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Une journée ordinaire

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Ma très chère June,

Je ne saurais te dire à quel point ta lettre nous a fait plaisir à Matty et moi. Nous sommes extrêmement heureux que malgré un emploi du temps chargé, tu aies pu te libérer une semaine entière pour nous rendre visite. Les enfants ont bien évidemment sauté de joie à l'annonce de la nouvelle. Sulli a toujours eu beaucoup d'affection pour toi et même si Sofia n'en dit rien, vivre loin de sa marraine lui pèse un peu.

Je devine que tu t'inquiètes un peu de nos conditions de vie. Tu n'es d'ailleurs pas la seule. Jela et Jaken, par exemple, ont déjà manifesté la même crainte : comment diable peut-on vivre si loin de la capitale? Divinement bien, crois-moi ! Le rythme est plus lent et nos journées peuvent paraître bien fades à celles et ceux qui connaissent l'agitation des grandes agglomérations mais nous ne reviendrions en arrière pour rien au monde.

Prends la journée d'aujourd'hui, par exemple. Alors que je partais au bureau, Plume, le fils des voisins, a déboulé devant le capot de ma voiture. Heureusement, je ne roule jamais vite dans les allées de la résidence et j'ai pu freiner à temps. J'ai vu qu'il avait pu attraper son bus. J'imagine qu'il s'est fait sermonner par le chauffeur, qu'il a promis de faire un effort et qu'il sera encore en retard demain matin. L'un des avantages à vivre ici est que tout le monde connaît tout le monde. Jamais le chauffeur du bus scolaire ne partirait tant que tous les enfants ne sont pas là, mais il y aurait toujours quelqu'un pour l'avertir si l'un d'entre eux devait ne pas venir. Mais revenons à la journée d'aujourd'hui.

Les dernières élections locales ont amené beaucoup de changements dans les équipes municipales et les nouveaux élus sont arrivés avec de grands projets : un rond-point ici, la rénovation de la distribution d'eau là ou le développement des réseaux de communication. Il faut donc composer entre les déviations et les routes à circulation alternée, ce qui génère quelques bouchons supplémentaires.

La journée au bureau s'est presque bien passée. Presque car l'après-midi a été consacré à la réorganisation des services d'accueil. Je suppose que tu connais les mêmes problèmes dans ton service : une réforme administrative qui suscite beaucoup d'interrogations, un flux massif d'usagers et des locaux trop exigus pour les recevoir tous. Dans l'impossibilité de repousser les murs, inutile de te dire que nous n'avons pas beaucoup avancé sur la question !

Lorsque je suis rentré à la maison, Sofia m'est littéralement tombée dessus depuis la branche où elle était perchée en poussant un grand cri pour me faire peur. Elle aurait peut-être réussi si je ne l'avais pas entendue pouffer de rire depuis la grille du jardin. Sulli était chez les voisins à jouer au pongball avec Plume. Enfin, officiellement, car je n'ai jamais entendu dire que la règle du jeu autorisait les empoignades et les courses-poursuites auxquelles se livrent généralement les deux garçons au cours de leurs parties. De son coté, Matty avait aménagé un nouveau parterre de fleurs et préparé un de ces ragoûts de musaraigne dont elle a le secret.

Quand je lui demande comment elle arrive à caser tout ce qu'elle fait dans une journée, elle me fait un grand sourire et elle me répond qu'une bonne sieste au soleil lui donne toute l'énergie dont elle a besoin. Parce qu'en plus du reste, elle trouve encore le temps d'une sieste ! Sans doute pourras-tu m'aider à éclaircir ce mystère : est-ce une compétence qui lui est propre ou est-ce toute la gent féminine qui est capable d'organiser sa journée de manière aussi efficace en gardant le sourire jusqu'au soir ?

Comme tu le vois, nos journées sont des plus calmes et des plus ordinaires, mais c'est ce dont nous avions besoin tous les quatre. Surtout, nous sommes heureux d'être ici et d'y être ensemble. Ce qui ne nous empêche pas d'attendre ta venue prochaine avec impatience. Pour l'heure je t'embrasse très fort et t'adresse les plus affectueuses pensées de toute la famille.

Ton vieil ami, Muff.

PS : Un dernier incident est venu clore cette journée. Toute la famille était couchée : Matty feuilletait des magazines de jardinage, j'avais le museau dans un roman et les enfants étaient censés dormir chacun dans sa chambre. Je dis « censés » car la frimousse de Sofia est apparue à la porte de notre chambre. Notre jeune demoiselle n'arrivait pas à dormir. Matty dit que c'est parce que Sulli lui a encore farci le crâne avec des histoires d'humains horribles et méchants qui allaient venir la dévorer. A son âge, ta filleule doit pourtant savoir que si les humains ont jamais existé, il y a longtemps qu'ils ont disparu et qu'ils ne reviendront pas pour manger une petite chatte, même si elle n'est pas toujours bien sage. Quant à moi, je pense qu'il s'agit d'une sorte de caprice encouragé par l'arrivée prochaine de sa marraine tant aimée. Je te l'ai dit, tu lui manques. Quoiqu'il en soit, nous lui avons dit qu'elle pouvait rester avec Papa et Maman. Elle a poussé un grand « Youpi !!! » et a sauté sur notre coussin. Elle a ronronné un moment puis s'est endormie.
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