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Un connard de compétition

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Moeun Touch

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"Sale connard!", vient de m'insulter une bande de fiottes jalouses de mes attributs viriles et charismatiques, et de ma compétitivité unique et légendaire!

Je sais, je suis un connard, un vrai. Mais attention, un véritable connard de compétition, dernier cri, qui n'a jamais froid aux yeux, à n'importe quel jeu, contre n'importe qui. Les fiottes et les minables, je les fais tous crier. Ils peuvent être contents car ils ont toujours le dernier mot avec moi. Connard! C'est leur dernier mot, avec une bonne interjection exclamative comme on apprend dans les cours de français. J'adore quand ils m'insultent comme ça, comme un vrai connard de compétition. Au sprint ou au marathon, même en faisant des faux pas, je suis le plus rapide, et de loin le meilleur, que j'arrive le premier ou le dernier. Je finis toujours mes courses, dans les déserts chauds ou les vents d'hivers rudes très négatifs. Les autres connards ne font jamais le poids, trop timides et trop loin pour se faire entendre. Alors ils profitent pour crier, pour se faire plus entendre et mieux écouter. Des cris d'énervement ou de frustration, ça va de soi. Et quand je dis dernier cri, j'omets volontairement les douleurs et les larmes qui vont avec, sans oublier les échos. Avec un connard comme moi, on finit toujours par crier. Quand la machine est en route, plus rien ne m'arrête. Mais la machine est toujours prête à démarrer, partout où je vais, quand ça me chante, ou quand on me chatouille. Parfois elle démarre toute seule sans que je lui aie donné l'ordre. Elle aussi, c'est une vraie conasse, mais de compétition. Les gros mots pleuvent quand elle se met à chanter. Elle adore ça. Une grosse pluie torrentielle, avec de grosses grêles! Une compétitivité plus qu'olympique.

Je suis tout à la fois. Raciste, misogyne, homophobe, hétérophobe, cinéphile, xénophobe et forcément antisémite. Je n'aime ni le chinois, ni le juif, ni le français, ni l'arabe. Je n'ai pas envie de citer les portugais, les ritals, les turcs et toutes les autres sales races. Il n'y a que ça partout, à part moi. Toi aussi d'ailleurs, je ne te connais pas, mais je ne t'aime pas. Comme ça, sans raison, parce que je suis un connard, avec un esprit de compétition. La liste est encore longue et s'allonge de jour en jour. Je déteste tout et tout le monde, et je n'aime rien ni personne. Rien à cirer. Le pire reste à venir. Je déteste même moi même. Contradiction. Non, cohérence avec ce que je suis: un connard. Des fois, quand je me regarde dans mon miroir à trois mille euros, j'ai envie de me donner des claques. Égophobe, c'est le terme, je crois. Je suis ma propre contradiction. J'assume. Je m'aime et me déteste simultanément.
Quand je m'aime, ça m'arrive aussi souvent, voire plus que quand je me "phobe", je passe des heures à "me narcissiquer". Je sais, des fois j'emploie des mots qui n'existent pas dans le dico. Et alors? Rien à cirer, rien à foutre! Car je suis un connard, de compétition, un vrai!

Mes journées? Je les passe à foutre la merde, à insulter et à dire ce que je pense, tout haut et des fois exprès tout bas, pour énerver. Tu n'imagines pas à quel point le chuchotement peut te vexer. Quand je m'incruste quelque part, c'est toujours pour piquer. Le piment, c'est mon ingrédient préféré. Peu de gens supportent ça, c'est pour ça que c'est marrant. Avec ceux qui résistent au goût fort, j'augmente un peu la dose pour les faire cracher le feu, comme les dragons. En parlant de dragon, l'autre jour, après ma séance de musculation, une brochette de chintocks qui se prennent pour des dragons, lubrifiés au ketchup mayonnaise, "ketchupmai" comme ils disent avec leurs sons nasaux, s'avancent timidement vers moi comme des geishas, avec leurs petits pas timides et saccadés, pour emprunter mes poids. Des pédales de chintocks dernier cri, avec une allure de défilé de transexuels en liesse, toutes synchrones. On dirait des clones qui défilent lors de la gay pride, version japonaise. Je les accueille spontanément avec mes réflexes routiniers. Paf, une première claque! Dans leur gueule de pédales bien sûr. Ne sachant pas ce qu'ils veulent et surtout, rien à foutre de ce qu'ils peuvent bien vouloir, je démarre sans vergogne.

- Alors les filles, on veut faire grossir son petit grain de riz?

Le plus costaud de la bande sort son nunchaku, aussi spontanément qu'il a pris sa claque, et tente de m'impressionner avec quelques mouvements rapides très agressifs de karatéka, montrant qu'il est très énervé. Vous savez, comme leur Bruce Lee, celui qui réclame d'être con et fou en même temps. D'ailleurs il le dit lui même: "je fais du Con Fou". Tu vois, il y a pire que moi. Non, je rigole, parce que moi, je suis un vrai connard, mais de compétition! Et là, paf, une deuxième claque! J'enchaîne.

- Si tu me fais en plus un salto arrière ou un coup de pied retourné, je te jette une pièce jaune. Bien sûr, dans ta gueule de con, où d'autre!

Et là, BOUM, bagarre! Comme des mitraillettes, avec leurs sons nasaux et leur accent de chintocks pas encore bien intégrés, ils me barbouillent des phrases défensives basse gamme.

* On va te corriger, connard!
- Corriger quoi? Mes fautes d'orthographe ou de grammaire? Ha ha ha!
* Non, je vais te donner un coup de pied dans ta gueule!
- Déjà, il faut que tu sautes très haut! Et puis, il faut que t'ouvres tes yeux bridés! Pourquoi vous ne montez pas les uns sur les autres? Celui qui est tout en haut pourra essayer de me toucher!
* Ferme ta gueule!
- SHUUUT! Laisse parler un peu tes pédales de copines! Tu prends trop la parole. La liberté d'expression, c'est pour tout le monde en France! Pas seulement pour les cons comme toi! Allez toi, dis quelque chose, traite moi de connard par exemple!
× Connard! Je vais te niquer ta race!
- Ferme-la maintenant! T'es trop obéissant. Arrête de suivre les ordres à la trace. Improvise et sois créatif!
× Je vais te faire fermer ta grande gueule de connard!
- Voilà, c'est déjà mieux! Mais si tu ne veux pas rester une fiotte comme tes copines, fais ce que tu dis maintenant! Eh oui, il faut assumer! Viens faire fermer ma gueule de connard! Tu rêves, toi! Tu as raison, l'espoir fait vivre, n'est ce pas? Vous les chintocks, vous avez plein de proverbes comme ça, pas vrai?

Ah, moi, il ne faut pas me chercher. Déjà même quand on ne me cherche pas, on me trouve. Je suis capable d'enchaîner des monologues et casser tes oreilles, quand ça me chante ou quand je m'ennuie. Que tu bouges ou pas, tu vas payer, pour m'avoir rencontré! Et si t'es pas préparé, tu risques de finir par crier, bien fort, comme tout le monde. Sale connard! J'adore entendre ça, chaque fois je meurs de rire! Ha ha ha! Mais j'assume. Il faut toujours garder l'esprit de compétition, pas vrai?

Le chintock sort de sa poche, des nems et des rouleaux de printemps, avec quelques feuilles de salade et de menthe. Puis il sort une assiette avec quelques sushis, avec un petit bol de sauce pimentée. Ensuite, il me dit en riant comme un chintock.

× Tiens, mange connard! Chez nous, c'est comme ça qu'on fait de la compétition.
* Ouais, mange! Comme ça, tu ne pourras plus ouvrir ta gueule!
- Donnez moi ça les pédales! Et ne vous attendez pas à ce que je vous remercie, bande de fiottes bridées!

Je leur arrache leur repas improvisé, après les avoir insultés pour rester à l'écart. Je déteste le rapprochement et la proximité. Car je suis un connard, un vrai!
Devant un tel festin, j'ai oublié à quel point c'est bon de "nemmer". Surtout en ce temps de printemps, quand on nemme, on ne compte jamais.
Alors je savoure les mets sans me poser de questions, oubliant que j'étais venu ici pour être d'abord un connard. Je croque, je mâche, je savoure. Et PAF, je tombe sur plusieurs piments nature qui m'arrache la gueule et me fait cracher le feu. Les fiottes de chintocks gloussent. Le responsable me rit au nez.

× Alors connard, c'est bon les nems et les feuilles de menthe? HA HA HA!
* Tu veux un verre de lait? À ce qu'il paraît, ça soulage plus vite les grandes gueules comme toi qui viens de manger des piments chinois. Ha ha ha!
- Hmgmhgnhjifgw!
Le piment m'arrache ma gueule, je ne peux même pas parler. Les chintocks enchaînent leurs rires.

* Quoi, qu'est ce que tu dis? Ha ha ha!
× Il dit qu'il sera toujours un connard...
* Mais de compétition!

HA HA HA! HA HA HA!

Les chintocks rient, se foutant de ma gueule. Du coup, je ris avec eux, parce que, c'est vrai, ils ont raison: je veux rester un connard, mais de compétition.
Quand tu choisis d'être un tel connard, pour pouvoir insulter et rire avec tout le monde, tu ne peux l'assumer que quand tu acceptes de rire avec tes concurrents.
Après quelques secondes, quand les piments font moins d'effet, je félicite les chintocks qui me donnent une dernière claque dans la gueule, avec leurs rires de geishas.

- Vous m'avez eu, bande de fiottes, à mon propre jeu! Mais qu'est ce que vous faites à traîner toujours avec des nems et des piments sur vous?!
* Parce que nous aussi, on est des connards, des vrais! Des connards de compétition!
Ha ha ha!
× Alors, tu veux qu'on te pisse dans la gueule maintenant? Tu veux d'autres piments?
- Non, juste des nems et des rouleaux de printemps, avec des feuilles de menthe et la sauce qui va avec.

HA HA HA! HA HA HA!
Je finis par rire avec eux. C'est la première fois que je me sens aussi bien, en partageant ce moment de délires avec cette bande de bridés que je commence à apprécier. C'est la première fois que je finis par faire rire les connards que je rencontre. D'habitude je les fais pleurer. Du coup, je me dis que je peux rester dans la compétition, mais en essayant plus de faire rire que crier mes concurrents. Mais attention, je reste avant tout un connard, un vrai, de compétition!
J'ai juste changé de voie, de discipline, de vocabulaire. D'ailleurs je ne fais même plus de fautes, ni d'orthographe, ni de grammaire!
Je suis devenu une fiotte, une pédale, me dit mon miroir à cinq mille euros.
L'autre jour, il m'a traité de xénophile. Je ne te cite pas tous les mots en -phile qu'il a prononcés, sauf certains bien sûr, pour me dire que j'ai changé."Oui, mais de compétition!" Je lui réponds. Énervé, il se brise pour effacer cette ancienne image de moi et refléter une autre image, plus gaie. Du coup, je supporte même les gays et tous ceux que je détestais, y compris les pires. Aujourd'hui je suis un autre, très différent et diamétralement opposé, mais, attention, je reste dans la compétition.

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