REGRETS (d'après Maupassant)

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Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

M. Saval a maintenant
Quatre-vingt-six ans.
Il vit seul en vieux garçon.
C’est triste de devoir mourir sans affection.
D’autres gens vivront,
Riront, s’aimeront.
Il parait normal de s’amuser, n’est-ce pas ?
Mais non quand approche l’heure de son trépas.
Or Saval allait mourir
Sans avoir rien fait d’autre que se lever,
Manger et dormir
Tous les jours de sa vie, aux mêmes heures.

Il aurait tant souhaité convoler !
Il possédait un cœur,
Avait un peu d’argent,
Disposait de dix arpents
Entourant une jolie petite maison
A-t’ il manqué une occasion ?

Autrefois, il avait aimé Mme Parent,
Mais secrètement
(Elle avait épousée son meilleur ami)
Il pensait d’ailleurs qu’il n’était pas le mari
Qui lui aurait fallu.
Il se demandait aussi comment
Ce pauvre Parent
N’avait-il rien deviné ni jamais rien vu
Lorsque tous les dimanches, ils se promenaient
Ensemble tous les trois
Ou lorsqu’ils jouaient
Aux dés ou aux cartes six à huit fois par mois.

De Madame Parent, Saval se rappelait
Les paroles ambiguës qu’elle lui lançait
Et ses fous-rire éclatant spontanément
Qui révélaient peut-être un sentiment.
En particulier, il se souvint
D’un premier mai passé près de Provins.
C’était une journée superbe.
Tous trois avaient déjeuné sur l’herbe.
Qu’il faisait bon, ce jour-là !
Après le gâteau, Parent s’étant endormi,
Sa femme avait pris le bras
De Saval et ils étaient partis
Se promener le long d’un petit étang.
Il avait redouté par instants
Que ses yeux
Ne fussent trop audacieux,
Ou que sa main enfiévrée
Ne révélât son intime secret.

Quand il se mit à lui dire :
-Ne faudrait-il pas revenir ?
Elle répondit de singulière façon :
-Si vous êtes fatigué, retournons.
Si vous craignez que mon mari se réveille,
C’est différent, mais j’accepte votre conseil.

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Saval se rendit rue Victor Duruy
Chez Mme Parent âgée aujourd’hui
De quatre-vingt-deux ans
L’esprit tourneboulé
Par ses merveilleux souvenirs,
Il tapa à sa porte. Elle vint lui ouvrir
En chaussons, les mains loin du corps,
Le salua dans un grand rire sonore,
Glissa ses doigts dans ses cheveux blancs
Et lui demanda avec fausse naïveté :
-Auriez-vous un problème de santé ?
-Non. Je voulais savoir : aviez-vous perçu
Que je vous aimais du jour où je vous ai vue ?
De nouveau, elle rit
Et lui répondit :
-Oh oui, dès le premier moment !
Comme vous êtes innocent !
Mais c’était à vous, mon cher, de vous déclarer.
Or, vous n’osâtes jamais rien me demander !
-Et si j’avais été entreprenant,
Que m’auriez-vous répondu ?
-Je peux vous le dire maintenant :
Oui, mon ami, j’aurais cédé, bien entendu !
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Un petit mot pour l'auteur ? 10 commentaires

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Dolotarasse · il y a
Ah mince alors... " Savalait " pourtant le coup d'oser !
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Paul Thery · il y a
Excellent ! Un thème étonnamment proche des nouvelles de Stephan Zweig :-))
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Charles Dubruel · il y a
je connais peu Zweig . Mais ce que j'ai lu de lui m'a enchanté. Je vais acheter ses nouvelles et qui sait, je les mettrai un jour en vers ! + merci de vos compliments répétés (je ne rentre plus dans mes chaussures !)
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Paul Thery · il y a
A lire en priorité: "le voyage dans le passé": superbe et indispensable (pour moi)
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Charles Dubruel · il y a
j'ai acheté hier "le joueur d'échec", je retourne à la librairie cet après midi commander "le voyage... " MERCI, Paul
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Francine Lambert · il y a
Une occasion manquée . . . pauvre Saval !
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Duje · il y a
Zut alors !
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Ciruja · il y a
Un gentil mot en passant
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Charles Dubruel · il y a
merci, Ciruja. Bonne journée à vous (première matinée de soleil à Paris depuis longtemps)
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Charles Dubruel · il y a
merci

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