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Un pont à Rouen

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— Ils traversèrent le pont sous la pluie.
Je me tus et remontai la lanière de mon sac à main sur mon épaule tandis que défilaient sous mes yeux les verdoyants paysages normands.
— Et alors ? demanda Caroline
— Et alors, quoi ?
Caroline me regarda d’un air surpris.
— Tu ne peux arrêter ainsi ton histoire ! Ils traversèrent le pont... et puis quoi ?
— Ce n’est pas suffisant ? Il pleut, ils sont trempés car ils n’ont pas pris de parapluie et sont transis de froid. Voilà, tu es contente ?
Caroline éclata de rire, puis me regarda d’un air navré.
— Mais voyons, tu ne peux pas terminer ton histoire comme ça !
— Pourquoi pas ? De toute façon ce n’est pas la mienne, le film se termine ainsi : on les voit tous les deux sur le pont, sous la pluie et ils vont de l’autre côté. Qu’y puis-je si cela s’arrête ainsi ? Je ne vais tout de même pas appeler la production pour leur dire que tu n’es pas contente !
De manière incongrue, le fait que Caroline ne soit pas satisfaite de la fin m’agaçait et n’ayant aucune raison d’être agacée, cela m’énervait d’autant plus.
Depuis le départ du train, je lui narrais le film. Je tenais à être suffisamment concise pour ne pas la noyer sous les détails, mais assez précise pour qu’elle apprécie l’intrigue. Nous partions pour une folle journée de shopping à Rouen. J’avais lu sur internet que la dernière séquence du film avait été tournée sur le pont Corneille et je voulais le montrer à Caroline.
Je lui jetai un regard peu amène.
— Ok, je ne dis plus rien. Ils sont sur le pont et ils continuent leur vie sans que nous en sachions plus, fit-elle.
Je poussai un léger soupir et lui souris.
— Tu sais, on s’en fiche de ce qu’ils font. Mais je dois reconnaître que l’image de fin était très belle, le ciel au-dessus d’eux avait une nuance de gris très...cela me rappelle les photos de Robert Doisneau. De plus ils sont jeunes, beaux, et amoureux. Ils ont la vie devant eux.
— Oui si tu veux, mais je ne l’ai pas vu alors je reste sur ma faim.
Caroline était assise à côté de moi, amusante, joyeuse et taquine comme à son habitude. Ce que j’aimais le plus chez elle était cette facilité à toujours trouver motif à rire. Ensemble, nous ne pouvions nous empêcher de pouffer comme des gamines.
Nous restâmes silencieuses un moment. Puis, je l’entendis glousser.
— Qu’est-ce qui te fait rire ?
— Je trouve la fin de ton film très « gnangnan » ! C’est trop fleur bleue !
Je restai interdite, puis riant avec elle, je confirmai :
— Tu as raison cela fait « cucul la praline » !
— Cela sent la guimauve à trois kilomètres !
— Cela fait pleurer les vielles filles dans les chaumières !
— Non ! Annabelle ! Ce n’est pas politiquement correct, dit-elle tout en continuant à rire.
— On s’en fiche. Il n’y a plus de vielles filles ni de chaumières de nos jours.
Je m’adossai au fauteuil.
— Tu sais, je n’aurais pas terminé cette histoire comme ça moi non plus.
Caroline attendit la suite... qui ne vînt pas. Elle fronça les sourcils.
— Tu ne vas pas recommencer Annabelle ! Tu dis un truc qui suppose une suite et tu te tais. Cela ne se fait pas. Alors vas-y, comment aurais-tu terminé l’histoire ?
Ne trouvant que des fins grotesques, je secouai la tête en signe de négation.
— Non, non ! Tu ne vas t’en tirer comme ça ! Je veux une fin différente, reprit Caroline.
Elle se cala dans son fauteuil, légèrement tournée vers moi, les bras croisés. Cette fois, elle ne me laisserait pas me défiler.
Elle portait une robe rose, des chaussures à talons compensés et une veste noire pliée sur les genoux. Je jetai un coup d’œil à ma tenue : jean, tee-shirt et veste sans manche, le tout agrémenté de chaussures plates et d’un imperméable. J’aurai pu faire mieux, comme mettre ces sandalettes «bronze» à petits talons qui se trouvaient au fond de mon placard. Puis, je me ressaisis : avec la marche que nous allions faire, il valait mieux que je sois en chaussures confortables.
— Bon alors... reprit Caroline, tu finirais comment ton histoire ?
— Je n’en sais rien, tu verrais quoi ? Une fin tragique ? Le pont s’écroule et ils sont engloutis par un tourbillon que des êtres intergalactiques ont fait apparaître ?
— Arrêtes un peu, Annabelle, tu peux faire mieux, dit-elle en tentant de garder son sérieux. Tu as déjà vu des tourbillons dans la Seine toi ?
— Ok, tu veux autre chose...
Je cherchais ce qui pourrait arriver aux héros...! Pourquoi vouloir traverser ce pont sous la pluie? Et pourquoi avais-je raconté ce film ?
Je fronçai les sourcils en un effort pathétique pour faire jaillir une idée lumineuse... mais...rien. Alors je tentai une feinte.
— Tu veux commencer par quelle boutique... ? Nous pourrions descendre la rue Jeanne d’Arc, tourner vers la place du Vieux Marché, et prendre ensuite la rue du Gros-Horloge jusqu’à la cathédrale...
Tandis qu’un non ferme et définitif de Caroline retentissait, je sentis une main se poser sur mon épaule. Mon fauteuil bascula légèrement en arrière.
— Moi non plus je ne trouve pas très fair-play de ne pas nous narrer votre fin !
Je sursautai et me tournai vers le passager qui venait de murmurer à mon oreille. Il avait une très belle voix, chaude et basse, caressante comme du velours.
— Heu....
« Vraiment, ma fille, tu as une conversation très spirituelle ! ». Je restai là, à contempler un spécimen des plus magnifiques de l’espèce masculine ; quoi que le genre chevelure fauve ne soit pas mon type, mais on a le droit de changer d’avis.
Heureusement, Caroline, très à l’aise, renchérissait, affirmant qu’elle était du même avis que lui. Quant ils se tournèrent vers moi, attendant une réponse, je n’avais absolument rien suivi de leur échange !
Sous le regard de l’inconnu, je fus parcouru de délicieux frissons. Que
m’arrivait-il ? Je n’étais plus une fillette, alors du nerf, lance-toi, Annabelle !
— A quel sujet ?
Ah, super ! Ma voix ressemblait à un mélange entre E.T. et la chèvre de Monsieur Seguin. Monsieur Superbe se contenta de sourire et laissa Caroline me répondre.
— Mais enfin Annabelle... tu suis ou pas la conversation ? Est-ce une manœuvre pour ne pas nous donner ta version ?
Je respirai mieux... il ne s’agissait que de cette histoire... mais que raconter ? Misère de misère ! Monsieur Superbe me fixait et j’avais l’esprit totalement vide.
« Cherche Annabelle, cherche. Trouve quelque chose et vite ! ».
Monsieur Superbe, penché plus en avant, était maintenant appuyé à mon dossier. Cette proximité me troublait énormément.
J’ouvris la bouche, mais tel un poisson exposé à l’air libre, aucun son n’en sorti. Zut ! Je pris une grande inspiration et me tournais vers Caroline.
— Donc ils sont sur le pont et il pleut...
Je m’arrêtai là... aussi épuisée que si j’avais couru un 50 m.
De derrière ma banquette, fusa un rire de gorge, sourd, rond, brûlant. Je déglutis péniblement.
— Vous pouvez faire mieux que des aliens experts en tourbillons !
— Ah ! Vous avez entendu cela...
— Tu vois Annabelle, même Monsieur trouve ton histoire abracadabrante !
« Sincèrement, merci ! Merci beaucoup Caro pour ce commentaire ». Monsieur Superbe passa un bras autour de mon siège, son coude frôlant mon épaule. Une lueur malicieuse brillait au fond de ses yeux. Il savait l’effet qu’il me faisait !
Bien entendu qu’il le savait, puisque ce devait toujours être ainsi avec toutes les femmes ! Enfin, sauf celles, comme Caroline, qui étaient irrémédiablement éprises de leur mari.
Il jouait de son physique et de son charisme pour me troubler ! Il ne fallait pas le laisser continuer.
Ils voulaient une histoire ? Ils allaient l’avoir....
Je me décalai légèrement et adressai à Monsieur Superbe un petit sourire en coin, du genre « je t’ai vu venir ».
En retour, il me fit un clin d’œil !
Caroline, ravie, avait un allié. J’étais seule contre eux deux, mais je n’étais pas effrayée. Dotée d’une imagination fertile, je savais pouvoir emporter la partie. Je devais juste me concentrer.
— C’est un de ces après-midi pluvieux où nous pensons que nous serions mieux blottis au coin du feu... commençai-je. Mais je fus vite interrompue par Monsieur Superbe :
— Oui je suis d’accord avec vous, rien ne vaut un bon coin auprès du feu...et blottis !
« Ok mon gars, tu commences fort » grinçai-je des dents.
— Oui, si vous voulez... donc il fait froid, il pleut et... Noël approche.
— Ils partent chercher les cadeaux pour leurs grands-mères, lança Caroline en éclatant de rire ! Oui, leurs mémés voulaient un peignoir molletonné !
Tandis que Caroline exposait les vertus du molleton pour les personnes âgées, Monsieur Superbe se pencha à mon oreille pour chuchoter qu’il aurait préféré un jour de mai. Son souffle chatouilla délicieusement mon oreille.
Troublée, mais résolue à tenir bon, je repoussai leurs propositions de la main.
— Non, non, vous avez tout faux ! Laissez moi continuer, voulez-vous ?... C’était Noël...
— Je préfère une journée comme celle-ci, reprit-il.
— Oui moi aussi, confirma Caroline. On aura qu’à dire que c’est aujourd’hui !
Cela promettait d’être plus difficile que prévu.
— Ok, c’est une journée comme aujourd’hui...
— Non, non, Annabelle, c’est aujourd’hui !
Quand Caroline décidait d’une chose, il était impossible de lui faire changer
d’avis !
— Donc c’est aujourd’hui.... Vous êtes contents ? Cependant, je tiens à vous préciser qu’il fait un temps radieux et qu’il n’y a pas un nuage à l’horizon alors comment allez-vous faire venir la pluie ?
— On verra bien après, me répondit Caroline.
— Ils avaient décidé après le film d’aller au restaurant, repris-je, mais ils étaient en retard et devaient se hâter sinon ils allaient perdre leur réservation. C’est pourquoi ils traversèrent le pont à toute allure !
— Mais elle est complètement nulle ton histoire, grogna Caroline. Et puis maintenant tu vas nous expliquer pourquoi il pleuvait tout d’un coup ?
— Et bien.... on tournait un film où les éléments se déchaînaient et ils se sont trouvés pris en plein milieu !
Triomphante, je me tournai vers Monsieur Superbe. Il avait un sourire totalement irrésistible. Je me sentis fondre, littéralement, tandis que je plongeais dans les eaux troubles de son regard. Des ondes électriques parcouraient ma peau.
Mais que m’arrivait-il ? Pourquoi me mettais-je à penser comme dans les livres sentimentaux que je lisais en cachette ?
— C’est très terre à terre cette histoire de réservation, lança-t-il à Caroline en me désignant. Si je retrouvais la femme de ma vie, je me moquerais complètement de manquer la réservation. Je lui prendrais la main pour ne plus la lâcher et je l’emmènerais contempler le ciel depuis la corniche de la colline Ste Catherine !
Caroline battit des mains.
— J’adore votre histoire !
Je fronçai le nez, puis m’adressai à Monsieur Superbe :
— Et bien emmenez-la donc sur la corniche le soir... vous me direz ce que vous pensez des gens qui s’y trouvent également ! Votre femme de votre vie va adorer !
— Oh, Annabelle ne soit pas si mesquine. Il a trouvé une meilleure fin, c’est tout. Au fait vous vous appelez comment ?
Caroline se tourna vers notre charmant voisin – insertion à prendre surtout au premier degré !
— Je m’appelle Luc, pour vous servir gente dame !
Caroline pouffa : il avait visé juste, elle adorait les références moyenâgeuses. J’étais énervée et trépignais sans raison sur mon siège. Il s’en aperçut car il rit doucement.
Ce genre de type avait toutes les femmes à ses pieds, alors pourquoi s’amusait-il à mes dépens ? Il fallait que je me ressaisisse sinon j’allais passer les jours à venir à rêver de lui et à pleurnicher sur mon sort. Non très peu pour moi !
— Donc, pour vous, Annabelle – « ah que j’aimais mon prénom dans sa
bouche ! » - ce ne serait pas la corniche... alors, que préféreriez vous ? Dites-moi ? A part bien entendu le coin du feu... blottis l’un contre l’autre, me souffla-t-il à la fin.
Je fermai les yeux, savourant le son des mots qui coulaient de cette merveilleuse bouche,... puis les ouvraient brusquement en entendant Caroline.
— Tu rêves encore Annabelle ! Ohé, reviens sur terre ! Luc t’a posé une question.
Qui ça, Luc ? Ah oui Monsieur Superbe ! Que m’avait-il demandé au juste ?... La corniche !
Le téléphone de Caroline vibra et celle-ci s’éloigna pour répondre. Je me retrouvais seule avec Luc. Je pris mon courage à deux mains.
— Si comme moi, elle est sujette au vertige, la corniche est à exclure. Ce serait une mauvaise option, fis-je sentencieusement.
— A moins bien sûr que je ne vous tienne bien serrée dans mes bras.
Une bouffée de chaleur inonda mon corps. Oh oui, j’adorerais aller sur la corniche avec lui ! Mais je n’étais pas prête à l’avouer. Je le fusillai du regard. Il fallait cesser ce petit jeu.
— Arrêtez, s’il vous plait. Cela me dérange. Pour vous ce n’est qu’un
passe-temps, pour moi c’est différent.
Il sembla surpris.
— En quoi serait-ce différent l’un de l’autre ? Et en quoi cela serait-il un passe temps ? J’aime parler avec vous. J’ai adoré votre conversation avec votre amie, le son de votre voix. Je n’ai pas pu résister à l’envie de participer.
— Arrêtez, fis-je doucement. Je n’ai pas l’étoffe pour ces joutes oratoires. Une fois sur le quai, vous nous aurez oubliées, alors que moi je serais encore à me demander pourquoi vous avez joué ce jeu.
Il se leva et prit la place de Caroline, tout près de moi. Il plongea ses yeux, d’un vert luxuriant, dans les miens.
— Et si ce n’était pas un jeu... réfléchissez-y un peu. Et si je voulais vraiment faire votre connaissance parce que vous me plaisez ... énormément. En quoi serait-ce si extraordinaire ?
Je retins mon souffle ne sachant que croire, ne sachant que répondre.
Caroline revenait vers nous, légèrement soucieuse. Luc reprit sa place.
— Je suis désolée, Annabelle, mais notre sortie risque d’être considérablement écourtée. Stéphane doit rencontrer un client important, dans la Manche, alors il vient me chercher à 14 h 30 pour y aller directement.
Luc écoutait attentivement. Je me sentis légèrement mal à l’aise.
— Ce n’est pas grave Caro, je finirais les emplettes, toute seule. Tu sais, je connais bien la ville, cela ne me gène pas. Je reprendrais le train pour rentrer.
Rassurée, Caroline nous demanda :
— Alors, où en êtes-vous dans votre histoire ?
Je ne pus taire une exclamation de surprise tandis que Luc s’esclaffait. Il était merveilleux quand il riait aux éclats. Des étincelles brillaient dans ses prunelles. Quel beau spectacle !
— Qu’ai-je dit de si drôle ? Allez dîtes moi, demanda Caroline.
— Annabelle ne parvient pas à déterminer ce qu’elle préférerait à la corniche !
— Non ! Vous en êtes toujours là ? Je vais vous aider un peu, reprit Caroline. Luc, vous lui donneriez rendez-vous près du pont... Corneille, c’est ça, Annabelle ?
Comme j’acquiesçais, elle continua :
— Annabelle, tu choisirais quelle rive ?
— Aucune, mais en plein milieu du pont, au niveau de l’île Lacroix maugréai-je, écarlate.
— Vous en pensez quoi, Luc ? Ce serait un bon choix ?
— Ce que femme veut...
— Alors, c’est parfait... vous lui donneriez rendez-vous au milieu du pont, et l’attendriez à... 15 heures. Qu’en penses-tu Annabelle ?
— Pourquoi me poses-tu cette question ? Ce n’est pas moi, mais Luc qui raconte !
— Ah oui ! Alors Luc, que feriez vous?
Il se pencha légèrement vers moi.
— Je lui donnerais rendez-vous à 15 heures et serais présent bien avant l’heure. Je la laisserais approcher tout doucement. Puis quand elle serait toute proche, je me tournerais et la prendrais dans mes bras. Sa main ne me suffirait pas en fin de compte, je la voudrais toute entière, contre moi.
— Et après, lui demandai-je.
— Je la laisserais me guider car c’est elle l’experte de Rouen, moi je n’y suis qu’un touriste, amoureux de cette jolie ville aux cent clochers.
— Oui, mais après, insistai-je
Son regard se troubla, soudain moins sûr de lui.
— Après ? Et bien j’espère de tout cœur qu’elle décidera de rester au creux de mes bras... pour l’éternité.
Je relâchai doucement mon souffle que j’avais retenu inconsciemment.
Soudain, une voix monocorde annonça l’arrivée imminente en gare de Rouen. Nous nous préparâmes à sortir. Sur le quai, Luc, s’arrêta à ma hauteur :
— Je voudrais que vous réfléchissiez bien à notre conversation, Annabelle.
Puis, il nous salua et sur ses paroles sibyllines, disparut.
Caroline et moi dévalisâmes comme prévu les boutiques et firent rougir de honte nos cartes bleues tant nous dépensâmes sans compter. Quand vint l’heure pour Caroline de partir avec son mari, elle m’embrassa, puis gravement déclara :
— Dans la vie Annabelle il y a les couards et je sais que tu n’en fais pas partie. Il t’a donné rendez-vous sur le pont tout à l’heure. Que comptes-tu faire ?
— Tu crois que c’est ce qu’il voulait dire ?
— Que tu es nigaude quand tu t’y mets ! Bien entendu ! J’ai vu son regard posé sur toi quand tu te détournais ! Vas-y, fonce. S’il n’est pas au rendez-vous, au moins tu pourras te dire que tu auras essayé.

Caroline partie, je me retrouvais, incertaine, sur le trottoir. Et si tout ça n’était qu’une mauvaise plaisanterie ?
Et si, en fin de compte, il m’attendait réellement ?

Au milieu du pont Corneille, Luc était là. Je pouvais voir sa silhouette se découper dans le bleu du ciel. Je m’approchai doucement, le cœur battant la chamade. Il se tourna vers moi, d’un air incertain. Malgré tout ce qu’il était, il avait craint que je ne vienne pas. Je lui rendis un sourire tremblant. Il ouvrit grand les bras où je me réfugiai. Il me serra fort contre lui et laissa éclater un rire triomphant, avant de m’embrasser. Il avait gagné et je lui concédai la victoire sans conteste.

*****

Voilà 30 ans que nous vivons ensemble. Nous avons traversé bien des intempéries, mais avons su résister. Je n’ai plus quitté ses bras et l’aurais-je voulu qu’il ne les ouvrît jamais pour me laisser partir.
Je suis désormais une grand-mère adepte des peignoirs molletonnés.
Je suis heureuse.
Je suis certaine d’une chose : ce film où ils traversèrent le pont sous la pluie ne sentait pas la guimauve. Il était le symbole d’une vie que l’on osait prendre à pleine main. Le symbole d’une vie emplie de rire et d’amour.
Une vie entière passée auprès de Luc.
Ma lumière.
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