4e épisode. VACUUM. La Fée à l'Envers. Face à la Confusion Globale Galopante, la déroute féérique du CHU

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CONTEUR EN TOUS GENRES. Nouvelles, romans, poésie, stratégie, blues, rocks et mise en chansons de poèmes (Ronsard, La Fontaine, Corneille, Baudelaire, Rimbaud, Machado, Prévert).  [+]

Dépité et perplexe tant la situation devenait alarmante, le Détenteur Suprême des secrets et des codes ADN, dit aussi Le Gardien, ruminait, retranché dans sa Bibliothèque sise au cœur du Jardin d’Éden. Dans sa lutte contre la Confusion Globale Galopante, il venait d’échouer à remotiver le groupe des Fées Ulcérées de Contrariétés de l’aile K, les FUCKs. Volontairement confinées, elles ne voulaient plus rien savoir de cette C2G. Le civisme féérique n’était plus d’actualité en dehors des pieux témoignages entassés sur quelques étagères poussiéreuses où somnolaient des livres. Le Gardien se sentait bien seul à consulter, nostalgique, ces volumes du passé.
Dans une valeureuse tentative, les fées fidèles du Canal Historique Unifié, le CHU, lancèrent une TOmbola Céleste, la TOC, pour que de chanceux mortels bénéficient de coupe-fils vers la Félicité Divine sans passer par les Cases purgatoire des Ronces et des Épines Urticantes, les CREUx. L’intention sous-jacente tentait d'accréditer la réalité des miracles pour rendre Ève et Adam dépendants de l’espoir de décrocher des tickets gagnants qui les exemptent d’une dépense en sueur de front toujours excessive à leur goût.
Las, les femmes et les hommes qui, par définition, avait du dieu en eux, instauraient déjà par eux-mêmes et pour le profit en dispute de quelques-uns, des systèmes de loteries nationales, de tontines et autres procédés pour gagner plus vite ce qu’ils ne méritaient plus à la sueur de leur front alors que cela figurait explicitement dans leur Contrat de Sortie du Jardin d’Éden ! Particulièrement à la fin de ce Siècle Vingt, les humains accordaient plus de confiance aux crédits bancaires et aux montages financiers qu’au verbe divin. La TOC tomba en désuétude et nombre de fées du CHU rejoignirent les FUCKs résignées.

Parce qu’il se méfiait de la malignité des humains qu’il connaissait bien, et pour cause puisqu’il affirmait en être à l’origine, le Gardien avait bordé l’Éden d’un désert infranchissable pour que l’humanité expulsée ne vienne lui présenter des revendications intolérables au nom de leur vieille amitié et de leur consanguinité allait-elle jusqu’à blasphémer.
Mais les chambardements de la C2G n’affectaient plus seulement la Terre. Le Ciel devenait encombré d’avions, de drones, de satellites et de plateformes mises en orbite tant et si bien que les navigations féériques devaient composer désormais avec cette réalité et déposer en avance leurs plans et demandes d'autorisations de vols. C’en était fait de leur souveraineté en matière d’interventions intuitives et spontanées.
Le maître de l’ADN ne maîtrisait plus l’environnement de son Jardin d’Éden. Ses créatures se contrefichaient de s’adresser à lui pour quémander quoi que ce soit tant elles se prétendaient capables de réaliser ces quoi-que-ce-soit du fait de leurs propres savoir-faire et de leur efficacité technico-pléthorique. Ce n’était guère qu’au moment de mourir, ou lors de la disparition d’intimes, qu’en ingrats patentés, ils se révoltaient en exigeant de lui qu’il renverse le cours du temps, ou qu’il fasse un miracle, alors qu’ils avaient eux-mêmes créés les procédés athées qui plombaient les capacités des fées à en réaliser !

Devant l’inflation effrénée des produits, des services et des sévices de toutes sortes, la ligne de défense de la quiétude du Jardin d’Éden, où patrouillaient les fées, se mitait et elle se perfusait des menées agressives d’une contamination et d’un encombrement sauvages progressant inexorablement à travers le désert vers les hauts murs jusque-là inaccessibles du Jardin. Un nombre toujours croissant de fées désertait la Terre sous prétexte de régénérer leur beauté plastique dans des fleuves célestes de miel et de lait. Les FUCKs se contrefichaient de plus en plus ouvertement des injonctions du Gardien.
Même en augmentant le tempo des actes charitables et en recourant aux transports les plus modernes, les rescapées du CHU s’épuisaient. Certaines d’entre elles, désespérées et écartelées entres mille fours et cent mille moulins, partaient exténuées en fumée ou s’exilaient dans les nuées polluées pour se réfugier dans un irresponsable incognito. D’autres se faisaient porter pâles en vue de se faire soigner dans des hospices pour fées tenus par des fées, ce qui diminuait plus encore la main d’œuvre pour les travaux de fées qui, eux relevaient d’une mission historique...
Les fées palissaient, les fées s’évanesçaient au point de ne plus assurer leurs permanences et urgences de nuit. Le Gardien pouvait de moins en moins compter sur elles tant leurs exigences légitimes de récupération leur consommaient de temps. Le matin, elles émergeaient péniblement à des heures de plus en plus tardives et se retrouvaient découragées et épuisées en début de soirée soit au moment du pic quotidien de la demande de soins ! Les plus fondamentalistes des FUCKs disparaissaient dans une retraite éternelle et sans retour dans les bouquins de la Bibliothèque du Gardien.

L’heure était à la déboussole. Jusqu’au nord magnétique menaçait de se mettre en grève devant l’irrespect patenté des humains. L’Univers se révoltait, l’oxygène se raréfiait et jusqu’au trou de l’ozone se dilatait sans cesse. C’est alors qu’un inventeur génial, Monsieur Perlimpinpin, un ange déchu reconverti au service du Gardien, suggéra de prendre le problème sous un autre angle et de créer... la Fée à l’Envers, ce nouveau type d’être céleste apte à contrer la croissance folle et les hybridations démoniaques de la Confusion Globale Galopante.
Aux abois, le maitre de l’ADN fut vite convaincu par les arguments de Monsieur Perlimpinpin, mais avait-il le choix pour espérer reprendre la main sur le destin des femmes, des hommes, de leurs hormones, et puis surtout de la planète. Le concept clef de la Décroissance devait assurer la reconquête de son rang de père tout puissant et du destin qui, à ses dires, était le sien.
Le principe était simple. Puisque les déséquilibres de l’expansion généraient des tonnes d’absurdités, il fallait inverser, retourner la tendance et remettre les pendules à l’heure des canons de la Bibliothèque Initiale de l’Éden qui incarnait l’orthodoxie d'une Harmonie Immobile. C’est ainsi que Vacuum fut engendrée, non tant d’une côte ou d’un peu de boue prise quelque part sous un pommier du Jardin, mais d’une pensée soufflée par celui qui se prenait pour dieu. Création innovante, directe et sans intermédiaire, la naissance de la Fée à l’Envers s’inspirait de celle d’Athéna sortie du crâne de Jupiter sous la hache de Vulcain. Le Gardien se sentait flatté par un tel rapprochement.

Avant d’entrer dans le détail de la feuille de route de Vacuum, au petit nom de Fale, la première et l’unique fée à l’envers de l’Univers, revenons un instant sur la fable tronquée de la mise à la porte d’Adam et de Ève par le Gardien de la Bibliothèque qui se prenait pour dieu. On sait que l’histoire, toujours écrite à la sauce du présent par les chroniqueurs du moment, justifie, filtre et oriente plus qu’elle ne relate fidèlement, et l'un de meilleurs exemples en est sans doute la création de l’homme et de la femme.
Quelle extravagance que cette inanité de la côte d’Adam, lamentable et déplorable erreur d’un mauvais traducteur ! Soyons sérieux, une côte, on peut la mettre au four, on peut la cuisiner, au besoin la mijoter tendrement avec des aromates, quelques oignons et autres condiments, mais de là à en faire une femme, pourquoi se forcer à croire des choses aussi peu raisonnables grands dieux ! Dans un souci louable et totalement désintéressé de véracité, renouons avec la réalité des faits tels qu’ils se sont déroulés avant que le Gardien dans sa chronique exclusivement produite, commentée et célébrée par Lui-même ne l’ait édulcorée à son avantage pour estomper son imprévoyance quant à la pandémie de C2G.

À SUIVRE 5e épisode.
Quand pour tromper son ennui, le Gardien créait Ève et Adam de la boue du Jardin.
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