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Princesse Grosses Fesses

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Claire Joanne

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On ne parle jamais des enfants de Cendrillon ou de Blanche-Neige... On sait qu’ils sont nombreux pourtant ! Serait-ce un si grand sacrilège que de nous dire ce qu’ils deviennent ? La progéniture née des fins heureuses des contes de fée reste un mystère pour le commun des mortels... Pourquoi donc tous ces secrets ?
Après moult investigations, la trace d’une de ces gamines bien née a été retrouvée. Il faut dire que la pauvre a eu dans sa vie quelques déboires !
Voici donc son histoire, bien moins évidente à assumer que celle de sa prestigieuse maman connue aussi sous le nom de Belle au Bois Dormant...

Princesse Grosses Fesses
Première née d’Aurore et de son Prince Charmant, la princesse Perséphone naquit un beau matin d’été, attendue et déjà choyée. Tout le Royaume ainsi que les trois bonnes fées furent prévenus. Ces dernières se mirent alors en route pour lui offrir, selon la tradition, dons et beauté, comme elles le firent avec sa mère. Hélas, avant qu’elles n’arrivent, la méchante sorcière, en corbeau réincarnée, se percha au bord du berceau et murmura son mauvais sort.

« Puisque ta mère, de son sommeil maudit s’est réveillée, c’est toi qui subiras ma colère ! Je voudrais bien te tuer, mais la souffrance étant pire que la mort, voici mon cadeau de naissance : Toute ta vie tu souffriras du regard des autres, de leurs quolibets et de leurs moqueries. A partir de ce jour et jusqu’à ta mort, je t’affuble de deux énormes fesses ! »

Et le corbeau maléfique s’en fut en ricanant, laissant derrière lui une plume en guise de souvenir. Celle-ci virevolta un instant puis se déposa en douceur dans la main de la petite fille. Aussitôt, son derrière se mit à enfler, enfler, enfler ! Ses couches s’étirèrent, craquèrent et finirent par se déchirer...
Son berceau commençait à devenir trop étroit lorsque les fées entrèrent dans la chambre de la fillette. Avisant la plume posée sur le bébé, la plus intelligente des trois fées la retira vite et la fit disparaître. L’arrière-train n’enfla plus, mais ne dégonfla pas non plus...

« Pour conjurer ce mauvais sort, je ne peux pas faire grand-chose, dit la fée, mais sache qu’après quelques épreuves difficiles, tu finiras par trouver le bonheur. J’en fais le serment, foi de bonne fée ! »

La seconde fée s’avança à son tour :
« Il est bien des gens qui de toi se moqueront et de temps en temps tu en seras triste et découragée. Je t’offre un caractère bien trempé pour pouvoir résister au désespoir dans lequel tu tomberas parfois. »

Enfin, la troisième et dernière fée, se pencha au-dessus du berceau. Mais effarée par les énormes fesses de la gamine, elle ne put dire un seul mot.

Ainsi firent les fées, et puis laissèrent l’enfant, ses deux énormes fesses, ses couches déchirées et ses parents encore tout effarés de ce qu’il venait de se passer.

Perséphone eut une enfance plutôt heureuse, bien que coupée du monde. Ses parents, en effet, craignant la critique de leurs sujets, la firent élever dans le plus grand secret. Ils la choyèrent, lui donnèrent beaucoup d’amour, mais avaient si peur que leur fille souffre du regard des autres, qu’ils ne la préparèrent pas du tout à affronter le monde.
Et tandis que ses frères et sœurs en découvraient les richesses, elle passait son temps enfermée dans un petit palais de campagne, coupée de toute vie sociale.

Elle était sage, intelligente bien que n’ayant pas la langue dans sa poche. Son caractère bien trempé, offert à sa naissance, réjouissait ses parents qui voyaient en elle une future reine prestigieuse.
Elle grandissait bien. Son visage était d’une rare beauté, mais cette beauté hélas, rendaient presque encore plus énorme et disgracieux son arrière-train.
Le Roi et la Reine, durant toutes ces années, avaient dépêché leurs meilleurs espions à travers le monde, dans l’espoir de trouver un remède qui dégonflerait le derrière de leur descendante. En vain ! Aucun breuvage, sortilège ou autre médicament ne vint à bout de ce postérieur éléphantesque.

Lorsque vint enfin le jour de sa présentation, le royaume entier était en effervescence ! Pensez-donc, ils allaient enfin rencontrer celle qui les gouvernerait un jour ! Ses parents, à côté d’elle, se rongeaient les sangs inquiets de la réaction de leurs sujets. Sur le point d’ouvrir les portes, ils furent pris de doute et faillirent les refermer... mais hélas, trop tard ! Les valets annonçaient déjà leur entrée.

Perséphone avait pour l’occasion, revêtu une magnifique toilette parsemée de fils d’or. Une parure de diamant mettait en valeur son cou délicat, un maquillage discret soulignait son visage princier. Mais lorsqu’elle fut annoncée dans la salle de bal, personne ne vit le soin qu’elle avait pris à se préparer...

Le valet qui ouvrait la porte suspendit son geste en la voyant apparaître. Les loyaux sujets réunis arrêtèrent leurs conversations lorsqu’elle s’avança dans la salle et la fixèrent étonnés, stupéfaits et parfois même horrifiés. Une servante en fit tomber son plateau, sans que personne ne réagisse...
Tout le monde en effet avait le regard estomaqué planté sur ses deux énormes fesses qui se balançaient de chaque côté de son corps par ailleurs bien proportionné.

Et puis, alors qu’elle s’étonnait de l’accueil pour le moins refroidissant de ses sujets, un petit garçon s’avança vers elle, l’air confiant et l’œil souriant. Soulagée, elle se pencha pour lui donner un baiser mais celui-ci la prit de court et s’exclama :
« Tu as les deux plus grosses fesses de tout l’univers ! »

Tous les sujets éclatèrent alors de rire, soulagés qu’enfin quelqu’un dise tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Mais oui elle avait de bien grosses fesses cette princesse ! Était-elle vraiment la fille de leurs souverains ? Comment avaient-ils pu donner naissance à une fille aussi disgracieuse ? Et voilà que la jeune fille, pas du tout préparée, essuya pour la première fois les moqueries des gens malveillants. Elle fut moquée et huée.
Le bal de présentation se transforma en séance de jugement : « La jeune fille ici présente ne pourrait pas gouverner à la place de ses parents ! »

— Impossible ! se récriaient les sujets qui attendaient jusqu’alors sa venue avec tant d’impatience.
— Elle n’est pas assez belle pour être reine ! Les autres royaumes se moqueront de nous ! Princesse grosses fesses, on ne veut pas de toi !
Tandis que certains se moquaient, la montraient du doigt, d’autres la bousculaient, la chahutaient.

Aurore et son Prince, ne brillaient pas pour leur intelligence. En effet, l’une s’était piqué le doigt avec un fuseau alors que les approcher lui était interdit et l’autre avait embrassé une princesse endormie depuis cent ans. Cent ans d’haleine pas fraîche et il l’embrassait quand même ? (autant vous dire que désormais, le Prince, avant d’embrasser son épouse au réveil, lui offrait toujours une feuille de menthe à mâchouiller !)

Et donc, pour en revenir à l’histoire de leur fille, alors que celle-ci était moquée, montrée du doigt, bousculée et chahutée, ses parents, aux cerveaux ramollis, ne surent comment réagir face à tant d’incivilités et laissèrent la demoiselle s’en dépatouiller. Celle-ci, bien que blessée par les paroles et gestes de son peuple, ne se laissa pas démonter :

« Vous ne voulez pas de moi à cause de mon derrière dodu ? Pourtant, ne vaut-il pas mieux être intelligent et sage que d’avoir un corps parfait ? Si vous pensez le contraire, ma foi, je serai heureuse de ne pas vous gouverner ! Il vaut mieux pour moi partir vers un peuple un peu plus dégourdi que rester avec vous, chers sujets dont la bêtise est plus énorme que mon énorme derrière ! »

Sur ces paroles, elle se déroba tant bien que mal de la foule, se servant de son derrière pour repousser les enragés. Elle s’engagea dans le premier couloir suffisamment large pour qu’elle puisse y passer et franchit les portes du palais en courant avant de s’enfoncer, après le village, dans la sombre forêt.

Une sombre forêt, il y en a souvent dans les contes de fée, et la demoiselle en détresse, malgré ses deux énormes fesses, ne pouvait donc y couper !
Elle n’y croisa pas de nains ou de voleur mal intentionné. Un loup en aurait bien fait son déjeuner, mais apercevant son énorme arrière-train, il s’en abstint, car il avait horreur du gaspillage et n’aurait pu tout avaler.

La nuit commençait à tomber et, Perséphone s’arrêta sous les arbres, pleine de colère envers son peuple.

« Qu’ont-elles donc, mes fesses ? N’aiment-ils pas les grosses parts de gâteau ? Ne sont-ils pas heureux d’avoir les plus gros fruits dans leur verger, les plus gros trésors dans leur cave ? Les hommes ne sont-ils pas heureux d’avoir les plus gros vits ? Et les femmes d’avoir ces hommes-là ? Pourquoi donc mon gros derrière leur pose autant problème ? »

Dans un moment de faiblesse, elle se laissa aller à pleurer et se lamenter sur son sort :
« Pourquoi me suis-je enfuie ? J’aurais dû rester et leur prouver qu’ils avaient tort ! »

Et la princesse pleura et renifla comme la dernière des souillons ! Le minois tout chafouiné par la douleur de ne pas avoir fait ce qu’il fallait, elle finit par s’endormir à même le sol, entre les arbres, les yeux rouges et gonflés de s’être trop lamentée.

Le lendemain, elle se remit en route, ne pouvant se résoudre à retourner au château. C’est qu’elle était un brin orgueilleuse, la Perséphone ! Et si son peuple ne voulait pas de ses fesses, elle n’y retournerait pas quémander sa juste place !

Elle marcha longtemps, évitant les villages, fuyant les routes encombrées. Elle chaparda des pommes dans un verger pour son déjeuner. Écorcha sa robe et ses genoux dans les fourrés.
Et plus elle marchait, plus sa colère envers ses sujets montait ! Elle leur imputait tous ses malheurs, inventait des vengeances sanglantes faites de coups de guillotine, de pendaisons et d'écartèlements... Mais continuait à marcher loin de son palais.
Au fur et à mesure qu’elle traversait le royaume, ses vêtements se déchiraient, ses cheveux se dépeignaient, sa peau blanche se crassait. Seul son auguste fessier, d’un poil ne bougeait.

Un jour, voulant passer entre deux arbres rapprochés et ayant momentanément oublié son arrière-train démesuré, Perséphone s’y retrouva coincée.
Elle resta là, à se débattre et à pester quelques heures, ne pouvant ni avancer, ni reculer. Plus elle se débattait, plus elle avait l’impression que l’étau se resserrait. Elle finit par se résoudre à appeler à l’aide.

« Au secours, sauvez-moi, me voilà prisonnière ! » appela-t-elle tout d’abord timidement.

Finalement, son faible vagissement n’ayant eu aucun effet, elle se mit à crier un peu plus fort. Puis encore plus. Puis de plus en plus, jusqu’à hurler encore et encore, attendant désespérément qu’un preux chevalier ou n’importe qui d’autre vienne la délivrer de son inconfort.

Sur un coup du sort, c’est un n’importe qui d’autre qui vint, attiré par les cris de la demoiselle. Ce n’importe qui d’autre était un garde-forestier, qui, comme chaque jour, faisait le tour de la forêt.
Il prenait le temps de regarder si chaque arbre était bien à sa place, si les ours oursaient et les biches bichaient, si les braconniers ne braconnaient pas... En bref, il prenait soin de la forêt.

Or, ce jour-là, alors qu’il remettait en place un œuf tombé de son nid, il entendit les hurlements de la princesse, hurlements qui n’avaient rien à faire dans son cher bois.
Accourant sur les lieux du drame, il aperçut notre Perséphone en détresse, le cul coincé entre deux jeunes châtaigniers.

— Taisez-vous donc, la donzelle ! lui ordonna-t-il ! Ne voyez-vous pas que vous cassez les oreilles de ma forêt ? Les arbres, c’est comme les femmes, il faut les prendre avec douceur !

Perséphone, probablement épuisée des derniers jours, fatiguée d’être coincée, agacée de se faire fâcher, répliqua d’un ton peu engageant :

— Oh toi, le n’importe qui d’autre, lâche-moi un peu la grappe ! Les forêts n’ont point d’oreilles, tout le monde sait cela, sauf toi visiblement, espèce de roturier mal peigné ! J’ai été chassée de mon royaume par des pleutres en haut-de-chausse et des échalotes en robe du soir alors ne pense pas me faire peur en m’engueulant comme un putois castré ! J’ai faim, j’ai pleuré au point de vomir mon désespoir et SURTOUT, j’ai l’arrière-train en feu à force d’être coincée ! Alors maintenant, tu te dépêches de m’aider à me dégager de tes deux enflures d’arbres maudits ou je continue à beugler !

— Ouah, quel caractère ! Pensa l’homme. J’aime ça moi, les sacrées mégères qu’ont la langue bien pendue !

Son regard tomba soudain sur les fesses de la demoiselle, qui lui avait étonnamment échappé jusqu’alors. Mazette, quel fessier ! Quel cul ! Quel postérieur ! Il semble bien délicieux celui-là ! Et elle dit en plus qu’il est en feu ! Mais quelle aubaine de tomber sur elle dans ma forêt !

C’est qu’il les aimait girondes, ses donzelles. Il aimait caresser autre chose que des os, comme il disait, et que des miches puissent remplir ses mains d’honnête homme le rendait tout heureux. La vision de cette jeune fille callipyge, osons le dire, faisait même sacrément gonfler sa tige !

L’homme eut donc le coup de foudre pour cette jeune princesse mal-lunée et son arrière-train majestueux.
— Ma déesse, lui répondit-il, je te délivre si tu m’épouses. Je suis tombé amoureux de toi et ne partirai pas sans avoir obtenu ton amour aussi ! J’en ai pas vu de plus belles que toi depuis longtemps et j’aime ta façon originale de parler ! Sans mentir, si tu m’épouses, je te promets de prendre soin de toi comme je prends soin de ma forêt, avec douceur et tendresse, et sans jamais te lâcher !

La colère de Perséphone retomba comme un soufflet raté.
Pensez-donc, un homme prêt à l’épouser après les déboires passés, ça avait de quoi l’étonner !

— Mais... J’ai un énorme cul ! se récria-t-elle !
— Je l’aime !  répliqua-t-il.
— Mes cheveux sont sales et décoiffés...
— Je les aime !
— Mes genoux sont tout écorchés...
— Je les aime !
— Mes mains n’ont jamais travaillé...
— Je les aime !

A chaque fois qu’elle opposait quelque chose, il répliquait ainsi et ainsi la jeune fille fut conquise. Il gagna son cœur et même plus encore !

En effet, les parents de Perséphone avaient enfin réagi face au peuple mécontent d’avoir une princesse au cul d’éléphant. Ils avaient étouffé l’émeute promettant le cachot aux dissidents et retourné le royaume pour retrouver leur fille chérie.

Retrouver la trace de leur fille fut assez facile (on ne perd pas facilement un arrière-train aussi énorme) et les deux amoureux furent accueillis au palais avec un bonheur sans égal (bien qu’un peu forcé pour certains qui avaient peur du couperet).
Perséphone fit tomber quelques têtes en guise de vengeance sanglante mais resta somme toute assez clémente, toute amoureuse qu’elle était.

Finalement, quand elle fut appelée à régner, elle avait déjà, grâce à son charmant caractère, sa guillotine et à son langage coloré, conquit le cœur de tous et son couronnement fut accueilli avec joie.

Son règne fut aussi long que son popotin était développé.

Pour éviter d’autres coups du sort, elle fit tuer tous les corbeaux et n’eut jamais d’enfants.
Et quand bien même en eut elle eu, Perséphone aurait sûrement fait preuve de plus de méfiance que ses parents... elle n’aurait jamais laissé un seul quidam gonfler le cul de sa descendance !

PRIX

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Guy Bellinger · il y a
C'est du Tex Avery avec une légère tendance paillarde. J'ai pouffé, pouffé, pouffé.
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Ginette Vijaya · il y a
On rêvait sur les contes de fées! Maintenant on sourit à la suite qu'on peut en donner ! Bien trouvé !
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Christine Śmiejkowski · il y a
quoi mes fesses? Je vous invite à aller lire https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-blues-de-lelephant
Ah bien voyons !!!

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ZzGraceyzZ · il y a
<< Qu'on donc mes fesses? n'aiment-ils pas les grosses part de gateau>> hahahahaha j'adore ses repliques!
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Nathalie Schachinger · il y a
C'est super Claire! Je suis contente de voir que tu continues d'écrire tes belles histoires! Bisous de loin...
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Hermann Sboniek · il y a
Bonsoir Claire. Votre suite est bien envoyée, avec ce qu'il faut d'irrévérence et de fantaisie. J'ai aussi dépoussièré le thème du conte avec "il était une fois ... ou pas ..." c'était il y a longtemps et ce n'est pas en concours.
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Madi Jolie · il y a
Frais, drôle, beau et tellement bien écrit, comme d'habitude ! A voté !!
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Mathieu Kissa · il y a
Très belle idée, et j'ai bien rigolé, alors je vote.
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Iza Amat · il y a
Quel joli conte de fées bien de chez nous ( de notre époque), a mon avis votre conte devrait figurer en épilogue du conte de Perrault de La belle au bois ....
Bravo pour le style léger, agréable et l'imagination captivante.....

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Evadailleurs · il y a
Une superbe idée et une histoire magistralement contée ! Une langue imagée, brillante, drôle, anti-conformiste, un ton caustique... De quoi mettre Perrault et les autres aux oubliettes !
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