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Tête à tête

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Polotol

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Par de brèves séances d’approche admirative aux œillades attentives, leurs regards se croisaient imprévus ou pénétrants, évitant l’étincelle du contact. Dans la file d’attente des dépôts de bagage, elle le crût derrière elle. Où était-il passé ?
Dans l’avion, elle en première classe et lui en business, persuadés d’être faits l’un pour l’autre, ils avaient cherché l’occasion de se rapprocher. Sans succès.
Après l’arrivée aux hôtels du littoral tunisien, il l’avait suivi. Il mémorisa son point de chute et son installation dans un cinq étoiles . Elle avait remarqué son manège et feignait de l’ignorer.
Sa qualité d’ actionnaire manager des “club Med” lui donnait toute latitude pour improviser et il glissa un billet de mille dinars dans la poche au portier du palace, lui proposant qu’elle s’installât dans la suite la plus luxueuse de l’établissement. Avec les compliments d’un admirateur dévoué et sa carte de visite.
Il était revenu le soir aux alentours du bar de la piscine et ne l’avait pas vue de suite, vêtue de son deux pièces léopard customisé. Sa coiffure semblait différente et brillait de mille feux. Sa silhouette cambrée comme une ombre chinoise syncopait le temps et les rythmes africains. La volupté ambiante témoignait des fragrances et d’ épices en saveurs tropicales mélangées au zéphyr. Il était en extase, les sens aux aguets.
Pulsion d’adrénaline et de température, plongeon “cou de pied à la lune” et retour Jakuzi . De brasses filées à deux ou plongée en solo, danse aquatique ondulante de la féline incendiaire, s’étiraient des envies de chasse sous-marine dans les zones interdites.
Attirance gravitationnelle, impossible de résister à la puissance des masses en approche. Le marbre du comptoir sera la première piste. Ils s’y retrouvent et la musique fait le reste. Ils commandent les rafraîchissements . Les paroles qu’ils s’échangent sont rituelles, sans importance. Le langage est visuel.
La lumière tamisée laisse des ombres se promener sur leurs visages semés d’étoiles. Les yeux expriment des désirs partagés et leurs corps finissent par s’abandonner dans une danse lascive qui ne parvient pas à finir.
L’ascension est pilotée en douceur. La grande terrasse ouverte de l’ appartement accueille déjà les premières lueurs du jour.
Jusqu’au bout de la nuit, ils s’apaisent l’un dans l’autre en se murmurant des mots si doux qu’ils ne peuvent les retenir , que tout de suite , insaisissables, ils se libèrent.
L’étreinte les reprend de plus belle, en soupirs, sourires et compliments...
le combat physique, emmêlé, devient désordonné et leur corps à corps sulfureux finit en paroxysme suivi d’un repos langoureux. La séduction envoûtante se transforme en câlin discret. Les songes succèdent aux envies.
Le désir est encore présent et la volonté de reproduire ces délices les poussent encore dans les abysses des orgasmes infinis. La fatigue est sublimée pour toujours...
Au matin, c’est en pleine forme qu’ils partagent un petit déjeuner tardif sur la terrasse en plein soleil avec cette sensation que tout est parfait et qu’ils ne pourront plus jamais se passer l’un de l’autre.
La Méditerranée au loin ne les contredit pas et leur envoie une brise amicale.
-Il va falloir quand même arrêter le langage des signes et mettre des paroles à notre histoire, dit-elle , moqueuse.
-Laisse moi encore un peu rêver, dit-il , la regardant tendrement.
-Quelle aventure, Pierre. J’ai l’impression te connaître depuis toujours. C’est juste une sensation de bien-être qui me donne ce sentiment de confiance, de sérénité.
Mais nous nous sommes rencontrés il y a deux jours et j’en sais si peu sur toi.
-oh temps ! Suspend ton vol ! sourit-il en avançant la désserte garnie de couverts et du service à thé.
“Avec ou sans sucre ?”
Ariane le regarde à travers ses yeux comme au-delà de lui en insistant : -C’était écrit, cela devait arriver. Tu connais le déterminisme ? Pourquoi cette simultanéité maintenant et si fort ?
-Il en faut peu pour être heureux : chante -il comme Baloo en se dandinnant . Il se dirige vers le frigo et sort un Don Pérignon dont il fait sonner le canon. Une brume légère comme une âme précède le flux pétillant dans la coupe qu’Ariane lui tend. Il enchaîne :
– Je suppose que tu n’es pas libre. Tu as pris des vacances pour faire le point et prendre des distances d’un quotidien qui devient invivable. Une femme de trente-six ans, splendide, qui voyage seule vers une destination touristique est souvent dans ce cas. Elle veut sortir de sa prison même si celle-ci est dorée. Maintenant, tu es perplexe car tu ne t’imaginais pas que les choses se bousculeraient ainsi.
-Moi, je ne me pose pas de question. Je te regarde, je te sens, je t’écoute, je te goute et je me dis : C’est merveilleux ! Merci, le destin, tu as bien fait les choses et j’espère ne pas en rester là. J’en veux encore ! Que ce feu de joie se ravive toujours !, s’époumone -t-il .
Ariane se fend d’un rire cristallin.
Elle se reprend. – Mais tu es fou, je suis libre comme l’air ! Tu as trop l’habitude des nanas en perdition, victimes consentantes ou louves indignées. Cougars et consort...Mais peu importe, ce qui compte, c’est maintenant car je n’ai jamais été si heureuse et tant mieux si ça te choque.
-Je n’ai pas le profil que tu souhaitais, peut-être ? interroge-t-elle
-Tu sembles désemparé ?. Spontanément sérieuse, elle ajoute :
–N’aie crainte, je ne vais pas me ramener avec mes valises dans ton privé. Je sais que tu es père de famille et que ton métier t’amènes à contenter des clientes esseulées. Mais personnellement à Zurich, j’ai fort à faire avec ma société d’Escort-boy qui sera bientôt cotée en bourse.
-Détend toi  ! La vie est belle ! Que dirais tu d’une balade sous- marine cet après midi ?
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Potter · il y a
Bravo pour ta nouvelle très bien écrite !!!!
Si tu as l'occasion, passes voir mon dessin pour le concours Harry Potter : https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/poudlard-3

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