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Thé ou Café ?

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Mariette

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L’été annonce sa venue par un léger souffle chaud qui fait danser ses cheveux lorsqu’elle ferme enfin les yeux. L’ennui me percute subitement, il me faut une distraction. J’étudie ses cils retombant en éventail sur ses pommettes et me penche sur elle pour me souvenir. Prenait-elle du café ou du thé ? Je déplace la mèche qui fend son visage en deux. Merde. Ce n’est pas maintenant qu’elle va me répondre ! Mes épaules s’affaissent lentement, je serais presque déprimé. Café. C’est le bon choix quand l’énergie manque à l’appel. Je fais volte face, les narines frémissantes à l’idée de me délecter des saveurs d’un noir quand un ver remue dans mon dos.

— S’il vous plaît, commence-t-il de sa voix chevrotante. Ne me tuez pas ! Je ne le dirais à personne, s’il vous plaît, s’il vous plaît.

Il éructe, tousse et, à peine sa salive ravaler, me balance des revendications dans la face. Mon attention se détache de lui pour se porter sur le corps sans vie de l’autre côté de la pièce. Je rêve ?

— Quel égoïste ! Docteur Pôvivente n’est-elle pas ta femme ?

Je scrute ses yeux de fous, ses membres attachés et sa peau presque entièrement écorchée. Un vrai saucisson ! Un sourire suffisant s’empare de mon visage. Il est ma création, luttant pour me narrer quelques maux. Je le vois bien, sa gorge tressaute, il s’étouffe dans ses propres rejections. Une bonté sans nom me tombe dessus alors que je le penche en avant et frappe la paume de ma main sur son dos épluché. Voilà qui change mes plans, un thé serait la bienvenue pour calmer mes nerfs, c’est que je suis stressé moi ! Il reprend progressivement ses esprits. Et je suis curieux de connaître son avis. Je m’accroupis devant lui, et juste avant de m’assoir en tailleur, pense à extirper le couteau de ma poche arrière.

— Je te laisserais partir, si tu m’es utile dans cette décision.

Je lui souris avec indulgence.

— Thé ou café pour fêter une nouvelle liberté ? Vois-tu, les saveurs du thé sont en accord avec la saison: léger, parfumé. Un mélange de fruits, fleurs et épices semble approprié. Un thé corsé est aussi une option.

Il bouge les lèvres mais rien qu’un son éraillé et franchement irritant en ressors. J’incline la tête et plisse les yeux pour déchiffrer ses mots butant.

— Répète. Je lui ordonne en laissant courir l’acier froid du couteau sur son torse avec une tranquillité volontairement inquiétante. Essaie d’échapper à mes représailles, petit.

Il se remet à brailler de plus belle. Je couve ma bouche avec le dos de mes doigts pour masquer mon sourire malicieux, j’oubliais lui avoir pété une dent sur deux. L’éclairage du matin rend la formule mille fois plus drôle ! Mais ce serait inapproprié de rire maintenant.

— Le thé est un bon choix. Surtout que c’est l’été et le café est chaud. Enfin si vous le prenez chaud. Moi je prenais le thé froid. Glacé.

Mon regard s’assombrit, une vilaine ombre passe dessus.

— Pourtant, le café révèle de nombreux arômes et saveurs. Il évoque une impression de plénitude depuis sa consistance jusque dans son épaisseur visuelle et gustative. Tiens, l'acidité d’un Arabica se ressent au premier contact. Ce n’est pas ton truc ? L'amertume d’un Robusta est perçue par l'arrière-bouche et une rugosité envahit la bouche lorsque l’amertume d’un café est dominante. Tu connais ça, l’amertume ?

Je fais gentiment danser la pointe de mon couteau sur sa joue jusque derrière son petit lobe d’oreille. Je suis tellement près que je peux sentir la chaleur de sa respiration saccadée sur mon menton.

— Le thé ressemble au choix approprié dans votre circonstance. Vous dîtes que c’est la fête.

— Bon point.

J’admet et éloigne le couteau de son visage confus.

— Je connais un super endroit. Je peux vous montrer.

Je secoue la tête, certain que mon cerveau se fout de ma gueule. Mais il est bien là, se tortillant, suppliant. Alors comme ça il veut me guider jusqu’au meilleur café du coin ? Que Dieu lui vienne en aide.

— Tu penses m’y accompagner ? M’enfin, tu ne peux pas sortir comme ça. Tu n’es pas presentable. Où es ta peau ?

Je ris progressivement.

— Où es ta peau, champion ? Non, non, non. Ne pleure pas. Je ne veux pas te rendre triste. Je veux faire de toi un champion. Mon. Champion. Tu comprends n’est-ce pas ?

Sa tête retombe lourdement sur son torse nu dont le sang a séché durant la nuit. Je me cale à côté de lui et pose la tête sur son épaule éprouvée.

— Ils m’appelaient « le cinglé »...

Je me confie, soudain déprimé. Mes épaules s’affaisse, la tristesse du monde s’est repus dessus. Il relève la tête pour m’écouter.

— Docteur Pôvivente était la seule qui prenais ma défense. Elle était gentille.

Il me sert un sourire contraint. Communiquant une question bien précise contre le gré de sa bouche de lâche. Alors comme ça tu me demande pourquoi je l’ai envoyé dormir ?

— Je n’étais pas supposé partir de l’asile, comme tu peux t’en douter. Docteur Pôvivente leur aurait dit.

Je souffre tellement que je croise les bras pour bloquer la douleur. Puis je regarde autour de moi et ça va mieux. Parce que je suis chez moi, libre. D’ailleurs, j’oubliais à quel point ce orange de mon mur se marie si bien avec mon vieux canapé !

— Elle s’est mise en travers de mon chemin alors je l’ai enlevé et tué.

Je dis simplement en haussant les épaules et glisse face à lui, son portefeuille en main pour revérifier son adresse.

— Si je ne l’arrêtait pas je n’aurais pas pu m’évader. N’est-ce pas ?

Je secoue la tête, lui mimant l’unique réponse.

— Non, probablement pas. Mais pourquoi moi ? Qu’est-ce que je fais là ?

Je ris doucement.

— Toi. Tu m’as été envoyé, champion. Si tu n’étais pas venus chercher ta femme à la sortie du boulot, qui aurait été là pour me couvrir devant la police. Hein champion ? Vous vous êtes battus, elle t’as cassé quelques dents et BAM.

J’écarte les doigts de chaque côté de mes oreilles au dessus de ma tête.

— Tu l’as buté.

Pour la première fois, il pose ses yeux sur le corps de sa femme. Et je l’arrête avant qu’il ne me demande encore de le laisser partir.

— C’est bien des foutaises d’amoureux, c’était pas le délire on ne pourrait pas vivre l’un sans l’autre ?

Il sanglote avec insolence. Je récolte une larme effronté avec la lame aiguisée et l’égoutte sur le bout de ma langue en l’observant. Il m’observe en retour et je déteste ce que je vois. Il sait. Il sait qu’il ne sortira jamais de cette pièce, il sait que je vais le tuer. Pire ! Il est prêt. Ce n’est plus marrant. Je lui adresse le regard le plus sombre qu’il n’aura jamais connu et lui tranche la gorge d’un seul trait. Il pisse le sang et alors qu’il est pris de convulsions, je collecte le liquide moite et chaud avec deux doigts. C’est fascinant. Je ne pensais pas qu’il lui en restait tant après les litres qu’il m’a déjà offerts hier soir.

— Stupéfiant.

Et puis il meurt, et je m’ennuie. La mort est ennuyante. Je prendrais bien un café pour faire le plein d’énergie, commencer ma journée sur un bon pied et célébrer le retour de ma liberté.
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Roberto · il y a
Non ! Un tel fou en liberté...
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Beacoveza · il y a
Okay va pour du thé alors... 😨
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Mariette · il y a
Et ouais... c’est que t’es stressé toi !
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