Rosalie

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J’aime la BD, la SF, l’histoire, la mécanique, les voitures anciennes et … inventer des histoires. Tout est prétexte, une humeur, une discussion, un objet, une rencontre, une ambiance. Je  [+]

Image de Automne 2013
Arthur fut le seul candidat à se présenter ce jour-là à l'usine Denoots. L'annonce pour la place de technicien de production datait de plus d'une semaine mais on lui avait répondu au téléphone que le poste restait à pourvoir et qu'il pouvait tenter sa chance.
M'sieur Georges, un vieux contremaître, l'accueillit dans son bureau vitré et le questionna sur ses antécédents professionnels. Il portait un tablier de coton gris taché d'huile et rajustait sans cesse un béret trop grand qui lui couvrait le crâne comme une crêpe. Un mégot jauni coincé au coin des lèvres, il annonça qu'aucun des candidats reçus jusqu'ici ne possédait à ses yeux les qualités requises pour le poste.
A la fin de l'entretien, m'sieur Georges se leva de sa chaise visiblement satisfait des réponses d'Arthur et l'emmena à l'atelier n° 7 afin de lui présenter Rosalie.
Arthur, qui s'attendait à rencontrer en Rosalie une future collègue de travail, fut étonné de se retrouver devant une machine titanesque qui crachait de l'huile et des flammes dans un vacarme assourdissant. Un épaisse fumée noire, âcre et odorante, s'insinua sournoisement dans sa gorge, et le fit tousser.

— J'te présente Rosalie, cria m'sieur Georges en observant du coin de l'oeil la réaction d'Arthur.

Arthur parvint avec peine à cacher son étonnement.

— Allez, j'sais bien au fond q'tu t'attendais pas à celle-là ! Crénom, elle est chouette la Rosalie, tu trouves pas ? J'cherche quelqu'un pour s'en occuper. C'est sûr, elle a parfois des sautes d'humeur, mais si tu sais t'y prendre c'est une bonne fille ! Allez !
Arthur cherchait du boulot depuis longtemps. Certes, Rosalie l'impressionnait et il craignait de pas savoir la maîtriser, mais il accepta la place. Tandis qu'il signait son contrat de travail, m'sieur Georges lui apprit qu'en découvrant Rosalie, les autres candidats avaient tous renoncés.

— Ton travail est très facile, ajouta le contremaître en rangeant le contrat dans le tiroir de son bureau. Tu veilleras tout d'abord à alimenter Rosalie en charbon et en eau. Attention si elle venait à en manquer, elle se mettrait en colère contre toi et en plus tu serais renvoyé ; enfin si Rosalie te laisse sortir vivant de l'atelier. Ensuite, en fonction des lumières qui s'affichent sur le tableau de bord, tu rajouteras les matériaux dont Rosalie a besoin pour fabriquer ce pourquoi elle est programmée : acier, caoutchouc, nickel, chrome, peinture, huile, etc, etc... C'est bien compris ?
Ah, j'oubliais, le poste est payé double par rapport aux autres salaires de l'usine. Le travail a beau être simple, côtoyer Rosalie n'est pas forcément de tout repos. Rosalie n'a encore jamais conservé un ouvrier plus de trois jours. Le dernier en date s'est même pendu. Ceci dit, bon courage et n'oublie pas, Rosalie ne doit jamais tomber en panne ni s'arrêter  !

Arthur eut la désagréable impression d'avoir accepté la place un peu vite. Mais comme il avait besoin d'argent et qu'il gagnerait plus que prévu, il se concentra sur son nouveau travail avec la ferme intention de donner entière satisfaction à son employeur.

Le soir, après ses huit heures d'atelier, il rentrait chez lui épuisé. Il se douchait, mangeait à peine et s'écroulait de fatigue sur son lit jusqu'au lendemain six heures. Par bonheur, ses journées passaient vite à l'usine.
Ce n'était pas tant Rosalie qui le fatiguait mais plutôt l'atmosphère qui régnait à l'atelier n° 7. Cette fumée agressive, cette chaleur oppressante, ce vacarme insupportable le travaillait au corps comme s'il combattait sur un ring un adversaire invincible.

Peu à peu il parvint à apprivoiser sa fatigue. Il ne dépensait rien de sa paye, hormis pour le peu de nourriture qu'il avalait à la hâte. Le dimanche, après avoir dormi pendant un tour d'horloge, il renouait avec son esprit laissé en veille pendant la semaine. Il faisait des projets. Dès qu'il aurait économisé dix mille francs, il réparerait sa voiture et se remettrait à courir. La course automobile était sa raison de vivre et une stupide sortie de route au Grand Prix de Cocochamps quelques mois plus tôt avait sérieusement endommagé la vieille Simca-Abarth héritée de son père. Il estimait que six mois de labeur serait nécessaire pour payer les frais de remise en état de son bolide.

Entretenue et surveillée par Arthur, Rosalie produisait toute sortes d'objets de pacotilles. Elle s'entretenait elle-même. Comme m'sieur Georges l'avait déclaré, il suffisait juste de l'alimenter en charbon et en eau pour qu'elle fonctionne, puis de lui fournir les matériaux de base nécessaires aux objets qu'elle fabriquait. Arthur trouvait dommage qu'une telle machine ne serve qu'à concevoir des choses aussi inutiles. Mais comme personne ne lui demandait son avis, il se contentait de faire son travail et de soigner Rosalie du mieux qu'il pouvait.

Rosalie, quant à elle, avait rapidement acceptée son nouveau servant. Certes elle demeurait exigeante et lui menait la vie dure, mais dès le deuxième mois, Arthur remarqua qu'elle rejetait moins de fumée, émettait moins de décibels et sentait surtout moins mauvais.
Les ouvriers de l'usine se mirent à envier Arthur et se dirent qu'eux aussi pourraient s'occuper de Rosalie et gagner plus d'argent. M'sieur Georges se rendit compte de la situation et leur fit comprendre que Rosalie ne désirait personne d'autre qu'Arthur et que le sujet était clos. Quiconque serait d'avis contraire pouvait prendre la porte.

Un matin d'avril, alors qu'Arthur entamait son troisième mois de travail à l'usine Denoots, Rosalie s'adressa à lui. Il crût tout d'abord que m'sieur Georges, caché derrière la machine, lui jouait un tour, mais il dut se rendre à l'évidence, il était seul dans la pièce. Seul avec Rosalie.

— Non Arthur, tu n'as pas rêvé, c'est bien moi qui te parle, lui dit-elle d'une voie chaude et sensuelle. C'est toi que j'ai choisi après toute ses années d'attente. Tu dois m'aider.

Certain qu'on l'observait, Arthur prit un air détaché avant de répondre, un peu gêné de parler à une machine :

— Et en quoi puis-je t'aider ?

— A m'enfuir de cette usine, je veux découvrir ce qui se trouve derrière ces murs. Je veux sentir le vent, le soleil, je veux voir le ciel, les étoiles, la mer et connaître l'horizon.

— C'est impossible tu pèses des tonnes, tu ne passerais même pas la porte, et puis comment te porterais-je ?

Le temps de répondre, il pensa être victime d'hallucinations causés par les vapeurs d'huile stagnantes de l'atelier mal ventilé. En tout cas Georges n'y était pour rien car il l'apercevait en train de discuter avec d'autres collègues à l'autre bout de l'usine. Alors, parlait-il vraiment à une machine ou l'imaginait-il ?

— Je ne suis pas toute la machine, juste une partie, répondit Rosalie. Je suis un fragment d'intelligence réfugié dans cette carcasse d'acier. J'existe sous la forme d'un éclat de cristal et ne pèse que quelques grammes. Veux-tu m'aider à quitter cette prison ? Rassure-toi, la machine continuera de fonctionner même si je ne l'habite plus et tu pourras encore gagner ta vie comme aujourd'hui.

Arthur commençait vraiment à croire que Rosalie était vivante. Elle lui expliqua qu'après avoir couru l'espace pendant des siècles, elle était tombée du ciel et avait traversé le toit de l'usine sans dommage, avant d'entrer en contact avec la machine et de fusionner avec elle. Cent ans après cet évènement, elle était toujours là. Elle avait peu à peu acquis une conscience. Elle réagissait à son environnement comme un être vivant et désirait changer d'air. Pour cela, elle devait rencontrer une personne de confiance capable de l'écouter et de la comprendre. Peu de personnes acceptaient en général de parler avec une machine de plus de vingt tonnes comme avec un être vivant. Les précédentes tentatives s'étaient toutes soldées par de cuisants échecs et Rosalie souffrait d'un réputation peu recommandable. On disait qu'elle était possédée, toujours prête à nuire quiconque s'en approchait.

Arthur se prit au jeu. Il laissa parler Rosalie qui expliqua qu'elle devait son nom au directeur de l'usine qui était une des rares personnes avec qui elle parlait parfois. Il l'avait baptisé ainsi en souvenir d'une ancienne petite amie qui possédait, disait-il, le même timbre de voix. Le directeur était au courant pour le cristal, mais il avait toujours obstinément refusé d'aider Rosalie à quitter l'usine, sous prétexte qu'elle lui rapportait beaucoup d'argent.

Après s'être racontée, Rosalie questionna Arthur sur ce qu'il faisait en dehors de l'usine, où vivait-il ? Quelles étaient ses passions ? Pourquoi travaillait-il dans un endroit pareil ?

— Je dois gagner de l'argent pour vivre et réparer ma voiture de course sans quoi je ne pourrais pas participer au prochain grand prix de Cocochamps.
— Qu'est-ce qu'une voiture de course ? demanda Rosalie.

Arthur sortit une photo de son portefeuille et lui montra.

— Ouahhh ! fit Rosalie, c'est une très belle machine. En existe-t-il beaucoup ?
— Celle-là est unique, c'est une Simca-Abarth de 1951. C'était celle de mon père qui était pilote de course professionnel. J'aimerais devenir aussi célèbre que lui. Hélas, j'ai joué de malchance en sortant de la route lors de ma première course et l'auto est très endommagée.

Rosalie contemplait l'Abarth tandis que son cristal d'un vert profond émettait un ronronnement pareil à celui d'un chat pelotonné au coin du feu l'hiver. Quand Arthur voulut ranger sa photo, un bras mécanique la lui arracha des mains pour disparaître aussitôt comme s'il n'eut jamais existé. Le cristal s'éteignit et Rosalie cessa de communiquer.
Surpris, Arthur se demanda ce qui justifiait une telle réaction chez Rosalie ? Avait-elle été blessée ? Par quoi ? Un détail sur la photo lui avait-il échappé ? Il ne comprenait pas ce soudain accès de mutisme qui ressemblait fort à un caprice.
Les jours suivants son travail à l'usine devint monotone. Il aurait souhaité discuter encore avec Rosalie. Mais il n'y avait rien d'autre à faire sinon attendre qu'elle brise ce silence et daigne lui reparler un jour.
Près de deux semaines après l'épisode de la photo, Rosalie apostropha Arthur en fin d'après-midi. Elle désirait rencontrer l'Abarth. Pour cela Arthur cacherait l'éclat de cristal en dessous de son manteau pour l'emmener hors de l'usine et personne n'y verrait rien.

Heureux d'entendre à nouveau Rosalie, Arthur hésitait, il commettrait un vol s'il l'emmenait chez lui. Quoiqu'elle dise, si le directeur s'en apercevait et portait plainte à la police, celle-ci remonterait facilement sa piste. Il risquait de perdre son emploi et de ne pas pouvoir réparer sa voiture. Et puis cette histoire était farfelue, Rosalie, une âme ? Une vie extra-terrestre sous forme de cristal ? Ça n'avait aucun sens.
Rosalie comprit les réticences d'Arthur. Elle connaissait ses préoccupations et parvint à le convaincre à l'aide de quelques mots magique.

— Arthur, je peux réparer ton Abarth !

La sortie de l'usine se passa sans problème. Arthur dissimula le cristal sous son manteau comme prévu et le gardien les laissa passer sans se douter de rien.
Sitôt passé le coin de la rue, Arthur prit dans sa main le cristal, l'âme de Rosalie et lui fit découvrir ce monde auquel elle rêvait depuis des années. Les odeurs, les bruits, les lumières de la rue l'enivraient. La ville, avec ces gens affairés qui marchaient et couraient en tous sens, la fascinait. Et les voitures, ces machines merveilleuses, aux allures de fauves assoiffés de vitesse. Un nouvel horizon sauvage s'offrait à elle, loin de l'atelier n° 7 et des machines mortes, immobiles et sans âmes qu'elle ne regretterait jamais d'avoir quitté.
Arrivés à destination, Arthur conduisit Rosalie au garage où reposait le bolide accidenté.

— Je veux maintenant que tu me laisses seule, déclara-t-elle d'un ton solennel.

Arthur accepta. Il doutait qu'elle puisse restaurer sa voiture mais il n'eût pas le coeur de lui refuser ce tête à tête.

Les jours suivants, Arthur fut très pris par son travail. L'usine devait honorer de grosses commandes inattendues à cette période de l'année, et le directeur avait demandé aux ouvriers de faire des heures supplémentaires. Arthur comme les autres avait accepté.

Sans le cristal, la machine produisait beaucoup moins qu'auparavant. Pendant des années, ce dernier avait considérablement augmenté les capacités de production de ce vieux tas de ferraille qui peinait maintenant à suivre les cadences exigées.

De son côté Rosalie travaillait dur à la reconstruction de l'Abarth. Jour et nuit elle ponçait, soudait, martelait. L'entreprise avançait rapidement, l'auto reprenait sa forme initiale et serait bientôt prête... Habitué au vacarme de l'usine, Arthur ne remarquait pas tout ce tapage, mais ce bruit incessant empêchait son voisin de dormir.

Un matin, celui-ci guetta le départ d'Arthur pour s'approcher du garage. Chose inhabituelle, le silence régnait dans la place. Pourtant au lieu de rebrousser chemin, ce dernier ramassa la clé de la double porte de bois qu'Arthur avait pour habitude de cacher derrière un volet et s'introduit discrètement dans la place.
Aussitôt un grand tumulte se fit entendre. Des cris, des bruits de bidons et de tôles frappées ainsi que des injures fusèrent de derrière les portes et le voisin fut jeté dehors par une main invisible. Ses vêtements étaient déchirés et son visage ensanglanté portait des traces de coups. Le pauvre homme s'en fut en courant, meurtri et furieux, criant à qui voulait l'entendre qu'il porterait plainte.

Quand il rentra chez lui le soir, une mauvaise surprise attendait Arthur. La police avait délimité un périmètre de sécurité autour de sa maison. Il découvrit son voisin le visage tuméfié qui lui montrait le poing et fut interpellé par un inspecteur de police. Quand Arthur aperçut le directeur de son usine, il comprit que toute cette agitation avait un rapport avec Rosalie.
L'inspecteur s'avança vers Arthur et lui notifia son arrestation pour les motifs complicité de coups et blessures à l'encontre de son voisin et de vol de matériel de haute technologie constaté à l'usine par son employeur.
Arthur fit remarquer à l'inspecteur que son voisin s'était introduit chez lui par effraction et que rien ne prouvait le vol, tant que l'objet du larcin n'était pas retrouvé et produit comme preuve à conviction.

— Nous allons saisir le véhicule que se trouve dans votre garage. Vous allez nous accompagner au poste où nous prendrons votre déposition. Là-bas, vous pourrez faire appel à un avocat de votre choix.
— Qu'allez-vous faire de mon Abarth ? Où l'emmenerez-vous ?
— S'il est avéré que cette voiture a bien agressé votre voisin, elle sera détruite.
— Détruite, mais vous êtes fou ! Moi vivant, personne ne touchera à cette voiture.

A cet instant, un bruit rageur provenant du garage se fit entendre. La double porte de bois vola en éclat tandis que l'Abarth entièrement restaurée par Rosalie s'approchait à toute vitesse du petit groupe d'hommes en train de discuter. La voiture freina in-extremis et réalisa un splendide tête à queue avant de s'arrêter devant Arthur.

— A nous les circuits Arthur, à nous la vitesse ! cria Rosalie avec passion. Viens avec moi, je t'emmène vers la gloire, je suis indestructible, à deux nous gagnerons toutes les courses de l'univers.

Arthur ne prit pas le temps de réfléchir. Il s'installa au volant, claqua la portière et enfonça l'accélérateur. L'Abarth libéra la furie de ses deux cents chevaux et, soulevant un nuage de terre et de gomme mêlé, enleva Arthur à la barbe des policiers.
Quand ces derniers réalisèrent ce qui venait de se passer, Rosalie, Arthur et l'Abarth étaient déjà loin.

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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Bravo Arbracam pour ce beau texte ! Vous avez mon like.
ET merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏🙏
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https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/cancer-du-sein-et-risques-associes

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Serge David · il y a
Un rêve !
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Tony Leva · il y a
Wahou... alors là, je suis subjugué ! C'est une excellente nouvelle. Merci pour cette merveilleuse lecture, j'ai passé un excellent moment.
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Lain · il y a
Vas y choupette. Plein de nouvelles aventures en perspectives. Super fun à lire
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Arlo G · il y a
. À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Arlo G · il y a
Excellente nouvelle, très agréable dans sa lecture.. J'aime.Vous avez le vote d'Arlo qui vous invite à découvrir dans son humble univers un TTC "le petit voyeur explorateur" et un poème "découverte de l'immensité" dans le cadre de la dernière matinale en cavale. Bonne soirée à vous.
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Christian Pluche · il y a
Mon vote d'estime pour un texte délicieusement foutraque ! Objets inanimés...
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Andrea Novick · il y a
Bien bien ****
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Vingtquatreheure DeLespoir · il y a
Bon Manu on t'a reconnu... Toi qui voulait l'anonymat avec William Arbracam :D Allez on y croit tous. Et si ce n'est pas le prix short édition, ce sera forcément le prochain
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Danstonshort · il y a
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