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Un air de piano à bretelles,

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Alain Derenne

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Les notes d'un accordéon résonnèrent soudain dans la cour, des notes avec un accent de bal musette, des notes qui accompagnèrent une voix, tendre et fraîche comme celle d'une enfant d'une quinzaine d'années, des notes et une voix qui entonnèrent en cœur le premier couplet d'une chanson à la mode...
J'étais en train d'écrire ceci, j'en lâchais soudainement ma plume, moi l'ami Pierrot, j'entrouvris la fenêtre de ce qui était pour l'heure mon bureau, juste un coin de table dans ma minuscule cuisine.
Et dans cette cours fermée, formant avec les immeubles voisins un rectangle, une cours posée là comme un œil regardant le ciel pour y voir qui un peu de soleil, qui un ciel gris les soirs d'automne ou tomber la neige quand l'hiver était là...
Aux fenêtres qui s'ouvraient toutes les unes après les autres des visages de vieilles femmes et de personnes plus jeunes apparaissaient comme à guignol au jardin d'acclimatation, elles étaient là, posées penchées sur l'appui des croisées, écoutant, souriant en s'interpellant et jacassant, la musique ainsi que la voix pure et harmonieuse de cette jeunette, rencontrait une étrange sonorité dans ce vieux pâté de maisons de la rue Popincourt et en ravissait leurs oreilles...
La petite artiste avait dans ce quartier acquit une certaine renommée, les gens l'appelaient Bellavox, elle plaisait par la grâce un peu grave de son allure, par ses grands yeux noirs, qui éclairaient un visage au teint un peu mat des gens du sud, et par je ne sais quel charme empreint d'une certaine tristesse que peut-être la misère de sa vie exhalait, on aurait pût dire d'elle, « pauvre petite fleur du pavé Parisien », dans notre quartier, les gens aimaient sa voix, ses interprétations, ils aimaient aussi jusqu'à ses vêtements anciens, éculés et froissés, ses haillons comme disaient certains passants qui la croisaient dans la rue sans la connaître, pour nous, elle inspirait la sympathie...
Sa mère quelquefois l'accompagnait avec sa figure au teins crayeux des gens malades et elle restait là assise sur un petit tabouret pliant de camping sans parler, juste lui tenir compagnie, elle attirait sur elle la pitié.
De tous les étages de chaque immeuble des sous plurent dans cette cours, comme les oboles dans la sibylle des mendiants au siècle dernier devant les églises de France, les piécettes pour certaines enveloppées dans un petit morceau de papier arraché à la hâte au journal de la veille, pour les autres rebondissantes çà et là en faisant penser à des gouttes d'eau tombant du ciel...
Il en était ainsi chaque jour que le ciel voulait bien lui laisser lors de ses passages, sans pluie, sauf de petites pièces bien entendu...

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Sylvie Franceus · il y a
Juste un instant. Une interruption dans le moment de l'écriture. Une irruption. Un air d'accordéon. Une mélodie et une jolie petite voix et me voici transportée dans une autre époque et au pied de ces immeubles parisiens. Une magie, Alain.
Merci

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Alain Derenne · il y a
Merci à toi Sylvie.
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