Ultime chaleur

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Les étés caniculaires exacerbent les passions.

Le soleil au zénith brûle. Toute la campagne cuit dans ce four naturel. En bordure de vigne, proche d’une oliveraie, se cache un vieux mazet.
Tout autour, un mur de pierres sèches délimite un espace privatif qui semble inutile, tant la maisonnette est érigée au milieu de nulle part.
Un gros figuier prend racine contre un des murs, comme s’il n’avait pas eu la place de pousser ailleurs.
L’unique entrée est une petite porte bleue, semblable à celle d’un dessin d’enfant. La terrasse, ombragée par les larges feuilles d’une épaisse vigne vierge, s’étire sur ce même côté sud.
Pour lutter contre les fréquents épisodes violents du mistral, de grosses pierres reposent sur les tuiles plates des deux pentes du toit. À l’arrière, on distingue quelques plants de tomates qui, avec les volets entrouverts face à la colline plantée de pins d’Alep, sont les seuls signes de la présence d’une vie humaine.
Les cigales, acouphènes naturels, s’en donnent à cœur joie.
Ce bruit assourdissant tranche avec la quiétude extrême des lieux.
La canicule est telle qu’elle en déforme les images. Arbres et buissons semblent subir le sort des flammes, de grandes flaques d’eau paraissent inonder les vignes. Toute la nature est à l’arrêt et suffoque.

À l’intérieur, dans l’ombre de la cuisine inoccupée, de la vaisselle pour deux finit de s’égoutter sur la partie rainurée d’un vieil évier ébréché.
Dans la pièce d’à côté, sur un drap froissé, un corps nu s’étale, à plat ventre, membres en croix, tel une étoile à la recherche du moindre centimètre de fraîcheur.
La porte vitrée de la cabine de douche s’ouvre doucement, des pieds mouillés dont les traces s’évaporent presque immédiatement sur les carreaux de ciment, se dirigent vers le lit, en silence.
Ce corps encore mouillé se couche sur le précédent occupant. Toute langue dehors, peau contre peau, ce glaçon humain se laisse fondre lentement, de la tête aux pieds du gisant, qui reprend vie.
Ce corps fait de rondeurs inverse la superposition, il chevauche maintenant l’homme-glaçon, au rythme de l’espagnolette qui, à chaque faible courant d’air, bute contre le bois des volets entrouverts.
Dans la campagne, au loin, apparaît un nuage de fumée.
Le corps-contrebasse va et vient, sans arrêt, de l’ombre à la lumière.
Le nuage de fumée grossit peu à peu, il se rapproche.
Seul témoin des ébats, le ventilateur brinquebalant du plafond tourne au ralenti, trop usé par ses rotations incessantes. Les corps ruisselants de sueur et de plaisir ne font qu’un.

Le nuage de fumée est maintenant bien visible, il est précédé par un gros pick-up. Le véhicule roule à grande vitesse, sur le seul chemin de terre qui relie le mazet à la civilisation. L’automobile se rapproche inexorablement de son but.

Dans la chambre, les corps en fusion grimpent vers les sommets, les deux amants se rapprochent peu à peu de l’extase.

Le pick-up stoppe à une centaine de mètres du nid. Un homme jaillit du véhicule et court vers la frêle habitation…

Dans l’ombre, les gémissements sont de plus en plus audibles, plus rapprochés, l’explosion de ces deux êtres est proche.

Au moment où les corps se figent, tendus à l’extrême, obnubilés par leur jouissance réciproque, le silence de cet après-midi d’été est déchiré par deux claquements sourds, plongeant les cigales dans le plus grand des mutismes.

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JL DRANEM · il y a
Très belle écriture cinématographique ... une écriture qui crève l'écran de nos nuits blanches !
Une sieste assassinée en quelque sorte.

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Viktor September · il y a
Merci JL, effectivement je voyais le travelling...
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Phil Bottle · il y a
La jalousie n'est qu'une tromperie! ...
Rien ne vaut une persienne blindée! ;-)
Et "les cigales, acouphènes naturels", repartent vite de plus belles...

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Viktor September · il y a
Merci d'avoir pris la peine de lire l'intégralité de mes modestes écrits.
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Phil Bottle · il y a
Ce fut un plaisir! Maintenant, j'attends la suite... Bien bonne journée, Viktor.

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