3e épisode. VACUUM. La Fée à l'Envers. L'inflation d'ADN bouleverse les équilibres sur Terre et en Éden

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Auteur-compositeur-interprête en tous genres. Nouvelles, romans, poésie, stratégie, blues, rocks et ballades https://www.youtube.com/user/FayardPierre  [+]

Lorsqu’Adam et Ève furent délogés du Paradis parce que celui qui se prenait pour dieu, soit le Gardien de la Bibliothèque, ulcéré leur jetait des pierres par milliers, l’humanité ne comptait que de quelques dizaines d’individus. Même envieux les uns des autres, cupides et prévaricateurs à tous crins, ils disposaient de suffisamment de temps et d’espace pour s’isoler et faire les enfants qu’ils voulaient dans les recoins du jardin qu’ils fréquentaient suffisamment loin du Gardien jaloux de la Bibliothèque, le maître exclusif et ombrageux de l’ADN des espèces.
À cette époque, les fées étaient des êtres célestes plutôt cool qui se la coulaient douce selon des échéances nonchalamment paradisiaques. Les fées avaient le temps. Dans une absence d'adversité et de difficultés notoires, une branche dégénérée a créé les Naïades, ces êtres si paresseux, presque désincarnés, qui se contentent d’onduler dans le courant des fleuves et le frémissement des étangs. D’autres se firent nuées, évanescences que l’on distingue à peine dans les nuages...
Cela ne mettait pas vraiment en cause la pérennité de la feuille de route des fées, au demeurant assez nombreuses pour pallier les insuffisances humaines, transformer les méchants en enfants sages, les ogres en princes charmants et les vieilles rombières aigries et acariâtres en donzelles charitables ou en postules scotchées aux bénitiers afin qu'elles ne puissent plus médire en toute liberté.

En vérité, l'origine de la Confusion Globale et Galopante incombait pour partie au Gardien qui avait décidé de l'exil des humains comme nous allons le voir plus loin. Chassés des harmonies immobiles et suffisantes de l’Éden, ceux-ci se virent contraints de se défendre seuls des bêtes féroces, des contraintes climatiques et des menées querelleuses ou bien concupiscentes des uns envers les autres. Pour démultiplier leurs capacités, eux qui étaient sans poils, sans crocs ni griffes et qui ne courraient pas très vite, s’engagèrent dans une prolifération scientifique et technique qui engendra à terme des saturations et des montagnes de déséquilibres. Faibles et dépourvus de tout, les descendants d'Ève et Adam durent inventer, innover, puis systématiser pour faire la nique au Gardien pour lui faire entendre qu'ils se débrouillaient très bien sans lui pour se construire par eux-mêmes un Paradis sur Terre, alors qu'ils le considéraient, en définitive, comme un simple administrateur.
Effet collatéral fatal, l'activité des fées connaissait des cadences infernales pour transformer et adapter, contenir, circonvenir, arbitrer et trancher... jusqu'à ce que les rythmiques productivistes exponentielles les submergent. Contrainte de mettre les bouchées doubles pour transformer et adapter, contenir et convertir, arbitrer et trancher, tout en douceur cela s’entend, ce qui occupait plus que l'intégralité de leur temps.. Aux débuts, sans se départir de leur sourire entendu et fendu, et jamais prises de court, leur sagacité et leur longue expérience les rendaient suffisamment expertes pour anticiper et solutionner les dysfonctionnements sur Terre avant qu’ils ne se transforment en épidémies galopantes jusqu’à perturber le calme du Jardin d’Éden où le Gardien, qui ne voulait plus rien savoir des humains, s’était barricadé.
"Chacun chez soi et Moi pour tous si ça leur chante", persifflait-il alors qu’Adam, Ève et la smala de leurs enfants enfin le quittèrent ! Mais aux alentours du de la fin du deuxième millénaire après J.C., même s’il n’est guère en odeur de sainteté que de se l’avouer, il fallait bien reconnaître que l’humanité marquait des points sur le créateur en matière de maîtrise des horloges. Les modifications majeures qu’elle imprimait à son environnement au fil de ses générations successives, l’incitait à se prendre de plus en plus pour dieu dans son pouvoir de décider qu’une chose soit pour qu’elle le devienne aussitôt ! C’est ainsi que les Plus Lourds que l’Air comme on les appelait à l’orée du vingtième siècle, devinrent des avions de lignes, ou que la machine à laver fit gagner des trésors de temps aux humains. Et les exemples étaient bien trop nombreux pour être cités par le détail.

À l’origine de ce chambardement, un prophète franco-hollandais, Monsieur René Descartes, s’était rendu célèbre par sa formule qui ne proposait rien moins que de rendre l’homme "comme maître et possesseur de la nature". Depuis cette injonction, la perspicacité de l’humanité n’avait connu ni de cesse ni de limites, au point qu’elle parvint à percer jusqu’au secret de l’ADN dans la deuxième moitié du Siècle Vingt. Cela persuada le Gardien de la Bibliothèque de la nécessité de reconsidérer son attitude à l'égard des descendants d’Ève et d’Adam. Désormais, ceux-ci lui imposaient à lui l’Omniscient pour qui les choses devaient demeurer éternellement à l’identique, des cadences infernales car il lui revenait de patenter les codes génétiques des inventions à l’origine desquelles il n’était pas.
Mais que vient faire Vacuum dans tout cela, qu’elle est le rôle de la fée à l’envers, et pourquoi donc l’avoir conçue pour une existence aussi brève? Dans le nouveau paysage terrestre, ce n’était plus seulement les règles, consignées initialement par le Gardien de la Bibliothèque, qui disaient s’il allait faire beau, froid ou chaud, ou si la prochaine récolte de cerises serait bonne. Un nouveau monde qui ignorait Celui qui se prenait pour dieu, croissait et prospérait, et les déséquilibres s’y accumulaient dangereusement car les hommes comme les femmes défendaient individuellement leurs intérêts sans souci d’harmonie générale. Et même si le Gardien ne voulait plus rien savoir de son humanité déchue, les fées l'alertèrent lorsque qu'apparurent des fruits jusque-là inconnus comme les brugnons et les nectarines dont les codes génétiques, le précieux ADN, ne figuraient pas dans la Bibliothèque Céleste du Gardien, en sus de la machine à vapeur, du moteur à explosion, des fusées et des ordinateurs...
La liste des nouveautés et des excentricités s’allongeait de manière exponentielle alors que le maître de l’ADN, qui se prenait pour dieu, n’entendait en rien abdiquer de ses fonctions et ses prérogatives. En conséquence, il s’obligeait à tout enregistrer dans sa Bibliothèque du Septième Ciel à un point tel qu'il dû faire appel à des stagiaires bénévoles pour actualiser ses bases de données. Cela suscita un vrai scandale chez ses comparses les Célestes, et jeta un doute sur leur toute puissance à en faire écrouler de rire Lucifer et ses cohortes paillardes et infernales. Les hommes et les femmes créaient à tour de mains, de bras, de robots et de cerveau bientôt artificiels, et Celui qui se prenait pour dieu enregistrait passivement !

C’était à ne plus rien comprendre. Une remise à l'ordre des pendules célestes s’imposait même si l’humanité dans sa prétention sans bornes se refusait à admettre qu’elle en pâtissait, elle aussi, en silence. Dans cette inflation effrénée des êtres et des choses, des services et des produits, des pêchés et des thérapies, le Gardien de la Bibliothèque non seulement perdait la maîtrise des horloges au profit d’humains totalement irresponsables, mais aussi son empire sur un espace de plus en plus encombré de trouvailles dont il n’avait que faire. Transformer, mais la place venait à manquer. Engendrer, mais la place venait à manquer. Donner, mais la place venait à manquer. Le monde étouffait de trop pleins qui cohabitaient avec des indigences en contraste affligeant jusqu’à la désespérance.
En dépit des cadences diaboliques que s’imposaient à présent bon nombre de fées du Canal Historique Unifié, le CHU né alors qu’Ève et Adam commençaient seulement à gratter la terre à la sueur de leur front, la continuité du service de l’allégement des tares et des vices s’essoufflait. La densité des cauchemars augmentait à vue d’œil, tout le monde en produisait en avalanche sans égards pour leurs conséquences. Les guerres gagnaient hardiment en efficacité mortuaire, les orphelins pullulaient, les vengeurs se vengeaient et nourrissaient d’autres générations de vengeance...
Et en dépit de ce constat accablant, les adeptes de Monsieur René Descartes continuaient à concevoir et engendrer sans s’encombrer d’aucune moralité ! Ils ne se considéraient même plus "comme maîtres et possesseurs de la nature", mais en véritables propriétaires exclusifs de celle-ci et travaillaient déjà à leur immortalité personnelle. En d’autres temps, cela aurait bien fait rire le Gardien qui savait d’expérience comme on pouvait s’ennuyer à mourir en étant éternel, mais c’est une autre histoire...
Venons-en à présent à l’échec des fées traditionnelles du Canal Historique Unifié (CHU), qui fut l'élément déclencheur de la naissance du prototype Vacuum avec les spécifications que l'on connait.

À SUIVRE. 4e épisode :
Face à la Confusion Globale et Galopante, la déroute féérique du CHU
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