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Un si beau jour

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Petite fleur

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Un si beau jour
Après une fin de semaine ponctuée d’orages et de trombes d’eau qui avaient un peu allégé la touffeur de l’air de ce 10 août, le soleil était au zénith en ce lundi matin. Frank regardait avec envie les arbres du Parc Lafontaine situé au milieu des habitations et des petits immeubles de bureaux, dans un quartier de Montréal. Il aurait préféré s’y promener plutôt que d’aligner des chiffres sur un ordinateur afin que la société, qui l’employait depuis de nombreuses années, puisse continuer à envoyer les factures à ses clients et honorer ses propres paiements, parmi lesquels, son salaire mensuel.
Il était seulement 10 : 00 h AM. Il devrait donc attendre midi, comme tous ses collègues, pour prendre son livre, aller acheter un sandwich et se diriger enfin vers un des bancs du parc, non seulement pour lire et se sustenter, mais aussi profiter de la vue de petits écureuils qui venaient régulièrement près de lui en quête d’un petit morceau de pain. Ils étaient habitués à sa présence et certains venaient prendre le pain ou une amande dans sa main. Ce qu’il aimait pardessus tout, c’était leur proposer des cacahuètes non décortiquées et de les voir s’affairer avec une dextérité incroyable, tout en jetant de furtifs coups d’œil alentour.
Il adorait cette pause journalière qui lui permettait de se détendre. De se livrer à son loisir favori, la lecture. Il n’était pas comme certains comptables qui vivent avec un code de comptabilité sous le bras et un code de législation comme livre de chevet. Avec toutes les nouvelles lois que pondaient chaque jour les dirigeants du pays, afin de nous démontrer qu’ils n’étaient pas payés à ne rien faire, il aurait dû potasser chaque jour. Au bureau, oui mais pendant ses loisirs, non. Il lisait pour son plaisir. Aujourd’hui il avait choisi « Recherche jeune femme aimant danser ». Ce livre publié en 1991 et écrit par Mary Higgins Clark dénotait parfaitement la connaissance de l’auteur de tous les ingrédients nécessaires pour faire palpiter les âmes sensibles et même les plus aguerries. C’était passionnant. Il avait hâte de connaître la suite de l’intrigue. Darcy allait-elle découvrir l’assassin ?
Il appela sa secrétaire pour lui demander de taper une lettre pour un des clients qui étaient en retard de règlement de plus de 3 mois. Il se devait de l’informer qu’en cas de non-paiement avant la fin du mois en cours, il devrait remettre ses factures au contentieux de la société qui se chargerait du recouvrement des sommes dues. Il vérifia nombre de documents, signa des chèques et du courrier. Le temps passa assez vite pour, qu’enfin, arrive midi.
Comme ses collègues, il se dirigea vers la sortie, s’arrêta chez le boulanger et muni de tout ce qu’il lui fallait, il prit le chemin du Parc.
En arrivant il eut la désagréable surprise de voir que des travaux avaient dû commencer la semaine précédente, pendant ses congés et que la moitié au moins du parc était sens dessus dessous. Il y avait d’énormes trous à moitié remplis d’eau et beaucoup de boue tout autour.
Des grues de toutes tailles se dressaient entre les arbres vénérables du lieu. Qu’allaient-ils donc construire dans ce havre de verdure magnifique et poumon de cette partie de la ville. Parc dont plusieurs endroits devenaient des patinoires dès le gel arrivé, grâce à l’eau que la ville déversait sur le sol glacé. Tout cela ne l’empêcha pas de retrouver son banc favori et de s’y installer comme à son habitude. Quelques enfants revenant de l’école profitaient des travaux pour s’amuser un peu plus qu’à l’ordinaire. Mais il savait que les bruits joyeux et les cris finiraient vite car ils devaient tous rentrer déjeuner à la maison.
Au bout de 5 minutes le silence était revenu. Le livre ouvert sur les genoux, le sandwich dans une main il savoura la lecture plus que le sandwich et ne se rendit même pas compte qu’il avait fini son frugal repas, tellement il était pris par le roman. Qui pouvait être le coupable ?
Il regarda sa montre. 12 : 45 h. Il allait falloir retourner au bureau et attendre demain pour connaître le dénouement de l’affaire. Il faisait des supputations mais n’arrivait pas à se décider sur le nom du coupable.
Comme il se levait, il entendit un cri provenant de l’endroit où avaient lieu les travaux.
« Maman, maman viens vite maman mam...... » le cri semblait s’étouffer. Mais on sentait de l’angoisse dans ces cris.
Il se dirigea vers le lieu d’où les cris semblaient provenir et aperçu une très jeune enfant glissant inexorablement sur la boue qui recouvrait les bords de ce creux profond et plein d’eau brunâtre. Il regarda autour de lui mais personne ne semblait avoir entendu l’appel.
Que devait-il faire ? Prendre le risque de s’enfoncer dans la boue avec ses chaussures neuves. Salir son costume. Arriver en retard au bureau. Risquer de se faire interroger, voire suspecter par la police. Il mit son livre sous son bras et tournant le dos aux travaux, partit d’un air serein non sans jeter un dernier coup d’œil vers le trou où l’enfant, dont on ne voyait plus que la tête, allait disparaître entièrement.
Une bulle vint crever la surface de l’eau. Puis une dernière petite bulle encore qui éclata avec difficulté tant l’eau était boueuse et tout se calma, redevint silencieux. La surface de l’eau s’apaisa.
Il croisa une femme affolée criant :
« Vous n’avez pas vu ma fille ? S’il vous plaît monsieur je cherche ma petite fille. Vous ne l’auriez pas vue. Elle a 5 ans. Elle porte une robe bleue à pois blancs. Elle a de longs cheveux châtain clair.
« Ah si répondit-il, j’ai vu une petite fille qui courait vers l’autre côté du Parc en appelant sa maman. Je lui ai demandé comment elle s’appelait mais elle ne m’a pas répondu. Tout ce qu’elle m’a dit c’est : « je veux ma maman ».
La femme repartit dans l’autre sens et disparut à son regard.
Il ne se posa plus de question et traversa le parc, se dirigeant vers son immeuble de bureaux, se disant qu’il avait fait un mauvais rêve.
Après tout, il n’était pas responsable de cette enfant. Pas responsable du tout.
Le soleil brillait de nouveau ! Les oiseaux chantaient. La vie était belle. Non ?
C’était un si beau jour !
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Jarrié · il y a
Belle écriture plaisant à suivre…jusqu'au parc de montréal. Si ma ''putain de nuit vous inspire ? Bonne journée.https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/putain-de-nuit
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