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Truffade de clins d'oeil

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« C’est officiel, en ce 21octobre 1984, François Truffaut est mort. Ce représentant de la Nouvelle Vague est, en effet, décédé en ce triste dimanche, à l’âge de 52 ans, des suites d’une longue maladie...Cet homme d’abord critique puis réalisateur, acteur à ses heures, était aussi le conjoint de Fanny Ardant, avec qui il avait eu une fille, l’an dernier. Avant de lui rendre un dernier hommage en visionnant des extraits de son œuvre, nous tenons à adresser nos sincères condoléances à Fanny et Joséphine... »
Et cette télévision qui n’en finit pas de nous apprendre de mauvaises, de tragiques nouvelles. Aujourd’hui, c’est à Truffaut qu’il faut dire adieu, à son sens de la rébellion, à ses égéries... Et à tous les projets qu’il nourrissait... Son autobiographie en cours, Le Scénario de ma vie, par exemple, et sa société de production, « les films du carrosse », que va-t-elle devenir ? Non, on ne peut pas accepter que tout disparaisse... La dernière fois que j’ai pu l’approcher, il était déjà très affaibli par sa tumeur, il ne pouvait même plus sortir, il en était même réduit à voir son dernier film en vidéocassette chez lui, mais il fourmillait encore d’idées, qui doivent être concrétisées ! Il faut reprendre le train en marche, quitte à monter dans un wagon déjà surpeuplé ! Le monde des Arts et du Spectacle est solidaire et je vais le démontrer !
Tout d’abord, il faudrait profiter de la venue de Godard, Rivette, Chabrol et Rohmer à l’enterrement. En revanche, pas un mot à Jacqueline Bisset, à Françoise Dorléac et à sa dernière femme... Il était le spécialiste des femmes, leur offrait de très beaux rôles, mais ne les laissait jamais diriger. Toujours devant la caméra, pas derrière. Nous devons lui rester fidèles et achever ses dernières volontés et ainsi en sera-t-il !
Mais si ces hommes du 7ème art n’adhéraient pas à la démarche, alors il faudrait malgré tout frapper fort ! Oui, si vraiment personne n’ose s’approprier ses idées, alors... alors... alors, j’ai trouvé : nous nous tournerons vers un documentaire, entrecoupé de notes sur Hitchcock, puisqu’il a écrit sur lui ; un témoignage de Spielberg aussi puisqu’il avait joué dans Rencontre du 3ème type et nous montrerons l’envers des décors, ou plutôt l’endroit : il a toujours utilisé son domicile et ceux de ses proches comme lieux de tournage, à part, bien sûr, pour Fahrenheit 451, qui avait été tourné en Angleterre. Des références visuelles au Journal d’un curé de campagne pourraient également être envisagées dans la mesure où notre cinéaste regardait ce film de Bresson en boucle, durant ces derniers jours. Nous pourrions d’ailleurs tenter de décrypter et d’expliquer au public ce qu’il lui plaisait tant dans ce film ! Ce serait original : décrire et analyser le goût d’un réalisateur pour un autre ! Bon, l’idéal serait de pouvoir tout faire bien entendu ! Mais, pour mener à bien ces projets, il va nous falloir racheter des droits et pour cela, trouver d’énormes fonds ! Et obtenir l’accord de ses ayant droits. Ca va nous prendre une éternité ! Non, il faut se débrouiller autrement. Organiser un concours qui serait payant, avec le Prix François Truffaut à la clef, oui, mais bienséance oblige, nous ne pourrons en assurer la première édition avant au moins un an ! Nous tournons en rond, là !
Sinon, je pourrais faire jouer mes relations et m’arranger pour que les Ministres de la Culture et de l’Education Nationale mènent une action conjointe dans les lycées nommés « François Truffaut » disposant d’une classe audio-visuelle... Ce serait sacrément culotté, mais pour une fois, je pourrais sincèrement m’écrier « merci Papa, merci Tonton » ! Bien sûr, on me nommerait à titre exceptionnel auprès de tous ces chérubins et comme il s’agirait d’un projet scolaire, les autorisations couleraient de source... Quel excellent fan je fais... et quel bon fils aussi... bien que je ne sache toujours pas de qui me réclamer, du cinéaste ou du politicien... A moi de profiter au mieux de cette double filiation !



Jour de la remise des prix, six mois plus tard :

« Tout d’abord, nous voudrions remercier tous les élèves, des différents lycées pour leur participation active à cette noble entreprise. Tous les travaux ont témoigné d’un réel désir de mémoire et d’un grand sérieux. Un peu trop parfois, ce qui nous a conduit à écarter certaines œuvres trop solennelles ou trop tristes. L’ensemble de ces courts-métrages et de ces documentaires reste d’une bonne qualité. Il aurait été fier de vous ! Mais il a bien fallu choisir et... ne faisons donc pas durer le suspense !
Troisième prix : un court-métrage très court et très original, où tout est filmé à l’intérieur d’un triangle, en écho aux triangles amoureux qu’il a souvent mis en scène ! Des clins d’œil à Peau Douce et à Jules et Jim en série pour un film intitulé Itinéraire d’un enfant sauvage! Félicitations aux élèves du lycée François Truffaut de Challans, en Vendée.

Deuxième prix : L’Histoire de François T. du lycée Truffaut de Paris 15ème, qui allie la poésie, la vôtre et les images de François Truffaut en rapport avec les titres cités dans le poème. Je souhaiterais d’ailleurs qu’on en fasse lecture, en gardant en mémoire que ce cinéaste aimait la littérature, goût transmis par sa grand-mère. D’ailleurs, on lui doit de belles adaptations de romans, comme Tirez sur le pianiste, Fahrenheit 451 ou Deux anglaises et le continent. Si quelqu’un veut bien s’avancer et nous lire le poème :
- Hum, hum...


1er prix, enfin, un hommage à un aspect mal connu de François Truffaut : son engagement politique d’une part et d’autre part, financier auprès d’autres artistes. Primo, l’affaire de la Cinémathèque liée à Henri Langlois. Secundo, les films qu’il a produits sans les réaliser : l’Enfance nue de Pialat et Le testament d’Orphée de Cocteau. Elèves de Terminale A3 du lycée François Truffaut de Lyon, vous avez refait l’incipit de ses deux films à la manière de Truffaut, l’avez réalisé comme il l’aurait fait et le résultat est grandiose ! Sans oublier que le tout est dédié à Henri Langlois, « en souvenir »! Bravo, pour ce souci de mémoire et cet hymne au cinéma de manière plus générale, cet hymne à la liberté de création qui caractérise aussi la Nouvelle Vague.
Pour vous récompenser de ce travail, j’ai un invité de marque à vous présenter ce soir. Je lui laisse la parole, avant que nous ne projetions vos trois courts-métrages, ici, en plein air, aux jardins du Luxembourg »
« Bonsoir, jeunes gens et chapeau bas à vous ! Je vous suis vraiment gré d’avoir... »
- Mais, c’est un cinéaste, lui aussi ! Tu le reconnais, toi ?
- Non
- Et toi ?
- Pourtant, il est connu !
- Oui, j’y suis ! C’est lui le réalisateur de Mortelle Randonnée avec Adjani, qui est sorti l’an dernier !
- Comment s’appelle-t-il déjà ?
- Claude Berri ?
- Non, Claude Chabrol !
- Vous dites, n’importe quoi, il s’agit de Claude Miller !
- Je crois que je vais renier mon prénom : il faut impérativement que je m’appelle Claude, moi aussi ! C’est la clef du succès dans ce milieu !
- Quand cesseras-tu de raconter des sottises ?!

« Je dois avouer que je suis assez stupéfait par votre travail et que vous m’avez donné envie à moi aussi de rejoindre Truffaut quelque part. Aussi, ai-je décidé de reprendre son projet intitulé La Petite Voleuse. Je le tournerai et pour vous remercier, je vous inviterai tous à la 1ère projection, en avant-première, au Grand Rex ! D’ailleurs, je serais bien tenté de voler la lectrice du poème lu il y a quelques minutes, vous l’enlever sur le champ... Comment vous appelez-vous, jeune fille ? »
- Charlotte Gainsbourg, Monsieur....mais, nous en reparlerons plus tard, si vous le voulez bien ! Vous allez sans doute me trouver effrontée, mais...pour le moment, place aux jeunes artistes ! Finis les longs discours et que les trois projections des œuvres primées commencent enfin ! En-fin !!!
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