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Un dangereux voyage

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Hamza DIB

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UN DANGEREUX VOYAGE
Tous les mardis se tient le marché à bestiaux au village de Bougtob. Une localité située sur les hauts plateaux ouest d’Algérie.
Dès 5 heures du matin, les gens viennent de toutes les régions pour effectuer des transactions commerciales d’animaux. (Ovins, bovins, caprins, chevaux et autres). Ce marché a acquis sa réputation grâce à la notoriété de la race d’animaux élevés dans la steppe qui recèle d’excellents pâturages se composant essentiellement de bonnes herbes, d’alfa, d’armoise, de glans ainsi que d’autres végétaux indispensables à l’alimentation des bétails. Par ailleurs, les propriétaires pour leur part apportent un soin particulier dans le but d’obtenir une excellente viande de qualité.
Dès leur arrivée, les animaux sont parqués et attachés par espèce dans un vaste espace clôturé pour être proposés à la vente. Les gens concerné par les transactions sont des Eleveurs, des Paysans, des Fermiers et autres Campagnards. Ils se rencontrent et tout au long de cette journée particulière presque festive, au cours de laquelle ils s’échangent des amabilités, des informations sur l’état de leurs activités, de la végétation, du cheptel et de la vie en général.
C’est dans un brouhaha considérable, dans un état de véhémence et de mouvements que les transactions s’opèrent. De nature, la communication avec ces gens se fait avec des gestes, des voix hautes et des rires forts qui paraissent stupides.
Parmi ces commerçants nous remarquons le vieux DIDI, un septuagénaire au visage rectangulaire et brun d’où se dégage une apparence de sympathie. Le regard vif mais triste, il a l’air de celui qui a considérablement souffert dans la vie à laquelle il tient. Une vie difficile et pénible. Il porte des vêtements traditionnels Algériens. A savoir un pantalon large, une chemise en tissu ordinaire, un gilet et une tunique sans manche appelée « ABAYA ». Il est coiffé d’un turban de tissu blanc. C’est un habitué du Souk. Encore alerte, il pénètre dans l’espace du cheptel ovin. Son attention est vite attirée par la présence de douze brebis liées les unes aux autres. Elles l’intéressent, il les approche, les observe avec précision, les tâte, les soupèse, il en fait une évaluation personnelle et offre un prix.
Le vendeur hoche de la tête, exprimant ainsi son refus et fixe un prix plus élevé. La discussion s’emballe, s’anime mais loin d’un accord. D’autres intermédiaires s’approchent constituent un groupe et chacun émet un avis pour tenter de trouver un prix conciliant. Ils y arrivent à mettre en accord les deux parties qui acceptent la transaction après avoir fait des concessions réciproques.
Heureux d’avoir acquis les bêtes, le vieux DIDI paye rubis sur l’ongle et entre en possession de ses animaux. Il les inspecte de nouveau, les habitue à son odeur , à sa personne en vue d’établir la relation, le contact et donné de l’assurance aux bêtes. Aidé de son fils Hamed, il fait sortir les bêtes du souk et les immobilise non loin. Puis, assis à même le sol, il prend un
léger repas pour apaiser sa faim. Après avoir longuement réfléchi, il se concerte avec son fils et décide de conduire seul ses bêtes à pieds jusqu’à sa ferme distante de dix kilomètres et ce, pour éviter des frais de transport supplémentaires.
A petits pas il pousse ses bêtes vers la sortie du village, puis vers une piste à travers champ. Il a longtemps marché aux côtés de ses bêtes qui ont retrouvé leur rythme. Puis, il s’est laissé aller à des rêveries oubliant son existence difficile mais fut ramené à la raison en apercevant une terrible tempête de sable qui s’annonce du bout de l’horizon sud. Pour préserver ses bêtes, il les attaches les unes aux autres de crainte de les perdre. Un vent violent était là. Il fait déplacer à une grande vitesse des quantités considérables de sable fin qui pénètre jusque dans la peau rendant la visibilité nulle. C’est par vagues successives que le sable couvre tout sur son passage. L’endroit est désertique et inhabité ce qui s’ajoute aux difficultés et à la fatigue de DIDI dont la vision est trouble et avance péniblement. Les bêtes stressées, frappées de stupeur et d’épuisement refusent d’avancer, se rassemblent et tombent à terre. Didi en fait de même en protégeant le visage.
Il se fait tard, c’est la nuit et le vent continue dans sa course folle. Il fait très froid en ce mois de décembre 2010. Didi avait faim et n’avait pas de nourriture, il a froid et tous les membres de son corps tremblent car la température en ces lieux tombe sous la barre de -0. Il est désorienté car ne sachant plus quelle décision prendre. Il a peur, il craint d’être attaqué par des animaux nuisibles tels les chacals, les loups, les hyènes et les reptiles. Il est paniqué pensant que sa vie devait s’arrêter là. Cependant, quelque moment après il constate que la tempête a diminué d’intensité. C’est donc un signe encourageant.
Pendant ce temps et ne voyant pas son père arrivé, Hamed inquiet a donné l’alerte, avise la Gendarmerie locale, la protection civile et toute la population consternée par cette disparition se sont mis à la recherche de l’homme en mettant sur pieds des équipes de volontaires. Ainsi des battues ont été organisées mais en vain.
Toujours éveillé Didi est attentif au moindre mouvement. Le vent s’est complètement calmé. Un silence profond s’installe mais il a peur et une torpeur psychique s’empare de lui. Il ne possède pas d’arme pour pouvoir faire face à toute agression, mis à part un bâton en bois rond qui lui permet de conduire et diriger ses bêtes. Il est tard, il fait très noir et il était impatient de voir le jour. Tout à coup, il a la sensation d’entendre un bruit au loin. il tend l’oreille, coupe son souffle pour mieux appréhender de quoi il s’agit. Oui ! il s’agit d’un bruit de pas, c’est sûr. Je ne suis pas seul, se dit-il mais je ne peux rien voir. Donc, je privilégie le silence . Le bruit se fait plus précis et s’approche. Tout à coup un individu bute sur le petit campement et chute lourdement en plein milieu. Didi émet un cri strident « Aiiiiiiiieeeee ». Les brebis essaient de se lever mais solidement attachées vaine était leur tentative. Didi interroge. Qui est ce ?, Qui est ce ? Mais il n’obtient aucune réponse. L’homme qui a trébuché se trouve étendu en plein milieu du campement. Il est conscient mais ne prononce pas un mot.
Pour sa part Didi atteint probablement d’hypothermie et fatigué, ne peut plus prononcer le moindre mot. Il supporte cette angoisse et son inquiétude s’accroît mais que peut-il faire ?
Aux premières lueurs du jour, Didi arrive à distinguer l’intrus. Il s’agit d’un homme de 40 ans environ habillé de vieux vêtements fripés et sales. Il est de grande taille, il porte une longue barbe et de longs cheveux noirs sales et crépus. L’expression du visage laisse apparaître que cet individu ne jouit pas de toutes ses capacités. Il semble être un S.D.F. qui errait sabs bût précis. Il n’était pas bavard et évitait des questions concernant sa vie d’antan.
Didi lui fait part de son état et lui demande de l’aider à retrouver quelqu’un qui puisse leur apporter l’aide nécessaire. D’un commun accord, ils prennent le départ avec difficulté. Après une heure de marche ils font la rencontre d’un Nomade qui les a secouru. Didi a été conduit à l’hôpital où il a été gardé en observation. Quand à ses brebis elles ont été récupérées par son fils Hamed. L’homme SDF a aussitôt disparu sans qu’il se fasse connaître.
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Felix CULPA · il y a
Nous sommes du même pays, et votre récit me replonge à la relecture de ma propre histoire ! Merci d'écrire si juste.
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Julien1965 · il y a
J'aime beaucoup votre prose, Hamza, elle me parle, au plus profond de moi. Bravo à vous !
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Hamza DIB · il y a
Merci Julien . Vos encouragements sont les bienvenus. ça me réconforte vraiment et me pousse à écrire. Merci
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Jean Calbrix · il y a
Une bien belle histoire, à deux doigts d'une tragédie, mais avec un heureux dénouement pour DIDI, le vieux paysan qui a acquis quelques brebis au souk de Bougtob ! Bravo, Hamza ! Je clique sur j'aime !
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michel jarrié · il y a
Histoire qui fait renaître en moi la nostalgie de ce beau pays que j'ai découvert dans de pénibles conditions (56 à 58) et que je garde depuis dans un coin du coeur. Trés belle histoire vécue, n'en doutons pas. Merci Hamza.
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Merlin28 · il y a
Etrange rencontre.... providence ou hasard?! Allez savoir!
Merci Hamza pour vos voix

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Haïtam · il y a
Belle solidarité humaine.
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Miss Free · il y a
Un beau récit humain et agréable à lire.
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Yasmina Sénane · il y a
Je rejoins tout à fait le commentaire de Claire et je vous apporte mon soutien.
Puis-je vous inviter à Bora Bora pour rêver un peu avec "Nos corps bord à bord" ?

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Claire Dévas · il y a
J'ai lu récemment une étude qui affirmait que la solidarité est la plus volontiers offerte par les plus démunis... votre texte l'illustre très joliment !
Je vous invite à venir du côté de chez mon héroïne cherchant à inflechir le fil de sa destinée en finale
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/jeanne-et-le-prete-plume
Ne la lâchez pas :-)

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