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Un nouveau régime

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Moeun Touch

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Le morceau maternel

Manger! Miam! Tout le monde veut manger!

Depuis la Grande Pénurie, tout le monde meurt de faim, et les premiers instincts de survie déclenchent des comportements contre nature, à la limite de la psychiatrie.

- Oh, toi mon coco, tes joues joufflues me font doucement saliver. Continue à traîner dans mes pattes et tu vas retourner dans le ventre de ta mère!
× Mais arrête de le regarder comme ça, je te dis! C'est notre seul petit! Je te prév...

GGGRRRRUUUNNCHHH! GGGRRRRUUUNNCHHH!(morsures)
GGRRRRH! GGRRRRH!(cris sauvages)

Le père n'a même pas le temps de finir sa phrase que le petit, qui mattait les cuisses de ses géniteurs depuis un bout de temps, se jette sur lui et tente de croquer ce gros morceau de viande que son cerveau voit et imagine.
De la viande! Tout le monde veut de la viande!
Du coup, tout le monde voit de la viande partout!

× Arrête, trésor! C'est la cuisse à papa!

GGRRRRH! GGRRRRH!
Le petit bout n'entend pas, n'entend plus. Seuls ses crocs de carnivore réfléchissent à ce moment du festin qu'il compte bien prolonger.

× Arrête! Je te dis!
- Laisse le moi, je vais m'occuper de lui! Je sais comment f...AAIIÏÏEE! REVIENS ICI!

Le petit joufflu vient d'arracher un petit morceau de la cuisse de sa mère, après avoir lâcher celle de son père. Un bon morceau bien goûttu qu'il savoure avec des yeux agressifs et méfiants, regardant ses parents.

- Mais mon chéri, c'est à maman ça! Laisse à maman une petite bouchée! S'il te plaît trésor...

Le petit s'éloigne, montrant avec ses crocs très dissuasifs qu'il ne veut pas partager. Et gare à ceux qui tenterait de lui faucher une seule miette de ce morceau maternel très tendre.

- REVIENS ICI, JE TE DIS! GGRRRRH! Je vais le faire retourner dans mon ventre, celui-là!
× ARRÊTE! ASSEZ!! Mais qu'est ce qui t'arrive, m****!? C'est ton fils, bordel! Tu ne vas quand même pas le manger!!?
- Et pourquoi pas? Il ne se gêne pas lui! Regarde le, on dirait qu'il me savoure plus que quand il mange les meilleurs morceaux qu'on lui ait donnés.
× Il te savoure avec amour. C'est normal, t'es sa mère!
- Mais c'est que tu as de l'humour mon chéri!? Dis moi, tu as fait un peu de musculation ces temps-ci?
× Oui, pour garder le mental, pourquoi??
- Non, comme ça. On dirait que tu as pris un peu de muscles. Et si...
× Oh, non! Ne me regarde pas comme ça! NOOOON! PAS MES...!!!

GGRRRRH! GGRRRRH! GGRRRRH!

La mère vient d'arracher avec sauvagerie un grand morceau d'une cuisse bien musclée, au moment où le petit s'apprête à finir le sien. Ce dernier termine goulûment la dernière bouchée et fonce arracher le nouveau morceau à sa mère et disparaît égoïstement.

- P*****, celui là, je vais me le faire! REVIENS ICI! REVIENS OU JE VAIS TE CHERCHER!

Furieuse, la mère le rattrape, pendant que le père panse sa blessure. Pour calmer sa génitrice, le petit affamé fait les yeux doux avec un regard angélique et irrésistible. Mission accomplie. Ça marche à chaque fois, avec tous les plus grands que lui, les adultes surtout. Avec sa mère, c'est toujours instantané, même quand elle est énervée. Le mystère de l'amour maternel sans doute.

- Oh, mon coeur, comme tu es beau! Regardez moi ces magnifiques yeux angéliques! Allez, viens ici que je morde ces deux jolies joues bien joufflues! GGRRRRH! Ha ha ha!

Ne sachant pas encore parler, le bout de chou rend les câlins, pour espérer mériter le morceau de viande. La mère ne peut résister à cette chaleur et à cette tendresse innocente. Son instinct de mère lui revient et laisse le petit partager ce beau morceau de muscles paternels plein de protéines. Gourmand et égoïste par instinct, le petit tente d'arracher tout le morceau pour lui. Il le veut entier mais abandonne vite l'idée quand il voit que sa mère le laisse faire, après avoir légèrement résisté. Le signe que c'est un sujet sérieux et qu'il faut partager.
Le père croit halluciner, en voyant cette scène inimaginable juste devant ses yeux.

× J'y crois pas, ma femme et mon fils sont en train de me manger! Mais qu'ai-je fait au bon Dieu, bon sang? Si je ne trouve pas vite une solution, tout le monde mangera tout le monde, dans tout le village.

Pendant que le père désespère en surveillant la scène apocalyptique et cannibale, un vieillard arrive en hochant la tête, avec un remède naturel dans la main, fait de mélanges de feuilles médecinales écrasées et séchées au soleil.

* Dis donc, ils ne t'ont pas loupé, on dirait?!
× C'est ma garce de femme! Quand elle s'y met celle-là, c'est pire que les pittbulls. Le petit tient ça d'elle. Regarde les, il faut absolument que je fasse quelque chose pour calmer tout ça.
* Tiens, applique ça sur ta blessure, ça te fera retrouver plus vite ta peau.
× Merci vieux sage, sans tes précautions, tout le village serait dans le chaos. Qu'est ce qu'on peut faire, dis moi?
* À ce qui paraît, très loin d'ici, la nourriture ne manque pas. Soit on part tous d'ici, soit on envoie nos meilleurs pisteurs. Des jeunes de préférence, ils courent plus vite. Des dangers se multiplient à ce qui paraît, au fur et à mesure qu'on s'approche de l'endroit.
× Peut être trop de chasseurs et de prédateurs se battent pour s'approprier de l'endroit?
* Oui, c'est ça.
× Et nous les papas, on fait quoi?
* Pourquoi ne pas chasser quelques bêtes pour les élever?
× Comment ça les élever? Comme nos enfants?
* Oui. Jusque là on ne fait que les consommer. Alors je me suis dit que si on les nourrissait et si on les faisait procréer, on n'aura plus besoin d'aller les chasser. Ils grandiront avec nous, sur place.
× Tu n'as pas peur qu'on risque de les aimer comme nos enfants?
* C'est un risque à prendre. On n'a pas le choix. Il faudra éviter de tomber dans les pièges des sentiments et des émotions.
× Les émotions et les sentiments, avec ma femme et mon fils, ça ne risquent pas de les déranger. Tu vois bien, ils me mâchent comme du chewing-gum!
* Ne t'inquiète pas, tout ça va s'arranger. Rassemble nos meilleurs chasseurs. Nous allons passer à l'élevage désormais.

Le père réfléchit en contemplant la scène cannibale qui n'en finit toujours pas. Le petit bout vient de griffer sauvagement sa mère pour lui arracher le dernier morceau de muscle paternel.

× J'en connais deux qui risquent de manger toutes nos futures bêtes, il faudra les surveiller de très près, ou peut être même les attacher. Regarde les, ils se battent sauvagement pour me savourer!
* Ton petit est vraiment rapide. On pourrait le faire voyager avec les jeunes pisteurs?
× Mais il va tous les manger avant d'arriver à destination?!
* Ne t'en fais, j'en connais une qui saura s'occuper de ton petit schtroumpf, aussi sauvage et agressif soit il.
× Ça je veux bien voir.
* Alors, c'est d'accord?
× Je vais réfléchir avec ma femme, quand elle aura fini de me manger.
* Donne lui un autre morceau de l'autre cuisse, elle réfléchira mieux.
*× Ha ha ha!
* Allez, mangeons ces feuilles! Qui sait, on va peut être tous devenir végétariens? Sauf ta femme et ton fils!
*× Ha ha ha!

Le lendemain, les jeunes pisteurs sont prêts pour partir. Le petit diable joufflu partira avec eux. Pour éviter qu'il mange ses aînés, une certaine Midra saura s'occuper de lui. La mère cannibale vient profiter des derniers câlins avec son petit bout de chou.

- Faites attention à mon bébé, il n'obéit qu'à son ventre et qu'à ses crocs. Prenez soin de lui.
@ Comptez sur nous, Madame.
- Viens là toi, que je te serre dans mes bras!

Pendant que sa mère l'étreind, le petit sauvage arrache un léger morceau de son épaule, sans qu'elle n'ait ressenti la moindre douleur.

- Arrête! Hi hi hi! Tu me chatouilles trésor!
@ Allez viens mon chou, il est temps de partir.
- Bonne chance! Faites gaffe aux dangers!
@ Au revoir.

Pendant que les jeunes pisteurs font leurs premiers pas vers cette nouvelle aventure, les grands chasseurs capturent leurs premières bêtes, dans les entrailles de la jungle voisine. Le vieux sage profite pour collecter quelques plantes, utiles pour une autre idée qui le travaille depuis que la pénurie provoque les premiers gestes cannibales dans son village: l'agriculture. Désormais, tout le village travaillera pour tester et développer l'élevage et l'agriculture. Chacun devra équilibrer son régime alimentaire. Il faudra jouer avec le carnivore et le végétarien. Et peut être finir omnivore, pourquoi pas?
Le vieux sage a déjà tout réfléchi. Il tente d'expliquer tout ça à ses congénères. Mais ce n'est pas encore gagné. Heureusement, certains points communs les réunissent et les mettent d'accord.

* Plus on se nourrit de choses, moins la pénurie nous touchera, vous verrez.
Chasseur1: Pourquoi ne pas manger aussi des rochers et des pierres, tant que tu y es?! Ha ha ha! Manger des fruits et des légumes, vous entendez ça? J'ai déjà envie de vomir.
× Calme toi. Il a raison, il faut essayer. Tu préfères peut être manger ta femme et tes gosses?
Chasseur2: J'avoue que j'ai failli. Mais c'est elle finalement qui m'a mordu. Un gros morceau de ma cuisse gauche, pour nourrir les enfants. Je suis désespéré.
Chasseur3: Quoi, toi aussi?
* Vous voyez? L'élevage seul ne nous suffira pas, car les bêtes qu'on consomme grandissent trop lentement. Il faudra étendre notre régime alimentaire et développer cette idée de l'agriculture. Dans quelques générations, nous seront tous omnivores. Il n'y a pas d'autre solution pour perpétuer notre espèce.
× Omnivore? Ça veut dire qu'on pourra aussi croquer nos femmes et nos enfants?

HA HA HA!!! (RIRE GÉNÉRAL)

* Oui, si vous avez le courage de les affronter.

HA HA HA!!! (RIRE GÉNÉRAL)

* Bon, c'est pas ça, mais il nous faut plus de bêtes, de plantes, de fruits, de toutes sortes d'espèces. Allons chasser plus loin dans cette jungle. Les plus grandes richesses sont toujours bien cachées.
× Espérons que nos jeunes pisteurs trouveront cet endroit. Hum, mon petit sauvageon me manque déjà.
* Ne t'inquiète pas, rapide et coriace comme il est, aucun danger ne lui fera peur. C'est un vrai petit chasseur. Mais on fera de lui un bon éleveur agriculteur, tu verras, comme tous nos jeunes.
× J'espère que tout ça marchera.
* Ne vous inquiétez pas les gars! Mes rêves ne me trompent jamais.
× Tu dis ça pour nous rassurer, pour qu'on dorme tranquille.

Pendant que les grands chasseurs réfléchissent aux solutions longue durée, les petits pisteurs avancent plus vite, plus loin dans leur périple, pour l'instant sans obstacle. Mais ils sont préparés à se surprendre par toutes sortes de dangers, sauf le petit diable, dont le cerveau, les crocs et le ventre ne font qu'un.

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Moeun Touch · il y a
C'est juste. On ne sait pas de quelle espèce sont ces gens du village. On sait qu'ils sont carnivores, et qu'ils ne connaissent pas encore l'agriculture, ni l'élevage. Les idées du vieux sage suggèrent qu'ils risquent d'évoluer vers un nouveau régime alimentaire: ils vont se forcer probablement à se nourrir de tout, pour éviter une autre pénurie.
Merci pour la lecture attentionnée et ce commentaire très pertinent.

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Badiste001 · il y a
J'ai eu beaucoup de mal au début. Je n'arrivais pas à me projeter dans l'histoire, si c'est des animaux féroces, des humains ou autres...
A l'arrivée du vieux sage, c'est devenu plus claire, j'ai pu imaginer l'histoire. Je l'imagine au temps de la préhistoire, ne connaissant rien sur la chasse, la cueillette, la culture, l'élevage, le cannibalisme entre eux....
D'un coup, on peut lire ces quelques mot comme "végétarien" ou "pittbull"... C'est assez surprenant, mais c'est ce qui fait le charme de cette histoire...
Après c'est mon interprétation, peut être le vois tu autrement...?

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