Supermarcheurs

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Instants de vie d'une trentenaire! Impression de déjà vu, vécu, mes observations se transforment en émotions. Ça vous dit de passer un moment en ma compagnie? Ouvrez la porte(sans toquer)  [+]

Milieu du mois de décembre, un vendredi d'hiver .

Me voilà prête à décoller pour une folle aventure. Mais avant tout départ imminent, je dois me parer d'outils indispensables pour affronter le plus paisiblement mon parcours digne d'un raid en milieu hostile. Alors, il me faut une multitude de sacs sponsorisés car je me plonge dans la gueule du loup qu'une seule fois. A cet instant, j'aimerai bien que Mary Poppins soit à mes côtés, elle me dégainerait les sacs de son grand cabas, ça me donnerait moins cette impression d'être Zézette épouse X avec tout son gourbi.
Mission numéro un, trouver un jeton car sans lui, beh pas d'aventure! Le souci avec moi c'est que je suis un peu magicienne, c'est fou, ils disparaissent tout le temps! Heureusement que mon ami Googolo m'a appris un jour qu'une clef faisait l'affaire dans le trou du caddy.

Alors je vous averti à l'avance, d'aller faire les courses, ce n'est pas ce qui m'enchante le plus, mais il faut consommer pour manger, donc j'y vais...
Ça y est, c'est paaaartiii! L'enfer commence dès mon arrivée sur le parking. Les plus courageux bien évidemment s'amassent à l'entrée tels des fourmis autour d'une miette. Le ballet des vas et vient s'observe entre les gens pressés de foutrent le camp et ceux blasés de seulement débuter leur périple. Armée avec mon attirail je vais pour choisir mon chouchou caddy, manque de pot, il en reste un et en plus il a une roue de voilée. J'enfonce mes supers sacs au fond de mon bolide et brinquebalante, je roule.

Première étape, arriver à passer l'espèce d'essoreuse géante qui sert de porte d'entrée. J'ai l'impression de tourner le remake de "tourner ménage" des Inconnus. Au prochain abattant qui arrive, promis je me mets en mode machine à laver. Ouf! Je suis passée. Et là, tu te retrouves catapulté dans la machine infernale. Lumière en pleine face, on dirait qu'un flic me fou sa lampe torche en pleine tronche pour un contrôle d'alcoolémie quand il fait nuit. Musique en veut tu en voilà digne d'un jukebox ayant quelques années de fonctionnement, grésillements et parasites sonores faisant l'annonce du jambonneau en promotion viennent s'y greffer.

Pour couronner le tout, une multitude d'écriteaux pendus, suspendus voire perdus, s'entremêlent. Je ne sais plus où donner de la tête, il y en a tellement que l'on pourrait s'amuser à créer des jeux de mots rigolos: " Morue salée bradée pour slips polyester haute qualité" ou encore : " Museau de porc sacrifié par une belle offre de Playmobil en tête de gondole". Mon esprit est déjà en promotion et j'en suis qu'à la première étape. Je sors ma liste et m'insère dans un rayon. Je me hâte à prendre l'essentiel. J'en peux plus, je me sens opressée. Une horde de caddys viennent me prendre en duel. A chaque fois, on dirait que c'est la fin du monde. Les clients se jettent sur la boîte de raviolis ou le PQ comme si un cataclysme interstellaire allait tout emporter. Au cas où il resterait un chiotte sur terre, sauvés, le fessier serait épargné. On me pousse, me touche, me fait comprendre que je suis devant Le paquet de gâteau tant convoité, bref ils me font chier! Aujourd'hui, il existe aussi le super scanner qui enregistre nos courses en direct et qui donne tous les prix. Et tu les voient qui lèvent et baissent les bras pour tout passer au crible, même ce qui n'est pas à vendre. S'il vous plaît, l'extincteur est à quel prix?

Prendre un ticket comme à la poste pour acheter du poisson ou son morceau de frometon. Quoi? Non mais je rêve, un vieux viens de me griller la place tout ça pour acheter un morceau de raie. Oh punaise, je vais lui coller mon ticket dans sa raie Manta si ça continue. En plus, il m'a marché sur les pieds, il est vieux, il ne voit rien c'est ça! Courage, il ne me reste pas grand-chose à prendre. Au rayon condiment, j'aperçois un monsieur qui a l'air aussi enchanté que moi d'être là. Il est au téléphone et au loin j'entends: " Bon écoutes, si t'es pas contente, tu n'avais qu'à choisir toi-même. Non, il n'y a pas. Ceux là non plus. Bon écoutes, je prends les longs et fins et puis voilà! Oui à tout de suite." Et le voilà reparti. Je m'approche du coin où il s'était posté. Mais de quoi parlait-il donc? Longs et fins? Petits oignons, suis-je bête, de nos amis les cornichons! C'est vrai, il ne faut pas plaisanter sur la taille, faut pas déconner non plus. J'en déduis que madame les auraient préférés moins longs et plus dodus! Ah, les goûts et les couleurs!

Bon, j'ai choisi la taille intermédiaire si ça intéresse quelqu'un! Oh punaise je vais contourner le rayon saucisson car une vendeuse est postée en rayon pour me happer. Avec ma tronche d'empathique, elle va réussir à me vendre le modèle XXL. J'ai eu ma dose en ce qui concerne les dimensions aujourd'hui.
Je voudrais faire honneur à toutes les petites mains transparentes pour les autres mais tellement visibles à mes yeux. Je parle bien sûr du personnel qui ramasse et range en permanence les produits laissés à la dérive. Les aliments justiciers qui se liguent contre leur catégorie sociale et qui font tout pour ne pas quitter leur maison, les rebelles quoi! Le fromage râpé qui se retrouve avec les vernis à ongles, ou les chaussettes au rayon marée. Après tout, pourquoi devons nous tous être soigneusement alignés dans la même enfilade? Oui, l'avocat a le droit d'aller plaider non coupable à côté d'une boîte de thon!

J'ai mal aux pieds! Ces allées sont interminables. D'un autre point de vue, je suis certaine que nous reproduisons la version humaine de Pac man. Nous sommes tous prêts à nous bouffer les uns les autres. Il ne doit en rester qu'un!

Dans cette géante pièce de théâtre, nous pouvons observer ceux aussi qui prennent tout en gros et qui n'arrivent plus à trimbaler leur navire prêts à chavirer par excès de Panzani. En parlant de pâtes, un jour, j'ai explosé en rafale un paquet de macaroni en caisse, il y en avait partout, l'hôtesse de caisse a dû même en trouver dans son soutif en se déshabillant chez elle. Tout ça pour arriver à la deuxième étape: Le fameux passage en caisse.

Tout d'abord, il faut choisir la caisse un peu moins bondée que les autres. Bien faire attention à celles qui prennent en espèce, chèque, carte fidélité... Et bientôt en nature!
Après avoir trouvé le Graal, je m'y installe et pour un bon moment.

Je décerne le prix d'honneur à l'hôtesse de caisse qui porte à la journée des tonnes de marchandises et qui est munit surtout de la plus grande des patiences. J'ai exercé ce métier pendant deux ans, je peux donc en parler. Une cliente un jour était accompagnée de sa jeune fille. Elle passe à ma caisse et tout en me fixant du regard dit à sa princesse: " Tu ne veux pas finir comme la dame, alors tu vois ce que je t'ai dis l'autre jour, tu dois continuer tes études". J'étais déconfite. Sur le moment je n'ai su rien répondre. Avec mon sourire légendaire, je l'ai encaissé. Elle ne m'a même pas dit aurevoir. Merci madame, de croire que derrière nos écrans, la seule lumière, c'est celle qui se projette sur nos yeux. Que sur ce siège, ces fesses si sagement obéissantes ont un Cul "i" plus élevé et s'intéressent à autre chose que vos conneries que vous vous empressez d'acheter. Hein madame "Tena Lady" aux fuites intempestives! Oui, je respecte ce métier, ces femmes et ces hommes souvent mal considérés. Par chance, le client avant moi découpe toutes les promotions. Coupons par coupons et produits par produits, l'hôtesse de caisse déduit les tickets réductions. Sa remorque est pleine à craquer. Le dernier article passe entre les mains de l'hôtesse, ça y est c'est mon tour, à moi la victoire! Au moment de payer, le voilà qui me sort son riquiqui porte- monnaie et qu'il se met à compter pièces par pièces, paiement en espèce s'il-vous-plaît! Après d'interminables minutes et de souffleries activées d'autres clients attendant leur tour postés en file indienne, c'est enfin à moi de casser la tirelire.

Je souris à la dame, lui dis bonjour, elle me regarde d'un air presque étonné:
-"C'est bien à moi qu'elle parle?"
-"Elle, au moins arrive à voir autre chose qu'un robot mécanique derrière ce comptoir."
-"J'existe..."
Je lui montre patte blanche en dégainant tous mes sacs vides et le défilé peut commencer. Bananes et cotons tiges sont parés de fusées au derrière et plongent aussi sec dans mon sac. Vu que je fais les courses pour le mois, je me retrouve avec une tonne de bazar sur le tapis déroulant. Mais de l'autre côté, t'as intérêt à dépoter. Si tu ne vas pas assez vite, tu te prends tout limite en pleine face avec un semblant de montagne que tu dois dévaler à grande vitesse. De gros yeux de clients supermarcheurs aguerris te scrutent et te jugent:

-" Et beh, qu'est-ce qu'elle est molle!"
-"Regardez moi cette cargaison, elle doit en avoir des enfants!"
-"En plus ,elle n'a même pas pris de sacs réfrigérant, non mais je te jure, ces jeunes!"
-"Elle est gentille, mais je n'ai pas que ça à faire, j'ai un planning chargé (discours de retraité)".
-"Et en plus elle n'a même pas mis la séparation. Non mais alors on va où là!"

Cette fois, c'est moi le robot qui enquille à la chaîne le plus vite possible pour pouvoir payer rapidement et me casser activement! L'hôtesse me remet mon ticket de caisse, me propose les vignettes pour collectionner des points qui vont se cumuler et me permettre de prendre la série de 24 pièces de couteaux ultras éguisés nommés les "tranches tout". Mais pour aller chercher ne serait-ce qu'un couteau, il faut risquer sa peau et supermarcher au moins cent fois, donc ça fait un sacré coupe-coupe de luxe vous ne croyez pas?

Hiiiihaaaa! Je me tire!
Je n'arrive même pas à pousser mon chariot, j'ai peur de me transformer en petit poucet semant ses serviettes hygiéniques sur son trajet.
Me revoilà cette fois ci à la sortie en mode vidange, de l'air! Il fait nuit, pourquoi j'ai été me garer aussi loin!Dernière étape, ranger les courses dans la voiture mais surtout aller déposer chouchou caddy chez lui.

Et merde, je n'arrive plus à enclencher Roger dans Simone! Le trou pour ranger le bitogno avait gelé, il ne me manquait plus que ça!

Supermarcheurs, armez vous et n'ayez point peur de ce monde de dévaliseurs !
Supermarcheurs amateurs ou super consommateurs, dans ce monde affameur, gare aux abrutisseurs!
Supermarcheurs, avec un peu plus de cœur, transformons ceci en un univers plus enchanteur!
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