Un train d'enfer

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J'aime Baudelaire comme un bateau enivré d'absinthe, comme son Albatros perdu sur le pont du voilier. J'aime le surréalisme, "La Beauté sera convulsive ou ne sera pas" Nadja, A Breton. J'aime aussi  [+]

Las de son boulot dans une administration avide de changement, las de ses voisins, las du temps, Henry prit le train pour Cologne. Il prenait souvent le train, il aimait ça. La sensation que le train lui procurait. Les oscillations du convoi, les chuchotements des voyageurs calmaient son angoisse. Henry avait claqué la porte du bureau la semaine d'avant. Le médecin lui avait donné un mois pour se reprendre en main. Henry vivait seul, il souffrait de solitude. Il n'arrivait plus à gérer son quotidien. Les femmes allaient et venaient, mais ne restaient pas. C'était comme ça, il ne voulait pas s'engager pour une relation à long terme. Il avait pourtant épousé quelques années plutôt une artiste plasticienne. Son mariage sombra comme un navire suite à une affaire d'adultère. Les nombreuses cicatrices du divorce ne manquaient pas de le mettre en garde contre une nouvelle relation soutenue.

Ce matin-là, il s'était levé de bonne heure, comme pour aller travailler. A la gare au lieu de rester à Liège pour se rendre à son travail, il attendait l'ICE pour Cologne. D'avoir téléphoné à sa chef pour dire qu'il ne viendrait pas pendant un mois, il jubilait. Dans la gare, il aimait y flâner, faire des rencontres improbables. Henry parlait un peu allemand, il se débrouillait. Photographe à ses heures d'errances, il prenait en photos toutes sortes de sujets. En dehors de son métier de bureau, il emmenait partout son Nikon F3 /T, un ancien boitier professionnel qu'il avait acheté sur internet pour un prix défiant toute concurrence. L'argentique refaisait surface. Les appareils s'arrachaient, les prix grimpaient.
Il pratiquait le noir et blanc, uniquement de l'argentique. Il détestait le numérique. Passer des heures entières dans sa chambre noire lui vidait complètement la tête. Il ne ruminait pas, il ne pensait plus. Ni à son poste de travail, ni à sa responsable manipulatrice manipulée, ni à ses collègues guettant les faux pas des autres collègues, ni aux clients et leurs problèmes. Il n'était plus que l'instrument de son art. Surtout quand il tirait ses photos sur papier baryté. De marque Ilford. Dans son labo inondé de lumière inactinique rouge, il avait tout l'air d'un artiste.

Henry pratiquait la photo de rue, véritable terrain de chasse, il guettait le bon sujet, les gens. Son fourre-tout contenait toujours deux focales fixes, un 85mm et un 50. Ses objectifs capturaient sur la pellicule les émotions, Henry était assez doué pour mettre à l'aise les personnes qu'il photographiait. Il aurait parcouru le monde pour s'adonner librement à ses portraits de rue. Sa maison ressemblait à une galerie d'art, partout sur les murs s'affichaient ses photos. Hélas, il y avait son travail. Henry était amer quand il y pensait. Pourquoi bossait-il encore dans cette administration mangeuse d'âmes ? Cette question le hantait jusque dans ses rêves pour ne pas dire ses cauchemars. Car Henry avait du talent. On le lui disait souvent. Ces rares amis le poussaient à exposer, en vain. Le train filait à grande vitesse, le paysage se mélangeait en une boule de couleur. Henry délaissa ce lèche vitrine anesthésiant pour regarder les passagers. Il laissait ses yeux comme son objectif papillonner ici et là dans l'espoir de faire un bon cliché.

Le train bondé ne manquait pas de matière première à rêver. Des hommes d'affaires, des touristes, femmes, hommes, jeunes, vieux, il y en avait pour tous les goûts. Henry se demandait qui il pourrait photographier, son appareil toujours près n'était pas loin. Il aurait pu prendre des clichés sans que personne ne s'en aperçoive. Il n'en fit rien, dommage. Jouer au paparazzi ne l'intéressait pas. Ce qui l'excitait, c'était le contact avec le modèle. Rien de plus ne comptait, le contact.

Devant lui à quelques sièges, il y avait une jeune femme. Brune, distinguée, de longs cheveux noirs en queue de cheval qui caressait sa nuque et ses épaules. Habillée comme un cadre sup, elle avait un port chic mais pas prétentieux. Henry se dit qu'elle devait être accessible, à condition d'y mettre un minimum de personnalité. Ses yeux bruns avaient l'air de dire « connards et autres dragueurs de pacotille, passez votre chemin ». Henry regardait toujours l'inconnue plongée dans son Mac pro feignant de l'ignorer. Pensant qu'elle ne l'avait pas aperçu, il ne se priva pas de mater ses jambes sensuelles. Elle les croisait et décroisait avec style sans arrogance, elle connaissait son pouvoir d'attraction sur les hommes. Henry avait l'air fasciné par cette paire de jambes magnifiques à peine dissimulée part des bas nylons. Sa jupe arrivait à hauteur des genoux.
La chorégraphie du jeu de jambe de la voyageuse en classe affaire, remontait inévitablement le tissu. Henry toujours vautré en plein voyeurisme, ne perdait pas un centimètre de peau dévoilée. A force de perdre en discrétion, il finit par se faire repérer. Henry se perdait pour une histoire de jupe remontée. La brune concentrée sur son écran, conservait son sérieux de femme d'affaire, à peine troublée par le manège du photographe.

Egaré, sous l'emprise de la volupté, Henry s'aperçu qu'il bandait. Tel était le prix à payer pour l'observation sans limite que sa libido lui avait imposée. Quand Henry était en érection, son sexe rivalisait sans aucun doute avec ses objectifs. Il le savait, pour passer le temps, il réalisa des autoportraits nus. Il se passa quelque chose. La brune était une observatrice hors pair car elle venait de remarquer le « problème » d'Henry toujours fixé sur ses jambes, maintenant son érection intacte. Avant qu'il ne prenne de mesure radicale pour calmer sa gaule, c'était cuit, la belle brune avait eu le loisir d'admirer la déformation particulière de son pantalon qui trahissait une érection du tonnerre. Henry n'avait pas remarqué le regard amusé de la jeune femme. Elle observait cet homme qui s'en gêne se rinçait les yeux. Cela ne la dérangea pas. Prise du désir de jouer ? Pour faire une pause ? S'éloigner de son chiffre d'affaire ? Un éclair de lucidité traversa le cerveau excité d'Henri. Il venait enfin de saisir le double jeu de la brune sexy. Un frisson s'empara de lui. Un funambule dans sa tête marchait sur un fil tressé dans un sentiment situé entre la honte et la provocation. Il était trop tard pour penser d'avantage, son sexe ramollissait déjà que le chef de train annonçait l'arrivée imminente en gare de Cologne. Henry n'avait pratiquement pas débandé de tout le voyage. C'était prometteur.

Toute la journée, il s'est baladé dans la ville à la recherche de sujets intéressants à photographier mais la « rencontre » inopinée du train ne quittait pas son esprit. Chaque fois qu'il revoyait les jambes de l'inconnue, il s'excitait. Il n'arrivait pas à chasser ce souvenir, que du contraire avec délectation, il l'entretenait. Chaque fois qu'il cadrait avec son F3 une scène de rue, il ratait le cliché. Il tenta d'évacuer son trouble en marchant presque toute la journée, rien n'y fit. Sa créativité complètement entravée par ses pensées érotiques, il abandonna l'idée de continuer sa chasse aux scoops de rue. Il finit par aller se relaxer sur une terrasse non loin de la célèbre cathédrale. Quelques bières lui firent l'effet escompter. Décontracté, il ne pensait plus du tout à l'épisode ferroviaire. Pas trop tôt. Il reprit alors sa quête de la bonne photo. Il tomba sur un spectacle de rue joliment mis en scène. Les comédiens étaient doués, les spectateurs affluaient pour regarder. Il y avait du mime, de la danse et un clown fantastique accompagné de musique bohème. Henry absorbé ne pensa plus à faire la moindre photographie, il était dans une bulle qui le connectait à son enfance. S'il y avait une chose à retenir de son après-midi, c'était bien ce spectacle. Il ne lui restait que peu de temps pour manger un repas saucisses dans un restaurant typiques se rinçant la gorge avec des pintes de Gaffel.

Sur le chemin de la gare, il songea à son enfance, à ses parents et leur étonnante rencontre sur le fleuve Amazone, sa naissance en Colombie. Sa mère enceinte n'avait pas renoncé à suivre son mari en déplacement professionnel en Amérique latine où elle avait fini par accoucher prématurément à Bogota. Henry se sentait un peu Colombien. Il n'avait rien de Colombien. Puis, ses parents avaient divorcé à cause du père volage qui n'avait cessé d'accumuler les rencontres de voyage. Le jeune Henry avait fait une dépression heureusement soignée par une thérapie originale, le théâtre et les joies d'apprendre le cirque. Sa mère l'avait inscrites à des stages au lieu de l'envoyer chez le psy. Henry venait de s'asseoir et de fermer les yeux, il se sentait vidé par sa journée de tribulation stérile. Heureusement, il y avait eu ce spectacle de rue puis le resto et toute cette bière. Il se remémorait les stages de son adolescence. Ceux-là même qui l'avaient tiré de la dépression. Il pensa à l'une des animatrices du cirque pour jeunes qui l'avait initié au trapèze volant. Il voyait à présent son visage. Il se souvenait parfaitement de la jeune fille alors étudiante à l'école du cirque. C'est la tête à l'envers, en confiance, qu'il « toucha » sa première femme. Le trapèze était à une hauteur de sécurité. La monitrice poussait Henry comme sa mère l'aurait fait avec une balançoire sauf que ce n'était pas sa mère. Et qu'Henry vivait sa puberté et ses premières masturbations avec exaltation. Henry se laissait guider, grisé par les mouvements aériens. Enivré, il se prenait pour un cosmonaute et voyait Paula se rapprocher à chaque fois avec excitation. Allait-il entrer en collision avec elle ? Paula lui demanda de tendre les mains pour l'aider à s'arrêter. Il tendit les mains tous doigts écartés. Elles arrivèrent droit sur les seins de l'acrobate en devenir qui s'en se dépareiller de son professionnalisme, feint de trouver cela normal.

Quand Henry fût immobilisé, elle retira gentiment les mains qu'ils gardaient vissées sur ses seins. Elle l'aida à basculer pour se remettre les pieds à terre et reprendre tous ses esprits. Elle se demanda si c'était ses seins qu'il lui avaient fait autant d'effet ou le trapèze. Elle ne le sut jamais. Les yeux toujours fermés, Henry se souvenait très bien de cette poitrine extraordinaire. Quelques secondes d'une indicible sensualité étreignirent ses pensées. Il n'en fallait pas plus pour qu'une érection dresse son sexe insatiable. Une érection plantureuse que la dame assise juste en face de lui ne manqua pas de remarquer. Le jeans d'Henry moulait parfaitement ce qui ne pouvait être autre chose qu'un pénis gonflé de désir. Les miracles du hasard des voyages. C'était la brune du matin, la cadre supérieure. Mais cette fois, elle était assise juste en face de lui, tout près de lui, elle avait une vue parfaite et surtout, Henry avait les yeux fermés. Elle prenait sa revanche, c'est elle qui matait. Henry du sentir sa présence, paniqué il ouvrit les yeux. Il tomba nez à nez avec l'inconnue du matin. Il piqua un fard. Il bandait toujours et se rendit compte qu'elle contemplait avec intérêt son entrejambe. Elle choisit ce moment critique pour décroiser ses jambes très lentement. On aurait dit qu'elle disait à Henry ; « tenez, vous en mourrez d'envie, regardez comme elles sont belles. Laissez trainer vos yeux jusqu'aux cuisses et plus encore ».

Henry, sidéré se laissa emporter. Le souvenir de jeunesse qui l'avait mené à sa première masturbation se mélangeait dangereusement au panorama féminin qui semblait lui dire, « viens un peu par ici, vilain garçon ». Avant qu'il ne reprenne ses esprits, la femme s'est levée sans se retourner, s'est dirigée avec une grâce érotique vers l'autre voiture. Abandonnant ce qui lui restait de retenue, Henry n'écoutant que son désir, a sauté précipitamment sur ses pieds pour la suivre. La brune semblait chercher un compartiment vide. Le train était encore équipé de cabine pour voyageurs au long cours. Henry certain de sa chance s'excitait de plus belle. Manifestement, il avait vu juste. La femme entra dans une des cabines libres et se retourna, satisfaite de voir qu'Henry l'avait suivie. Il referma la porte coulissante et tira les rideaux. Assise la jeune femme attendait les jambes légèrement écartées. La situation devenait sulfureuse. Elle regardait Henry avec un appétit sexuel et sans l'ombre d'une hésitation défit un à un avec une dextérité d'effeuilleuse, les boutons de son chemisier laissant apparaître une poitrine généreuse. Sans un mot les amants improvisés du train Cologne-Liège, abandonnèrent leur corps aux désirs les plus intrépides.
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