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Une brève histoire d'amour

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Georgio

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Une brève histoire d'amour

Six heures trente et ce foutu taxi qui n’avançait pas s’inquiétait Joe. Il allait manquer son vol, c’était certain !
- Dites chauffeur, vous croyez qu’on arrivera à temps, dit-il timidement ?
- C’est que ça dépend de ce que vous entendez par à temps, répondit le chauffeur en se tirant sur sa moustache ?
- Huit heures à Newark ..
- Ce s’ra difficile. C’est qu’ça bouchonne ! Et puis j’vous dis pas les jours de pluie, des heures qu’il faut pour aller à Newark! Tenez, regardez-moi cette belle journée qui nous attend. Elle est pas belle la vie ?
Le taxi était à l’arrêt sur US Higway 22, deux minutes, une éternité quand le temps presse. Le chauffeur se retourna vers Joe.
- C’est exactement c'que j'vous ai dit il y a deux minutes, ça va être dur ! C’est presque impossible par là, il y a trop de bagnoles !
- Mais, c’est que...La standardiste des taxis m’a dit que 40 minutes c’était largement suffisant pour Newark.....
- Ta ta ta ! Elles y connaissent que dalle les filles au standard. Mais vous z’en faites pas mon vieux. On va arranger ça, je vais passer par Kenilworth, rien que des petit’rues. C’est un peu mon quartier. Je connais bien.
- Oui ! C'est peut-être une bonne idée si vous êtes sûr.
Sans attendre la réponse de Joe, le chauffeur de Taxi tourna brusquement dans Michigan Avenue, contourna Kawani Park puis emprunta Colonial Avenue à toute vitesse. C’était ça où rater l’avion se disait Joe. Il détestait aller vite en voiture. Ça lui donnait la nausée quand il ne conduisait pas, quand brusquement le taxi pila devant une passante, plantée là au beau milieu de la rue. Elle agitait les bras comme pour demander de l'aide.
- Mais qu’est-ce qu'elle fout au milieu de la rue cette dingue ? Vous êtes complètement cinglée, hurla le chauffeur par la fenêtre ! Vous êtes candidate au suicide ?
- Vraiment désolée chauffeur, excusez-moi. Est-ce que vous pouvez m’emmenez avec vous, je vais à Newark, dit-elle en s’approchant de la vitre du conducteur.
Elle n'attendit pas la réponse
- S’il vous plait Monsieur. Je suis très en retard et il n’y a aucun taxi dans ce quartier ?
Un peu calmé le chauffeur répondit.
- Ecoutez ma p’tite dame, puisque vous êtes encore en vie et si mon client est ok alors moi ça me va. Mais vraiment vous êtes dingue quand même, j'aurai pu vous rouler dessus !
Le chauffeur était troublé, bien conscient d'avoir évité un accident de justesse. Il aurait perdu son emploi et probablement aurait fait de la taule pour homicide involontaire. Sans attendre la réponse, la jeune femme ouvrit la portière arrière, s’adressa à Joe.
- Monsieur, je vous en prie, acceptez. Je vais manquer mon vol. C’est très important pour moi ?
- C’est que... Je ne sais, je suis déjà très en retard et !
- ça ira, dit le chauffeur. On arrivera juste à l'heure si on discute pas une heure sur le macadam !
- Bon d’accord, mais faites vite.
- J’ai juste une valise à prendre à la loge et je reviens dans une seconde.
En un clin d’œil, la jeune femme s’engouffra dans l’hôtel. Une longue minute s’écoula sans qu’elle ne réapparaisse. Joe regrettait d’avoir accepté cette inconnue dans son taxi. Il aurait aimé être tranquille un moment avec tout ces tracas de la veille. C'était raté.
- Mais qu’est-ce qu’elle fiche, dit-il très inquiet ?
- Si dans dix secondes elle se radine pas illico, on se casse mon vieux. C’est vous qu’êtes le client, pas elle ?
- C’est vrai. Je n’aurais jamais cet avion.
- Si vous ratez celui-là vous prenez le suivant, dit-il sans manière. Regardez-moi cette belle journée qui s’annonce.
- Prendre le suivant, vous en avez de bonnes, renchérit Joe. C’est que...
- Tenez, la voilà vos nana !
- Vous pouvez m’aider à mettre ma valise dans le coffre demanda-t-elle à Joe.
- Euh, oui ? Bien sûr.
Joe descendit, ouvrit le coffre en rouspétant dans son fort intérieur. En retard et en plus il fallait lui porter sa valise !!. Il l'empoigna.
- Vous en avez mis du temps. C’est qu’elle pèse une tonne votre valise. Qu’est-ce qu’il y a dedans ?
- Des livres.
- Des livres ? Vous emportez des livres en avion ?
- Désolé de vous avoir fait perdre tout ce temps. Le gardien avait caché ma valise sous son bureau. Est-ce que je peux fumer, dit-elle en sortant une cigarette.
- Pas question M’dame ! La loi l’interdit. Vous savez, moi, la fumée ça m’empêche pas de tousser dit-il en rigolant. Elle ne répondit pas, s’installa sur la banquette arrière. Les portes claquèrent, le taxi démarra très vite, fila dans les petites rues de l’Union puis d’Hillside, roula quelques minutes sans encombre aux abords de Newark Airport.
A quel terminal on va, dit le chauffeur en s’adressant à Joe ?
- Le C, terminal C. L’avion pour San Francisco dit-il en vérifiant sur son billet.
7h50. Le taxi s’arrêta brusquement devant la porte C. La jeune femme descendit la première, alluma sa cigarette, se pencha vers Joe.
- Je vais...en..ent..
Joe ne compris pas la fin de la phrase, assourdi par le bruit d’un jet qui quittait l’aire de stationnement. Elle disparut dans la foule.
- Ouah, mon gars, Quelle super gonzesse ! C’est pas une fille pour n'importe quel couillon un canon comme ça. Elle en a gros sur le cœur, une vraie bombe cette fille. Va falloir vous astiquer le poireau en pensant seulement à elle ce soir et c’est tout ce que vous pourrez espérer.
- Mais enfin, répondit maladroitement Joe. C'est pas votre affaire, ça ne vous regarde pas.
- Allez mon vieux ! J’voulais pas être méchant avec vous, juste rigoler un peu. C’que j’en dis, vous savez, les nanas, même les plus belles, si on leur parle avec douceur, elles sont sensibles et vous tombent tout rôti dans les bras ? C'est que vous avez une p'tite chance avec vote tête de collégien et vos yeux de merlan frit mort d’amour. Je la voyais qui vous regardait drôlement dans mon rétro. Vous m’devez 120 dollars.
- 120 dollars ! Mais c’est très cher !
- Tarif de nuit avant 6 heures du mat et deux places. Pas vrai ?
- Oui c'est vrai, mais c’est que je n'ai cette somme sur moi.
- Tenez, ya un GAB juste à l’entrée du hall, dit-il en le désignant de la main.
- Ah, Oui, merci, attendez un instant, je reviens tout de suite.
- Ah non camarade ! Vous pensez que je vais vous croire ? On m’la déjà faite celle là. Des clients à la con qui m’disent qui reviennent et qui reviennent pas, j’en compte dix par jour.
Joe perdait patience avec ce grossier personnage. Sans trop réfléchir, il sortit son ordi portable.
- Tenez, gardez-le en gage, juste le temps de tirer quelques billets et je reviens tout de suite. Il vaut dix fois le prix de la course.
- Ha, Ouai ! C’est réglo au moins. Prenez votre temps, J’vous attends !
Joe sorti du véhicule à la hâte, se dirigea vers le distributeur de billets. Une vieille dame prenait tout son temps pour ranger ses vingt dollars dans son sac. Il trépignait d’impatience, elle s’en aperçu, ne fit rien pour se hâter.
- Madame, s’il vous plait. Je vous en prie. Je suis très en retard et mon taxi attend pour que je le paye. Mon avion part dans 5 minutes.
- C’est toujours la même chose avec vous les jeunes gens. Vous êtes toujours pressé d’aller vous ennuyer quelque part. Je n’ai pas terminé jeune homme !
- Mais ce n’est pas difficile, vous vous poussez d'un mètre et vous rangerez vos affaires sur le côté et moi je peux tirer de l’argent !
- Pas question ! Vous allez regarder dans mon sac. Attendrez !
Joe fulminait. Il fallut qu'il attende encore trente longues secondes. Insupportable surtout quand la mauvaise fois prend au dépourvu. Quand enfin la vieille dame se poussa sur le côté. Joe maugréait, pestait dans son for intérieur. Ce fut son tour, il présenta sa carte bancaire, saisi son code, tira cent dollars, retourna vers le taxi.
- Hé jeune homme vous oubliez votre ticket, votre ticket, criait-elle en le brandissant à bout de bras.
- Faites en des confetti dit-il en se retournant.
Il ressortit du hall en courant, chercha son taxi. Rien, ni à gauche, ni à droite. Il balaya du regard le « dépose-minute ». Aucun taxi avec un chauffeur moustachu dans la marée de taxis jaune mais pas le sien. Le type avait filé.
- Mon Portable ! Mes affaires et ma sacoche ! C’est impossible ! Ma valise ? Il a tout piqué !
Furieux de s’être fait avoir, il eu un geste d’énervement, sa main heurta violemment une vitrine. L'alarme retentit, un policier accouru.
- C’est vous qui avez tapé dans cette vitrine ?
- Non Monsieur l’agent, Enfin si. Je, s'il vous plait. J’ai seulement.. ma main a heurté la vitrine et..
- Pas du tout, rétorqua la vieille dame du Gab. Je l’ai vu, c’est bien lui, un sauvage !
Sauvage n'allait pas avec le personnage ni avec sa manière de parler. Le policier s'en rendit compte.
- ça vous arrive souvent de donner des coups de poing dans les vitrines ? Présentez-moi votre billet d’embarquement.
Joe fouilla dans ses poches, ne trouva pas sa réservation, seulement sa carte bancaire et les dollars qu'il venait de tirer. La vieille jubilait dans son coin.
- C’est que...je.... j’ai tout laissé dans le taxi !
- C’est fâcheux, rétorqua l’agent de police. Et où est votre taxi ?
Un grand accablement envahi Joe, incapable de fournir une explication convenable. Il perdait un temps précieux. Ce policier allait lui faire rater son vol, cette vieille bique. C’était trop !
- Vous prenez l’avion mais vous n’avez pas de billet et vous voulez briser des vitrines. C’est beaucoup pour un seul homme ! Je vais vous demander de le suivre sans faire d’histoire. Vous irez calmer vos nerfs au central, le temps de tout vérifier.
Joe sentit son sang se glacer dans ses veines. Le policier appelait son PC. Accablé, Joe baissa les bras. De toute manière, c’était perdu d’avance, quand il entendit la femme du taxi revenir vers lui.
- Regardez ! J’ai nos billets, vite nous allons l’avoir.
Elle s’approcha de lui en lui tendant sa carte d'embarquement.
- Tenez. Nous étions tellement en retard que j’en ai profité pour vous enregistrer avec moi. Vite, vite, dépêchons-nous, le guichet va fermer dans une minute. Il y a un problème, dit-elle étonnée en voyant le policier ?
Joe fournit une brève explication. S’excusa auprès de l’agent et de la jeune femme.
- Un sérieux problème ! Le taxi a filé avec mon portable, ma sacoche. Je n’ai que ma carte bancaire et un peu de liquide. Il faut que j’aille au poste de police. C’est vraiment pas de chance, répondit-il désolé.
- Vous connaissez cet homme, intervint le policier en s’adressant à elle ?
- Oui ! On voyage ensemble. Tenez voici mon billet et le sien. Nous avons été volé par un horrible chauffeur de taxi.
- C’est souvent le cas. Bon, Pour moi c’est ok pour cette fois. Il n'y a pas de dégâts mais maîtrisez vos nerfs Monsieur. Quel est le numéro du taxi ?
- Je n’ai pas fait attention, je ne porte pas plainte. Et puis on ne le retrouvera jamais. Merci, merci Monsieur l’agent, Je, je..
Joe aurait embrassé ce type. Pour une fois qu’il tombait sur un flic intelligent. C’était peut-être sa chance après tous ces contretemps depuis quelques jours.
- Sans vous on ne partait pas.
- On en reparlera plus tard dans l’avion. Vite, il faut y aller et tant pi pour votre portable  !

Ils coururent vers la porte 26. Hélas, l’embarquement venait juste d’être terminé et le guichet fermé.
- Que c’est râlant, c’est fichtrement râlant ! A cause de ce taxi et cette satanée bigote de vieille.... Quelle poisse, quelle déveine s’exclama-t-il durement.
- C’est vrai. Quel escroc ce type ! A cinq minutes prêt, on l’avait. Allez, ce n’est pas si grave. Il y a pire dans la vie. Maintenant on a tout le temps. Allons prendre un bon café dit-elle avec calme et bavardons un peu pour passer le temps.
Rasséréné, Joe acquiesça volontiers. Ils traversèrent le Hall pour la première fois sans courir, allèrent s’assoire à la table d’un petit café du grand hall.
- Vous avez la tête d’un type qui a fait la noce toute la nuit.
- Ce n’est pas exactement ça. Ce serait un peu long à vous expliquer.
- Nous avons deux heures à perdre ! Et puis ça me changera les idées. J’ai le moral au cent millième dessous.
- C’est un peu normal non, vous aussi vous devez être furieuse à cause de cet avion manqué ?
- Non non, vous n’y êtes pas du tout. La journée d’hier a été très dure, répondit Melissa les yeux pleins de larmes. Il m’a tout pris sauf mes bouquins.
- Désolé, je ne voulais pas vous peiner. Ça ne me regarde pas. Je ne connais pas vos tracas mais je compatis à vos ennuis.
- Ce n’est rien, ça passera avec le temps. Vous êtes gentil. Si j’ai bien compris, vous étiez complètement saoul hier soir en sortant du bar, vous avez voulu faire l’amour à un réverbère sans lui demander son avis et voilà. Dit-elle en s’amusant de sa plaisanterie.
- Oui, ce n’est pas faux en quelque sorte, c’est même très exactement ce qui c’est passé. Vous êtes bien placée pour savoir qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, pas même à l’éclairage public, répliqua Joe en s’amusant de la tournure que prenait la conversation. L’atmosphère se détendait. Tous deux rirent de bon cœur, autant par le stresse que par le plaisir de découvrir subtilement qu’on est en train de vivre un jour très nouveau dans sa vie, peut-être plein de promesse de bonheur. On n’ose pas se le dire vraiment alors que pleins de petits signaux clignotent au vert. De toute manière ils allaient prendre le vol suivant. Il n’y avait donc plus de péril en la demeure. Joe se détendait, finalement heureux de tous ces contre temps. Sans cela, il n’aurait jamais rencontré cette femme. Il la trouvait vraiment belle, le chauffeur avait raison, cette femme est un canon.

- Ah oui, mes parents. Ils vont être un peu déçus et quittes pour revenir me chercher dans l’après midi. Il va falloir que je les appelle.
- C’est trop tôt. Vous allez les réveiller.
- Mince, il a emporter aussi votre valise de bouquins se rappela brusquement Joe ? Vous sembliez y tenir...
- Qu’importe, je m’en moque finalement. Je les ai tous lus et puis je n’ai plus à les porter maintenant. Et votre blessure à la tête ? C'est le réverbère récalcitrant qui vous a cassé la figure ?
- Ah, oui, où ai-je la tête, dit-il en s’amusant. La blessure ! Hum Oui, c’est bien lui ce satané réverbère. Il m’a tabassé durement ! Je dois bien vous raconter un peu la nuit que j’ai passée avec lui.
- Chouette ! Enfin, vous devenez intéressant ! N’omettez aucun détail, aussi croustillant soit-il. J’adore les histoires d’amour sordides !
- Vous allez être déçue. Hier soir, en quittant mon bureau, les ascenseurs étaient en maintenance. J’ai voulu descendre par les escaliers de services et sans comprendre ce que j’ai fait, je me suis retrouvé coincé dans un escalier de secours. Pire, j’y était enfermé. J’ai bien essayé d’en sortir mais toutes les portes étaient verrouillées. C’était incroyable mais c’est la vérité. J’étais un peu inquiet, j’ai entrepris de descendre les quatre vingt étages de la tour puis je les ai remontés parce que tout était condamné, toutes les issues bloquées. J’étais épuisé et je me suis assoupi sur une marche sans boire une goûte d’eau ni mangé un morceau. C’est en m’endormant que ma tête a heurté une ferraille. La blessure vous voyez ? Ça faisait deux nuits que je ne dors pas et je suis un peu crevé.
- Vous vous en sortez pas mal pour un type au bout du rouleau !
Ils rirent à nouveau, probablement charmés l’un par l’autre sans savoir ce que l’autre ressent lui aussi.
- Ca passera. Je dormirai dans l’avion. C’est un vigile qui m’a réveillé vers cinq heures trente. J’ai juste eux le temps de changer de chemise, me laver les main et boire un gobelet d’eau glacé dans le hall du World Trade Center, en attendant un taxi et puis vous savez la suite.

En racontant sa mésaventure, Joe ressentit comme un bonheur nouveau lui tomber littéralement dessus, sans crier gare, sans qu’il s’y attende. Melissa lisait à livre ouvert dans les pensées de ce garçon. Elle en ressentit du plaisir et beaucoup d’attendrissement. Plaire à un homme au lendemain d’un naufrage conjugal, même à cet inconnu qu’elle ne reverra probablement jamais, avait quelque chose de très réconfortant. A son insu, Melissa usa, abusa même de ses charmes, trouvait ce garçon agréable, certes un peu maladroit mais gentil et calme, tout le contraire de son ex mari. Joe sombrait dans les limbes de l’émoi sentimental.
- Le garçon aura oubliée nos cafés fit-elle remarquer !
- Oui, c’est vrai, il les a oubliés, rétorqua benoîtement Joe. Je vais le rappeler.
Une annonce retentit dans l’aérogare, invitant de toute urgence les derniers retardataires du vol UA93 à se présenter au guichet 23, l’avion avait du retard et l’embarquement était à nouveau ouvert.
- Laissons tomber les cafés ! Vite ! On a une chance sérieuse d’embarquer s’écria Melissa
Ils se levèrent, coururent vers le guichet 23, présentèrent leurs cartes d’embarquement, réussirent à passer in extremis. Dans le couloir qui les conduisait à l’avion, Melissa se rapprocha de Joe, lui donna le bras. Il tressaillit, passa sa main sur son visage mal rasé, lui sourit doucement en se serrant un peu contre elle. Elle se rapprocha de lui. Ils se sourirent, puis éclatèrent de rire.
- Joe Fournier dit-elle encore toute souriante ! C’est bizarre un nom bien curieux pour un américain de San Francisco. Qu’elles sont vos origines ?
- Je suis irlandaise du côté de ma mère et mon père était français.
- «  Et parlez-vous français cher monsieur Fournier» lui demanda Melissa dans un excellent français ?
- «  Couci-couça ». Répondit Joe. J’en ai fait trois ans au collège et...
- Et vous avez tout oublié bien sûr ! Êtes-vous déjà allé en France ?
- Heu, Oui, enfin, non...
- Et où êtes-vous allé ?
Joe n’avait jamais mis les pieds ni en France ni en Europe, ni dans aucun autre pays du monde excepté son pays d’Amérique. Il était embarrassé par ce stupide mensonge. « C’est Ainsi. Quand une nouvelle histoire s’écrit, on aimerait toujours paraître sous son meilleur jour ce dit-il. Je suis un idiot. »
- Nous serons assis l’un à côté de l’autre dans l’avion vous savez. J’ai très faim. Pas vous ? On parlera de la France et des bonnes choses qu’on y trouve. C’est un petit pays mais si charmant.
- Oui, Paris, la Tour Effel, les vins français, les filles, la....
- Vous savez, les petites françaises...La culture française et ses parfums. Vous êtes un homme charmant mais étrange. Vous restez là comme un collégien, campé sur votre réserve. Pourtant, on dit que vous êtes tous d’horribles dragueurs à Manhattan. Vous ne m’avez même pas demandé mon prénom alors que nous allons passer quatre heures l’un à coté de l’autre. Vous ne voulez pas savoir comment je m’appelle ?
- Si, bien sûr, dit Joe confus, le cœur dans un état de décomposition avancée.
- Melissa, Melissa Clauss. J’ai trente cinq ans je suis originaire de Berlin. Je rentre chez moi à San Francisco. Je suis styliste dans une maison de haute couture française et je ne suis plus mariée depuis hier après-midi, d’où ce voyage, non pas de noces mais de divorce. Mon ex-mari habite New York, travail au World Trade Center, tenez, exactement comme vous. C’est un vrai salaud ! Enfin non, juste une histoire de, .., avec une de ses collègues, rien de méchant mais je ne supporte pas les mensonges. Il m’a..., enfin c’est la vie ! Maintenant un homme charmant me tient compagnie.
Un instant passa, puis elle continua de lui parler.
- Je vous ai rencontré ce matin et vous m’avez accepté gentiment dans votre taxi et à cause de moi vous alliez manquer le vol. Il me semble que le goût de vivre revient à grande vitesse ce matin ! Et cela grâce à vous et à un sale type de taxi  !
Transformer en chamallow, Joe sentit ses jambes l’abandonner. Il était heureux à en pleurer. Ils embarquèrent les derniers, s’assirent au fond de la cabine. Un instant de gêne s’installa entre eux. Ils bouclèrent leur ceinture, l’avion décolla.
- Fait-il toujours aussi beau au mois de septembre à New York ?
- Oui, c’est presque toujours comme ça, beau et très chaud. Tenez, on voit les tours jumelles, dit-il en regardant par le hublot.
Melissa lui prit la main, la serra doucement. Elle admirait ces immenses tours, majestueuses, immuables, symboles de la puissance américaine. L’un et l’autre riaient intérieurement de sa bonne fortune.

Le vol UA93 de Joe et Melissa s’écrasa en Pennsylvanie à 10h03, tuant 44 personnes et les membres d’équipage après que certains passagers se sont battus avec les pirates de l’air. Joe ne comprit pas la revendication de ces hommes armés de cutter, vociférant des mots arabes incompréhensibles. Les pirates les avaient cantonnés au fond de l’appareil. Joe avait pris Melissa dans ses bras, la rassura, la protégea jusqu’au dernier instant.
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