Rejoins-moi...

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  • Rejoins-moi... Dans le noir je t'attends... Rejoins-moi... Dans l'obscurité je patiente... car le jour s'est transformé en nuit, la joie en doute... Je t'attends... Que tu daignes me faire face... enfin...

Depuis plusieurs nuits, le même cauchemar, la même voix qui semble venir de loin, très loin, une voix familière et étrangère à la fois. Cette nuit fût différente des autres, je l'ai vue, je l'ai sentie, je l'ai touchée enfin. Je sommeillais à moitié, attendant de succomber aux bras de Morphée, c'est alors que quelque-chose d'autre se présenta à la portée de ma rêverie. Me revoilà immobile, impossible de bouger, d'articuler un seul mot, de... me réveiller. Et pourtant, elle est là, je la sens, je la ressens, je la vois posée devant moi, me fixant du regard, me caressant le visage de sa main. Une petite fille, aux cheveux noirs comme l'ébène, les yeux brillants comme le jour, le visage effacé laissant transparaître une peine, une souffrance, qui me glace le sang. Toutes les nuits, le même rituel. A peine ai-je fermé les yeux qu'elle apparaît. Chaque nuit de plus en plus proche, chaque nuit de plus en plus nette. Aujourd'hui, j'ai enfin pu la sentir. Que me veut-elle ?

Cela fait maintenant plusieurs semaines que j'ai emménagé dans le nouvel appartement, avec Cédric. Une première pour moi. Moi qui ai toujours apprécié ma liberté, j'ai pensé qu'il était le bon. Je n'ai jamais réellement réussi à me fixer avec une personne plus de 6 mois. Pour je ne sais quelle raison, les gens deviennent rapidement ennuyeux et puis... je me lasse. Du moins, c'est ce que je me dis, ou peut-être est-ce autre chose ? Je ne sais pas. Ce dont je suis sûre c'est que Cédric est le premier garçon avec lequel j'ai eu envie de m'installer. Aujourd'hui, je n'en suis plus très sûre. A vrai dire, depuis qu'on s'est installés dans ce nouvel appartement rien ne va. Et si j'étais en train de faire une erreur ? Et si ce n'était pas le bon ? Il faut que je lui parle ! Je suis en train de faire une erreur !

Encore une nouvelle nuit où je dois faire face. Je n'en ai jamais parlé à Cédric, je n'ai pas envie de lui en parler. Et pourtant, tout a commencé quand on a emménagé ensemble... dans cet appartement. Était-elle là avant notre arrivée ? Que me veut-elle ? Pourquoi moi ? Que cherche-t-elle à me dire ?

Le sommeil fut difficile à trouver encore une fois mais... la voilà, assise sur le rebord du lit, me fixant du regard, me caressant les cheveux de sa main, j'ai peur, mon cœur s'accélère, elle se penche vers moi, elle me parle.

  • Rejoins-moi... Dans le noir je t'attends... Rejoins-moi... Dans l'obscurité je patiente... car le jour s'est transformé en nuit, la joie en doute... Je t'attends... Que tu daignes me faire face... enfin...

Elle se lève et pointe du doigt la fenêtre comme pour m'indiquer quelque-chose.

Je me réveille en sursaut, Cédric dort paisiblement, je sors du lit, il faut que je marche, il est 1h du matin, l'appartement est silencieux, plongé dans le noir, seul vestige, un rayon de lumière réverbéré provenant des néons de l'éclairage extérieur, quelques voitures qui passent font miroiter des traits de lumières sur le plafond, se fondant dans les stores du salon, une vague de lumière éphémère qui donne à la scène un air de film noir. Soudain, je la sens, elle est à côté de moi, pourtant je ne dors pas, comment est-ce possible ? Elle est là ! Dans le noir ! Je ne la vois pas mais je la sens, m'épiant dans l'obscurité. J'ai peur. Je dois quitter cet appartement, je dois le quitter tout de suite ! J'ai peur ! Je prends les clés de voiture, j'enfile mes chaussures et mon grand manteau, je descends les marches menant au parking. Où aller à cette heure-ci ? N'importe où, du moment que c'est loin d'ici.

Cela fait maintenant près d'une heure que je roule dans la ville, je commence à m'assoupir, je fatigue, mes paupières sont lourdes, les lumières de la ville me font mal aux yeux, je repense à Cédric, à la peine que je vais lui infliger, ce n'est pas juste. On ne devrait pas jouer avec les sentiments des gens de cette manière. Et puis, sans crier gare, je sens quelque-chose. Quelqu'un est assis sur la banquette arrière. Elle est là ! Je suis figée, les mains fixées sur le volant, je n'ose pas me retourner, je ne veux pas voir dans le rétroviseur, je la sens ! Je commence à sentir une fatigue importante s'emparer de tout mon corps, de mon être entier, je ne suis plus maître de moi-même, je suis hypnotisée ou peut-être suis-je en train de rêver, qu'est-il en train de m'arriver ? Je m'assoupis...

Je me réveille, la voiture est garée, mon portable affiche 3h du matin, mais où suis-je ? Comment me suis-je retrouvée ici ? Devant moi se dresse un grand portail. Cet endroit me semble familier ! Je sors de la voiture. Je connais cet endroit ! Je suis... Je suis... Devant mon école ! Là où j'ai grandi, c'est mon ancien quartier... Mais... Mais... c'est à plus d'une demi-heure de chez moi. Comment me-suis-je retrouvée ici ? Je suis confuse, je ne comprends pas ce qui m'arrive mais elle est là derrière le portail, elle me fixe de ses yeux brillants, elle pointe du doigt l'établissement. Je sens qu'elle veut que je la suive, j'ai peur ! Quelque-chose au fond de moi me pousse à la suivre, il faut que je mette tout cela au clair. Je ne veux plus avoir peur. Je décide d'escalader le grillage, elle semble marcher tout droit dans le silence de la nuit noire, je la suis, j'ai peur ! Elle marche de plus en plus vite, tellement vite que je manque de la perdre, j'ai peur ! Soudain, je la perds de vue. Où est-elle ? Où suis-je ? Tout cela me paraît bien familier. Je suis devant une cabane de jardinage, se situant derrière l'école. Je connais cet endroit ! Tout m'est familier. Je pousse la porte de la cabane, il y fait noir, il y fait très noir, la petite fille est là, ses cheveux noirs comme l'ébène, ses yeux brillants comme le jour, son visage effacé laissant transparaître une peine, une souffrance qui me glace le sang. Elle me fixe des yeux. Et puis... Et puis... Un souvenir... Une douleur... J'étais ici étant enfant, j'ai... J'ai... Non... Cela ne peut être possible... Je me souviens... Je me souviens du jardinier de l'école... Je me souviens de la force dont il a usé pour frayer son chemin dans mon petit corps... Je me souviens de la douleur... Je me souviens maintenant... Je me souviens... Mon dieu ! La petite fille s'approche lentement de moi, son visage est maintenant clair. Je m'avance vers elle, elle semble triste, de chaudes larmes coulent sur ses joues.

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A ces mots, la petite fille disparu lentement. Je reste là, mes cheveux noirs comme l'ébène se confondant avec l'obscurité de la nuit, mes yeux empli de larmes et mon visage ne pouvant feindre la peine qui était désormais mienne.

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