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Pygmalion 2014

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Erwann Delaunay

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I

Passé la quarantaine, on a, paraît-il, la tête que l’on mérite. Sans doute Pygmalion a t-il voulu se justifier et dresser le bilan de sa vie, mettre son existence en perspective, comme beaucoup d’hommes le font à cet âge. Mais il tenait surtout à préserver de l’oubli l’intégralité des curieux évènements auxquels il se vit prendre part. C’est ainsi que ce jour-là, il s’est décidé à presser le bouton d’un magnétophone :
« J’ai été mis en examen soixante-douze heures, au pain sec et à l’eau, tabassé sous les projecteurs, privé de sommeil puis remisé dans un cachot glacial. On a perquisitionné ma maison, démonté les cloisons, déposé les lambris ; tout mon linge a été éparpillé, ma bibliothèque retournée sens dessus dessous. Des cambrioleurs n’auraient pas mieux fait. Mais la Commissaire Fiorentino, l’ennemie jurée du crime, n’a rien trouvé : mon alibi était en acier trempé. Les flics qui m’interrogeaient ont fini par le reconnaître, d’ailleurs : il m’eût été impossible de supprimer Belle-Maman en trois minutes dans mon salon sans laisser le moindre indice. Fiorentino a marmonné de vagues excuses, puis elle est partie ; sans rien ranger, naturellement. Sans dédommagement. Elle n’était pas vraiment convaincue par les évidences. Je l’ai entendue gronder dans le couloir: « Nous nous retrouverons... au parloir ! »
Il n’en reste pas moins que Belle-Maman s’est bel et bien volatilisée en cent-quatre-vingts secondes, laissant sa voiture devant chez nous, son compte bancaire indemne et SFR muette comme une carpe.
Disparue, la marâtre, mais toujours présente ; c’est le moins qu’on puisse dire. Tous les dimanches, Hortense, mon épouse, continue à lui servir son déjeuner comme si elle était là. Quand notre famille est rassemblée autour de la table, la voix de ma belle-mère, venue de nulle part, résonne dans la salle à manger pour chanter le Benedicite :
« Bénissez-nous Seigneur, bénissez ce repas
Et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas. »
Ensuite, Hortense garnit pieusement et copieusement l’assiette de sa mère d’un suave poulet au carry. Avant d’être un plat, un carry mauricien est un tableau d’art : autour d’un lit de riz blanc, on dispose les achards jaunes, le chutney de tomates rouge, le piment-crasé vert et des arabesques de brèdes plus sombres. Un puits est creusé dans la colline blanche, pour y nicher de petites lentilles brunes ; et enfin, serti d’oignons onctueux, le poulet nappé de carry doré vient établir ses quartiers.
Belle-Maman voit-elle et sent-elle cette chatoyance de couleurs et d’arômes ? Toujours est-il qu’elle les savoure, car une trombe soudaine vient aspirer le contenu de son assiette qui disparaît dans un gargouillis de couleurs. Retentit alors une série persistante de notes cristallines. C’est le tintement de son verre, qui ne cesse que lorsque ma femme, obéissante, le remplit de Pouilly Fumé ; aussitôt, le vin s’évade de nos trois dimensions par le même chemin, ainsi que le dessert, une infecte tarte au citron dont elle raffole. C’est sûrement par les mêmes voies que le scapulaire et le cilice de la vieille Tante Adèle, le livre de messe et le chapelet de la maison, introuvables, sont partis.
A l’heure du café, ma femme et sa sœur s’installent sur le canapé pour évoquer Maurice, leur île natale : la nostalgie de Rivière Noire, le berceau de leur enfance, s’invite, avec sa dernière syllabe qui n’en finit pas, le r final qui ne vient jamais. (Quand un Mauricien prononce le nom béni de Rivière Noire, sa bouche ne se referme pas, ses narines palpitent, ses oreilles frémissent d’aise, et le paradis perdu inonde ses yeux joueurs.) Des sanglots rauques et saccadés s’échappent alors des quatre murs du living. La belle-mère tambourine désespérément à la vitre d’un bonheur désormais inaccessible pour elle : une causette créole entre mauriciennes.
Ma femme et ma belle-sœur à la maison, c’est suffisant. Je préfère à Belle-Maman son avatar dématérialisé, qui m’épargne son sourire de reptile, son teint de grenouille morte, les nœuds de ses mains crochues et ses yeux qui roulent en tous sens, exorbités par la curiosité. Cela me dispense également qu’elle choisisse mes meubles, tapis et papiers peints, nos lieux de vacances, la place de nos invités, les amis de mes enfants, nos soirées cinéma... Cette liste – hélas – n’étant pas limitative.
Tout le monde, à la maison, a fini par admettre la présence insolite de Belle-Maman, sans pour autant s’expliquer sa disparition mystérieuse. Mystérieuse pour les autres ; pas pour moi.
Je sais comment Belle-Maman a disparu. Cette longue histoire, à laquelle je fus mêlé quasiment contre mon gré, est tellement inhabituelle qu’en la racontant, j’ai l’impression d’avoir été agi par quelqu’un d’autre. »
Il a stoppé l’enregistrement le temps de boire un verre d’eau, puis il s’est raconté pendant près de cinq heures, profitant du samedi après-midi, où ses malades et la réceptionniste étaient absents. Un résumé de ce long récit s’impose.


II

Le Docteur Pygmalion, bon an, mal an, exerçait la médecine à la campagne, non loin d’Angers. La nature paresseuse et la douceur du paysage étaient propices à sa rêverie. Il n’était pas rare, à la consultation, qu’il taquinât les Muses entre une varicelle et une fibromyalgie, car il avait déjà couché à son cabinet tout un recueil de poésies qu’il aimait à relire. Mais celle qu’il fit en ce jour de novembre le laissa médusé : rythmés, allègres, bucoliques, les cinq premiers vers confirmaient son modeste talent. Mais ensuite, quelle chute ! Ce n’était plus qu’un ignoble ramassis où le grossier le disputait au vulgaire, le scabreux au scatologique. Tout était pourtant écrit de la même main, la sienne ! Il semblait que deux forces rivales se fussent disputé son propre cœur dans l’espace du poème ; il en ressentit un malaise aigu et s’évanouit.
La nuit était tombée et le cabinet désert quand il reprit connaissance, assis, la tête sur son bureau. Il se leva en frissonnant pour contempler à la fenêtre les peupliers qui balançaient sur le ciel noir. Le vent avait renversé les poubelles ; la pluie sur le carreau coulait en larmes sales. Ils auraient eu bien besoin de vacances, Hortense et lui. Mais la maison était à rembourser, la vie augmentait ainsi que le salaire de la secrétaire et les impôts... Ses cotisations étaient devenues monstrueuses, alors que ses honoraires étaient plafonnés, les allocations familiales supprimées, avec des gardes quasi perpétuelles en ce désert médical.
Du bruit dehors ; un chat, qui explorait les poubelles. Survint un chien, les ordures valdinguèrent. Courroucé, Pygmalion sortit comme un fou, poings brandis, et frappa violemment chien et chat dans une avalanche de jurons, de miaulements et de glapissements suraigus. Lui, d’ordinaire si accort... il rentra honteux et marmonnant. Pour un déplacement d’urgence à domicile, il encaissait cinq fois moins qu’un plombier ou un serrurier. A quoi bon avoir tant étudié ?
Il préféra planter là ses déconvenues et se retourna pour contempler, accrochée au mur derrière son fauteuil, une étude de jeune fille vue de dos, au triple crayon. Il l’avait dessinée quand il avait vingt ans. Elle lui rappelait l’amour qu’il rêvait d’offrir. Avec le temps, ce dos tourné était devenu son aimante et fidèle compagne. Il en recréait le visage au gré des saisons, des intermittences du cœur ou des humeurs vagabondes. Des yeux, il écartait l’encolure translucide qui bruissait à son buste, rivage d’une île lointaine caressée par la mer. Maintes fois, il avait abrité son front de la pluie des dimanches à la pénombre naissant à son aisselle, et les joues enflammées, les lèvres annihilées par le frôlement de son épaule, sa bouche semblait entraînée par la ligne parfaite qui coulait, tranquille, des confins de la nuque à la naissance du bras. Tantôt, l’oracle de ses cheveux jaillissait en flots sombres tressés de lumière ; tantôt, l’esquisse de fusain courait, eau vive et fantasque, avant de disparaître, noyée par le crayonné de l’autre épaule, dans l’au-delà de la feuille. Et c’est vers là qu’ils regardaient tous deux lorsque, dans un excès d’amour, il osait la prendre dans ses bras. Les jours d’euphorie, il mordait l’oreille cramoisie de sanguine, puis appliquait la joue de craie tiède contre la sienne, avant de s’abymer dans l’immatériel duvet, allégé par l’estompe, évadé d’une faveur qui nouait ses cheveux en un casque muet.
Les jours passèrent, les sonnets revinrent, mais les vers étaient irrémédiablement corrompus. Pygmalion était devenu cynique et ombrageux, malmenant ses patients, ignorant sa famille. Un soir de blasphème et de migraine, il cassa le tableau qu’il aimait. Sa tête lancinante et douloureuse, il l’aurait fracassée sur n’importe quoi pour être soulagé de ce martèlement qui la contusait, telle une vapeur d’ammoniac. Chaque fois qu’il cédait au sommeil, une épouvante horrible le réveillait en sursaut ; une frayeur animale que son cerveau, un instant assoupi, avait indument laissé passer, l’assaillait. Alors, Pygmalion sautait de son lit comme un diable d’une boîte, et rendu au milieu du jardin, beuglait de tout son ventre un inépuisable chagrin sous l’encre du ciel glacé.


III

A quelques jours de cette pénible nuit, Pygmalion reçut un colis volumineux, accompagné d’une lettre qui lui faisait part de la naissance d’un nouveau laboratoire pharmaceutique, la Société Bell-Zebbut & Cie, implantée à Rennes le Château. Le pli annonçait aussi le passage prochain d’un visiteur médical. Outre les compliments du laboratoire, il y avait dans le paquet une bouteille de Veuve Clicquot et, dans une mallette de hêtre, un nécessaire de dessin d’art à la sanguine. D’emblée, Pygmalion fut flatté par cet expéditeur, amateur averti et cultivé, qui semblait au courant des aspirations picturales qu’il avait nourries dans sa jeunesse. Il palpa et caressa les cartes de papier fort aux tons chauds, en évalua le grain, et ne put résister au plaisir d’étaler sur son maroquin les carrés et crayons de pierres noires, de craies blanches et de sanguines aux duretés et nuances variées. D’un écrin d’ébène doublé de satin écarlate, il sortit un pulvérisateur de cristal à bouchon d’or guilloché d’argent, incrusté de lettres gothiques andrinople : « Fixatif Bell-Zebbut ».
Le flacon était rempli d’un fluide verdâtre et huileux qui émettait, par les tailles du cristal, de vives phosphorescences.
Le dimanche qui suivit, Pygmalion choisit d’étrenner son matériel chez lui. Sa femme et sa belle-mère assistant à la messe de neuf heures, il s’installa dans le salon, bien éclairé pour lors.
S’aidant d’un miroir, il construisit au brouillon un schéma robuste de son visage : une contreplongée avantageuse soulignerait son caractère et sa virilité. Puis il passa au tracé définitif. Au fur et à mesure qu’il dessinait, il lui semblait prendre consistance dans la pâte du feuillet : à la pierre noire, il chargea de nuit son regard, puis l’alluma d’une étoile de craie. D’un frôlement de doigt, il estompait de vagues ombres, créant d’imperceptibles méplats ou des angles décisifs. Jouant de l’ocre et de la sépia, il animait ses carnations, les teintant de sanguine, il créait l’émotion, puis orchestrait l’enjouement et la méditation au rythme de son crayon. Enfin, il s’arrêta, satisfait. Jamais, il n’eût espéré exécuter un portrait aussi bien campé.
Le ciel se couvrit brusquement ; heureusement, le travail avait été terminé juste à temps. Il faisait maintenant sombre et froid. Pygmalion alluma le bois préparé dans la cheminée. Quand il eut bien pris, il mit le point d’orgue à son œuvre en y pulvérisant le fixatif. En s’étalant, le liquide dégagea une épaisse fumée, comme l’eût fait de l’eau sur de la fonte chauffée au rouge. Le nuage se dissipa bientôt, laissant voir à Pygmalion suffoqué et médusé son autoportrait déserté de son personnage, et, émergeant des vapeurs de chlore, un homme athlétique ressemblant comme un jumeau à celui qu’il avait portraituré. Il secouait ses jambes de pantalon et les manches de son veston, se tapotant les cheveux pour évacuer les dernières traces de l’étrange liquide. Très mondain, empestant l’Azzaro, il se présenta avec assurance :
— Hercule Thanatos ; en l’occurrence, votre double, missionné par les Laboratoires Bell-Zebbut. Vous avez certainement reçu un courrier prévenant de ma visite. En tant que double intérimaire, je double, j’accompagne et j’assiste les médecins stressés, excédés, déprimés, en perdition ou détresses diverses, en leur présentant Notre Solution : le Fixatif Bell-Zebbut. Vous venez de constater son effet... C’est un produit extrêmement pointu, et très impactant ; la fierté de notre Département Recherche. Cette petite merveille transforme les personnages peints ou dessinés en créatures réelles, et inversement, les gens bien vivants en images plus que sages ; uniquement par simple vaporisation. Extraordinaire, n’est-ce pas ?
Le bonhomme manifestait tant d’aisance dans ses paroles et ses manières que Pygmalion était interloqué qu’il pût lui ressembler. A vrai dire, il était même indisposé de voir son sosie les pieds sur la table basse, confortablement installé dans le meilleur fauteuil. Devinant son hôte, Thanatos se releva, prit la fiole de cristal sur le guéridon pour scander son discours ; il marchait lentement, main dans la poche gauche, faisant ainsi ressortir ses reins cambrés et ses fesses musclées :
« Comme vous l’imaginez certainement, notre fixatif peut résoudre une foultitude de problèmes. Pas les petits problèmes ; les graves, j’entends, ceux qui vous pourrissent la vie au quotidien. Une simple pression, pschtt !!, et votre obstacle est aplati à jamais. »
Grisé de sa puissance, exhibant la terrible fiasque, il s’avança solennellement vers le bar, se servit un double Lagavulin et, sans ambages, prit un Davidoff dans la cave à cigares en cuir repoussé de Cordoue. Il se rassit près de l’âtre, sous le regard furieux de Pygmalion qui n’osait goûter à ces délices que dans les grandes occasions. Jambes écartées, Hercule laissait voir de conséquents attributs, moulés dans un costard Hugo Boss. Le salon était maintenant très sombre. Des craquements de tonnerre oppressant se faisaient de plus en plus proches. Les flammes de l’âtre animaient sur les larges mâchoires de Thanatos un rougeoiement diabolique, lui projetant sous le nez une énorme moustache d’ombre, tandis que le haut du visage semblait ceint d’un loup noir. On eût dit que des larmes de suie coulaient de ses yeux globuleux. Un instant, il fixa ses anneaux de fumée bleue, la lueur des braises sur sa lourde gourmette d’or, promena sur le mur l’ombre de sa main manucurée, puis il retourna au bar se servir du whisky. Excité par l’alcool, il asséna sur le guéridon marqueté un grand coup de flacon :
« Le Fixatif Bell-Zebbut, ce bijou de technologie, nous vous l’offrons ! La seule et unique petite chose que nous vous demandons en retour, c’est de prescrire notre gamme de médicaments. Bien sûr, vous aurez un intéressement substantiel. »
Ce disant, il s’était avancé vers Pygmalion et l’acculait contre le rebord de la table. Ce dernier sentit avec horreur le membre raide d’Hercule presser sur son ventre, ses lèvres molles qui cherchaient les siennes et son haleine fétide lui remonter dans le nez jusqu’au cerveau. Les mâchoires d’acier d’Hercule forcèrent la bouche de Pygmalion, et la langue visqueuse de Thanatos s’y engouffra goulument.
Avec un haut-le-cœur, Pygmalion repoussa sauvagement son agresseur jusqu’au milieu de la pièce en l’insultant : « Ignoble pourceau ! Tu peux garder tes merdes ! Travailler avec un fumier comme toi, fume !! »
Insensible à la provocation, Thanatos reprit contenance en quelques secondes. N’était la mine défaite du médecin, personne n’eût deviné ce qui venait de se passer.


IV

La belle-mère de Pygmalion arriva sur ses entrefaites. D’emblée, elle n’eut d’yeux que pour Hercule, sans remarquer son gendre. Son sourire en coup de sabre se fendit d’une oreille à l’autre. Elle s’empressa de féliciter le fringant double :
« Mâtin, Pygmalion ! Comme tu as forci ! Quel costume superbe ! Et quelle prestance ! Je n’aurais jamais cru ! »
Quand le bellâtre lui présenta ses hommages appuyés et lui baisa la main, elle manqua tomber en pâmoison ; dans un gloussement extatique, elle loua Dieu pour ce changement aussi radical qu’inattendu puis se mit à débiter à Hercule de longues tirades théosophiques de Teilhard de Chardin, agitant son long bras décharné dont les bracelets tintaient comme des sistres maléfiques. Un éclair zébra le ciel, figeant les deux silhouettes noires bras dessus bras dessous. Quand ils passèrent devant Pygmalion resté dans l’ombre, Hercule Thanatos, avec un sourire complice et gourmand, lui montra du regard le flacon de fixatif laissé sur le guéridon, tandis que la vieille corneille aux cheveux mauves s’esclaffait nerveusement, pendue à son bras. Pygmalion comprit immédiatement : sans hésiter, il saisit la fiole de cristal et la vida en aspergeant d’importance les deux processionnaires.
Quelques minutes après, il eut l’immense joie, en examinant son portrait, d’y reconnaître sa tête hilare et le faciès convulsé de sa belle-mère. Tremblant de jubilation, il s’empressa de jeter l’image maudite dans la cheminée, où elle crépita avec un éclat aveuglant en dégageant une âcre odeur de soufre.
Hortense entra alors dans le salon. Mais sa mère avait déjà disparu.


V

La nuit tombait quand Pygmalion, seul à son cabinet, parvint à son épilogue, micro en main :
« Désormais, tout va bien. Hortense a hérité de sa mère un « campement » mauricien à Grand Baie, avec vue sur la mer et le Coin de Mire au large. Nous y allons en famille tous les six mois. Les billets d’avion nous sont offerts par le Laboratoire Bell-Zebbut ; il faut dire que, grâce à lui, j’ai pu doubler mes tarifs et quintupler ma clientèle. Mes patientes raffolent du Merdiator – un coupe-faim qui les maintient minces et désirables – ainsi que de la Diana 6-35, la pilule qui décuple le désir et le plaisir ; bourrée d’œstrogènes, cela va sans dire, que voulez-vous, il n’y a pas de miracle. Bien sûr, il y a régulièrement quelques incidents... Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Les médicaments ne sont pas anodins, tout le monde le sait, à chacun de prendre ses risques. Normal. D’ailleurs, plus j’y pense, et plus je trouve que le Ciel et l’Enfer conjuguent leurs efforts pour faire tourner le monde, et c’est très bien comme ça.
Evidemment, l’Etat prélève les trois quarts de mes gains, mais j’ai bon espoir d’être élu député prochainement : de quoi récupérer largement la mise... »
Pygmalion se tut. Par la croisée entrouverte pénétrèrent des cris étouffés, des bruits de pas, de cavalcades et de voitures. Des freins crissèrent ; une sirène de police hurla. Jaillissant du haut-parleur de sa fourgonnette, la voix de la Commissaire Fiorentino claqua comme un fouet. Pygmalion, subitement trempé de sueurs froides, se mit au balcon pour l’écouter crier :
« Regardez sous votre bureau : il y a un micro, le pays entier vous a entendu ! Les médias sont aux aguets ! La Police est sur les toits ! Vous êtes cerné ! Rendez-vous, Hercule Thanatos ! »

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