois pas la creuser systématiquement pour renforcer sa béance ? Et toi Ève, pourquoi lui astiques tu-le gland avec autant d’allant pour le rendre plus flambant et plus érectile lorsqu'il n'est pas enfoui en toi ?
Estomaqués par tant de véhémence, le premier homme et la première femme en ouvraient des yeux aussi vastes que des soucoupes de théière volante, qu’ils inventèrent plus tard, soit dit en passant. Cette jalousie maladive du Gardien leurs semblait déplacée. Mutuellement handicapés, Ève et Adam ne faisaient que rendre leur scission créative, le Gardien aurait dû s’en réjouir. Du moins, ils le pensaient.
- C’est pour cela que tu as inventé ces histoires de côtelettes, de prévarication, de premier jour, de deuxième... jusqu’au repos du dimanche, tous ces trucs que tu as dictés à Jean-le-Scribe pour qu’il les écrive pour toi dans ton Testament ?

Surpris par tant d’outrecuidance et par la mention de sa relation de la Création selon lui-même par Jean-le-Scribe, le Détenteur Suprême des brevets d’ADN s’alerta. Ces fichus créatures avaient dû pénétrer en cachette dans son Écritoire Secret en profitant de l’une de ses siestes.
Les relations fraichirent à nouveau et le trio suspendit pour un temps ses jusques là joyeuses bien que houleuses, parties de cartes. Las, cela laissa plus de temps à Ève en paire avec Adam pour s’approfondir l’un l’autre de concert dans une géométrie sans frontière ni grammaire autres que celles de leurs inspirations pour s’envoyer en l’air en faisant la nique aux forces de la gravitation des physiciens Gah Lilé & Niou Tonne. Kama et Sutra devinrent leurs noms de code pour expérimenter en toute liberté en dehors des reproches et de la jalousie du Gardien.

- Que ton vecteur m’est doux, s’extasiait Ève de plus en plus craquante. Que ton gland m’incandesce ! Que ta tige m’agilise ! Que ton ventre me foutre ! Que ton corps me sculpte...
- Que ta mouille m’allume !
- Que mes seins te confondent !
- Que mes mains t’incendient !
- Et que nos âmes exultent, célébraient-ils en chœur dans un orchestre d’orgasmes à poils sous la Lune alors que le Gardien se fichait dans les oreilles des tonnes de boules Quiès réfugié qu'il était dans les plus reculées catacombes de sa Bibliothèque.
Lui l’Architecte Sublime, lui l’auteur exclusif d’une Histoire si parfaite qu'elle en devenait immobile, souffrait d’autant plus de cette concurrence qu’il en était à l’origine ! Une évidence s’imposait. Dans son Jardin d’Éden, ces empêcheurs d’éterniser en rond, faisaient tache. Il devait leur procurer sans tarder une terre d’exil suffisamment éloignée de son Jardin pour qu'il demeure en paix. Il ne manquait plus qu’un prétexte pour éviter que ces perturbateurs invétérés ne le taxe d’arbitraire.

Avant de chasser Adam et Ève pour cause de prévarication persistante, systématique, aggravée et dénuée de toute mauvaise conscience, le Gardien de la Bibliothèque, qui se prenait pour dieu, adorait les pommes à un point rare. Chaque fois qu’il en apercevait une, verte, rouge ou en bouton, il la croquait avec une telle voracité qu'il s'en donnait la diarrhée. Il était malade des pommes et c’est de là qu'est restée l’expression "tomber dans les pommes" lorsque la conscience ou la bienséance nous abandonne du fait d'une réalité dérangeante.
Les faire crisser, craquer ou exploser sous sa dent, sentir leur suc entreprenant se répandre dans sa gorge, saisir leurs pépiements, leurs crépitements et leurs gémissements alors qu’il les déconstruisait la dent avide... tout cela l’emplissait, lui l’Asexué, de sensations sublimes. Il les idolâtrait avec les yeux, les mains, les lèvres, la langue et tout ce qui était disponible pour lui.
Le soir tombé, il se rendait incognito dans le Jardin en profitant de l’ombre pour en cueillir à loisir loin des remarques malveillantes d’Ève et d’Adam. En attendant particulièrement des nuits sans lune, il écrivait des histoires de pommes en leur donnant des noms de femmes.
Des noms de femmes, mais pourquoi donc des noms de femmes ? Mais parce qu’il n’y avait qu’une femme qui vaille au Paradis et que c’était la copine d’Adam, son complément, alors que lui le Gardien de la Bibliothèque qui se prenait pour dieu, était sans sexe. Sans zizi ni zezette, sans rien qui pénètre ou qui encaisse. Il n’était pas même hermaphrodite alors que Ève devenait chaque jour plus désirable en concentrant en elle tous les charmes de la création, des petits matins blêmes jusqu’aux soleils couchants, des calices floraux aux marées débordées, des ondes décoiffées aux nuées dégorgées, des mousses en sous-bois, des pétales ineffables, des vagues et des courbes et des "arc-en-cielé". Pour elle, tout était bon pour enrichir et affuter de mille voluptés le désir de son si cher complice-en-sexe Adam qui le lui rendait bien.

- Si tu savais comme c’est bon de tirer un coup, raillait le premier homme hilare qui ne se refusait plus à une vulgarité qui incommode le Gardien et le tienne à distance respectable de l’ombre de ses pommiers qu’il destinait à de tous autres usages avec Ève sa complice acolyte.
- Ah la marée de l’orgasme qui monte et qui m’emplit, quel pied sans faille, renchérissait la toute première des femmes. Sais-tu que moi aussi j’inonde, que je déluge en intérieur ?
- Pour sûr que oui, approuvait Adam. Si tu en connaissais l’effet lorsque ça me dégouline sur les couilles, c’est une tornade divine bien supérieure à un simple crachin !
Non contents de folâtrer et de copuler de plus belle au vu de la mine défaite de celui qui se prenait pour le Roi du Mambo de la Caraïbe et qui, en maître de l’ADN, avait l’empire sur la mémoire des espèces, voilà qu’Adam blasphémait en s’appropriant jusqu’à un concept de l’après-création, le Déluge ! Le Gardien y vit la preuve de l’incursion clandestine des humains dans les étagères secrètes de sa Bibliothèque Céleste.

- À quoi ça sert de savoir sans pouvoir, persiflait le premier homme ?
- À quoi bon la perfection si l’on ne peut éprouver le désir de l’autre qui enfle en soi, insistait Ève du tréfonds de ses abysses jusqu’aux extrêmes de ses formes aux "contondances" exquises.
Le Gardien, qui ne se sentait plus maitre chez lui, ne supportaient plus l’impertinence des auteurs de ces railleries immondes, sans bienséance ni limites. Et pourtant, ce n'était qu’un début comme la suite allait le démontrer...

À SUIVRE : épisode 7
Des pommes et de la poussière. La guerre éclate dans le Jardin.
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