13
min

Récit d'un jeune dégueulasse interné

Image de A.Sandovar

A.Sandovar

5 lectures

0

Le jet libérateur sort abondamment de mon urètre pour atterrir en flaques sur le sol. Je suis ivre, et les toilettes des hommes hors service. Je pense alors au fait que si la nature de l’homme est de salir la femme, les circonstances l’aide parfois. C’est une pensée macho, mais je suis ivre je le répète et je me mets à rire tout seul ce qui fait dévier le jet qui vient éclabousser le mur. Une fois mon oeuvre terminée, je prends le temps de redescendre la lunette. Une fille est en train d’attendre derrière la porte.
« Je tiens à préciser que je ne suis pas responsable de ce carnage, je sais à peu près viser, ma mère m’a apprit quand j’étais petit. »J’adore invoquer l’image de mes parents quand je parle de sex ou de déjections. On voit si l’interlocuteur est prêt à vous suivre dans vos délires. Si ce n’est pas le cas, le sentiment de gêne qui s’ensuit vaut quand même le coup.
« Moi mon père m’a apprit à pisser debout ». Elle est belle, me décoche un coup d’oeil à peine intéressé et referme la porte derrière elle. L’idée que l’homme par nature souille la gente féminine me parait absurde. Nous nous éclaboussons mutuellement.
La boîte est énorme, et pleine. Les gens dansent, flirtent, s’embrassent et d’autres les regardent se rouler des pelles. J’aime à un certain point m’isoler de ce schéma et prendre quelques minutes pour m’abreuver. Seul.
Je demande au barman qui a fait tomber son sourire dans le bac à glaçons trois shots de mezkal. J’en bois deux et offre le troisième à un jeune mec dont la tête me fait rire. Il a l’air content. Tant mieux pour lui.
Mes amis parlent dans le fumoir. Des discussions sérieuses. Il mettent au clair des choses dont ils n’oseraient même pas en rêve, évoquer l’idée en étant sobres. J’aime mes amis, mais de temps en temps, une odeur de faiblesse se dégage d’eux irrésistiblement.
Leur problèmes me paraît anodins et j’essaie d’enfiler de force mes fantasmes dans une fille quelconque. Une blonde aux cheveux frisée ferait l’affaire. Tant qu’elle a le regard brun. Après avoir épouser l’a langue d’une serbe à qui il manque quelques dents, je décide de rentrer parce que je n’en peux plus. C’est fatiguant de s’imaginer alors qu’on vit.
Le jour me frappe de sa clarté quand je sors. Les métros m’appellent et je vacille dans leur direction. La soirée que je trimballe n’est pas démente, néanmoins je me considère chargé d’un bagage assez important.
J ‘ai 22 ans. J’ai connu plusieurs bouffées délirantes. C’est une chose dont j’ai honte et dont je déteste parler. Il est dit parfois, que certains démons se sentent attirés quand quelqu’un parle d’eux. Ces souvenirs sont mes démons à moi et j’essaie de les isoler de ma pensée, afin de contrer leur éventuel retour. L’alcool déclenche souvent l’effet inverse. Je deviens fier d’avoir traversé ces périodes infernales et me la pète complètement.Je deviens moi même le démon de mes démons.
Or actuellement, je suis ivre mort et c’est toute cette expérience qui pèse sur le strapontin en même temps que mon dershe et je défis quiconque de me remettre à ma place. Après tout je ne l’ai moi même, pas encore trouvée, mais je le répète, je suis ivre.
Les visages m’apparaissent comme zombifiés. Les gens viennent de se lever et profitent de leurs dernières minutes de solitude et de repos avant de commencer à bosser. Malgré leur apparence exténuée et noble, je leur trouve des airs pathétiques. Je ne me voile pas la face, celle ci doit être pire que la leur.
La fatigue me plombe. Mes yeux se ferment et je pense avec contentement qu’il ne me reste plus que 10 minutes de trajet avant de m’étendre sur mon lit. Je me sers souvent de la fatigue comme excuse pour ne rien faire. Si mes paupières sont lourdes, mes responsabilités elles, s’envolent au loin. La seule chose à faire est de dormir, je ne suis capable que de ça.
Chez moi, un miroir. Celui ci est placé de telle façon que l’on est obligé de passer devant après avoir pénétré dans l’appartement. Chaque soir en rentrant, je prends cinq secondes pour regarder à l’intérieur et analyser le masque que la journée a poser sur mon faciès.

Ce matin est une catastrophe.
Mes yeux, gonflés d’orgueil au possible, semblent dotés d’une volonté propre et tendent à se fermer a des rythmes différents. Mes joues, jouent de leur imperfections, de ce qu’une année difficile leur avait laissé pour disparaître sous une barbe naissante et parsemée. Je préfère me servir des mots que de mon physique pour charmer mes congénères mais tout de suite, ni mon physique ni ma verve ne pourrait me porter autre part que dans mon lit. Seul. Encore.
Cinq heures plus tard, la femme qui tente de m’hypnotiser en me tambourinant la poitrine réussit son coup et fait que je me réveille. Descendant d’une grande lignée d’alcoolique, j’ai le don de me réveiller en forme et lucide quand d’autres seraient terrassés par une glorieuse gueule de bois. Le miroir à retrouvé une once de pitié, et la douche efface le dernier vestige que la soirée d’hier à laissé sur moi. Quand le tampon de la boîte disparaît de mon poignet, je comprends que la veille au soir, j’ai servi de pub à ce club de mes deux. Toutes les faces nobles croisés dans le métro ont pu voir d’où je sortais et enregistrer le fait que si un jour, elles désiraient devenir aussi minable et ivre que moi, elles n’avaient qu’à suivre ma trace, dont l’encre disparait en même que mon foutre dans le trou de la baignoire.
Il est 14 heures. Je commence à bosser au bar à 18. Que faire pendant ces quatre heures ? J’aimerais avoir envie de lire, d’écrire où d’aller au cinéma. Ce n’est pas le cas et j’aurais plutôt tendance à me recoucher ou à utiliser mon second joker branlette.
Emma sonne à ma porte.
J’ai un rapport particulier au temps et à l’espace. En ce qui concerne le temps, il me terrorise parfois à disparaître trop goulument, engloutit par des actions futiles et quelques heures passés à faire n’importe quoi. Heures, jours, années. 22 ans déjà. Depuis que j’ai mis un terme à mes études, la semaine qui autrefois m’apparaissait comme un train à 7 wagons de différentes couleurs possédant leur caractère propre, est aujourd’hui une forme longiligne et vaseuse, ou se mélangent plusieurs dégradés de gris. Les jours ont disparus. L’importance des événements quotidiens, des tâches à accomplir, de la paperasse à lire, à écrire et à renvoyer a disparu sous une limace grise. Je me fous de pas mal de choses et seul les événements qui m’atteignent comptent. Un rendez vous avec un éditeur, boire un verre avec mon père, faire l’amour, discuter de mon enfance avec ma mère. Le reste existe à peine.
Je réduit l’ espace à ce que je vois et entends, le plus souvent à la pièce dans laquelle je me trouve. Je me perd encore dans mon quartier mais peu dessiner de tête les moindres détails de ma chambre. Seul les ballades en pleine nature stimulent ma vision du grand espace. La plupart du temps j’observe avec minutie ce qui est devant moi mais ne prends pas en compte les éléments autour. Si notre conscience s’étends sur trois cercle dont le corps physique occupe le centre, je ne suis jamais sorti du premier, en particulier lorsque mes cercles croisent ceux d’autres personnes.Bref, j’avais complètement oublié que Emma devait passer prendre un café.
Je lui ouvre la porte de l’immeuble et me prépare tant bien que mal à affronter l’intrusion de quelqu’un malgré une légère tête dans le cul.
« Je suis sûr que tu viens de te réveiller, putain il est 14 heures, t’abuses ».
La phrase que j’entame pour lui répondre n’a pas de fin et s’achève par des sons inintelligibles. J’attends que le café soit prêt pour tenter ma chance à nouveau.
Emma s’assoit les jambes croisées et s’allume une clope. J’adore la manière dont cette nana s’approprie l’espace. Sa présence s’agrandit en même temps que les panaches de fumée que ses petites narines rejettent. Je me demande si, sans cigarettes, son pouvoir serait aussi puissant.
« Me suis couché tard hier. »
« T’es sorti ? «
« Ouais, c’était de la merde . »
« Tu dis toujours ça. »
Merde, mes médocs. J’oublie de les prendre au réveil. Je pars dans la salle de bain comme si de rien n’était. Prendre mes médicaments est comme me masturber, je n’en ai pas honte, mais je ne le fais pas en public. Emma entend le craquement de l’aluminium qui libère une grosse pilule bien rose, celle qui m’attache les pieds au sol.
« T’en prends toujours ? C’était pas fini cette histoire ? »
« Ca met du temps pour arrêter même si j’en ai pas forcément besoin... » On a jamais vraiment besoin de se branler même si, au bout d’un certain temps...Bon, j’arrête cette comparaison à la con. Deuxième craquement, pastille blanche; celle qui règle mon bonheur sur zéro et l’empêche d’être à moins cinq.
On se raconte nos histoires, nos vies, nos déboires dans les moindres détails. Elle est le seul être avec qui je puisse parler librement dans n’importe quel état, et contrer la faiblesse de mes amis citée plus haut.
Quand Emma part bosser, elle me fait un bisou sur le coin de la lèvre. Une habitude prise au court du temps. Quand l’alcool s’en mêle, elle a tendance à viser plus centré. L’alcool en lui même est la dernière raison pour laquelle je serais (suis ?) alcoolique. Je connais Emma depuis la primaire. Cela fait du bien de savoir que des personnes se souviennent de notre moi-enfant. Des témoins qui vous rappellent parfois que vous n’êtes pas nés aussi con, et que vous étiez même, à une époque, emprunt d’une certaine beauté. Attention, ce boulot est réciproque et vous avez le devoir de leur rappeler aussi. Pas de gaffes.
Aussi, nous avons décidé, elle et moi ,de ne jamais nous donner de nouvelles. Lors de nos voyages, de nos longues périodes sans se voir. Nada. Parler dans les yeux de l’autre nous paraît plus réel (merci pilule rose).
Combien de mes connaissances se plaignent alors de cette habitude ? Calmez vous, si je vous porte dans mon coeur, des années sans nouvelles de ma part ne vous effaceront pas de ma mémoire, et je vous aimerais toujours autant. On dit que le temps efface tout, c’est faux . Ce connard de Chronos nous fait évoluer, mais de l’amour reste de l’amour, comme le marine et le turquoise restent des bleus.
En clair, j’aime bien Emma.

21h30, le bar est plein. Les enceintes crient l’immortel Orange County de Morisson tandis que les cocktails se font boire, renverser, partager. Je pars fumer ma clope en solitaire et laisse trainer mon oreille sur les tables, juste à côté des cendriers. On parle des élections, du travail, des soirées de prévues, de l’avenir, proche, moins proche, inversé, de musique. Quand une discussion m’intéresse, il arrive que je m’incruste en faisant ma mine curieuse et gentille, les gens sont plus prompts à vous accepter dans leur cercle de parole, si vous semblez curieux et que vous vous présentez comme quelqu’un qui doit partir au bout d’une cigarette.
Aujourd’hui, ma tête est légèrement anesthésiée et je contemple impuissant un petit voile qui se meut entre les autres et ma personne. Il aura peut être disparu demain. J’ai le pressentiment d’être un élément néfaste au lourd potentiel polluant. Je me contente donc d’écouter ce qui se dit. Une discussion horriblement banale : la tristesse est inspirante et confortable, c’est quand je suis au plus bas que j’ai de l’inspiration bla bla bla. La folie a ça de bien qu’elle nous rend plus forts, on est tous un petit peu schizophrène... TA GUEULE. De mon petit coeur, pas très sensible ce soir, monte une exaspération sans borne car les idiots amoureux de ce discours, se baladent librement et sont pris pour des atypiques,pour des stars par les fantômes qui peuplent nos rues. Mon petit sac à merde, écoute moi. Jamais tu n’as effleuré de ton doigt cette folie que tu dis convoiter. Sache qu’une crise de délires n’a absolument rien d’inspirante et que tu donnerais n’importe quel chefs d’oeuvre pour un esprit en paix. La souffrance et l’angoisse, lorsqu’elles te rongent, te laissent sans vigueur, sans éclat, à te baigner dans un lac de pilules multicolores. Effectivement, si par chance et après un combat (et je parle vraiment de box thai ou de Krav maga, le genre de baston où ta face devient étrangère et difforme) quotidien contre ton mal, tu retrouve une certaine force mentale, il se peut que ton parcours t’inspire et te fasse évoluer. De là à affirmer que tous le monde est schizophrène...Remercie plutôt la vie de n’avoir jamais eu de ces pensées bizarroïdes, et contente toi de ce petit côté malicieux dont la nature t’as doté. Pas besoin d’en faire trop, sois juste toi même. Et pour ce qui est de la tristesse ambiante, bien sûr qu’on y tient à nos larmes (je n’ai pas pleuré depuis plus de trois ans, à mon grand damne. Les dernières larmes ont coulé sur le carrelage froid et jaunie de l’hôpital psychiatrique avec lequel je fit connaissance pour la première fois), mais n’ayons pas peur d’être heureux non plus. J’essaie personnellement de chevauché comme un forcené, chaque petit moment de joie. Je me sais un petit peu cynique et à cheval sur les mots ( c’est bien parce que je crois en leur pouvoir), et c’est agacé contre cette personne aux mots vaseux et contre moi même qui joue le moralisateur détenant toutes les réponses de la vie, que je retourne bosser.

Le bar est fermé. Ne reste que moi et l’autre barman, Alain. J’aime beaucoup ce mec. C’est une des rares personnes que je considère comme brillante. Avec lui, chaque parole, chaque intonation
et mimique sont décortiquées si bien que l’on se regarde souvent l’un et l’autre comme une grenouille disséquée et clouée à une planche de bois. Il est dur de ne pas se confier à Alain, et de ne pas être touché par son honnêteté en granit. Lui a pu garder sa grâce et sa pureté d’enfant. Il ne la regarde pas, comme moi, du quai d’en face.
« A l’enfance ! », un shot de vodka levé, lui.
« Qui reste en nous, Incha allah ! » un shot de mezcal vide déjà, moi.
Je me réveille un peu plus reposé. Il est 13h, parfait. J’ai rendez vous avec Johanna ce soir. C’est une situation un peu compliquée. Je suis sur le point de tomber amoureux de cette fille et m’en empêche tant bien que mal depuis quelques semaines. Cette nana m’attire, je n’y peux rien. Côte à côte souvent, le silence est source de malaise et la plupart des conversations enivrantes, celles dont on sait qu’elles sont importantes et qu’elles influencent en direct la relation que l’on peut avoir avec une personne, et bien celles là mêmes, nous les avions toutes eu ravagés par l’alcool. Peut- être même par un petit peu de coke...

Les lendemains, après une baise franchement pas mal la plupart du temps mais dont on garde peu de souvenirs, on se retrouve à nouveau silencieux.
Je pense sincèrement qu’à chaque fois que l’on se quitte, on se demande l’un l’autre pourquoi continuer une histoire pareille, avec si peu de moments partagés et complices. Cela n’a aucun sens, aux vues du fait que j’ai rarement ressenti autant d’addiction envers quelqu’un.
Mon péché mignon est d’abord de me lasser d’un corps, et ensuite de l’âme. J’aimerais me présenter autrement mais c’est chose impossible. La quasi totalité de mes aventures se sont finies comme cela. Le corps finit par entrainer chez moi une sensation de dégoût, si bien que les femmes me quittent en ne remarquant plus aucune envie de ma part pour leur personne. Oui, je suis tellement lâche que je me fais quitter. C’est une chose atroce.
Au contraire, avec Johanna, je deviens glouton et pourrais passer mes journées avec elle en silence, moi qui adore parler. Cette vérité me révolte : marcher à côté d’elle d’un air béat, être au plus près de ses hanches, de sa tête d’ange sans jamais savoir ce qui se passe dans ce petit crâne ? Attendre avec imprudence le prochaine échange didactique et sexuel dont je me souviendrai à peine ? Reproduire la torture de Swan en son absence ? Non merci ! Nul besoin d’être le lierre parasite ni même le tronc si je sors de la forêt d’un pas décidé.
Voilà pourquoi je bloque cette sensation d’amour imminent en utilisant tout ce que mes anciens délires m’ont légué : une anesthésie complète d’un sentiment de mon choix. Même si ces termes me font l’effet d’être un super héros à l’étrange pouvoir, je ressens tout de même une légère pression au niveau du sternum quand je pense que j’ai rendez vous avec elle ce soir. Peut être suis-je foutu après tout ?

Le sex est bestial, et non protégé. Sa voix se métamorphose et ses plaintes m’excitent plus que tout. Alors que l’orgasme monte, je me dis que peut être...Et puis non, j’écarte cette pensée en sachant qu’au moment de jouir, l’homme perd tout contrôle de son psyché et je ne souhaite pas être l’esclave de quelque chose d’aussi peu universel que mon propre gland. Je reste ancré dans le réel et accroche de mes mains sa gorge, ses cheveux comme si tout mon être tentait de la pénétrer de toutes parts, tandis qu’elle, n’a besoin que de me tenir les couilles pour m’avoir tout entier.
Le café est morbide. La gène est palpable et Johanna se barre assez vite. Elle me fait un bisou sur la joue ce qui finit de m’anéantir. Je décide de ne plus jamais la revoir.

Quand j’essaie d’écrire, je me rends à l’évidence et remets mon travail à demain. Ecrire une critique sur une pièce de théâtre que j’ai trouvé à chier ou un article sur une montre capable d’aller à plus de 300 mètres de profondeur. Génial. Quand je pense à mes nouvelles, j’ai l’image d’un précipice en tête. "Le Maître et Marguerite" trouve grâce à mes yeux, et je remercie ce diable de Boulgakov. La lecture a du mal à m’abandonner, elle. On se plaint que les jeunes ne lisent plus. Ce n’est pas vrai, on lit tout simplement moins. En même temps comment faire ? Les séries, les films en illimité, les vidéos youtube accaparent notre cerveau sans forcément laisser une grande place à Mère Lecture. Nous sommes juste beaucoup trop sollicités. Arrivera un temps où à force de mâcher des décors déjà préparés par le cinéma sans visualiser ceux des livres, nous seront devenus incapables d’imaginer quoi que ce soit. Peut être que ce jour là je trouverai du boulot ? Du bon. Ou peut être serai-je au même endroit à faire l’effigie d’une montre à gousset revenu à la mode, le nouveau partenaire des voyages spatiaux capable de vous dire quelle heure il est et quel temps il fait en France alors que les humains se pavaneront au dessus des nuages dans un lieu intemporel comme l’espace ? Pourquoi vouloir rester attaché ? Ah oui, pour ne pas devenir fou. C’est l’heure de mes médocs.

Verre d’eau.

Je suis dans mon lit, immobile. La pensée parasite de ma partie de jambe en l’air non protégée avec Johanna me ronge. Même si en ma présence, elle est silencieuse, ça n’en demeure pas moins une fille extrêmement attirante. Je ne suis pas le premier, loin d’être le dernier et sûrement un pli parmi tant d’autres composant l’éventail de mecs qu’elle se tape ces jours ci. Elle même doit se dire la même chose. Bon. Très bien. L’angoisse monte. Et merde. Le silence se fait lourd et j’entends ma respiration de plus en plus forte. Le seul son qui atteint mes tympans émane de mes narines et me permet de rester en vie. De plus en plus fort, je n’entends que ça. Je commence à avoir la désagréable impression de me regarder moi même. Du dessus, je me vois de profil en train de cligner des yeux ne sachant pas si les garder ouverts ou fermés va m’aider à vaincre cette crise d’angoisse. Je n’y suis pas encore, il est encore temps de me calmer. J’allume la lumière, la ré-éteint. Mon coeur se glace, et mon dos perle de gouttes froides. Ma tempe tambourine et j’ai l’impression que mon visage mange mon oreiller. Le fait d’être à l’horizontale me parait étrange et je me demande si, dans l’hypothèse d’un redressement, la pièce va suivre et changer de position. Ca y est je commence à mourir, folie ou sexe quelle différence, vu que je ne suis plus moi et que je me regarde avec pitié. Le miroir dans l’entrée devient mon pire cauchemar. Je renifle, me racle la gorge pour prendre le dessus sonore sur ma respiration. Mes yeux se sont clos et le restent. Pas pour très longtemps. Sur le noir, je vois des visages se former. Ils sont réels, c’est comme regarder un film d’animation. Des pauvres gens patibulaires aux traits exagérés. J’ai la sensation que ma cervelle s’est durcit et a diminué de moitié. Quand j’ouvre les yeux, ma pire crainte se réalise et j’entends clairement quelqu’un crier mon nom «.... ».

Au réveil je ne suis pas en forme mais putain, mes nouvelles m’appellent et je sens les mots irradier mes doigts. Je prends mon smartphone, va au chiotte, pisse sur l’écran qui me dit après 5 min d’analyse que sexuellement, je suis clean. Il me propose de manger des prunes de Kakadu (riches en Vitamine C) et me met un repaire GPS pour situer le primeur le plus proche. Comment ai-je pu atteindre cet état d’anxiété alors qu’une journée ensoleillée comme celle là m’attendait ? Je souris de bon coeur. C’est un moment de bonheur et je conte bien le savourer. Un café bien chaud, sucré, une Winston et sur les enceintes : Portrait of a Man du très grand Screamin’ Jay Hawkins. J’écris.

Quand je me retrouve sur le lit d’hôpital, avec des électrodes sur tout le corps (on teste mon coeur pour savoir si je peux supporter du xeroquel, un petit bijou parait-il), une cruelle chiasse me déchire les entrailles. L’infirmière pète un câble, il n’y encore plus de rouleaux de papier dans la machine. Il va falloir aller en chercher au service cardio, qui n’est pas à côté de la psychiatrie. Elle part. Seul, branché avec cette envie de chier d’outre tombe, je pense que je peux affirmer que je suis en train de vivre un des pires moments de ma vie. Je pense à cette fille croisée des mois plus tôt dans les toilettes d’une boîte, et me maudis. Je suis amoureux.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,