Revers

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Patrick Villemin, né en 1966, est romancier. Il a publié quatre romans : La Morsure (Calmann-Lévy, 1997), Jeux d’ombre (Calmann-Lévy, 2000), La Valse des pions (Flammarion, 2005), Classement  [+]

Zéro, quinze.

Au début, j’étais plutôt calme. Je croyais que ma victoire ne serait qu’une formalité. Balade de santé et ego flatté par ma supériorité supposée. Mais j’ai très vite déchanté. Car mon adversaire n’est pas du tout un tocard, loin s’en faut. Comment ai-je pu à ce point le sous-estimer ? Je ne sais pas : je me suis dit qu’il avait une face de rat, qu’il paraissait gauche et inadapté. C’est le mépris qui m’a aveuglé. Quelle erreur ! Bon sang quelle grotesque erreur d’appréciation !

Zéro, trente.

Quelle humiliation aussi. Six zéro, trois zéro. Je n’ai rien vu. Le match a commencé il y a à peine cinquante minutes. A ce rythme, l’affaire sera pliée dans une demi-heure. Le deuxième set est encore pire que le premier. Les points défilent à une vitesse folle. Je n’ai strictement aucun contrôle sur le déroulement des choses. Dos au grillage, c’est à peine si je renvoie une balle sur deux. Je me vois, là, piteux, à sautiller sur la terre battue, avec ma petite raquette, mon petit short et mes petites aptitudes. C’est d’un ridicule.

Quinze, trente.

Un miracle ! Je viens de marquer un point. Cela devrait me motiver, me pousser dans la bataille. Mais je ne sais pas ce que j’ai. L’envie de me battre s’est évaporée. Comme si la certitude de ma défaite vidait de son sens toute forme de résistance. La résignation m’envahit. Car même si je m’agitais, au final, cela ne changerait rien. La différence de niveau est trop importante. Ce type devait être au moins quinze deux. Tout de suite, il m’a mis sous pression, en ne me laissant aucun espace. Chacun de ses coups fait mouche. Je subis sa mitraille. Revers décroisé et coup droit d’une puissance inouïe. Je me cache derrière mes lignes. Ligne du fond, ligne de front. Chaque fois que je renvoie une balle, j’ai l’impression que mon cordage va exploser. Mon adversaire est une brute épaisse. Il tape sur tout ce qui bouge. En même temps son jeu recèle une certaine limpidité. Tandis que le mien fait des grumeaux. Si j’avais su, je ne me serais jamais inscrit à ce maudit tournoi.

Quinze, quarante.

Merde à la fin ! Je viens de servir parfaitement ! Un vrai boulet de canon ! Et l’autre qui me retourne une balle impossible ! C’est quoi ce mec ! Une machine à gagner ? Je m’abîme dans son manège. Il m’assomme, me fusille, m’exécute. Comment sortir de ce guêpier ? Je mords la poussière. J’ai beau chercher des angles, multiplier les ruses, travailler à le mettre en difficulté, rien n’y fait.

Jeu : quatre zéro !

Qu’est-ce que je fais ? Mais PUTAIN qu’est-ce que je fais ! Reprends-toi ! REPRENDS-TOI BORDEL ! A force de ne jamais vouloir prendre de cours, de bidouiller dans mon coin mes misérables combines de jeu, voilà le résultat ! Je M’EFFONDRE ! Pour peu que mon adversaire soit techniquement au point et c’est la débâcle. Mais alors pas une petite débâcle. Je parle d’un vrai collapsus. Et plus je regarde sa sale gueule, plus je pars en vrille. Pourquoi ? Mais parce qu’il y a dans ses yeux porcins toute la certitude de la victoire. Alors je pense à Christine pour adoucir ma peine. Ma femme est gracieuse lorsqu’elle joue de la raquette. Ce qui me ravit, ce sont ses tenues en coton blanc, ses cheveux portés à l’anglaise et ses longues enjambées. Mais l’amour n’est d’aucun secours sur un terrain en terre battue – Vlam ! Coup droit chopé le long de la ligne, je reste à trois mètres. Christine, mon Amour – Blam ! Volée stoppée impeccable – mais que suis-je venu faire dans cette galère ?

Jeu : cinq, zéro !

Bon, si je sers sur sa gauche, je le déporte et là, je lui balance un coup droit décroisé à l’opposé. Avec un peu de réussite, je pourrais peut-être...

Zéro, quinze !

La raclure. Je vais le déporter de l’autre côté, il est moins doué sur son revers.

Zéro, trente !

C’est entendu, je vais perdre. Mais je voudrais au moins sauver l’honneur. Je ne sais pas, marquer deux, trois jeux peut-être. Je ne vais tout de même pas le supplier d’y aller mollo. Il faut que je trouve une faille, un os à grignoter, quelque chose d’exploitable. Et si je montais au filet ? Je n’ai pas encore osé m’y aventurer. Après tout qu’ai-je à perdre ? Le score ne pourra pas être plus désastreux.

Il monte et n’a pas même le temps d’exécuter une volée.

Zéro, quarante !

Bon ok, j’abandonne... Je vais laisser filer le match. Encore un peu plus d’un set, ça va vite. Je dirais que ce connard était trop bon et qu’en plus, je n’étais pas du tout en forme. 6.0, 6.0, 6.0. Voilà ce qui m’attend. Les gens du club verront sur la feuille de match les trois roues de bicyclette. Dans le langage diplomatique, cela s’appelle un score sans appel. Dans le langage courant, c’est une branlée. Faudra s’y faire. D’ailleurs, ça ne fait pas de mal de perdre. Ca remet les idées en place. Ca oblige à l’introspection. A l’humilité aussi.

Six, zéro. Deux sets à rien !

Oui ça va ! Deux sets à rien, je sais ! Attends un peu espèce de connard ! Je vais perdre, mais j’ai encore le pouvoir de te nuire. Fais-moi confiance. Je vais te coller une petite amortie bien salée. Je te jure, celle-là, si tu la rattrapes...

Il la rattrape sans aucune difficulté.

Rester calme. A défaut de l’honneur, au moins sauver les apparences. C’est pas facile, je suis à bout. Et au bout du rouleau, il faut bien l’admettre. Je me force à songer à Christine. Il y a tant de douces images qui s’attachent à son prénom. L’évoquer, c’est respirer. C’est de nouveau sentir la vie bruisser. J’aime quand elle me fait des confidences, et puis ses petits coins pleins de sourires. Christine et ses caprices. Elle me fait rire aussi...

Quinze, zéro !

Bon, il me reste le mauvais esprit. S’il monte au filet, je lui colle un coup droit en pleine gueule. Avec un peu de bol, il abandonnera.

Trente, zéro !

Merde ! Tout part dans les filets... Quel supplice, c’est infernal. Et ce soleil. Le cours est une fournaise. Je n’en peux plus. Ah ça y est ! Il monte. Je vais lui décrocher un coup droit dont il va se souvenir. Ah le con ! Attends voir mon bonhomme, approche, approche encore...

La balle passe à quelques centimètres de sa tête et va s’écraser dans le grillage du fond du court.

— Désolé, pardon !
Tu parles, désolé ; si j’avais mieux visé, je serais débarrassé de ce sale con... Peut-être que je pourrais essayer de chinoiser. Tiens, en voilà une idée. On va l’énerver, juste pour casser le rythme, pour le rendre moins serein.

Faute !

Il ramène sa carcasse ruisselante au filet.
— Comment ça faute ? Elle est pleine ligne !
Je fais l’étonné.
— Pleine ligne, vous êtes sûr ?
— Et bien... Vérifiez la marque enfin !
Il est très nerveux ; ce qui traduit son envie de m’écraser.
Je vais voir en traînant des pieds, j’évalue malhonnêtement les traces. Difficile à dire. Je reviens l’air embêté.
— Ecoutez je ne sais pas. Il m’a semblé qu’elle était faute.
— Mais non, pas du tout. J’ai une excellente vue. Je vous dis qu’elle était bonne.
Le ton va monter.
— Et moi je vous dis qu’elle n’était pas bonne. Peut-être pourrions-nous remettre une balle ?
Mais ce fumier joue l’intransigeant. Il refuse. Il a faim de son plate couture. Je palabre encore un peu puis finis – devant sa fermeté – par lâcher. Après tout, je sais que sa balle était bonne. Il me jette un regard furibard avant de repartir derrière sa ligne de fond. Je sens que cet incident l’a perturbé. Je sens qu’il est tendu. Il ramasse ses balles et s’apprête à servir. Il va relancer l’offensive. Je fais exprès de mettre du temps pour me replacer. Il attend, trépigne presque. Sans doute voudrait-il dévorer le score. Peut-être s’est-il fixé un objectif : m’expédier en moins d’une heure et demie. Finalement, la seule chose qui lui résiste encore sur ce court, c’est l’aiguille de sa montre.
La confrontation reprend.

Jeu : un, zéro.

Christine revient dans l’arène. Comme cette image est agréable. Elle s’agrippe à mes pensées pour m’éviter la vexation de la défaite. Je me souviens de notre histoire. Les plus simples sont les plus belles. Palais Royal. Christine assise sur un banc qui me contemple. Je fais l’intellectuel, je lui parle de Ionesco. L’autre animal d’en face ne pourrait pas comprendre ça.

Jeu : deux, zéro.

Qu’il aille au diable ! Je crache sur son âme vérolée ! Je vais déverser fiel et fiente sur sa réputation dans le club. Tu vas le regretter, crois-moi. Quand il s’agit de chiennerie, je suis le premier à remuer la queue. Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Je divague. C’est un coup de chaud ? Je ne comprends plus rien. C’est ma vie qui vacille.

Je

grin
gole
trois, zéro !

Mais pourquoi s’applique-t-il autant à me démolir ? Je ne lui ai rien fait. Je n’étais pas son ennemi. C’est ça, la rage de vaincre ? Le fighting spirit anglais ? Il est entré sur le court comme un dingue. Il s’est échauffé et la curée a commencé.

Double faute !

Là, c’est un miracle ! Un pur miracle ! Mon bourreau vient de commettre une double faute. Incroyable ! Son bras a flanché ; ce qui est extraordinaire. J’avale le point et reprends un peu vigueur. Comme par enchantement, je retrouve quelques sensations : un revers performant, un lob bien lifté. J’expédie quelques balles bien senties. Mon adversaire se place tout à coup sur la défensive. Il s’étonne, puis s’affole un peu. J’engrange trois points d’affilée ; ce qui fait un jeu. Inconcevable ! Trois , un. J’ai un foutu jeu. La confiance est revenue tandis qu’en face, il tâche de se reprendre. Les points défilent et me font risette. Il accumule encore quelques bourdes, m’offrant un score facile. Je me concentre. Tiens ! Prends celle-là ! Pleine ligne ! Cette fois c’est mon tour. Tu as vu ce dont je suis encore capable ?

Trois, deux.

Il a eu cinq minutes d’égarement. Mais voici qu’il se ressaisit ! Ma raquette semble moins maniable tout à coup. L’euphorie se dissipe. Les balles reviennent, plus lourdes, mieux placées. Mes jambes me pèsent aussi. Courage ! De l’audace, du nerf ! Je ne veux pas lâcher ! Même si j’ai sauvé l’honneur, je ne peux pas en rester là. Ce type n’est pas inébranlable sur son socle. Il y a des moyens de le vaincre.

Quatre, deux.

Oh et puis j’en ai marre ! Quelle importance ? Je ne vis pas du tennis. C’est un loisir, pas davantage. D’accord, je suis un mauvais perdant. Et alors ? C’est pas nouveau. Je l’ai toujours été. Quand j’étais gosse, je partais dans des crises de nerfs épouvantables. Surtout si je perdais un match de ping-pong contre mon frère. Ca fait des années que je suis comme ça. Je ne vais tout de même pas me bousiller la vie parce que je rate un match !

Zéro, quinze.

Je peux toujours...

Zéro, trente, quarante, jeu : cinq, deux.

Bientôt le terminus. Quel train, bon Dieu quel train ! Je suis presque soulagé que ça se termine. Il me reste trois balles et c’est fini. L’estocade se profile. C’est la balle de match qui fait le plus mal. On ne peut pas s’empêcher d’espérer je ne sais quel miracle absurde. Le bras devient rigide et l’esprit se tend, de toutes ses pensées. Et si je la gagne, combien de répit ? Une minute, cinq minutes ? A quoi bon ? Je suis le perdant, un point c’est tout. Autant aller vite maintenant. Funeste dimanche. Le temps était superbe et j’ai songé à tant de bonnes choses.

Trente, quinze !

Quinze ? J’ai quinze ?
— Ohé ! J’ai quinze ?
Il s’arrête, l’air surpris.
— Ben oui, vous avez quinze. Pourquoi ?
— Mais je n’ai pas marqué de point.
— Je viens de faire une faute, non ?
Le pourceau, il me fait l’aumône. Il me jette un point qui ne me revient pas.
— C’est parce que je perds que vous me donnez un point ?
— Pardon ?
— Vous avez très bien compris ce que j’ai dit.
— Qu’est-ce que vous racontez – il s’énerve un peu – je compte un point parce que vous venez d’en marquer un. Ni plus, ni moins.
Tout cela est peut-être irrationnel. Tout cela est peut-être artificiel – aussi près de l’issue. Il n’empêche : la simple hypothèse qu’il ait pu me lâcher un point par pitié m’est absolument insupportable. Car il y a derrière cette idée une tonne d’humiliation, quelque chose qui me pique en plein cœur.
— Vous mentez, je n’ai rien marqué du tout.
Il m’observe, le visage très tendu.
— Vous êtes sérieux ?
— Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ?
Il vient au filet ; j’y vais aussi. Pour une fois, je ne risque pas un passing-shot fulgurant. Mon Dieu qu’il est laid ! Il est repoussant et cela me chauffe le ventre. J’ai au moins l’avantage de n’avoir pas un physique de foire.
— Bon alors, trente, zéro, si je vous suis bien ?
— Et pourquoi, je vous prie ?
— Puisque vous ne voulez pas de mon point.
— De « votre » point ?
— Oui, enfin... c’est une façon de parler.
— Drôle de façon.
— Mais qu’est-ce que vous cherchez enfin ? Pourquoi chipotez-vous comme ça ?
— Je ne chipote absolument pas. J’essaie de vous faire comprendre que vous n’avez pas à disposer du score.
— Excusez-moi, me répond-t-il avec un sourire narquois, mais le score se suffit à lui-même... il n’a franchement pas besoin que je m’occupe de lui.
L’enflure, il remue le couteau dans la plaie.
— Je vois, votre réaction est d’une grande sportivité.
— Bon vous le voulez ce point ! Merde alors ! On ne va pas y passer le réveillon !
— Calmez-vous.
— Vous voulez remettre une balle, c’est ça ? Deux balles ? Vous ne voulez pas qu’on reprenne tout le match depuis le début pendant qu’on y est ?
— Bon et bien puisque c’est comme ça, j’arrête.
La sentence tombe, elle m’échappe presque. J’arrête : cela signifie « je t’emmerde ». Là, son regard se vide de son arrogance. Les traits dégoulinants de son visage se figent. Ses mains semblent l’embarrasser. Je viens de faire mouche !
— Que voulez-vous dire ?
— J’arrête, c’est pourtant clair.
— Vous abandonnez ?
— Non, pas du tout. J’arrête. Je n’ai pas dit que j’abandonnais.
— Vous arrêtez, vous arrêtez ! Mais ça ne veut rien dire !
— Si, cela signifie que je vais chercher ma housse de raquette, mes balles, mes clés de voiture et que je sors de ce court. Voilà, et le match n’a jamais eu lieu.
— C’est totalement absurde !
— Peut-être, c’est pourtant ce que j’ai la ferme intention de soutenir.
— Vous allez mentir...
— Et alors ? Vous préféreriez que j’aille affirmer que j’ai gagné ?
— Comment pouvez-vous...
— Vous n’aviez qu’à moins ruisseler le mépris, on n’en serait pas là.
— Non seulement c’est infâme ; mais en plus vous violez le règlement.
— Le quoi ? Laissez-moi rire !
— Le règlement qui interdit...
— Qui interdit quoi ?
— Qui interdit d’arrêter.
— Vous voulez savoir ? Je n’en ai strictement rien à foutre de votre règlement. Oh et puis cette conversation a assez duré. J’arrête, le match n’a jamais eu lieu, point barre ! Monsieur, j’ai bien l’honneur !
— Attendez, attendez ! Vous ne pouvez pas laisser tout en plan.
— Je vais me gêner tiens !
— Je dirais que vous avez abandonné.
— Je répondrais que c’est faux... Après que feront-ils ? Pourquoi devraient-ils plutôt vous croire que moi ? Hein ? Votre parole vaut bien la mienne, non ?
— Si vous dites que le match n’a jamais eu lieu et que des témoins vous ont vu venir jusqu’ici.
— Nous ne sommes pas dans un film policier. D’ailleurs il n’y avait personne dans le cabanon lorsque je suis passé tout à l’heure. Si quelqu’un m’a vu, je dirais qu’en effet je suis allé sur le court, que nous avons commencé de nous échauffer et que nous avons finalement décidé de ne pas engager le match.
— Mais pourquoi ?
— Faites-moi confiance, je trouverais bien une raison bidon : une douleur musculaire, un coup de fil impromptu... Sur ce...
— Restez-là !
Il perd pied. Sa logique habituelle, le petit monde dans lequel il évolue, ses certitudes, tout cela est en train de voler en éclats. Pour lui, on perd, on gagne ou on abandonne. Moi, c’est autre chose. Je refuse de considérer que notre confrontation a eu lieu. Bien qu’aberrante, cette façon de voir les choses m’ouvre des perspectives. D’abord l’abruti d’en face semble neutralisé ; ce qui en soi est une très bonne chose. Ensuite je dispose d’une certaine supériorité liée autant à l’effet de surprise qu’au fait d’avoir inventé un concept qu’il ne maîtrise pas. Enfin on ne sait jamais, le club pourrait se laisser prendre à ces sornettes. Si mon adversaire affirme le contraire, nous verrons comment gérer le dossier. Cela étant, je vois mal le tournoi reprogrammer un match dans ces conditions. C’est une affaire de fou, penseront-ils. Ils nous disqualifieront tous les deux. Pour ce qui me concerne, cela ne changera rien. En revanche, pour ce connard, il faudra qu’il encaisse la mauvaise nouvelle. Et si on nous faisait rejouer ? Pour improbable, cette hypothèse n’est pas moins drôle à envisager ! Comment jouerais-je ? Ce qui est sûr, c’est que je ne le prendrais pas de la même façon. Désormais je connais sa méthode. Son talon d’Achille, c’est la psychologie. Dès qu’il a été mis en difficulté sur ce terrain, les conséquences ont été immédiates : énervement, perte de concentration, baisse de régime et de niveau. S’il devait y avoir une prochaine fois, je l’attaquerais exclusivement là-dessus.
Je sors du court n°4, très satisfait de ma trouvaille. NOUS N’AVONS DONC JAMAIS JOUE. Mon adversaire est décomposé. Que reste-t-il de son ancienne morgue ? Cette fois, son clapet est bel et bien fermé. Je jubile.
Il me lance :
— Vous êtes ignoble ! C’est absolument invraisemblable !
Je le regarde d’un air tranquille et satisfait ; et lui lâche avec un mépris extraordinaire :
— Je vous souhaite une bonne journée.
Et au moment même où je profère cette quasi insulte, je me souviens de la phrase de Christine – une phrase que l’envie de vaincre au début puis la fureur de perdre ensuite m’avaient totalement sorti de la tête -, lorsque nous avions regardé la feuille de match pour savoir qui je devais affronter :
— Tiens, tu joues avec le mari de Nathalie, l’une de mes copines du club... Ca tombe bien, je voulais te la présenter. Préviens-moi quand vous aurez fini, qu’on aille boire un verre tous ensemble au cabanon.


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