Une E-Stoire stupéfiante (part 6 et fin)

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― Merci pour ça aussi, dit Marc. Qu’est-ce qui va se passer pour lui ? Est-ce qu’il va se remettre? Je veux dire...
― Demain matin il aura tout oublié. Il n’a lu l’histoire sur son e-book qu’une seule fois. C’est insuffisant pour laisser des traces à long terme, assura Harry.
Aucun nouveau cas de stupéfiant électronique de catégorie quatre ne fut signalé au cours des trois semaines suivantes. Le cours des actions Syber ne souffrit pas trop de l’épisode et, aussi incroyable que cela puisse paraître, la liaison entre Syber et Lamande demeura secrète. En tous cas, aucun journal ne publia d’histoire. Marc (et peut-être Leboulanger) était le seul à savoir.
― Comment va Cyril ? demanda Leboulanger.
― Il enrage toujours ses profs avec ses questions. Mais pour le reste, il va bien. Merci de demander.
― Aussi étrange que ça paraisse, ce type de chez SyberMonde, Harry, m’a affirmé qu’il avait détruit le stupéfiant électronique par erreur ! Je crois qu’il m’a pris pour un con. Mais je suppose qu’il a ses raisons. Et puis après tout, ça me convient parfaitement.
― Vous avez un autre rendez-vous avec le divisionnaire ce matin, boss ? demanda Marc pour détourner la conversation.
― Comment est-ce que vous savez ça, Lassy ?
― À cause du croissant au chocolat sur votre bureau. Vous n’y avez pas touché !
Juste après son déjeuner, Marc rendit visite à Harry. Une visite assez délicate puisqu’Harry avait deviné, au moins en partie, ce qui s’était passé. Mais il n’y fit aucune allusion. Il était bien trop excité par l’idée qu’il avait eue concernant un nouveau mode d’écran pour les e-book.
― Comme je vous l’ai dit l’autre jour, je pourrais même créer ma propre entreprise. Avec ce brevet, ma fortune serait faite. Il faudrait juste que je lève suffisamment de fonds pour démarrer, dit Harry.
― Syber va pouvoir vous aider, répondit Marc. Il est assez riche pour ça !
Harry fit une moue.
― Non ? Moi je suis certain que Syber sera enchanté au contraire. Tout ce que vous avez à faire, c’est de lui demander, ajouta Marc.
― Vous ne connaissez pas Syber !
Marc sortit son portable et composa un numéro.
― Allo, Syber ? C’est Lassy. Comment ca va cher ami ? Inutile de répondre, parce que pour tout dire, je m’en balance. Je suis avec quelqu’un qui a besoin de vous. C’est un service que vous ne pouvez pas lui refuser. On en a parlé hier. Vous vous souvenez ?
Marc se tourna vers Harry et lui passa le portable.
― Dites-lui combien vous voulez pour démarrer. Et n’oubliez pas de dire « s’il vous plait. »
Harry lui fit signe qu’il était fou. Mais Marc insista et lui mit le téléphone dans la main.
― Monsieur Syber. Je suis désolé de vous déranger... Pardon ?... Vous êtes sérieux ?... Oui monsieur, bien sûr. Je n’arrive pas à y croire. Je prépare les papiers, monsieur Syber. Vous n’aurez qu’à signer... Combien ? Je suppose qu’avec...
Marc montra trois doigts et articula un mot qui horrifia Harry.
― Je pense que trois millions... ?
― N’oubliez pas de dire « s’il vous plait », murmura Marc.
―... S’il vous plait.
Harry rendit son mobile à Marc et faillit tomber dans les pommes.
― Il m’avance trois millions d’euros, Marc. Il faut que je m’assoie.
― Je vous l’avais bien dit. Il suffit d’être poli. Je vais rentrer maintenant. Je dois passer à la librairie et ensuite j’ai un rendez-vous important.
― Une femme ? demanda Harry avec un sourire.
― Une femme, oui.
Marc n’était pas un habitué des librairies et les librairies le lui rendaient bien. Il gonflait ses joues, tournant la tête à droite et à gauche.
Relax nom d’un chien. Le surveillant va finir par penser que tu cherches à piquer un bouquin.
― C’est toujours difficile de choisir, n’est-ce pas ? Quel âge a votre enfant ? demanda une voix féminine dans son dos.
Marc en sursauta presque.
― Euh... Mon garçon a sept ans.
― Alors ce n’est pas le bon rayon, lui indiqua la jeune femme. Ici, ce sont les livres pour les enfants de quatre à six ans qui commencent juste à lire. Vous devriez plutôt aller voir de l’autre côté. Tenez, j’ai choisi Hivernatien Minimus contre Garr Gorr pour ma fille, et elle a le même âge que votre fils. Je suis certaine qu’il aimera ce livre.
― Hivernatien Minimus... Oui, je vais prendre celui-ci aussi. Merci madame... ?
― Amandine. Amandine Jamet. Je viens d’emménager en ville. Ravie de vous rencontrer.
― Marc Lassy. Enchanté. J’habite Garville depuis toujours. Alors si vous avez besoin d’un guide...
― Merci pour l’offre. Je suppose que nos enfants iront à la même école.
Marc rougit malgré lui.
― Cyril... Cyril fréquente une école spéciale, pour dire la vérité.
Cela ne sembla pas troubler la femme plus que ça.
― Mais Garville n’est pas bien grande, alors d’une façon ou d’une autre il y a fort à parier qu’on se reverra, dit-elle. Et puis vous et votre épouse, vous pourrez venir prendre un café un de ces jours, en voisin. J’habite à deux pas d’ici, rue des Charmes.
― Je suis divorcé, mais je viendrai pour le café avec plaisir, dit Marc. Je connais bien la rue des Charmes.
Lorsque la femme aux jolis yeux verts et au parfum si doux fut sortie, Marc revint au rayon où il l’avait rencontrée, et choisit deux ou trois des livres qui s’y trouvaient. Maintenant il avait une autre course urgente à faire.
Au Désir du Jardin Marc choisit les fleurs qu’il achetait toujours pour cette occasion
― Je prendrai vingt de ces roses rouges, dit-il.
La jeune fille qui travaillait de temps en temps chez ce fleuriste pour se faire un peu d’argent de poche au noir, lui fit un bouquet. Marc paya et ressortit. Direction la Place des Forains.
Il faisait beau temps. Un temps idéal pour un anniversaire, et Marc laissa sa Peugeot près de la grille d’entrée. Émile, le gardien, était là avec exactement autant de cheveux qu’il en avait quand Marc l’avait vu pour la première fois, presque dix huit ans auparavant. Émile était chauve.
― Salut Marc ! Belle journée, hein ? Dites, elles sont jolies vos roses. Vot’ sœur va adorer.
― Je crois, oui.
Marc passa la grille, marcha sur les graviers de l’allée G jusqu’au numéro 11 puis tourna à droite et fit encore quelques pas. Il y était.
― Bonjour petite sœur. Aujourd’hui c’est ton anniversaire. Tu as vingt ans. Regarde, Je t’ai amené des roses rouges. Une pour chaque année. Cyril voulait venir mais je crois que ce n’est pas un endroit pour lui. C’est juste entre toi et moi, petite sœur. Chaque fois que je viens ici, je promets... Que je pleurerai pas... Mais c’est plus fort que moi. J’ai une nouvelle à t’annoncer. Aujourd’hui j’ai acheté des livres. Tu sais, des livres de gosses pour apprendre à lire. Alors tu comprends, bientôt il faudra que je change de boulot, sauf à devenir aveugle comme Leboulanger. C’est drôle quand on y pense, non ? Leboulanger a été nommé parce qu’il y voyait plus rien et qu’il pouvait pas être affecté par ces stupéfiants électroniques. Et Leboulanger nous a choisis, Galdini, Karen et moi, parce qu’on savait quasiment pas lire.
D’ailleurs le BUSTE pourrait bien disparaître d’ici peu. Harry Base, le gars qui travaillait pour Syber, a monté sa boîte. Syber lui a bien gentiment prêté l’argent pour ça. Bon, j’avoue que j’ai un peu fait chanter Syber, mais ce type était pas blanc bleu, et Harry est certain de pouvoir inventer un nouveau type d’écran pour les e-books. Ça résoudrait tous les problèmes de stupéfiants électroniques. Enfin on verra. Bon, je crois... Je crois que je vais y aller maintenant. Promis juré, le mois prochain je te lirai une histoire. Et surtout... Surtout ne fais pas de bêtise, d’accord ? Moi aussi j’ai eu vingt ans, alors je sais de quoi je parle.
Marc se baissa et posa les roses tout à côté de la photo du sourire immense que seul le visage d’une petite fille aux cheveux blonds pouvait retenir.
Nadia Lassy
13 Juin 2014-18 Août 2016
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Jeanne en B · il y a
Une histoire très agréable, un chef qui n'y voit rien et des agents qui ne savent pas lire, bien joué. La fin est touchante. Bonne journée à vous et portez-vous bien
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Robert Dorazi · il y a
Merci pour vos commentaires, Jeanne.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un pincement au coeur pour finir. Bravo pour cette e-stoire !
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Robert Dorazi · il y a
Merci Patricia.
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Elisabeth Marchand · il y a
Un dénouement vraiment insolite ... j'ai bien aimé l'histoire dans son intégralité.
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Robert Dorazi · il y a
Merci Elisabeth.

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