Se rencontrer

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En compétition

Tendre est la nuit dans les bras de la lune Je me souviens de cette nuit Et surtout du silence qui s'en suivit  [+]

Image de Automne 2020
19 heures, Lyon, Place de la comédie.

Les Muses étaient là ; comme chaque soir, posées au sommet des immenses colonnes de l’Opéra de Lyon, elles observaient la scène qui se jouait à leurs pieds. Ces hommes, ces femmes, cette foule qui s’extirpait à la hâte de la bouche de métro, téléphone dans une main, cartable dans l’autre et mille idées dans la tête. L’un d’eux s’empressait pour aller récupérer ses enfants. Cet autre se remémorait les courses à acheter pour préparer le diner. Un autre songeait au contrat en cours de négociation dans son entreprise. Et celui-là mesurait le retard qu’il avait déjà accumulé sur le programme de sa soirée. Tous couraient pour suivre leurs agendas sans prendre le temps, le temps de profiter de cet instant. L’Opéra était là. Ses arcades, ses colonnes, son dôme étaient dressés au milieu de cette marée humaine. Le flot humain déferlait contre son armature. Il l’affrontait dignement. Personne ne l’admirait. Un oiseau errait à la recherche de miettes de pain ou de quelques denrées qui pourraient satisfaire sa faim. Il était noyé dans ce torrent. Personne ne le remarquait. Un clochard souriait à chaque passant dans l’espoir que l’un d’eux viendrait glisser une pièce dans son gobelet vide. Il était perdu dans ce déluge. Personne ne le regardait. L’architecture, l’animal et l’humain étaient devenus décor de la Place de la Comédie ; un décor de scène connu de tous, banal.
Comme tous les soirs, les Muses, depuis leur balcon, scrutaient cette masse humaine à la recherche de l’un d’entre eux. Dans ce chaos, secrètement, elles attendaient celui ou celle qui, un jour, saurait s’extraire de cet échiquier, sortirait de cette asphyxie, admirerait le monde et savourerait le bonheur, le simple bonheur d’être vivant.
Ce soir, la place était évidemment bondée. L’Opéra était là. Les Muses étaient là. Le décor était là. Les marionnettes étaient là. Et ce soir, Adrien arrivait également sur la scène.

Il venait tout juste de sortir de la station de métro Hôtel de Ville. Avant de monter les marches de l’escalier, Adrien avait observé l’image qui s’était reflétée sur les vitres de la rame de métro. Il avait beaucoup changé. Le temps l’avait ravagé. Des sillons s’étaient creusés sur son visage ; des sillons aussi profonds que la tristesse qui habitait son cœur. Ses cheveux ondulés avaient perdu leur volume et étaient devenus aussi ternes qu’un bouquet oublié sur une commode. Ses épaules s’étaient arrondies pour protéger le peu de vie qui demeurait en lui. Ses vêtements vides et son humeur s’étaient colorés de noir. Depuis plusieurs mois, il ne supportait plus le fantôme qui se reflétait en face de lui.

Ce jour-là, Adrien avait rendez-vous ; un rendez-vous qu’il convoitait depuis fort longtemps. Cet événement, Adrien l’avait rêvé, imaginé, idéalisé tant de fois. Il en avait écrit des partitions entières et chaque morceau, chaque note se révélait d’une douceur libératrice. Mais, maintenant que l’heure était arrivée, il avait peur, terriblement peur. Il n’était plus sûr de pouvoir suivre ses mesures. Un an que Adrien n’avait pas vu Benjamin. Une année qui avait laissé ses traces. Elle avait amené de la nouveauté et des souvenirs, beaucoup. Il doutait de savoir les raconter, de pouvoir les expliquer, car, de cette année passée, il ne restait que le silence de l’absence. Il avait peur qu’ils ne sussent pas se retrouver. Il craignait le silence, il redoutait qu’il accaparât toute la conversation. Rien ne faisait plus trembler Adrien que ces laps de temps qui s’engouffrent dans une conversation, ces blancs abyssaux pendant lesquels rien ne se dit et tant de choses passent. Chaque silence, parce qu’il ne savait pas les interpréter au plus juste, engendrait chez Adrien une angoisse monumentale et un état de paralysie physique presque complet. À l’inverse, dans sa tête, c’était le branle-bas de combat. L’alerte était donnée. Un pincement de lèvre, gêne. Une expiration trop longue, exaspération. Un pied qui battait le sol, impatience. Ses neurones s’activaient. Tout était disséqué. Tout était passé au crible. Les vieux schémas d’analyse s’amorçaient, ceux de défense aussi. Le but ? Déterminer l’hostilité de ce silence et, éventuellement, trouver une manière d’y remédier.

Benjamin n’était pas là. Adrien piétinait avec une lenteur mesurée, regardait à droite, à gauche, puis engageait un demi-tour. Rien. À nouveau un regard à droite, à gauche. Toujours rien. La ville frétillait autour de lui. Il était seul dans cet océan humain : une anomalie au milieu de la vie. Du bruit, de la vitesse, de l’agitation, ce flot continu de stimuli l’affolait. Il n’arrivait pas à tout analyser. Il sentait son corps se raidir. Les premiers réflexes de survie émergeaient : partir ! détaler comme un lapin sorti de son territoire. Son esprit s’emballait. Oublier le rendez-vous. Partir. Rester ? Il avait besoin de calme. Silence. Adrien déambulait. Ne pas être statique, vulnérable. Un bus klaxonna. Que se passait-il ? Un passant pressé par le temps s’était-il hasardé à une traversée audacieuse ? Une témérité qui pourrait le confronter à l’éternité. Était-ce là le salut de tous ces écervelés ? Adrien s’accula aux barrières postées à l’entrée de l’Hôtel de Ville, près des militaires. Il songeait à la réaction de Benjamin. Quel jugement aurait-il ? Saurait-il le regarder avec bienveillance ? Cette réflexion, cette rumination rendait l’attente insupportable. Désormais, il redoutait la rencontre. Il avait peur d’échouer. Il préférait fuir plutôt que d’échouer. Mais, il était tétanisé. Son cerveau, en réflexe de survie, ordonnait la fuite. Son corps, lui, restait immobile.

Son portable vibra : « Je suis arrivé ». Il comprit qu’il était en retard. L’absence de réseau dans le métro avait différé le message. Benjamin était sur la place. Adrien paniqua. Pourquoi ne l’avait-il pas reconnu ? Il regardait devant lui, fouillait à droite, scrutait à gauche. Personne. Il se retourna vers l’entrée de l’Hôtel de Ville. Rien. Il avait peur. Peur d’avoir oublié son visage. Pire encore, peur d’avoir été oublié. Il avait peur que le temps eût effacé une partie de ses souvenirs. Peur d’être passé à côté de Benjamin sans le reconnaitre. Peur.

Enfin, il reconnut la silhouette élancée de Benjamin. Benjamin l’avait également reconnu, il le rejoignit et le prit dans ses bras. Son corps se rappelait. Son esprit se souvenait. Il s’apaisait. Les deux garçons s’extirpèrent de cette atmosphère survoltée pour aller dans une rue avoisinante beaucoup plus calme. Benjamin marchait d’un pas rapide, lui, comme tous les autres, devait avoir un agenda à respecter. Il avait toujours la même assurance. Cela impressionnait Adrien. Tout semblait si simple. Adrien culpabilisait de ne pas avoir la même aisance. Il suivait les pas de Benjamin. À l’intérieur ses sentiments s’embrouillaient entre peur et amour, tristesse et colère. Benjamin montra un bar à bière à gauche de la rue. Adrien acquiesça. Ils entrèrent et s’installèrent au fond. Benjamin avait conservé son charme. Le temps ne l’avait pas changé, il était toujours aussi beau. Adrien était heureux.

Se rencontrer. Commencer une conversation. Toujours les mêmes mots. Les gens changent, mais les questions restent les mêmes, toujours aussi insipides. Les réponses, toujours aussi fausses ou biaisées. Après, peut-être viendra le temps de la sincérité, voire de la vérité. Des codes sociaux bien ancrés qu’il est bon de respecter. Après les banalités d’usages, la discussion bifurqua sur les évolutions respectives des vies de chacun. Enfin, plutôt sur quelques événements qui s’étaient déroulés depuis leur dernière fois. Benjamin avait beaucoup manqué à Adrien. Mais il était trop tôt pour le dire. Alors il resta sur des réponses laconiques et très évasives. Il fallait attendre. Puis dans cette conversation creuse, un silence s’installa. Tristesse. Adrien n’acceptait pas qu’un silence pût s’installer aussi vite entre eux. Adrien devait le combler. C’était vital pour lui. Peur. Ce vide ne devait pas prendre de place. Adrien devait dire quelque chose. Ce silence devait être brisé :

— Héhé, toujours la même montre !

Avant même d’avoir achevé sa phrase, Adrien était honteux d’avoir prononcé ces mots. Il n’avait rien oublié de leur histoire, de ce passé dont il rêvait souvent, sa mémoire ne savait pas oublier, elle n’avait renoncé à aucun souvenir et les seuls mots qu’il avait trouvé à dire étaient liés à une montre. Une montre, un instrument qui compte le temps ou le décompte parfois. Il se sentait idiot. Il était également en colère. Il n’avait pas pu suffisamment réfléchir. Il avait cédé à la panique. Il n’avait pas su relancer intelligemment la conversation. Il avait tenu à écarter le plus vite possible ce silence. Il avait tenté de le déchiqueter. Verbaliser la première observation qui lui traversait l’esprit. Briser le silence.

Heureusement, une serveuse apporta la carte. Elle fut l’intermède qui fit s’évaporer cette remarque absurde. Ils devaient choisir une boisson. Il y en avait beaucoup : des bières blondes, brunes, ambrées, alcoolisées ou douces. Une possibilité de choix qui déstabilisa à nouveau Adrien. Il ne savait pas choisir. Par peur de faire le mauvais choix, il n’avait jamais su choisir. Il pesait éternellement le pour et le contre sans jamais pouvoir prendre une décision. Faro. Un nom que Adrien connaissait. Adrien lut que Faro était une bière douce et ambrée. À vrai dire, le goût importait peu. Ce qui importait, c’était que cette bière fît écho à un souvenir. C’était sa manière de choisir. Contrairement à Adrien, Benjamin était encore plongé dans la lecture de la carte. Il ne semblait pas avoir décidé. Il prenait le temps de lire, de tout lire, absolument tout. Après, et seulement après, il faisait son choix. Toujours cette assurance, celle qui manquait tant à Adrien. Pendant que Benjamin décortiquait la carte, Adrien était retourné dans ses doutes. Il ne savait pas s’il était préférable de le laisser lire ou s’il pouvait aborder un nouveau sujet, un meilleur sujet. « Laisse-le choisir et profite de ce temps pour réfléchir », murmura une voix intérieure. Il voulait revenir sur le passé, comprendre, mais il était encore trop tôt. Il valait mieux rester dans la politesse.

Benjamin posa la carte et dit :

— Ton boulot, ça va ?

Benjamin, en une fraction de seconde, venait de balayer les pensées de Adrien. Il était décontenancé, mais ne le montra pas. Il avait appris à garder une attitude impassible. Ne pas montrer ses faiblesses. La question posée venait de le désarçonner. Elle était pourtant commune, mais pour lui la réponse exigeait un effort considérable. Il tenait toujours à apporter la meilleure explication qui fût. Ne pas décevoir, jamais. La question posée manquait de précision. Il ne savait pas qu’elle était la vraie question. Voulait-il savoir si son travail lui plaisait toujours ? s’il le trouvait épanouissant ? si l’ambiance était bonne ? s’il pensait évoluer ? Il ne savait pas ce que Benjamin demandait. Il avait peur de se risquer à quémander une reformulation. Comment la plupart des gens pouvaient-ils répondre en quelques secondes à ce genre d’interrogation ? Adrien l’ignorait. Cependant, il savait que les secondes défilaient et que le délai de réponse allait sembler anormalement long pour une question aussi simple. À la table d’en face, un mec galochait sa copine. Un tintement de verre parvint à ses oreilles. Des individus devaient trinquer. Et ce chien sur la gauche qui grimpait avec énergie sur les genoux de son maître. Et ce mot « anémié » que Adrien venait d’entendre. Pourquoi parlait-on d’anémie dans ce bar ? Qui était anémié ? Adrien avait trop d’informations en même temps, beaucoup trop. Il n’arrivait plus à gérer cette masse d’influx nerveux. Il était paralysé. Il devait répondre. Adrien souhaitait changer de métier. Ça serait l’amorce de sa réponse. Il construisait sa phrase. Mais il n’avait pas décrit sa fonction actuelle. Il ne pouvait commencer ainsi. Cela n’était pas cohérent. Que dire de son poste actuel ? Il ne savait plus. Il ne savait plus quoi répondre et seuls ces mots sortirent :

— Ça va.

Puis il réfléchit à la suite, mais abdiqua avec une trivialité :

— Beaucoup de travail en ce moment et des conditions pas toujours bonnes. Et toi ?

Benjamin n’avait pas changé d’entreprise. Il travaillait toujours dans l’informatique. Cependant, il semblait avoir été promu sur de nouvelles responsabilités. Ses fonctions avaient changé. Il était désormais chargé de la migration des data-centers. Adrien ne saisit que les premiers mots puis se laissa emporter dans ses souvenirs. Il se remémorait les soirs passés à refaire le monde. Il pensait au soutien et aux conseils que Benjamin avait toujours su lui procurer. Sa vie avait bien changé. Il avait des regrets. Benjamin parlait. Adrien répétait son texte, choisissait ses mots. Benjamin expliquait la nécessité de constituer un protocole bien défini pour que les informations fussent transférées sans altération. Adrien entendait la voix de Benjamin, mais n’écoutait pas ses mots. Il répétait sa scène. Toutefois, les conditions de jeu n’étaient pas celles qu’il avait imaginées. Il s’était mal préparé. Mais, il pouvait y arriver. Il arriverait à ouvrir son cœur. Benjamin avait fini. Adrien avait sa phrase d’ouverture. On y était. Son visage se détendit et… un serveur happa la conversation et interrogea :

— Vous avez choisi ?

Adrien annonça :

— Une Faro s’il vous plait !

Benjamin prit une blonde très alcoolisée. Adrien avait été fier de pouvoir annoncer son choix avec assurance. Cependant, il avait perdu sa réplique. Il avait perdu les mots qu’il s’était préparé à dire. Sa mémoire l’avait abandonné. Il y avait définitivement trop de monde dans ce bar. Il était oppressé. Benjamin le regardait avec sympathie, également avec affection. Il semblait attendre quelque chose. Adrien s’efforçait d’analyser son comportement. Aucun tremblement. Il n’était pas nerveux. Pas de sourcil crispé. Il n’était pas inquiet. Son regard était bienveillant, passionné peut-être, sensible probablement. Benjamin était très à l’aise et décontracté. Les deux garçons se regardaient sans échanger de mots. Adrien se laissa emporter par la quiétude de Benjamin. Pour la première fois depuis longtemps, il n’avait pas peur. Il trouvait même dans ce silence une certaine douceur. Il se sentait accepté, uni. Il n’avait plus besoin de sa tirade. Sa respiration ralentissait. Il ne manquait plus d’air. Ses pensées s’arrêtèrent. C’était nouveau. C’était agréable. Cet instant était complet. Aucun mot ne pouvait le décrire. Il n’avait pas besoin d’être décrit. Il était vécu.

Benjamin interrompit cet interlude presque onirique par une question. Il demanda à Adrien ce qu’il avait prévu pour ce week-end. Adrien savait que son agenda était vide, comme souvent depuis qu’il était seul. Benjamin lui envoyait-il une invitation déguisée ? Espoir. Adrien toujours dans un état cotonneux avait de la difficulté à formuler une réponse. Il rêvait. Il rêvait à ce futur qui se construisait. C’était beau. Il répondit qu’il n’avait rien de particulier pour ce week-end.

Le serveur apporta les boissons.

Benjamin lui conseilla de sortir, que cela lui ferait du bien. Rencontrer. Benjamin expliqua qu’il avait prévu un week-end en Normandie. Tristesse. Il lui raconta qu’ils aimaient bien s’exiler quelques jours en amoureux. Il lui raconta quelques-uns des séjours qu’ils avaient faits. Désespoir. Puis, il continua sur ses projets. Il avait en tête de partir au Canada pendant au moins une année. Benjamin l’amenait dans son futur. Il l’obligeait à oublier leur passé. Oublier et créer un futur bien différent de celui qu’il aurait espéré. Il devenait inutile de revenir sur leur passé. Il semblait définitivement réduit à des souvenirs. Pour Adrien, à des remords.

Benjamin s’absenta quelques minutes. L’effet de la bière. Adrien se retrouva seul. Seul avec ces interrogations. Seul avec ses rêves envolés. Seul avec son désespoir. Seul dans ce bar blindé. Cela lui faisait peur. Il ne savait pas comment combler cette absence. Il y avait plein de monde autour. Lui était, depuis quelques secondes, seul sur cette table. Il devait justifier sa présence. Heureusement, il y avait deux verres. Cela prouvait qu’il n’était pas seul, qu’il attendait quelqu’un ou qu’il y avait eu quelqu’un en face de lui. Sa présence était justifiée. Cela excusait sa solitude sur cette table au beau milieu d’un bar bondé. Toutefois, pour lui cela n’était pas suffisant. Il pouvait toujours y avoir quelqu’un qui s’interrogerait sur cet homme assis seul à cette table. Pour fuir cette inquiétude, il fit ce que tous les gens font : il empoigna son téléphone et alla sur les réseaux sociaux. Il regarda la dernière absurdité publiée. Il en profita également pour regarder la vie de ses proches, vie heureuse, insouciante, vie qu’il enviait. Tous les gens autour de lui étaient heureux. Il voyait leur bonheur. Comment faisaient-ils pour être aussi heureux ? Était-il possible d’être aussi heureux ? Où était-ce un masque social que l’on portait en compagnie des autres ? Était-ce pour ne pas être seul que l’on arborait ce masque attrayant ? Sa solitude le quitterait-elle un jour ? Les tabourets de ce bar n’étaient vraiment pas pratiques. Il s’y sentait mal installé. À l’étroit, comme il l’était dans sa propre vie. Obligé de jouer à l’équilibriste pour donner l’illusion d’avoir une vie aussi commune que possible. Ne pas attirer l’attention.

Benjamin revint. Il annonça qu’il avait promis de ne pas rentrer tard. Benjamin partait. La rencontre était finie. Le rendez-vous était passé. Adrien allait quitter ce nid de frelons où les conversations bourdonnaient de tous côtés. Benjamin allait s’éloigner de Adrien une nouvelle fois. Rien ne s’était passé comme il l’avait imaginé. Leur passé était définitivement mort. L’accepter.

Benjamin embrassa Adrien, lui souhaita une bonne soirée et s’en alla. Adrien retourna sur la place de la Comédie. Il n’avait pas le cœur à rentrer. Personne ne l’attendait. Tout semblait sans intérêt. Il alla s’asseoir dans la pelouse. Comment en était-il arrivé là ? Son regard se perdit dans les colonnes de l’Opéra. Les lumières rouges dansaient. Elles étaient si légères, si festives. C’était agréable. Il n’avait jamais pris le temps de les regarder. Il ne s’était jamais assis dans ce coin de verdure. L’herbe était fraiche. L’herbe était douce. Elle avait une odeur. Un parfum bien loin des polluants, un parfum qui avait bercé son enfance. Il semblait le redécouvrir. Il se souvenait de ces mois d’été où il passait des heures à courir dans les pâturages. Il gambadait dans les champs en compagnie de son chien puis se jetait à terre en riant. Le chien venait alors lui lécher le visage. Adrien faisait glisser l’herbe sous ses doigts, comme avant. C’était bon. De l’eau, il entendait de l’eau. Il se retourna et observa la fontaine soleil. Pour la première fois, il prenait le temps de la regarder, de l’écouter. Il aimait le chant de l’eau sur les pierres. Il revoyait cet enfant émerveillé par les ondes d’un galet jeté dans une mare. Tout revenait, tout remontait. Cet enfant libre s’exprimait. Il savait s’épanouir d’un chant de merle. Il prenait plaisir à le chercher. Parfois, il le trouvait, il voyait son bec orange courir au milieu du feuillage. Il trouvait son bonheur dans une cueillette de cerise. Il s’émerveillait de voir toujours davantage d’étoiles. Il se souvenait des balades à l’orée du soir. Celles où, parfois, il pouvait voir une biche traverser le chemin. Elle les regardait un instant puis s’en allait à travers les forêts. Adrien courrait après elle. C’était agréable. Quelqu’un court avec lui. L’enfant se retourne. Il sourit. Il se reconnait. Il est heureux. Il s’est retrouvé. Il est apaisé. C’est beau de se rencontrer.
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De margotin · il y a
Un texte qui me captive. Bravo
Et
Je vous invite à découvrir mon nouveau recueil de poèmes en lice au grand prix du manuscrit 2020.
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Pour lire l'extrait et sur j'aime pour connecter, puis sur j'aime à nouveau si vous voulez le soutenir au grand prix de la journée du manuscrit. Merci beaucoup
Salutations chaleureuses

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Lyne Fontana · il y a
Une expression des sentiments très bien ciselée. Une lecture très agréable. Vous parvenez à exprimer avec sensibilité les inquiétudes et émotions de votre personnage. La fin peut paraître miraculeuse, mais cette respiration fait du bien.
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ALYAE B.S · il y a
C'est très réussi et les mots sont soigneusement utilisés et choisis. Je cueille un cœur et vous invite à découvrir mon TTC la face cachée de l'Isère qui est en finale. N'hésitez pas à me soutenir avant la fin de la compétition (demain) https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-face-cachee-de-lisere
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Jonathan Bonnet · il y a
Je vous remercie pour ces compliments. J’ai lu votre œuvre et comme je vous l’ai indiqué en commentaire elle m’a beaucoup touché. Bonne soirée
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Randolph · il y a
Une découverte ! Votre écriture nous plonge dans des instants particuliers, mélancoliques, qu'il faut suivre attentivement jusqu'au dernier mot. Bravo ! Une réussite !
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Jonathan Bonnet · il y a
Un double merci ; pour votre commentaire et la découverte de votre écriture !
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Keith Simmonds · il y a
Une belle plume pour cette histoir fascinante autour de laquelle gravite un grand sentiment de tristesse ! Une invitation à venir vous dépayser dans “Dépaysement au Royaume des Animaux” qui est en FINALE pour le Prix Short Paysages –Isère 2020. Il ne nous reste quelques heures pour voter. Merci d’avance et à bientôt!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/depaysement-au-royaume-des-animaux

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Jonathan Bonnet · il y a
Merci pour votre commentaire. J’ai pu lire votre texte avant l’échéance et attribué des votes.
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Ginette Flora Amouma · il y a
On dirait une composition musicale , des notes qui égrènent le chorus de l'âme .
En suivant les arpèges , j'ai laissé l'histoire me guider .

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Jonathan Bonnet · il y a
Je vous remercie pour ce commentaire. J’espère que la musique de l’âme d’Adrien a permis de vous divertir quelques instants
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Yannick Pagnoux · il y a
Il émerge de cette nouvelle un sentiment très mélancolique, une étrangeté, on navigue dans une sorte de brouillard qui amène vers la lumière. J'avoue avoir été guidé par votre belle écriture moins par l'histoire.
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Jonathan Bonnet · il y a
Oui beaucoup de brouillard ; le cheminement cérébral est parfois bien compliqué. Merci pour le commentaire
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Camille Berry · il y a
Un sentiment de solitude récurrent, mais l'espérance malgré tout... et une belle écriture
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Jonathan Bonnet · il y a
Un sentiment de solitude : c’est un livre de Monique de Kermadec ;)
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