Saisons symphoniques

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Comme je n'ai pas d'idée de présentation, je vous dis bonjour, je vous souhaite une bonne et agréable journée (ou soirée en fonction de l'heure à laquelle vous lirez ce message...), et j'espère  [+]

Image de Hiver 2021

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24 décembre. Vingt-trois heures cinquante-cinq. Mes yeux sont lourds. Fatigués de la journée. Il est tard. Pourtant je ne veux pas encore dormir. Je suis pressé de le voir…

L’opéra. Les spectateurs prennent place dans leurs fauteuils. Rouge. Velours. À l’image de cette fête traditionnelle. Un confort moelleux, majestueux pour un concert pas comme les autres. Cette année, il s’intitule Poussières d’étoiles aux rythmes des saisons. Magie céleste. Unique représentation. Les enfants et leurs parents venus en nombre font face à une scène bordée par deux rideaux aux vagues harmonieuses délicatement suspendus. Devant eux se dresse l’orchestre. Pas de musiciens. Une ribambelle d’instruments forme un gigantesque demi-cercle sur différents étages. Au sommet de cet arc en ciel musical, attachée au centre de la coupole, une cloche dorée domine l’ensemble. C’est magnifique à voir. Quelques sons sortent de nulle part. On finirait par croire que les instruments sont animés comme si les chimères les plus folles se mettaient en mouvement. Il n’y a qu’un seul chef d’orchestre pour réaliser cela. Celui qui fait rêver tant de monde. Tant d’enfants. L’impatience se fait sentir.

Minuit.

Plus un geste. Silence absolu. Le temps s’arrête. La cloche sonne. Douze fois. Elle l’annonce. Au fur et à mesure, la salle bascule dans l’obscurité. Une marche lourde à deux temps résonne dans les coulisses. Les pas se rapprochent. Les sourires apparaissent sur les visages des enfants. Le plafond disparaît et donne naissance à une nuit étoilée. La lune brille de mille feux pour illuminer la scène. Il est là. Noël Lepère. Dans son costume rouge et blanc. À ses pieds, sa hotte immense, remplie de cadeaux et de rubans multicolores. Les étoiles semblent éteintes à côté de tous ses yeux qui pétillent de joie. Noël s’installe face à sa petite estrade. Puis, il se tourne vers son public qu’il salue avec grâce et générosité. Il se repositionne face à des concertistes invisibles. Grimpe sur le podium. Lève le bras droit. Puis le gauche. La baguette pointée vers les cieux attire tous les regards. Il l’agite avec souplesse et rigueur. La magie opère tout de suite. Une poussière d’étoiles envahit la scène et tourbillonne dans un jeu de lumière époustouflant. Les instruments prennent vie. Magique symphonie. Le spectacle commence…

Les instruments ouvrent le concert par le Printemps. Une musicalité pleine de légèreté et de gaieté où les cordes frottées et pincées font chanter des oiseaux imaginaires. Les fleurs s’épanouissent au fil des gammes hautes en couleur des hautbois et des clarinettes. Les cymbales papillonnent pour laisser place au soleil intense d’un xylophone en feu. L’été se déroule à merveille. La générosité suave des instruments ensoleille les regards des uns et des autres. Ils n’ont d’yeux que pour l’habilité du maestro. La chaleur douce des harpes et des guitares sèches transporte la foule vers un horizon bleu mêlant le sable des maracas aux chants des vagues d’un orgue de la mer.

Tout en douceur, les couleurs chaudes et orangées de l’automne se substituent à celles de l’été. Transition au rythme des contrebasses et violoncelles. Un léger vent de tubas et de saxophones fait danser les notes comme des feuilles chutant d’un arbre en tourbillonnant. Mélodieuse mélancolie automnale aux sons d’un piano grave et subtil.

L’Hiver final, tant attendu avec ses multiples décorations lumineuses s’annonce de la plus belle des façons. Les clochettes tintinnabulent. Les altos et les violoncelles s’écharpent tendrement tandis que les violons mettent leurs gants de velours à l’approche d’un froid saisissant. Mais au bout de quelques minutes et d’une fine brise sifflant dans les airs, un contre temps vient titiller l’esprit de Noël. Une fausse note. Puis deux. Ses yeux se promènent de gauche à droite à la recherche du coupable de cette anarchie musicale. Jusqu’au moment où la vérité lui apparaît : les instruments à vent soufflent trop fort. Le Printemps veut chasser l’Hiver avant l’heure et revenir en tête d’affiche de ce concert saisonnier. Les bois se préparent à prendre le relais et à sortir du sol, mais c’est encore trop tôt. Noël agite la baguette de plus en plus vite pour ralentir les fauteurs de troubles. En parallèle et de son autre main, il redonne de la fraîcheur aux cuivres et une douceur blanche aux flûtes. Malgré ses nombreuses relances, la température se réchauffe. Le public ne s’y trompe pas. L’angoisse de ne pas entendre tomber la neige se propage dans les regards. Des questions se posent. Pourquoi cette accélération de saisons ? Sans Hiver. Sans neige, les manifestations de cette fête n’auraient plus lieu d’être. Il n’y aurait plus de concert. Ni de magie. Que deviendraient Noël Lepère et les enfants ? Le traîneau et les rennes ne pourraient plus glisser jusqu’à eux pour leur distribuer… leurs cadeaux.

Noël Lepère ne veut pas être responsable d’une telle réalité. Son regard se durcit. Ses bras s’agitent dans tous les sens. Les instruments s’affolent. Les notes s’entremêlent. S’affrontent. La grosse caisse annonce l’arrivée de gros nuages gris. Qui deviennent très vite noirs. L’orage de colère d’une percussion répétée fait vibrer les fauteuils. C’est à cet instant qu’il pleut des cordes en renfort d’un solo de trompette hurlante. Les violons et les altos se déchaînent. Dans la tempête, les décorations de la salle s’envolent. Les sapins se penchent, gémissent et craquent. Les boules tombent au sol et roulent de part et d’autre de la scène. Les guirlandes s’électrisent aux sons des guitares pour former des éclairs jaillissants. Les spectateurs sont médusés par la réapparition du Printemps. Les cymbales claquent comme la foudre. La symphonie se transforme en une tornade musicale incontrôlable. Noël Lepère ne peut plus inverser la tendance. Les enfants le regardent, souffle coupé et regard suppliant. Arrêter ce séisme. Ils attendent tant de lui. Malheureusement il baisse les bras… visage en larmes.

Soufflée par des vents de plus en plus puissants et graves, la hotte s’envole libérant des milliers de cadeaux aspirés par le ciel étoilé. Quelques enfants tendent les bras pour essayer d’en attraper. Trop tard. Ils partent au loin pour devenir de tout petits points lumineux parmi tant d’autres dans cette nuit sombre et agitée. Même la lune préfère s’incliner. Elle se retire laissant place aux ardeurs d’un soleil levant. Un blues instrumental envahit l’atmosphère et s’empare de la foule. Il n’y aura pas d’Hiver cette année. Le spectacle est terminé.

25 décembre. Cinq heures quarante-cinq. Je soulève ma couette encore chaude de cette nuit courte et tourmentée. Mon sommeil fut perturbé par une drôle de musique. J’enfile ma robe de chambre. Pas un bruit dans la maison. La porte s’ouvre sur le couloir. Je descends l’escalier à pas feutrés. À mi-chemin je m’arrête. Entre les barreaux de la rampe, je regarde du côté de la chambre de Papa et Maman. Elle est fermée. Je continue ma descente. Des petites lumières clignotent dans le salon. Afin d’éviter toute mauvaise surprise, et parce que j’ai un petit peu peur, je passe doucement ma tête à l’angle du mur. Mes yeux voient apparaître quelques branches du sapin de Noël. Je remarque que le verre de lait est vide, les deux biscuits que j’avais laissés pour le père Noël ont disparu. Les deux carottes ont été mangées par les rennes. Puis… quand ma vue se pose sur ce qu’il y a au pied de toutes ces guirlandes enchanteresses… mes yeux s’écarquillent.

Noël Lepère a réussi… J’en étais sûr !
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