4
min

Vacances à Saint Cloud.

Image de Alain Derenne

Alain Derenne

57 lectures

13

Une année pour les vacances nos parents avaient loué une villa à
Saint-Cloud, un petit coin plutôt désert, et perdu dans les bois, sauf
le dimanche, car les bois autour de Paris sont sans mystère et de ce
fait, nous avions de la compagnie.
Pas loin de la villa, nous avions remarqué une petite chaumière
vous savez une petite maison de garde forestier avec un aspect un
peu délaissé et un jardin clos par de mauvaises palissades, cette petite 
chaumière donc était habitée par un vieux monsieur vêtu de façon pauvre,
mais d'un port et d'une allure distinguée, un détail nous avait frappés
avec mes frères, le vieux bonhomme que nous avions croisé avec son
chapeau sur la tête nous apparut avec un pauvre visage qui portait
plusieurs balafres, il était couturé, plein de cicatrices, son nez était
tailladé, défiguré enfin, il était laid à faire peur*...
Le bonhomme semblait enfermé dans une très ancienne douleur, une
de ces peines qui en jouant avec les mots, défigure à jamais un visage
humain, et dès qu'il apercevait quelqu'un, sur ce visage se dessinait
une terrible sauvagerie...Il semblait en vouloir à la terre entière,
mais de quoi ?
Un mystère planait autour de lui, et doucement, nous nous mîmes en
mode « club des cinq » mais à trois.
Un chien, un molosse gardait le seuil de la maisonnée et ses aboiements
semblaient vouloir dire aux passants :
_ Ici, c'est chez moi, on n'entre pas ! Ouaf ! Ouaf !
Pourtant rien ne nous permettait de penser ou de soupçonner le bonhomme
d'être un auteur de mauvais coups qui par la suite, serait venu en ce lieu
retiré pour se cacher, à le voir il inspirait plutôt de la compassion avec
sa démarche peu sûre et son dos vouté, oui, plutôt un grand malheur que
de vilaines actions.
Pour nous, curieux et à la recherche d'aventure, pour donner du piment à
nos vacances, nous nous fîmes tout un film, nous montions tous les jours
une garde féroce autour de ce que nous appelions désormais la maison du
balafré.
Nous apprîmes en ville que le bonhomme habitait là depuis plus de vingt
ans et même qu'il était marié, une femme que nous n'avions jamais vue,
normal nous dit-on, elle ne sortait jamais...
Pourquoi ? fut la question que nous nous posâmes dès lors.
On nous dit aussi que le couple ne recevait jamais personne et qu'ils
vivaient certainement de rentes ou de revenus quelconques, les gens ne
savaient pas trop.
Le boulanger lui nous dit que ce devait être des avares richissimes...
spéculations gratuites.
Le balafré, c'était ainsi que nous avions surnommé sa maison et lui-même,
nous adressait toujours de bons regards, un jour ou nous étions accroupis
derrière la palissade de son jardin à le surveiller, il nous fit signe de la main,
nous appela et nous donna des fleurs pour nos parents, nous étions surpris,
il nous invita même à venir prendre un chocolat chez lui :
_ Ma femme serait heureuse d'avoir un peu de visite.
Ce fut un très bon après-midi, sa femme était pleine de joie de nous voir,
elle fut intarissable, parla beaucoup, nous posa des tas et des tas de questions
nous repartîmes heureux de cette visite, avec dans un petit sachet des biscuits
maison.
Après cela, souvent lorsqu'il nous apercevait, il nous saluait avec un grand
sourire.
Or un jour où nous passions près de la maisonnette, on entendit des cris et
une voix de femme qui appelait au secours !
Rapidement, nous nous rendîmes compte que le balafré était absent, alors
comme un seul homme nous sautâmes la fragile barrière qui sous le poids
de nous trois se coucha au sol, nous pénétrâmes en trombe dans la bâtisse,
le chien nous reconnut, nous fit la fête tout en poussant des jappements
plaintifs et larmoyants, les cris venaient de la cave où la femme du balafré
gisait étendue sur le dos, une jambe avec un drôle d'angle, jambe qui avait
été brisée dans sa chute en voulant descendre, la fracture était handicapante,
mais ce n'était pas une fracture ouverte, il n'y avait pas de sang, mais un très
gros hématome qui nous fit un peu peur, elle ne pouvait même pas se traîner
jusqu'aux escaliers pour essayer de se sortir de ce lieu.
Elle appelait depuis, nous dit-elle la veille au soir, le balafré s'étant absenté
deux jours elle n'avait qu'une peur c'est de ne pas le revoir, comme ces
heures avaient dû être très pénibles pour elle, là dans cette cave, sans
secours, sans rien que la solitude d'un vide et le chien qui jappait en faisant
des aller et retour avec le rez-de-chaussée, un chien nous dit-elle aussi qui
avait bien essayé de la tirer vers l'escalier, mais sans succès...
Avec un sourire elle nous remercia, nous les «petits fouineurs», et était
heureuse que nous l'ayons entendue crier et soyons venu l'aider.
Bientôt elle fût soignée, sa fracture réduite et revint chez elle, dans son lit,
notre maman venant lui tenir compagnie avant que le balafré ne rentre de
son absence...
Lorsqu'il rentra, il nous parut très contrarié, mais nous remercia avec un
sourire ressemblant à une grimace mais nous pria, notre maman et nous de
passer voir sa femme qui allait tellement s'ennuyer.
A nous trois nous en vînmes à nous dire que l'ours balafré avec ses airs
renfrognés s'apprivoisait lentement.
Je me souviens que ce fut peu de temps après son accident que la femme du
balafré m'attira près d'elle :
_ De ne pouvoir depuis de si longues années conter à âme qui vive ce que je
vais te dire petit fouineur, cela m'étouffe, mais je vous aime bien , toi et tes
frères, je vais donc te confier le secret de cette maison et de mon mari.
Très bas elle me narra son histoire, leur histoire...Un mariage d'amour que le
leur, Paul (le prénom de son mari) était si gentil, si coquet, si attentif, si...
enfin, il avait une bonne place, il travaillait comme un fou pour qu'un jour
avec nos économies nous puissions acheter la maison de nos rêves, il pensait
souvent à nos vieux jours...la vie était belle et pleine de surprises, sauf qu'un
jour, la surprise se transforma en cauchemar, nous étions au bal «la Bastoche»
rue de Lappe près de la Bastille, à cause de moi et d'une bande de mauvais
garçons il en vint à se battre à un contre quatre, il résista un bon moment, mais
perdit pied, c'est ce soir-là qu'il fut battu sauvagement et eut le visage tailladé, il faut
que je te dise que dans la boîte beaucoup de jeunes femmes l'avaient surnommé
gueule d'ange, je n'étais pas jalouse, ce n'était que des paroles, nous nous
aimions...le chirurgien à l'hôpital avait fait des miracles, mais il avait reçu
tellement de coups de couteau sur le visage, qu'il ne s'en est jamais remis,
voilà la raison de notre retraite dans cette petite maison en plein bois...
Je la laissais avec son chagrin, heureuse peut-être d'avoir pu se décharger
du poids de toute cette tristesse, oui, l'histoire était triste et je comprenais
aujourd'hui le pourquoi de leur retraite.
Et nous qui étions venus empiétés sur leur histoire, dans leur vie, dans ce
monde qu'ils s'efforçaient de garder secret...
Nous ne sommes jamais revenu à Saint-Cloud , dans ce bois, près de cette
petite maison où nous avions passé des vacances pleines de rebondissement,
Une drôle d'histoire, j'ai souvent repensé au balafré et à sa femme, comment
avait été la suite de leur vie, tranquille sans la bande de petits fouineurs, qui
avaient débarqué sans crier gare...
je ne le saurai jamais....
là, j'ai un peu forcé le trait...euh ! pardon.
13

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
On a souvent des surprises quand on va voir l'envers du décor !
Mais au cours de ce récit, vous nous faites craindre le pire en jouant avec nos nerfs d'habile façon, Alain ! ;)

·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
C'était voulu; hi hi hi (Hitchcock)
·
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Ah bôôôônnnn ? Je coyais que c'était un coup du zazard ;)
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Oui, je rigole. Bonne soirée
·
Image de Thara
Thara · il y a
On connaît son histoire maintenant, on ne peut que comprendre sa retraite avec sa femme 📖
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci Thara, bonne soirée
·
Image de Chloé Goupille
Chloé Goupille · il y a
Pauvre Paul, ce n'est pas l'histoire que c'étaient imaginé les petits fouineurs mais l'imagination des enfants les emmène rarement sur le bon chemin..
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci de ton passage sur mon Histoire Chloé
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Merci Alain, je découvre à l'instant cette histoire aux accents tragiques, le mauvais sort qui s'est acharné sur Paul le Balafré, et tout le charme de la vie en banlieue parisienne lorsque c'était encore la campagne ! Merci d'être passé sur ma page découvrir et soutenir mes écrits comme chaque fois et j'apprécie grandement ta fidélité à me lire.
Ton histoire a vraiment du charme, du talent ! Petite rectif, "battu à mort", non, il n'est pas mort, "battu sauvagement" serait plus juste.

·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Comme tu as raison Fred pour sauvagement , merci à toi aussi , bonne soirée
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Bonne soirée Alain :-)
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Rectif faire, merci Fred
·
Image de Dranem
Dranem · il y a
Un parfum de Maupassant dans ce texte... à l'époque c'était la campagne aux portes de Paris... je pense à cette chanson que vous devez connaître : "dans ma péniche au pont de Saint -Cloud, on est pas riche mais on s'en fou ", à bientôt de nos lectures !
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Oui, grand merci Dranem, bonne soirée et à + en lecture de texte
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une histoire bien tournée qui nous apprend à ne jamais se fier aux apparences !
Bravo, Alain ! Une invitation à découvrir “Justice for All” qui est en compétition.
Merci d’avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/justice-for-all

·
Image de Daniel Nallade
Daniel Nallade · il y a
Pour l'histoire et ma ville de naissance!
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci de ton passage Daniel, bonne journée
·
Image de Isabelle Lambin
Isabelle Lambin · il y a
Ce petit trio a apporté un peu de joie dans la vie de ce couple. Lui aussi, certainement, pendant longtemps, s'est demandé ce que les fouineurs étaient devenus.
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci de ton passage à St Cloud Isabelle, bonne soirée
·
Image de Isabelle Lambin
Isabelle Lambin · il y a
Bonne soirée Alain :o)
·
Image de Ginette Vijaya
Ginette Vijaya · il y a
Triste histoire ! le club des cinq c'était mes premières vraies lectures d'aventurière !
·
Image de MCV
MCV · il y a
On sent là un vrai grand plaisir de conteur!
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci et oui, j'aime bien ce type de narration dans l'écriture...
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

Il n'était que cinq heures et le soir montait déjà, un de ces soirs de fin septembre, délicats et pâles, aux transparences ouatées de brumes et de mélancolies. Albertine ouvrit la fenêtre,...

Du même thème

NOUVELLES

L’embarcation de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de...