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Un dimanche soir comme un autre...

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Raflay

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Enfant, Je n’aimais pas les dimanche soir, je ressentais le dimanche soir comme une espèce de no man’s land où pour quelques heures j’étais en sursis. En sursis de retrouver l’angoisse de l’école, du résultat...C'est dimanche soir et ces mêmes angoisses remontent, Je viens de déposer Paul au foyer...c’est dur, je ne m’y fais pas.
Nous sommes arrivés et vu de l’extérieur le bâtiment me donna l’impression d’un bateau à la dérive. Il n’y avait personne excepté le même jeune homme toujours assis dans un coin de l’entré attendant une éternelle visite providentielle, libératrice.
Cette fois il dormait profondément la tête penchée en avant, un filet de bave dessinant la seule médaille malheureusement qu’il soit capable de gagner.
Nous sommes rentrés par l’unique porte ouverte, celle du réfectoire. La porte battait légèrement au gré du vent tout était éteint dans la pièce, seule la lumière dans une pièce attenante me fit prendre conscience qu’il y a avait une personne à s’activer. Effectivement le personnel de cuisine, bientôt l’heure du souper. Une personne m’informa que le gros de la troupe était rassemblé dans la pièce d’activités.
Après avoir franchi quelques portes verrouillées, nous parvenons à la salle d’activités, où les fauteuils alignés me firent croire à un départ de course.... « En cul de sac ». Oui se fut la première idée qui me vint, toutes ces vies avortées pourquoi ?
Paul me prit tout de suite par le bras pour faire demi-tour et m’entrainer vers l’entrée, disons la sortie pour lui...devant la porte du sas à capteur de détection close, il baissa la tête comme déjà résigné, j’essayais de trouver les mots apaisants, réconfortants pour revenir vers la salle d’in’activités du dimanche soir. Moi-même n’y croyant pas, mais il fallait car demain je travaille.
Je retrouvais ces mêmes visages éteints, éteints de rêves avortés, éteints de perspectives aux murs blancs, aux vies rythmées par le personnel du foyer où l’intimité n’existe pas sous prétexte de surveillance et de praticité.
Enfin, il se décida de rentrer dans la pièce, à prendre place dans la course... « En cul de sac », pour attendre le top du diner. Je lui déposais quelques baisers en lui souhaitant une bonne semaine. Je remballe ma douleur et retourne à ma voiture les yeux humides et la gorge nouée.
Je reprends la route, 1h de décompression, ce sas entre deux vie. La radio à fond pour me saouler et éviter de penser. Eviter de réfléchir sur des non solutions, sur le sens de la vie ou son non-sens, sur ses doux leurres et ses douleurs.
Arrivé chez moi, dans l’ambiance réconfortante de mon bureau, je m’active à réparer des bricoles une fermeture éclaires de sac à dos, une petite soudure sur une boucle d’oreille. C’est con, mais ça me fait du bien toutes ces petites réparations après avoir vu toutes ces petites gueules cassées que je ne pourrais jamais réparer.
Je pense à mon fils, mais je chasse l’idée ne voulant pas dériver plus. Je me connais ça sera trop dur ensuite pour remonter à la surface et reprendre mon souffle pour donner le change. Oui c’est ça, donner le change.
Une phrase me revient, « la foi, c’est 24heures de doutes et 1mn d’espoir » c’est exactement ce que je ressens depuis la naissance de Paul sur le sens de la vie. Donc pendant 24heures je donne le change pour cette minute d’espoir.

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Image de Micheline Boulay
Micheline Boulay · il y a
Quel douleur ! Plein d'émotions et d'amour
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Image de Sylvie Aubault
Sylvie Aubault · il y a
c est trop émouvant, en lisant tu as la larme au yeux
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