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PUTCH : CRACHAT ET COUP DE SIFFLET

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Putch

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Comme vous le savez peut-être déjà, la première activité d’un chinois en Chine c’est la création d’un crachat (du verbe cracheter)... Je dis bien CRÉATION car il y a de l’art dans les formes et les manières de ce pur produit Made in China.

Comme dans tout art, il y a la méthode, toujours la même, trois phases : le raclement de la gorge le plus bruyant possible bien entendu, la mixture avec la salive la plus puante bien sur, et enfin le jet tant attendu. Plus vite que la vitesse de la vision (en tout cas de la mienne) et atterrissant de préférence vers le voisin le plus proche. Tout le monde le sait, ce n’est pas nouveau.

Les étrangers qui ne savent pas encore vont s’en rendre compte très vite dans leur périple Chine exotik, et les chinois qui savent déjà ne vont jamais s’en rendre compte puisque cela fait partie de leur culture. Normalement on crache par défi ou par jeu comme les américains, par dépit ou par arrogance comme les arabes, par méchanceté ou par torture comme les slaves ou autres peuples de ces régions.

Mais non, en Chine, c’est par habitude ou par indifférence. Et ce qui est le plus frustrant, même si on leur reproche, ils ne sont pas gênés puisque ce n’est pas intentionnel. Mais d’autres personnes bien plus expérimentées, pourront mieux vous expliquer l’histoire et la science du crachat en Chine et dans le monde...

Un matin par un beau rayon de pollution à la shanghaienne, avec le chant agréable des échappements de bus du siècle dernier, je m’agrippais à mon super vélo électrique allant à une vitesse fulgurante de 15 km/h pour ne pas être en retard au travail...

Et voici que j’attends tranquillement en rang serré À LA SARDINE que le feu devienne vert. Lentement mais sûrement, un vieil homme s’approche de moi avec son vélocipède et un large sourire aux dents cisaillées par le temps.

J’entends tout d’un coup une création bruyante en formation (assez rapide pour un vieil homme), et je me dis ‘’merde, je suis tombé sur un expert...’’. Le bruit se faisant de plus en plus pressant, je regarde à gauche, à droite, devant, derrière, pas de place, pas moyen d’avancer ou de reculer. Cette fois, c’est pour moi, je serai enfin baptisé et pour de vrai.

Seigneur, Bouddha, Allah et tous les autres Saints de cette terre, aimez-moi et aidez-moi. Je réfléchis plus vite qu’une année lumière traversant une dizaine de trous noirs, et enfin, mon vœu fut exaucé, eurêka mon sifflet. (je porte toujours un sifflet sur moi, et c’est pour une autre raison. Ceux qui me connaissent savent pourquoi, mais c’est une autre histoire).




En un éclair, j’ai pris mon sifflet et j’ai sifflé aussi fort que j’ai pu, Si fort que le pauvre homme surpris par mon cri de guerre strident avala d’un coup sa si belle création. Puis, un silence rare se fit dans tout le quartier. La circulation arrêtée, les gens médusés, la police au carrefour paralysé, bref pour la première fois, j’ai vu ShangHai immobile pendant quelques minutes.

J’ai ri, mes voisins ont ri, tout le monde a ri et tout est redevenu comme avant. Merci Saint-Sifflet de m’avoir sauvé de ce jet qui tue...

PUTCH, NEWS (CHINE, 2000.09.10)
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