8
min

Un jeu très dépouillé

Image de Aruna

Aruna

660 lectures

38

Qualifié

Lola bouillonne en fixant le chef d’un air noir. Ce morceau qui, chaque soir, inaugure le concert lui est insupportable. Et dire qu’elle l’aimait tant, quand elle était petite fille. C’est un peu à cause de ce beau Danube bleu qu’elle est devenue violoniste...

Ce soir encore Lola a avalé deux verres de vodka-orange avant d’entrer en scène, une idée de son amie Cécile. Elle se sent un peu agressive. L’esprit embrumé, elle a du mal à compter ses mesures : « 1 sol-sol ; 2 sol-sol... et 16-sol-la ; reprise ». Zut, elle s’est trompée. Boris ne semble pas s’en être aperçu. D’ailleurs personne ne semble vraiment prêter attention à la musique : l’essentiel est ailleurs.

Boris se tourne vers le public installé en contrebas autour de petites tables rondes. D’un geste élégant, il arrête l’orchestre et s’adresse à la salle pour débiter son laïus habituel. Lola observe les visiteurs du soir, des couples d’un certain âge et quelques hommes seuls. « Tiens celui-là est encore revenu. Cécile lui a vraiment tapé dans l’œil ! »

Boris prend son pseudo accent russe et claironne gaiement, tel Monsieur Loyal au cirque : « Mesdames et messieurs, chers amis, je vous souhaite la bienvenue aux Domaine des Feuillages pour assister à notre show estival : Volupté slave. J’ai le grand plaisir de vous présenter notre formation de musique de chambre. » L’orchestre se lève dans un bruissement de satin et un tonnerre d’applaudissements.

Comme chaque soir, la salle est aux trois quarts remplie d’une clientèle belge qui a choisi de traverser la frontière pour assister, en toute discrétion, à ce show un peu spécial dont on se repasse l’adresse de bouche à oreille. Qui peut imaginer où mène cette petite route interminable au milieu de la belle forêt ardennaise ?

En y arrivant à la tombée de la nuit on a l’impression d’être dans un autre monde, un lieu où les contingences du quotidien sont abolies. Sur le perron du château, l’accueil stylé du couple Valteuil séduit forcément les visiteurs. La mère de Lola adorerait être accueillie ainsi. Mais elle est très loin, à Niort, en train de dormir à l’étage de son petit tabac-presse...

Vu depuis la salle, cette scène brillamment éclairée ne manque pas d’allure : vingt jeunes filles masquées, apparemment strictement identiques, perruque blanche, jupe de taffetas noir, corset rouge décolleté, talons aiguille. La première fois, Lola s’est dit que sa mère aurait trouvé cela magnifique. Mais c’était avant d’avoir vécu la suite...

La suite, Lola non plus ne l’imaginait pas ! Cécile avait su être si convaincante au téléphone, expliquant comment elle leur avait trouvé un contrat épatant pour l’été : un orchestre de chambre strictement féminin, un répertoire romantique, un chef séduisant et un domaine de rêve. Il manquait une violoniste, c’était urgent. Il fallait se décider sur l’heure...

Jamais, en vingt-quatre ans, Lola n’avait jusqu’alors pris de décision hâtive. Elle avait grandi entre le commerce de ses parents et son violon, dans un monde où tout était précisément réglé : l’arrivée des quotidiens très tôt le matin, les clients habituels venant faire leur loto à l’heure de l’apéro, les cours de violon et les longues heures de gammes et d’études, le coup de main qu’elle donnait à ses parents chaque soir à l’heure de la fermeture, les séries policières à la télé, le soir après dîner. Sa mère l’avait accompagnée pas à pas, jusqu’à ce que Lola parte à Lyon passer son Prix de Conservatoire. Tout avait toujours été prévisible dans la vie de Lola, comme un mécanisme bien huilé. Tout jusqu’à ce qu’elle croise Cécile et rencontre Clément...

L’année précédente, Clément lui avait demandé de l’épouser et de venir s’installer avec lui aux États-Unis. Il était recruté dans un orchestre symphonique prestigieux.

Pour Lola, c’était beaucoup trop de changement d’un seul coup : elle n’avait jamais franchi de frontière, n’avait pas de passeport, parlait à peine anglais...
Elle avait paniqué, rompu avec son fiancé, et accepté le poste vacant de professeur de violon à l'Ecole de Musique de Niort.

Clément était parti. Lola était retournée vivre dans sa chambre de jeune fille au-dessus du tabac-presse de ses parents. Elle s’y ennuyait un peu et avait alors compris qu’elle avait sans doute commis une erreur. Si au moins Clément lui avait laissé un peu de temps... Alors, cette fois-ci, pressée par Cécile, Lola avait accepté cet engagement pour l’été sans réfléchir : elle pourrait se payer un billet d’avion pour les États-Unis et rendre visite à Clément. On verrait pour après...

Peut-être aurait-elle dû poser davantage de questions ? Au téléphone, la gérante du Domaine n’avait pas semblé intéressée par son parcours musical. Elle lui avait juste demandé deux photos et ses mensurations (pour la costumière avait-elle expliqué). Dès le lendemain matin, Lola avait embrassé ses parents, attrapé son violon et était montée dans un TGV pour Charleville-Mézières.

A peine arrivée, sans même être auditionnée, Lola avait signé son contrat de travail : un contrat tout ce qu’il y avait de plus ordinaire, en double exemplaire. Aussitôt, elle avait été prise en main par la coiffeuse qui avait fait éclaircir sa chevelure brune. Ensuite, Lola s’était laissé docilement épiler, manucurer, maquiller.

La costumière avait retouché ses habits de scène afin qu’ils « tombent impeccablement », avait-elle dit. « Tu verras comme c’est plaisant de se laisser dorloter. Tu es superbe comme cela ! », avait ajouté Cécile en la voyant essayer son costume de scène.

Lola était restée perplexe quand Cécile, Boris et Mme de Valteuil lui avaient expliqué le déroulement du show : « Imagine que tu tournes dans un film. Mets-toi dans l’ambiance, inspire-toi des autres et tout ira bien... » Lola n’avait pas saisi ce qu’ils voulaient dire.

Elle avait découvert la superbe loge double où étaient inscrits leurs deux noms de scène : « Cécilia et Lolita ».

Cécile lui avait aussi présenté les autres musiciennes : huit Ukrainiennes, six Moldaves et quatre Russes, toutes blondes, avec une plastique sublime et un accent délicieux.

Sans Cécile, Lola aurait sans doute pris la fuite dès le premier soir. Mais, confiante, elle avait enfilé son costume. Elle n’avait pas eu le temps de répéter, mais les partitions étaient simples et elle avait déjà joué la plupart des morceaux.

Dissimulée derrière son masque à dentelle au dernier pupitre des deuxièmes violons, Lola avait hâte de participer à ce concert en costume d’époque.
Cécile l’avait retrouvée en pleurs après le spectacle encore choquée par ce qu’elle avait vu et entendu.

« Allez relax ma belle, ne pleure pas. Prend donc cela comme un jeu. Tu ne vas pas en mourir après tout... »

Elle n’en était pas morte, elle avait cessé de pleurer.

Ce soir, Lola tente juste de tenir. Comme à chaque représentation, elle est prise d’un mélange de trac et d’impatience. Boris le sait bien et il va encore en profiter.

Le Beau Danube bleu reprend, dans un murmure d’approbation et d’excitation. Après un grand crescendo, Boris arrête à nouveau l’orchestre et, d’un ton sans réplique accompagné d’un coup de baguette impérieux, désigne Svetlana.

La voisine de Lola se lève. D’un geste alangui elle lance sa perruque découvrant une longue chevelure blonde qui retombe en cascade sur ses épaules. Elle attrape son violon et entame une mélodie tzigane larmoyante. Un murmure de plaisir parcourt la salle. « Natalia ! » poursuit le maestro.

Tandis que Svetlana se rassoit Natalia entame le même manège, jette sa perruque, découvrant ses magnifiques boucles châtain clair. Elle reprend la même mélodie avant d’arracher sauvagement sa jupe noire découvrant ses interminables jambes.

Elle accélère le tempo de la mélodie avant de se rasseoir dans un tonnerre d’applaudissements. Boris relance alors l’orchestre pour assurer la transition.
Concentrée sur les longues jambes de Natalia, Lola repense à tout ce que Cécile lui a fait voir et accepter depuis son arrivée.

La première fois qu’elle s’est retrouvée seule, debout en petite culotte, à jouer un solo de Vivaldi, Lola s’est sentie aussi mal à l’aise que lors de sa première audition. D’un coup la gêne qu’elle éprouvait à l’époque où sa mère la déguisait avec des robes criardes, surchargées de fanfreluches, est revenue intacte.

A la gêne d’autrefois, s’ajoute désormais la honte. La honte de jouer presque nue devant des inconnus excités, au milieu d’un mélange de cris, de sifflements et d’encouragements salaces. La honte aussi de découvrir que, dans ces conditions, elle joue beaucoup mieux qu’elle n’a jamais joué auparavant...

Lola s’est inspirée des autres, si professionnelles dans leurs gestes et leur maintien, les Natalia et Svetlana, qui semblent avoir fait cela toute leur vie. Elle joue enfin avec tout son corps, s’oublie. Le public semble subjugué.

Boris lui aussi s’en est progressivement aperçu. « Un diamant brut ta copine », a-t-il dit un jour à Cécile. Lola n’a pas saisi l’allusion.

En tout cas Boris a compris que la fausse blonde du troisième pupitre qui semble si effarouchée en entrant sur scène est, de loin, sa meilleure recrue. Il la garde pour la fin, comme le clou du spectacle, au moment où la salle est surchauffée.

Lola s’ennuie en attendant son tour. Au fond d’elle-même, elle redoute mais apprécie de plus en plus cet instant où tous les regards se tournent vers elle. C’est trouble mais magique à la fois... sauf qu’une fois le spectacle terminé, elle retourne dans sa loge et s’enfile deux ou trois verres d’alcool fort pour retrouver son calme.

Il y a un mois, après le show, un monsieur âgé a frappé à sa loge. Ce soir-là Lola était mélancolique : elle venait de recevoir une lettre de ses parents.
Elle n’avait pas eu le courage de leur téléphoner. Elle aurait pleuré en entendant la voix de sa mère s’extasier une fois de plus sur la chance que Lola a de vivre une « expérience aussi enrichissante »...

Lola s’est laissé convaincre par son visiteur de prendre un verre. Elle a beaucoup bu et ne se rappelle plus très bien comment elle a terminé la soirée dans une chambre. Le monsieur a été très correct et elle s’est laissé prendre sans protester. A son réveil, elle a retrouvé une somme rondelette sur la table de chevet.

Elle n’a vraiment pris conscience de ce qui s’était passé que quand Mme de Valteuil a pénétré dans la chambre au petit matin lui annonçant d’un ton sec le pourcentage qu’elle prend sur ce genre d’extra.

L’expérience ne s’est pas renouvelée mais Cécile a souvent eu besoin de Lola après le show. Cécile demandait à Lola d’être à ses côtés, de jouer du violon, de regarder ce qui se passait et de ne pas intervenir, quoi qu’il arrive. Elle lui laissait un pourcentage de ses gains.

Lola, même sous la contrainte, n’avouera jamais ce qu’elle a vu lors de ces nuits. Parfois cela semblait très violent : menottes, pistolets à amorces, cordes. Une seule fois elle était intervenue pour désarmer une femme qui s’apprêtait à tirer sur Cécile. Mais Cécile, loin de l’en féliciter, l’avait alors brutalement giflée.
Les autres fois, Lola était donc restée immobile et muette, dans son déshabillé rouge, le cœur battant, regardant les ébats avec un mélange d’horreur et d’excitation, tentant de se concentrer sur sa musique. Après cela elle était incapable de dormir. Cécile lui avait refilé des comprimés blancs qui l’assommaient jusqu’au matin.

Ainsi, le show n’était qu’une simple entrée en matière, une vitrine originale pour attirer les amateurs de beautés slaves.

L’homme qui suit Cécile depuis quinze jours a fait irruption dans la loge après le concert. Depuis la salle de bain, Lola a perçu des bruits de voix plutôt violents.

— Ce n’est rien, a dit Cécile pour la rassurer. Je te présente Pavel.
— On y va ! Maintenant ! hurle Pavel. Toi aussi ! ajoute-t-il en désignant Lola.

Lola est anesthésiée : elle vient de boire deux whiskys et a emprunté à Cécile une de ses petites pilules blanches qui assomment. Elle se sent ramollie mais obéit, attrape son instrument et monte dans la voiture en déshabillé rouge. La voiture démarre en trombe.

Il fait nuit noire, la voiture est arrêtée, phares allumés. La tête de Lola est prête à exploser. Où est-elle ? Elle est presque nue et se met à frissonner.

A l’extérieur, tout près, elle entend Cécile crier :

— Lola, au secours, Lola, Lola...
Mais Lola est paralysée, incapable de bouger. Cécile l’a encore emmenée assister à l’une de ses orgies tarifées, elle ne doit pas intervenir.

Elle s’approche toutefois : Pavel écrase Cécile de tout son poids et semble en train de l’étrangler.

— Lola..., crie Cécile d’une voix implorante.

Que faire ? Une phrase de Cécile lui revient à l’esprit : « Imagine que tu tournes dans un film. Inspire-toi des autres et tout ira bien... »

Lola aperçoit un pistolet dans son étui, posé dans l’herbe à côté du pantalon de Pavel. Ce dernier, trop concentré sur son affaire, ne l’a pas vue arriver. Cécile continue de crier.

Lola sort l’arme et tire deux balles à bout portant dans le dos de l’homme, comme elle l’a vu faire si souvent dans les séries télé qu’elle regardait avec ses parents. Pavel s’effondre, Cécile ne dit plus rien.

Lola reste immobile incapable de comprendre ce qu’elle a fait. Dans les films, la police arrive toujours à cet instant-là, mais elle est seule, presque nue dans cette forêt, à côté de ces deux corps inertes, éclairés par les phares.

Prostrée dans sa cellule, Lola est incapable de prononcer un seul mot. Depuis combien de temps est-elle là ? Elle ne se souvient plus vraiment comment elle a finalement été retrouvée par la police belge, au petit matin, presque nue en talons aiguille sur une route forestière, agrippée à son violon comme à une bouée de sauvetage.

Les policiers lui ont montré avec insistance un passeport ukrainien au nom de Svetlana avec une photo qui lui ressemble. Ils ont fait venir une dame qui parlait russe. Mais Lola ne comprend rien, elle refuse de dire qui elle est.

Dans sa boîte à violon, les enquêteurs ont trouvé ses deux objets fétiches : une photo où Clément et elle sont enlacés, ainsi qu’un programme de concert dédicacé.

Les heures s’égrènent. Lola est finalement amenée dans un bureau. Le visage de Clément apparaît devant elle sur un écran d’ordinateur, en direct depuis les Etats-Unis.

Peut-il identifier cette fille ? Il n’est pas sûr, l’image est mauvaise. Lola est brune et ses sourcils ne sont pas épilés...

Lola n’en croit pas ses yeux. Clément ne la reconnaît pas ? Le policier explique : « On pense qu’il s’agit d’une prostituée ukrainienne qui a tué son souteneur et que le violon est volé...».

Lola attrape alors son instrument et commence à jouer le morceau qu’ils ont travaillé ensemble à Lyon. Un lourd silence s’installe.

A la fin, Clément, ému, balbutie :
— Magnifique, le jeu est sensuel et très dépouillé. Lola ne joue pas comme cela. Mais envoyez-nous cette fille à Cleveland quand vous voulez : le poste de premier violon soliste est vacant !

PRIX

Image de Hiver 2016
38

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Geneviève Marceau
Geneviève Marceau · il y a
:-)
·
Image de Didier Larepe
Didier Larepe · il y a
Mon vote. Et n'hésitez pas à venir lire ma nouvelle en finale pour le Grand Prix Hiver 2015 : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/les-gendarmes-et-les-indiens
·
Image de Khalce Jalle
Khalce Jalle · il y a
Parce que tout le reste suit, les enfants, le mari, la cuisine et tout et tout, que je vous dis bravo, pour avoir su voler le temps au temps pour nous faire partager cette nouvelle, que j'ai adoré, parce qu'elle me parle, avec cette musicalité des mots, cet enchainement des paragraphes, oui je vote! Si vous voulez vous reposer dans un p'tit coin où les enfants jouent encore au sable devant leur porte, où le mendiant vous attend devant la votre, si un gout de miel vous manque allez DANS MA RUE ma nouvelle en compèt dans le très très court: Saliha Ragad auteur; lien : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/dans-ma-rue-1 Merci et bonne continuation;
·
Image de LaNif
LaNif · il y a
Une ambiance à la " eyes wide shut " bien " tordue " mais si bien écrite que je vote. +1
·
Image de Lionel Auberger
Lionel Auberger · il y a
Texte efficient, mon vote!
·
Image de Anne-marie Cecillon
Anne-marie Cecillon · il y a
Bonjour Aruna, Fort très fort votre texte ! Impossible de décrocher avant la fin ! Merci pour cette belle lecture. Je concours dans "bibliothèque pour tous". Si vous avez un tout petit peu de temps (3mn est-il indiqué) je serais contente que vous jettiez un oeil à "Il fallait que cela soit". Anne-Marie
·
Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
L'histoire nous accroche et ne nous lâche plus. On comprend vite que la musique est un prétexte et l'on se demande comment Lola va s'en sortir. La fin est légèrement surréaliste et mériterait d'être repensée. Bravo, Aruna, pour votre belle imagination et votre style narratif tout à fait adapté à votre sujet. Vous avez mon vote.
J'ai un fauteuil qui, à l'instar du buffet de Rimbaud, aime raconter des histoires. Si vous désirez l'écouter, c'est ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

·
Image de Claire-Solène
Claire-Solène · il y a
Excellent, bravo !
·
Image de Virginie Colpart
Virginie Colpart · il y a
Superbe!
·
Image de Rosine •
Rosine • · il y a
Une histoire sombre qu'on ne voit pas venir, Vous nous attrapez et ne nous lâchez plus. bravo +1
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

NOUVELLES

À peine avait-elle rejoint sa place dans l'avion, qu'elle s'était empressée de sortir les petits objets indispensables que recelait son sac à dos : des bouchons d'oreille, un masque et deux ...

Du même thème