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Prologue :

Une silhouette se dessine dans la pénombre. Le vent sec et glacial frappe de plein fouet l'inconnu. Son allure est digne d'un homme d'affaire du 20eme siècle : un tailleur près du corps laissant suggérer une bedaine ronde, ds chaussures noires ternies par le temps, un sac de voyage impeccable, un imperméable protégeant son veston en tweed et un large chapeau de feutre couvrant la tête-quoique dégarnie sur les côtés- de cet homme solitaire. Il s’arrêta sous un lampadaire, sortit une montre gousset de l'une de ses poches de pantalon et consulta frénétiquement l'heure. 00:30. Le prochain bus ne passerait pas avant une heure tout au plus et la circulation était inexistante ce soir. Impossible donc de rejoindre le centre ville dans l'instant. D'un geste non chaland, il referma la précieuse horloge miniature et entreprit de s'adosser au banc public réservé aux utilisateurs de bus. L'homme posa son sac sur les bandes vertes du banc - non loin de lui - croisa les genoux et se mit à attendre. 5,10,15,... les secondes s’égrainaient rapidement ainsi que les minuties. Son attention diminuait peu à peu tant et si bien qu'il fallu qu'un bruit le réveilla de sa torpeur apparente.

En face de l’arrêt, un cul-de-sac sombre. L'homme cligna plusieurs fois des yeux comme pour fixer une image qui – a priori – semblait floue. À moins que ce ne soit à cause de la chose qui s'était rapidement déplacée. Les poubelles nauséabondes – buffet à volonté pour les rats et autres vermines – semblaient avoir bougé elles aussi. Une curiosité poignante s'empara de l'inconnu. Qui avait-il là-bas ? Sa raison lui dictait de respecter ses engagements vis à vis de son employeur et d'être à l'heure pour son rendez-vous, mais une petite voix lui soufflait tout bas de jeter un petit coup d’œil de l'autre côté de la route ; Après tout le bus ne serait pas là avant un bon petit moment. Regardant à droite puis à gauche – comme sa maman lui avait apprit – il rejoignit l'autre bord de la route, loin de la lumière. Une odeur de pourriture générale vint accueillir le nouvel arrivant. L'homme porta sa main à sa bouche et couvrit son nez. Quelle odeur ! Les yeux de l'homme scrutaient cette décharge odorante comme pour y trouver quelque chose d’intéressant à regarder. L'homme frissonna. C'était la misère qu'il voyait en face de lui. Cruelle misère qu'il n'avait – et ne connaîtra jamais.

Quelque chose bougea. Elle se déplaçait si rapidement que l'homme crût que son imagination lui jouait des tours. Cette chose tentait de se cacher derrière ces immondices. L'inconnu l'interpella d'un timide «Qui est là ?». Pas de réponse. Hésitant, il fit un pas en avant et demanda – tout en réajustant le col de son imperméable – «Sortez de votre cachette» avant d'ajouter «N'ayez pas peur, je ne vous veux aucun mal». Une forme de vie se présenta. Tout droit sortit d'un carton délabré, un vieux chat de gouttière se manifesta. Il avait un œil borgne, une moustache coupée à ra et boitait un peu. L'homme s’agenouilla et d'une voix rassurante – qui trahissait un certain dégoût – appela le chat tout en lui tendant la main. Le félin oscilla de gauche à droite – comme s'il sortait d'un quelconque état d’ivresse – avant de se diriger vers l'homme. Sa démarche lente et hasardeuse ne fît qu'apitoyer d'avantage l'inconnu. Un instant, le vieux chat s'assit, fit sa toilette non sans difficulté – comme pour se rendre présentable – puis lourdement vint à la rencontre de l'homme. Il mit une certaine distance entre lui et cet inconnu, le scrutant du coin de l’œil, tournant autour de cet étranger comme pour le jauger du regard. Une fois sa petite inspection terminée, le matou s'installa sur ses pattes arrières devant l'inconnu. À la lumière des étoiles, on pouvait distinguer un petit bout de langue dépasser de sa bouche édentée. Soulagé que la présence furtive n’était en réalité qu'un vieux matou, l'inconnu es redressa et, prenant son sac par la poignée, songea à se diriger vers son arrêt de bus puisque sa curiosité était assouvie. L'homme regarda une dernière fois le chat... jusqu'à ce que celui-ci le feule. Le félin hérissa son poil, se cambra, miaula dévoilant ses canines blanches – pour la plus part cassées lors de combats – et continua à montrer son mécontentement. L'homme recula d'un pas – car il savait qu'il ne fallait jamais s'approcher d'un animal lorsqu'il vous manifeste sa colère – tout en lui montrant sa main libre à la manière d'un «stop» – lui signifiant qu'il n'était pas dangereux.

Soudain, l'inconnu heurta quelque chose. Quelque chose de long, dur et filandreux. De sa main libre – qui était la gauche – il se risqua à tâtonner cet objet aussi curieux soit il. Ce n'était pas un fusil ni même sa crosse d'ailleurs – l'homme ne le savait que trop – ce n'était pas non plus une crosse de hockey ou un bâton qui lui ressemblait. Non. C'était autre chose. Saisissant l'objet et l’amenant vers lui, l'inconnu découvrit avec stupeur qu'il tenait un bras squelettique où quelques morceaux de chair en putréfaction pendaient – retenus entre autre par des ligaments à demi morts. S'écriant – non pas par peur mais par surprise – l'homme lâcha le bras et s'exclama « Oh mon dieu ! ». Le chat continuait toujours de le feuler mais l'inconnu était si choqué par ce qu'il voyait giser sur le sol qu'il ne l'entendait pas. L'épouvante le saisissait, l'horreur se lisait sur son visage. C'est alors que la – véritable – Chose se manifesta. Cette Chose était bien plus grande que notre matou. Beaucoup plus grande même. Elle dépassait l'inconnu de quelques centimètres. L'obscurité semblait la couvrir tel un habit sombre. De pied en cap, elle était couverte de noir. La Chose se tenait debout sur quatre pattes – non deux. Elle avançait vers l'inconnu. Celui-ci s'était retourné et marchait en sens inverse, vers les bennes à ordures. Le chat miaula de plus belle lorsque l'inconnu lui marcha sur la queue. Paniqué, il sortit la montre de sa poche gauche et chercha un moyen de gagner du temps. L'étau se resserrait encore. Il n'y avait que quelques centimètres entre la Chose et lui. Finalement l'homme réussit à diriger un petit faisceau de lumière sur la Chose. Elle porta ses mains vers ses yeux ce qui permis à l'homme de se frayer un chemin vers la sortie. Il récupéra son sac mais fût arrêter par le vieux matou. Ce dernier avait changé de place entre temps et barrait la route de l'inconnu. « Oh toi, tu ne vas pas t'en tirer comme ça ! » cria-t-il à l'attention du vieux félin. D'un coup de pied, il supprima définitivement le matou qui s'écrasa contre un mur. Ses os – trop vieux pour supporter le choc – se brisèrent et l’œil sain pissait du sang.

L'homme couru vers son arrêt de bus en pensant qu'une fois de l'autre côté, il serait en sécurité... mais c'est sans compter sur l'instinct de la Chose. S'étant remise de ce léger éblouissement, elle réussit à agripper l'homme par la jambe alors que ce dernier n'avait plus qu'un pas à faire avant de rejoindre la lumière. L'homme tomba brusquement au sol. Il perdit ses lunettes pour lire sur la chaussée tandis que la Chose le traînait vers elle. Tentant de s'accrocher à quelques cailloux, l'homme ne réussit qu'à se rapper la peau. La Chose le ramena face à elle, sur le trottoir et changer de prise. Elle le prit par le cou et le souleva avec une force phénoménale. L'homme tenta de crier, de hurler, de se débattre – ou du moins de gesticuler pour déstabiliser son adversaire – mais la Chose resserra son emprise. Elle l'avait enfin à porter de main. Les joues de l'inconnu commencèrent à virer à l’écarlate, ses yeux à sortir de leurs trous et l'air qu'il respirait venait à manquer – il ouvrait la bouche tel un poisson rouge pour pouvoir continuer à respirer. Le bourreau murmura quelque chose d'incompréhensible à l'oreille de sa victime puis un cri strident retentit. Un de ces cris qui vous déchire les tympans et qui – par la même occasion – vous glace le sang. L'oignon si précieusement gardée cessa de marquer le temps. Le sac était renversé au sol – comme éventré de l'intérieur – vidant tout son contenu sur le trottoir. Les lunettes perdues sur la chaussée se brisèrent – enfin plutôt les verres que la structure de métal abritaient – à moins que l'armature ne céda sous le poids du bus qui passa quelques instants plus tard sans s'arrêter à l'arrêt que l'inconnu devait prendre. Une chose est sûre : la nuit noire venait de tomber sur la ville.
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Image de Noodles
Noodles · il y a
Je pense avoir relevé quelques coquilles à moins que ça soit moi qui me trompe : "giser" au lieu de gésir, "les secondes s’égrainaient rapidement ainsi que les minuties" au lieu de minutes, je sais pas si "non chaland" est un jeu de mot ou si vous vouliez dire "nonchalant", "fût arrêter" au lieu de fut arrêté, "l'inconnu es redressa" au lieu de se redressa. Je pourrais modifier mon commentaire lorsque vous aurait fait les corrections.
Sinon, votre texte est porté sur l'action et le mystère. J'ai aimé la description du chat et des ruptures de ton comme "ouvrait la bouche tel un poisson rouge" ou "enfin plutôt les verres que la structure de métal abritaient" qui ralentissent le rythme pour augmenter le suspense.
Il manque peut-être seulement un soupçon de perversité ou d'ironie pour emporter davantage mon adhésion (du style rappeler à la fin qu'il sera en retard à son rendez-vous alors qu'on se préoccupe plus du monstre).

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Lunanokomis · il y a
merci de votre analyse si perspicace ! je pense que ce conseil me sera d'une grande utilité lorsque je publierais la suite ^^
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Jean Calbrix · il y a
Un bon thriller dont on ne sort pas indemne. Bravo, Lunanokomis ! Vous avez mon vote.
J'ai ici un ttc pour le fun et le rire si cela vous tente : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/beee (en finale)

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Geny Montel · il y a
Aussi noir que la nuit !
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un scénario digne de Stephen KING !
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Lunanokomis · il y a
Merci Patricia BD
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Sabbe · il y a
Le suspens et l'horreur sont au rendez-vous. Une lecture prenante (quelques fautes de frappe telle que "es" au lieu de "se") cela m'arrive aussi, je vous rassure.
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Lunanokomis · il y a
Je vais modifier ça tout de suite :)
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