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Raté !

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Ludovic Oliver

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Vincent marche lentement, toujours sur le qui vive, il aime s’aventurer dans ces bois à pas feutrés. Sa souplesse l’aide à rester discret. Les silences de la forêt ne sont interrompus que par quelques murmures au loin et des chants d’oiseaux qui se font entendre par intermittence. Tim, lui, n’apprécie pas vraiment ce jeu de «l’explorateur», surtout maintenant pour des ados, il ne trouve pas ça vraiment digne, voir même un peu ridicule. Il y a quelques années ça le faisait encore, mais là, vraiment, il préférerait être sur sa console de jeu.

Tim geignit.
- Et si on faisait demi-tour Vincent ? J’en ai marre de jouer, là, c’est pas amusant, tu voies ! Il ne voulait plus s’écraser devant Vincent. Que cela lui fasse plaisir ou non, il voulait arrêter. Surtout que dans cette forêt, il ne se sentait pas vraiment en sécurité.
- Chut ! J’aperçois quelque chose là-bas. Vincent lui fit signe de s’arrêter et de se baisser.

Tim obtempéra en faisant la moue. Vincent posa un genou à terre et sortit sa paire de jumelle. Il avait cru apercevoir quelque chose bouger dans les hautes herbes. La forêt était épaisse à cet endroit. Mais il ne distingua rien de particulier. Pourtant, il aurait bien juré avoir vu une silhouette bouger derrière un taillis.

Tim en profita pour remettre une couche.
- Allez quoi, Vincent ! On devrait faire demi-tour, hein ! Ma mère va s’inquiéter, on est allé trop loin, tu vas nous perdre.
- Cool, décoince, répliqua Vincent. Tu sais bien que je la connais comme ma poche. Imagine que nous sommes des aventuriers et...
Mais Tim lui coupa la parole.
- C’est ça, ouais, j’ai plus onze ans, ça ne m’amuse plus ! Je rentre, tu devrais rentrer avec moi !

Vincent s’efforça de rester calme et de cacher sa déception.
- Ok, va, j’avance encore un peu et je te rejoins plus tard chez toi.

Tim n’attendit pas la fin de la phrase de Vincent pour faire demi-tour. Il avait juste envie de se poser dans sa chambre devant une bonne partie de FIFA. Seulement, en rentrant chez lui, il subit l’interrogatoire de sa mère. Elle était surprise de ne pas voir Vincent avec lui. Elle lui reprocha d’avoir laisser tomber son ami comme ça. Tim lui expliqua que les jeux de Vincent l’ennuyait et que s’il était rentré tout seul, c’était parce que Vincent le voulait bien.

Vincent dû se rendre à l’évidence. En s’enfonçant plus avant dans la forêt, il s’était vraiment perdu. Il ne reconnaissait pas la clairière qu’il venait de passer. Cela n’était pas la première fois qu’il s’égarait. Il tenta donc de rester calme. Les paroles de son père lui revinrent soudainement en tête : «faut pas paniquer si tu te perds, tu finis toujours par retrouver ton chemin». Il inspira, puis souffla lentement plusieurs fois. Alors, un peu rasséréné, il repartit à la recherche d’un élément dans la végétation qui lui permettrait de se repérer. Heureusement, après quelques minutes, il retrouva enfin son chemin, mais il ressentait quelque chose de bizarre, comme la sensation d’être épié. Il voulu se retourner, comme par instinct, et au même moment entendit un bruit. Il n’eut pas le temps de réaliser qu’une ombre s’abattait sur lui.

En fin d’après-midi, la mère de Vincent, Anne, reçut un coup de fil. C’était la mère de Tim qui s’inquiétait de ne pas avoir vu Vincent en fin de journée. Elle voulait simplement savoir s’il était bien rentré chez lui. Mais elle comprit vite que ne ce n’était pas le cas et suggéra à Anne de ne pas hésiter à appeler la gendarmerie tout de suite. Son mari, qui est lieutenant de brigade, lui avait souvent répété que pour la disparition d’enfant il ne fallait pas attendre.

Tim était apeuré. Un homme lui était tombé dessus. Plaqué au sol, il se sentit immobilisé, mais s’était sans compter sur la malchance de son agresseur qui se prit une branche dans l’œil à ce moment-là. Alors Vincent, qui sentit l’étreinte de son agresseur faiblir, en profita pour se libérer grâce à son agilité et courut de toutes ses forces pour lui échapper.

Anne se sentit obligée d’appeler la gendarmerie, elle ne pouvait pas rester à rien faire. Surtout qu’elle n’arrivait pas à joindre Hervé, cela n’était pas un bon signe... !

Heureusement pour Vincent, son agresseur ne l’avait pas suivi, il avait dû estimer qu’il n’avait aucune chance de le rattraper. Mais Vincent, dans sa fuite, ne fit pas attention à son chemin, il se perdit à nouveau. La nuit n’arrangeais rien.

Suite à l’appel d’Anne et vu la situation, les gendarmes estimèrent qu’il ne fallait pas perdre de temps. Ils organisèrent rapidement des recherches, aidés par la population, sur un large périmètre de la forêt. Hervé, le nouveau compagnon d’Anne, faisait aussi partie des volontaires. C’est d’ailleurs lui qui trouva la paire de jumelle de Vincent par terre. Il avait quand même eu de la chance de les apercevoir dans la nuit qui était tombée. Il appela un gendarme qui récupéra méticuleusement cet indice. Après deux heures de recherche, il fallut arrêter, la nuit empêchait toute activité.

Hervé était éreinté. Malgré qu’il ait bien vu les appels en absences d’Anne sur son mobile, il décida de ne pas l’appeler tout de suite. Il avait envie d’un bonne douche et de boire un coup, voir plus pour se remettre de ses émotions, avant de la rejoindre et de tout lui expliquer.

Vincent mit beaucoup de temps pour retrouver son chemin. Heureusement, il n’avait pas perdu la clé du cellier de la maison. La poche profonde de son vieux pantalon l’avait maintenue en place. En arrivant sur place, le salon était encore éclairé. Vincent jeta un coup d’œil par la fenêtre, vit des tubes de médicaments sur la table et sa mère qui dormait. Vincent fit le tour de la maison pour rentrer par le cellier. A peine avait-il pénétreé dans la cuisine que la sonnette de la porte d’entrée retentit. La voix d’Hervé résonna dehors. Comme à son habitude, il beuglait !

La sonnette de la maison hurlait encore, Hervé insistait, apparemment bien alcoolisé. Il criait de plus en plus fort en tambourinant sur la porte d’entrée. Ces coups résonnaient dans toute la maison. Vincent décida de se se cacher dans un recoin de la cuisine. Prostré, les mains sur les oreilles, il essayait ne plus entendre ce brouhaha. Mais les cris d’Hervé résonnaient dans sa tête. Il ferma les yeux et les images de son agression dans la forêt s’imposèrent à son esprit. Il avait une certitude, celle de connaître l’identité de son agresseur, cela ne faisait plus de doute.

Le bruit sortit Anne de son réveil. La télévision était encore allumée. L’esprit embué, elle essayait de faire surface et peinait à se mouvoir. Son visage était sans expression, on aurait dit une droguée. Elle reconnu la voix d’Hervé qui criait toujours derrière la porte : «ouvre-moi ou je défonce tout». Après quelques instants, immobile devant la porte, elle se décida à ouvrir avant qu’il n’ameute tout le quartier.

Vincent compris vite que sa mère avait ouvert la porte d’entrée. Il essaya de les apercevoir de la cuisine sans se faire voir. Il observait la conversation du couple qui s’emporta rapidement. Ils étaient en grande discussion dans le couloir de l’entrée et Vincent comprit vite que le temps n’était pas au beau fixe entre eux. La tension était plus que palpable. Hervé se rapprocha d’Anne mais celle-ci essaya en vain de le repousser. Tant et si bien qu’elle criait maintenant en essayant de se dégager de son emprise. Lui, devenu fou de rage, avait déchiré la nuisette d’Anne et d’un geste rapide, il fit tomber son pantalon. Vincent n’en croyait pas ses yeux.

Alors Vincent sortit de sa torpeur. Il se saisit du premier couteau venu sur le plan de travail et se précipita dans le couloir. Sans réfléchir, il mit tout son poids sur la lame qui perça le dos d’Hervé d’un bruit sourd. Anne ne réalisa pas tout de suite qu’Hervé était sérieusement touché. Il resta immobile quelques secondes, les yeux fixes, puis il essaya de dire quelque chose sans y parvenir. Son corps le trahit et emporta celui d’Anne dont les jambes flanchaient. Ils tombèrent tous les deux en même temps au sol. Le silence remplit la pièce. Vincent avait la main maculée de sang. Le cœur d’Hervé ne battait déjà plus.

Hagard, Vincent resta muet. Le sang se répandait sur le sol formant une flaque rouge. Après quelques instants qui lui parurent long, Anne réussit à se dégager du corps sans vie et se leva.
- c’est pas possible Vincent...C’est pas vrai, qu’est-ce que tu as fait ! Anne s’emportait et devenait de plus en plus furieuse, comme si elle ne pouvait plus s’arrêter et finit par lancer en maintenant Vincent par le cou : «T’es vraiment qu’une plaie, le malheur de ma vie!».

La gendarmerie, alerté par un voisin suite au remue-ménage d’Hervé, débarqua dans la maison. Ils séparèrent aussitôt Anne et Vincent et les isolèrent chacun dans une chambre.

Le gendarme Radillon montra à Vincent une photo.
- Tu le reconnais ce sac, Vincent ? Il était dans le coffre de la voiture d’Hervé !
- Oui c’est le mien mais... dans la forêt... je l’ai perdu quand il m’est tombé dessus. Hésitant, le regard dans le vide, il revoyait le visage d’Hervé et la tâche de sang au sol.
- OK, pas de doute alors, il n’aura pas eu le temps de s’en débarrasser ! Et tes jumelles ?
- Elles étaient dans mon sac aussi, réussit-il à prononcé lentement.
- Eh bien... ouais, il a du faire semblant de les retrouver pendant les recherches, certainement pour se disculper...
Vincent réagit et coupa le gendarme. Il avait trop envie de dire ce qu’il avait sur le cœur maintenant.
- Vous savez, je n’ai pas vu son visage dans la forêt mais j’ai sentit que c’était lui. Alors quand je l’ai vu dans la maison se disputer avec maman...j’ai...j’ai...pas réfléchi.. Vincent se mit à pleurer le visage enfouit dans ses mains.

Beaucoup d’images tournaient dans la tête de Vincent, il essayait d’y voir clair. Il se demandait pourquoi Hervé avait essayé de lui tomber dessus ? Et sa mère qui l’avait traité d’assassin, alors qu’il avait voulu la sauver ! Il n’y comprenait rien, son monde s’écroulait.

Un brouhaha résonnait dans le couloir. Vincent cru reconnaître la voix de sa mère. Le gendarme Radillon se leva et se dirigea vers la porte qui au même moment s’ouvrit. Le jeune stagiaire du commissariat était en train d’essayer de barrer le passage à Anne. Mais elle avait réussi à lui prendre son pistolet et pénétrait dans la pièce. Radillon avait déjà son arme en main et la pointait vers elle. Vincent, abasourdi, n’avait pas bougé. Radillon tenta de la calmer mais elle dirigea son arme vers Vincent.

Radillon essaya de la calmer mais Anne se sentait perdu. Elle fixait Vincent avec des yeux exorbités et le fixait avec son arme. On la sentait son pression, ses bras tremblaient. Puis, les yeux humides, elle commença à parler :
- t’es qu’un morveux qui ne pense qu’à toi ! J’ai tout perdu maintenant !

Anne avoua le plan qu’elle avait monté avec Hervé. Il devait enlevé Vincent dans la forêt et faire croire à un enlèvement. Ils avaient l’intention de réclamer une rançon au père de Vincent qui était «bourré de fric». Ils espéraient fuir la ville et leurs dettes pour reconstruire une autre vie mais le destin en a décidé autrement. Mais elle ne regrettait rien, même si Hervé, quand il avait un peu trop bu, était capable du pire. Elle était encore amoureuse. Alors, même si Radillon insista pour qu’elle lâcha son arme, Anne regarda fixement Vincent une dernière fois et elle prononça ces mots « excuse-moi Vincent», puis elle posa le canon de son arme sur sa sa gorge et tira.
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