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Tu l'as dit, bouffi !

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Gianni Johansson était un très bel homme. De sa mère italienne, il avait les traits fins, le teint mat, de magnifiques cheveux noirs et un sourire à faire des publicités pour dentifrice et de son père suédois, une carrure avantageuse et des yeux bleus. Il mesurait 1m80 et entretenait son teint aux UV, ses muscles à la salle de sport et ses cheveux chez un grand coiffeur. Très fier de son apparence, il la soignait. Il ne buvait que très raisonnablement et ne fumait pas. Toujours tiré à quatre épingles, il se voulait très élégant. Il faisait faire ses chemises cintrées et ses costumes sur mesure, ainsi que ses chaussures, chez les plus grands. Il faut admettre qu’il plaisait beaucoup aux femmes. Mais, ses conquêtes étaient éphémères. En effet, à ses yeux, aucune femme n’avait sa perfection. Celle-là avait trop de fesses, celle-ci pas assez de seins, et quand il en trouvait une au physique parfait, il lui reprochait un certain manque d’intelligence et de culture. Et oui, car en plus d’être très beau, Gianni se trouvait très cultivé et très intelligent. Or, sa culture n’était que superficielle. Mais, son niveau intellectuel, très moyen, ne lui permettait pas de s’en apercevoir.

Tous les matins, en sortant de sa douche, il s’enduisait de crème hydratante pour garder à son corps sa douceur de bébé, se parfumait se coiffait et se regardait dans un miroir en pied.

- Ah ! Que je suis beau ! Je vais encore faire rêver toutes celles qui me verront. Quelle chance ont ces filles d’avoir un collègue aussi séduisant et intelligent que moi !

Content de lui, il s’habillait en choisissant soigneusement une chemise et une cravate qui s ‘harmoniseraient avec le bleu magnifique des yeux.

Or, ce lundi matin, il eut du mal à boutonner sa chemise.

- Hé bien ? Qu’est ce qui se passe ? j’aurais pris du poids ?

Il monta sur la balance pour vérifier et vit, horrifié, qu’il avait pris 3 kilos.

- Bon, je ne dois pas me laisser aller. Ce matin, du thé sans sucre et une pomme. A midi, pas de dessert. Et ce soir, je ferai deux fois plus de pompes à la salle de sport. Il ne faudrait tout de même pas que quelques kilos viennent gâcher l’harmonie d’un si beau corps.

Il partit travailler, un peu soucieux quand même de savoir si ses collègues s’en apercevraient. Il fut rassuré en voyant l’admiration dans le regard des femmes et en subissant les avances de la nouvelle déléguée du personnel. Celle-ci n’avait aucune chance : 10 kilos de trop. Il croisa son collègue Antoine.

- Tiens, mais c’est Gianni l’amoroso ! Comment vas-tu, beau gosse ! Mais dis donc, ton tailleur a besoin de refaire ses lunettes ou alors t’as un ourlet qui est défait ! Regarde, tu marches sur ton froc ! Ah ! Ah ! Ah ! Ca va nuire à ton élégance naturelle.

Or, s’il y avait une chose avec laquelle il ne fallait pas plaisanter, c’était avec ses vêtements. Vu le prix qu’il y mettait, il était en attente de n’avoir que du parfait. Il se regarda dans le miroir de son bureau et vit avec effroi que, effectivement, le pantalon du costume neuf qu’il étrennait si fièrement aujourd’hui, était trop long. Il pressentit que la journée serait mauvaise. 3 kilos de plus, un costume mal taillé. Ça commençait mal. Ce soir, après la salle, il irait dire deux mots à son tailleur. Ce n’est pas la peine d’avoir pour client quelqu’un d’aussi bien bâti que lui pour lui saloper ses costumes.

Il fut de mauvaise humeur toute la journée. Au déjeuner, il grignota, et eut faim tout l’après-midi. Le soir, après avoir fait deux séries de pompes en plus, il passa voir son tailleur.

- Je ne vous paye pas ces prix là pour avoir un pantalon trop long. J’ai été la risée de tous mes collègues de bureau. Je vous préviens que ça ne va pas se passer comme ça ! Regardez un peu !
- Je ne comprends pas, répondit le tailleur. Je vais vous refaire l’ourlet.
- Il n’en est pas question ! Vous me refaites le pantalon et puis c’est tout !
- Bien monsieur. Je vais reprendre vos mesures.

Le tailleur mesura, consulta ses notes, remesura, reconsulta ses notes et dit :

- C’est normal que le pantalon soit trop long. Sur votre fiche il est écrit : taille : 1m80. Or, vous ne mesurez que 1m77.
- 1m77. Vous vous fichez de moi ! Depuis que j’ai 15 ans, je mesure 1m80. Vous ne savez pas pendre les mesures ! Vous êtes un minable ! Avoir la chance d’avoir un client avec un corps aussi parfait que le mien et massacrer ainsi un costume c’est indigne d’un tailleur de votre renommée ! Vous n’avez plus ma clientèle ! Je vais aller voir quelqu’un de plus sérieux que vous. Et, il est bien évident, que la facture de ce costume, c’est pour vous.

Toujours aussi en colère, il alla chez Dupont et Durand, ce qui était un peu au-dessus de ses moyens, mais qui, au moins, feraient du bon travail. Monsieur Dupont, à moins que ça ne soit Monsieur Durand, prit ses mesures.

- Bon, je récapitule : longueur des bras..., longueur d’entrejambe..., tour de cou..., taille... 1m77...
- Comment ça 1m77 ? Je mesure 1m80 depuis que j’ai 15 ans, bon sang !
- Ah ! je vérifie... Non, non, je confirme : 1m77. Vous avez dû vous tasser avec l’âge.
- AVEC L’AGE ???????? J’ai 32 ans. Et je ne me suis pas tassé ! Vous êtes un ringard ! Je suis parfaitement bien proportionné ! Je ne vous salue pas, monsieur !

Et, il sortit en claquant la porte.

Cette nuit là, il dormit très mal. Le matin suivant, après son rituel habituel, il monta sur la balance. Horreur, malheur : 4 kilos de trop.

- C’est le stress, pensa-t-il. Ces tailleurs de malheur m’ont fait flipper. C’est très mauvais pour le physique.

Il se regarda dans son miroir.

- Bon, ça va, je suis toujours aussi beau. Et puis, même si avec l’âge je me tasse un peu, je suis toujours aussi intelligent et cultivé.

Mais, au moment de s’habiller, il ne put fermer sa chemise. Et il marcha carrément sur le pantalon d’un costume qui lui allait parfaitement bien une semaine avant.

Au bout de quelques jours, il ne put sortir de chez lui. Il avait tellement grossi et tellement rapetissé qu’il était à deux doigts de ressembler à une montgolfière.

- Mais, que se passe-t-il ? Comment un homme comme moi, si beau, si séduisant, si attirant a-t-il pu devenir aussi laid ? je ne comprends rien.

Et, il se mit à sangloter devant son miroir. Soudain, il vit un lutin sur son épaule.

- Qui es-tu ? Que fais-tu là ? Tu es là pour te moquer de moi ?
- Pas du tout. Je suis là pour t’aider. Tu es si fier, si plein de suffisance, que tu es bouffi d’orgueil, gonflé de vanité. Ta taille diminue car, dans ton esprit, tout s’étrique. Tu te crois grand et fort mais, en réalité, tu es tout petit.
- Comment osez vous dire ça ? J’ai toujours été très beau et très intelligent !
- Attention ! Tu n’as rien compris. Chaque fois que tu t’admires et que tu te fais des compliments, ta taille diminue et ton poids augmente. Fais attention à ce que je te dis. Tu es à la limite. A l’extrême limite. Une vantardise de plus et ce sera la catastrophe.
- Alors, que dois-je faire ?
- Toi qui te vantes d’être si intelligent, tu dois être très fort et prendre sur toi. Plus aucune trace d’orgueil dans tes paroles et dans tes pensées. Plus aucune, tu comprends bien.
- Evidemment que je comprends bien. Un homme comme moi, admiré de toutes les femmes, si beau, si fort, si intelligent, si aimé de tous et surtout de toutes, comment voudriez vous que je ne comprenne pas !

Le lutin, découragé, hocha la tête et Gianni Johansson éclata.
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Marie Ehret · il y a
la vantardise et la suffisance sont de vilains défauts et voilà le résultat....super j'ai adoré
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Joelle des Coëfs · il y a
merci. il l'a bien mérité.
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Ghost Buster · il y a
Et boum, bien fait :)
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une petite pensée pour la grenouille de la fable et un grand sourire de revanche sur tous ces bellâtres bouffis de suffisance !
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Cannelle · il y a
Bien fait, tilala !!!
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