Seule au monde

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Ce n'est pas moi qui écris ma vie. Non. C'est elle qui s'écrie  [+]

Jade Sanders se réveilla, les yeux encore embués du rêve qu'elle venait de faire.

Dès que ces yeux furent habitués à la lumière du jour qui passait dans les stores mi-clos, elle se rendit compte que quelque chose clochait.
Encore endormie et dans ses doux songes, elle ne comprit pas tout de suite la cause de ce malaise qui s'emparait de plus en plus de ses pensées.

Elle se redressa dans son lit double - Qui lui semblait si vide, d'ailleurs - , prit le paquet de cigarette et son briquet sur la table de nuit, et s'alluma mécaniquement sa première clope de la journée.
La première bouffée fût assez désagréable et la fit tousser, mais la mauvaise impression disparut bien vite, tandis que la nicotine remplissait son devoir de soulagement.

La fumée que la jeune bruxelloise recracha devant elle était magnifique, car mélangée à la poussière qui transparaissait à travers le faisceau de soleil s’immisçant discrètement dans sa chambre sombre.
Jade se mit donc à penser à Sébastian, qui était en voyage professionnel à Paris.

Sébastian était un photographe de renommée mondiale, et son travail l'emmenait dans les plus hautes sphères des agences de mannequinat.
Parfois, une jalousie mesquine s'emparait de Jade, car son Seb' chéri prenait très - trop - régulièrement des photos de nu. Une impression désagréable qui s’évanouissait très vite lorsqu'elle entendait l'homme qui partageait sa vie depuis 9 ans au téléphone : Il était totalement incapable de mentir !
Par contre, les nombreuses jeunes femmes qui le courtisaient quotidiennement l’inquiétait. Et si l'une de ces idiote superficielle était plus futée que le reste, et arrivait à embrumer l'esprit du beau photographe qui la tenait en objectif ?
Sébastian était un homme d'une extrême beauté et il était doté d'un charme défiant toute concurrence. Ses yeux gris étaient d'une profondeur à couper le souffle et semblait savoir transpercer la carapace de la peau pour sonder l'esprit de ceux qui les croisaient. Ses cheveux en bataille était noir jais et tombaient sur ses larges épaules. Son sourire était dévastateur même sur les femmes les plus âgées et son humour décapant rajoutait une touche finale qui s'emparait du cœur de quiconque l'écoutait.
La jeune brune avait donc peur que l'homme de sa vie décide de mettre un coup de canif dans le contrat qu'ils partageaient depuis maintenant près de 5 ans.

Sur ces dernières pensées, elle comprit enfin d'où son mal-être récurent venait : Tout était silencieux.

Le vrombissement régulier de la circulation s'était éteint, le téléviseur de la dame âgée d'à coté n'hurlait plus des publicités plus bêtes les unes que les autres, les klaxons stressant des conducteurs pressés se taisaient et aucun métro bruyant de la station avoisinante ne vinrent déranger ses questionnements au sujet de Sébastian.
Même la délicieuse odeur de potage qui s'élevait d'habitude d'un des appartement du palier ne vint pas caresser ses narines.

Prise d'une angoisse sourde et dérangeante, elle décida de jeter un coup d’œil dehors, afin de comprendre ce silence de mort inhabituel.

Elle se leva de son lit - avec difficulté, ses jambes la faisait souffrir - et se dirigea vers la fenêtre dans le fond de sa chambre.

Les stores n'étaient ouverts qu'à moitié, mais Jade aperçu tout de même une chose étrange.
Le soleil était haut dans le ciel et aucun nuage ne venait obstruer ses rayons, pourtant , les rues étaient sombres et lugubres, et un fin brouillard recouvrait tout le sol, aussi loin qu'elle pouvait voir du huitième étage qu'elle habitait.
Une deuxième chose la frappa soudainement. Aucune voiture ne circulait dans les rues de Bruxelles, et pas le moindre citoyen n'arpentait ces nombreux et larges trottoirs. Les nombreux petits commerces qui foisonnaient de plus en plus dans sa rue n'avaient pas sortis leurs pancartes de couleur criarde pour attirer l’œil des touristes qui semblaient, eux-aussi, s'être volatilisés.

Elle se rendit compte d'une chose qui la terrifia plus encore que tout le reste : elle n'entendait plus le chant des petits merles qui avaient élu domicile dans la corniche du bâtiment d'en face. Ces joyeux chants réveillaient Jade quotidiennement depuis plus de trois ans, et elle n'arrivait pas à comprendre comment des oiseaux pouvaient soudain se taire, lui volant ainsi le plaisir de croire encore que la nature ne se mourrait pas, même dans une métropole comme Bruxelles.

Elle tira sur la ficelle des stores afin de découvrir totalement sa fenêtre, et essaya - en vain - de ne pas penser à la boule au ventre qui commençait très sérieusement à la faire souffrir.
Une fois la ville tout à fait découverte devant ses yeux, Jade fut prise de vertiges face à cette vue surréaliste.

La femme senti ses jambes fléchir et elle s'accouda au mur, évitant ainsi de se retrouver étalée de tout son long sur son parquet vernis de la veille.
Passant sa main libre sur son front, elle remarqua que la température n'était pas au rendez-vous et son estomac se noua de plus belle : Aucun signe significatif qu'elle était en train de vivre un délire hallucinatoire.

Un rêve ? Non. Tout ses sens étaient maintenant en éveil, et le flou qui caractérisait ses songes nocturnes était absent.
Ou peut-être était-ce tout de même un rêve, dont elle ne connaissait pas encore les caractéristiques. Était-ce possible ? Un songe si réaliste ?
Jamais elle n'en avait entendu parler de près ou de loin.
Ses vertiges se calmaient et se sentit prête à se mouvoir à nouveau.
Elle alla en titubant près de sa table de nuit et saisi son téléphone portable dernier cri, dans l'intention d'appeler Claire, qui avait poursuivit un cursus en psychologie, spécialisée ensuite dans l'interprétation des rêves.

Un rire incontrôlable lui vint quand elle se rendit compte de l'absurdité de sa démarche : Appeler une amie spécialiste des rêves dans un rêve ? Curieuse ironie que l'esprit vous joue parfois !
Mais Jade continua tout de même de faire défiler ses contact de l'agenda électronique de son téléphone à la recherche de Claire.
Elle finit par repérer le nom de son amie et appuya sur l'écran tactile sur la mention "Appeler", juste en dessous de la photo de cette sulfureuse blonde qui avait déchaîné tant de passion chez les hommes.

Elle porta l'écouteur jusqu'à son oreille, et après quelques secondes, remarqua avec étonnement qu'aucune tonalité ne venait lui bercer l'oreille. Elle regarda sur la partie supérieure droite de l'écran et, comme elle le craignait, la petite icône en forme antenne n'était suivie que d'une croix rouge et non, des 3-4 barres qui signifiaient qu'elle percevait le réseau satellitaire.
Elle tenta également de lancer la couverture 4G dont on lui parlait tant pour accéder à internet.

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Pas le moindre réseau.

La jeune femme avait déjà oublié Claire et ses études impressionnantes et un malaise intérieur encore plus grand s'empara d'elle : Elle ne savait pas joindre Sébastian, et lui non plus.
Elle resta quelques instants ahurie, sans savoir quoi faire face à cette situation pour le moins anormale, et son estomac lui rappela en gargouillant qu'elle avait des obligations naturelles à entreprendre pour savoir survivre.
Elle n'avait pas très faim, mais n'avait aucune autre idée et se dit qu'elle serait plus à même de réfléchir avec le ventre plein.

La jeune brune se dirigea donc vers la porte qui menait à sa cuisine, tellement dans ses pensées qu'elle ne pensa pas à se vêtir davantage.
Elle vit du coin de l’œil son reflet dans le miroir de sa garde-robes, et se plut l'espace d'une seconde à se dire qu'elle était superbe.
Ses longues jambes de femme parfaitement épilées venait épouser avec poésie la courbe de ses fesses, recouvertes seulement par un shorty en dentelle très sexy et son soutien-gorge masquait à peine sa poitrine pulpeuse qui, en dépit de ses 26 printemps, était toujours aussi ferme.

Jade continua à s'avancer, avec une satisfaction brève et fuyante de la vue de son corps parfaitement entretenu.

Elle ouvrit la porte et s’avança dans le magnifique salon, qu'elle avait mit tant de temps et d'amour à décorer, elle s'arrêta quelques secondes devant l'âtre de la cheminée et observa les très nombreux cadres qui illustrait le bonheur qu'elle vivait au quotidien avec ce magnifique ténébreux.
Elle sourit inconsciemment quand elle regarda la photo qu'ils avaient prit lors de leurs vacances au Maroc deux ans auparavant.
Cette photo était prise sur la place de Marrakech (jemaa-el-fna) , et les deux amoureux se tenaient la taille avec un grand sourire, tandis qu'un Fakir faisait danser un serpent en arrière-plan, face au Café des Délices - Qui, à prix dérisoire, était un restaurant absolument exquis -.
Son estomac la ramena encore une fois à la réalité, ou le rêve, car le mystère restait entier. Jade continua donc à avancer dans cet appartement luxueux et débarqua dans sa cuisine ultra-moderne et sur-équipée que son mari avait payé une fortune.

Le frigidaire était remplit et elle prit une cuisse de poulet cuite la veille. N'ayant pas la moindre volonté, elle la mangea crue en quelques instants, sans même prendre la peine de s’asseoir sur son imposante table à 5.000
euros importée de Florence.

Repue, Jade se remit à réfléchir à sa situation, et observa Bruxelles vidée de toute vie à travers la baie vitrée de son salon. Le silence restait insupportable et elle se sentait un peu claustrophobe, malgré les 170 m² qui composait la surface de ce loft hors de prix.
Cette impression d'écrasement et étouffement la poussa à revenir au trot dans sa chambre, d'enfiler un jeans et un top en vitesse, afin de sortir, de respirer un peu à l'air libre, et qui sait, de comprendre ce qui se passait.

- Seule au monde - Préface.
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