Sacrifice d'un maître murmelame

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Bonjour, Passionné de fantasy depuis toujours, j'adore écrire et donner vie à mon imagination ☺️ Je suis notamment l'auteur de la saga de fantasy La Geste de Bhâalt. Mes liens pour mieux ... [+]

Image de Grand Prix - Été 2021
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À perte de vue, les dunes offraient le spectacle vertigineux d'une étendue infinie et bosselée. Derrière lui, Julian entendait la ritournelle lointaine de pas de ses hommes. Le sable crissait au rythme de leur démarche. Bientôt, ils seraient à son niveau. Trois hommes, trois femmes. Six sentinelles murmelames. Et lui.
Depuis douze jours, ils traquaient un béhir. La créature avait quitté son domaine aquatique pour sillonner les contrées marécageuses de Thäar. Elle ne leur offrait pour piste que les vestiges sanglants de ses passages au cœur des villages humains. Piètre piste... Le tableau macabre récurrent commençait à éroder le moral de l'escouade. Le besoin d'en finir avec la quête devenait impérieux. Tant pour préserver les vies innocentes qui risquaient de se voir écourter à tout moment, que pour repousser le sentiment d'inutilité qui les enserraient de plus en plus.
— Toujours aucune trace... susurra Agrim péniblement.
Plus lourd que les autres, l'immense orc subissait plus que jamais la durée de cette chasse. Ses jambes s'enfonçaient dans le sable jusqu'à mi-mollet. À chaque pas, il luttait contre l'appétit vorace des dunes qui cherchaient à l'engloutir. Son arbalète-tonnerre était un poids considérable qui n'améliorait pas son avancée. Agrim était d'une constitution remarquable, mais les signes de fatigue constellaient son visage comme des étoiles un firmament nocturne. L'arme sur son épaule massive, le visage luisant de sueur, l'orc recouvrait de ses yeux ocre l'horizon irrégulier. Les couleurs pastel de l'aube allaient prendre un moment avant d'envahir le ciel. Il espérait, d'ici là, avoir pu dénicher la créature serpentine.
— Si, le contredit Julian l'air modestement ravi. Ne sens-tu pas ?
Les membres de l'escouade se figèrent immédiatement. La brise secoua quelques grains de sable qui chargèrent leurs chaussures et, ce faisant, charria une odeur subtile qu'ils reconnurent aussitôt.
— De l'iode, dit Elina en sentant sa poitrine se gonfler d'un enthousiasme renouvelé.
— C'est caractéristique du béhir, poursuivit Julian. Il n'est plus très loin. Si nous l'avons senti, il nous a sentis aussi. Soyez prudents !
— C'est quand même bien rare qu'ils viennent jusqu'ici, déclara Elina en reprenant sa marche, plus attentive que jamais. À quand remonte la dernière fois que tu as dû traquer une telle bête aussi loin des rives ?
Plissant son œil à l'éclat émeraude, le chef d'escouade ne répondit pas tout de suite. Façonné par plusieurs décennies de traque, son instinct l'alertait d'un danger proche. D'un mouvement vif, il noua ses cheveux en queue de cheval. Son équipe remarqua le geste et se prépara à la confrontation. Elle n'avait que trop tardé !
— Jamais aussi loin, souffla-t-il, tous les sens aux aguets. À gauche !
Baigné par la clarté de la lune montante, le décor ondula. Les courbes du désert se modifièrent sous la course du serpent géant. Habitué à se mouvoir sous la surface des fonds océaniques, le béhir n'avait aucune difficulté à glisser sous l'épiderme sablonneux de Thäar. Comme à chaque début de nouvel affrontement, la cicatrice de Julian le démangea. Machinalement, son pouce fusa vers son œil disparu pour en soulager les picotements d'une brève caresse. L'instant suivant, il fondait sur la menace reptilienne, ses deux dagues d'ébonite écarlate dans les mains. Elina et Méliandre, les deux humaines, sur ses talons.
Le champ de bataille était des plus défavorables. Aucun moyen de se dissimuler, il n'y avait que le sable à perte de vue. Que des dunes, pour témoigner de leur victoire... ou de leur trépas. Egonis et Guerdil, de leur côté, s'éloignaient le plus rapidement possible afin de contourner la bête et d'affaiblir ses flancs. Ce ne serait pas une mince affaire. Le béhir était vif et un seul mauvais coup pouvait briser un orc adulte. Il leur faudrait donc user de rapidité et de précision. La puissance du serpent des mers reposait sur son anneau central. L'endommager signifiait donc de meilleures chances de succès.
Resté en arrière, Agrim préparait l'arbalète-tonnerre en la fixant sur son trépied. Renali resterait à ses côtés et serait occupée à recharger la puissante arme de tir. D'une puissance prodigieuse, l'arme ne pouvait être maniée par n'importe qui. Le recul était tel qu'il fallait une carrure suffisamment importante pour ne pas se voir briser à chaque tir. De ses deux mètres trente de haut, Agrim possédait cette carrure. Renali, comme n'importe quelle demie-elfe, faisait aisément le quart du poids du mastodonte.
— Allez ma beauté, fit l'orc en s'humectant les lèvres, montre-nous le bout de ton nez qu'on te fasse un très joli trou dedans.
Le béhir s'approchait. Il allait percer la surface du désert d'un instant à l'autre. Le vent s'était tu. La nuit avait retenu son souffle pour mieux contempler le déferlement de violence qui allait suivre. L'impact était imminent. Chaque murmelame profita des dernières secondes de répit pour pénétrer la transe secrète de leur ordre. Une fine pellicule écarlate recouvrit la peau des sentinelles. Seul Julian possédait une aura différente. Au rang de maître, il avait accès à un état de transe bien plus profond. Son corps se voyait enveloppé d'un subtil linceul violet, à peine perceptible.
Subitement, le sol craqua, se fendit et le béhir jaillit en hurlant sa haine.
D'une taille anormalement grande, le serpent les toisait de ses cinquante mètres de haut. Jamais Julian n'avait vu béhir aussi grand. Ils en restèrent momentanément interdits et la créature, vive comme l'éclair, plongea, gueule béante vers Méliandre.
La murmelame voulut éviter, mais n'y parvint pas. Déjà, l'immense bouche s'était refermée sur elle. Julian ne perdit pas de temps. D'un bond, il arriva sur l'une des deux défenses du serpent. L'une de ses dagues profondément enfoncée dans la protubérance osseuse, la deuxième multipliait les entailles sur le côté de sa gueule. Elina rejoignit bientôt le carnage en s'occupant du côté opposé de la tête monstrueuse.
Un carreau long comme une jambe humaine se ficha brutalement dans l'épiderme écailleux de la bête. La seconde suivante, l'acier enchanté de la pointe entrait en contact avec le sang de sa cible et une explosion retentissante éblouit la scène des combats. Telle était la puissance de l'arbalète-tonnerre. Déjà, Renali rechargeait pour la future salve.
Ébranlé par le choc et enhardi par la douleur qui lui avait causé la déflagration, le béhir pivota sur lui-même en oubliant les adversaires qui lui labouraient les mâchoires. Sans crier gare, il abattit l'extrémité de sa queue sur Guerdil. Percuté de plein fouet, l'homme vola pour atterrir une vingtaine de mètres plus loin, la cage thoracique en miettes. Alors que la mort n'avait pas encore étreint son corps, son regard contempla une dernière fois les étoiles qui scintillaient, au-dessus du théâtre de son funeste destin.
Le béhir secoua la tête avec vigueur tandis que les dagues traçaient encore des lignes brûlantes sur sa peau. Oubliant la douleur, il plongea vers Egonis qu'il transperça de part en part. Accrochée à la défense gauche de la créature, Elina fut recouverte du fluide encore chaud de son compagnon. Un deuxième carreau fila. D'une torsion, le serpent géant l'évita et riposta dans la foulée. Agrim ne vit que trop tard la menace arriver vers lui sous forme d'une multitude de dents acérées. Alourdi par l'arbalète, il n'eut que le temps de se redresser. Avant d'en prendre conscience, la moitié de son corps avait déjà été entraînée. Les deux jambes de l'orc, puissamment bâties, étaient restées fichées dans le sable, droites comme des troncs.
La victoire leur échappait !
L'un des yeux de la bête n'était plus valide et un liquide poisseux avait envahi un côté de sa gueule, la rendant plus glissante que jamais. Incapable de tenir davantage, Julian sauta au sol, décidé à puiser dans ses réserves pour achever son adversaire. Poussée par le geste de son supérieur, Elina en fit autant. Elle ne toucha toutefois jamais le sable. La gueule du béhir s'était refermée sur elle en plein vol.
Julian avisa le champ de bataille. La lueur blafarde de l'astre nocturne illuminait les corps sans vie de son escouade. C'était un lamentable échec... À quelques mètres de lui, seule Renali était encore en vie. Dans son regard, on contemplait la lueur sinistre de celle qui savait son heure approcher. Le maître murmelame n'avait plus le choix.
— Hé ! héla-t-il la créature. Ici ! Viens me chercher, le gros ver ! Allez, viens !
Le monstre riva son œil unique sur l'effronté, prêt à mettre fin à la vie de l'insecte qui le défiait. Les dagues de Julian étincelèrent une dernière fois, renvoyant le reflet d'un géant gigantesque qui chargeait. L'elfe fut gobé sans autre forme de procès.
Renali se retrouva seule. Que devait-elle faire ? Que pouvait-elle faire ? Elle s'arma de courage et courut vers l'arbalète-tonnerre. Si elle parvenait à tirer une nouvelle fois sur la créature, à l'endroit même où elle avait été précédemment touchée, peut-être pouvait-elle lui régler son compte pour de bon. Les probabilités de réussites étaient faibles, mais, après tout, que lui restait-elle à faire ? Il fallait qu'elle tente. Pour ceux qui étaient tombés !
Alors qu'elle passait, non sans peine, l'arme de projection au niveau de sa clavicule, elle vit la créature ouvrir la gueule en grand. Celle-ci déchira le silence de la nuit d'un hurlement effroyable. Au milieu des rangs de crocs imbibés de venin, Julian martyrisait son palais. De multiples dents traversaient son corps, mais l'énergie du désespoir le poussait à planter sa dague, encore, encore et encore. Du sang cascadait sur lui en gerbes sombres. Le béhir n'en menait pas large. Ce dernier resserra ses mâchoires et les crocs s'enfoncèrent de plus belle dans le corps du maître murmelame. Ses forces l'abandonnèrent. Son bras retomba. Son regard se posa une dernière fois sur Renali.
— Vas-y, firent ses lèvres sans émettre le moindre son.
— Pardon... murmura la demie-elfe.
Et elle tira.
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Mon soutien !
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Dominique Claire Fabre · il y a
J'avais laissé passer ce récit, qui m'avait enthousiasmée, sans renouveler mon soutien, c'est bête ...moi qui ne suis pourtant pas fan de SF Bravo
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Alexandre Sonntag · il y a
Avec un poil d'imagination, on pourrait transférer l'histoire sur Dune...
Histoire relevée ! Bravo

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Armelle Fakirian · il y a
Du très beau Fantasy porté par une écriture soignée. Bravo !
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Fred Panassac · il y a
Un beau dépaysement avec ce récit de Fantasy épique. Bravo pour cette description prenante, très réussie, du combat contre le Serpent.
Mon plein soutien en finale !

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Mireille Bosq · il y a
Un plaidoyer, en somme, pour le petit David face à Goliath...dans les dunes (nous y sommes en plein en ce moment!)
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Mome de Meuse · il y a
Je découvre avec un réel plaisir. Bonne chance dans cette finale.
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Brigitte Bardou · il y a
Un beau combat ! Que d'imagination !
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Virgo34 · il y a
Beaucoup d'action, ponctuée de quelques traits poétiques. Bonne finale !
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Joëlle Brethes · il y a
J'aime beaucoup cette "fantasy" intéressante, j'ai apprécié le beau combat fort bien écrit et vous offre un nouveau soutien. Bravo !

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