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On a particulièrement apprécié cette histoire de résilience, incarnée par un personnage fort au destin exceptionnel. Bercés par le rythme, ...

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سرود زهره به رقص آورد مـسیحا را''حافظ''
« Sorude Zohreh ba raghs avarad masihara » Hafez
« Quand Vénus chante le Christ lui-même se met à danser » Hafez


Zohreh. Vénus en perse. C’était ton nom.
Tu foulais d’un pas assuré un Téhéran exubérant et plein de vie. C’était le dernier mercredi avant l’arrivée du printemps. C’était Chaharshanbe Suri, la fête du feu. Des luminaires multicolores ornaient chaque coin de rue. Des foules entières descendaient des quartiers de Shahrak-e-Gharb, de Narrous et de Narmak. L’ambiance était festive et exaltée. Tu marchais et ton image se reflétait dans les lueurs éclatantes des réverbères. La nuit était douce comme le vin de Chiraz qui coulait dans les gorges, en cachette, derrière les vieux rideaux persans accrochés aux fenêtres. Sur la place de Cyrus, des dizaines de feux de joie rougeoyaient et embrasaient les esprits des ancêtres venus visiter les vivants et questionner leur folie. De nombreux enfants, entourés de draps, couraient et virevoltaient, tapaient aux portes, dans des bruits de casseroles assourdissants. Ta silhouette fine semblait flotter dans l’air surchauffé d’où montait les vapeurs de noisettes, de cajou, de pistaches et de mûres. La légèreté et l’élégance de ton pas étaient quelque fois troublées par l’explosion inopportune d’un pétard, ou les éclats d’une cruche vierge jetée d’un toit. Soudain, tu t’es arrêtée en face d’un brasier et tu as crié : « Je te donne ma pâleur, je prends ta force ». Puis tu l’as enjambé d’un saut décidé. Certains disent qu’entre les flammes qui s’ouvraient pour redonner naissance à l’univers s’est alors glissé subrepticement le sourire bienveillant de Zoroastre.
Ton corps agile semblait n’avoir fait qu’un avec les flammes. Il paraissait même les avoir remplacées, avoir aspiré leur force vitale et leur rougeur. Il était le plus brûlant des bûchers de l’Iran toute entière. Tandis qu’à droite, à gauche, devant, derrière, à perte de vue, l’on enjambait le feu, tu continuais ta route dans ta longue robe écarlate, chauffée aux battements de ce cœur fondant sous ta poitrine gonflée d’ardeur. De Bichkek à Samarkand, de Baku à Lahore, des contreforts de l’Anatolie à la vallée du Ferghana, on fêtait le renouveau tant espéré ; mais toi, Zohreh, tu n’en avais que faire. Tu étais résolue à rejoindre ton amour. Le reste avait peu d’importance.

Tu as cheminé toute la nuit sans un seul coup d’œil derrière toi. Tu es montée dans le bus pour Nandal aux premières lueurs de l’aube et tu as quitté la ville. Le soleil matinal, tout pâle encore, éclairait les contreforts de l’Elbourz. Les arides fleurs de montagne s’accrochaient au flanc du roc dans un combat sauvage et solennel. Le flux de tes yeux bruns perçait la vitre et pourtant tu ne regardais pas. Tu voyais sans regarder, toute entière perdue dans tes pensées. Au cœur de ces immenses paysages durs et fantasmagoriques, tu n’aperçus ni le vol de l’aigle royal ni le ruisseau que la route traversait. Ton visage était replié sur lui-même, mais le paysage se tournait vers toi dans un élan d’esthète. L’appel de ta beauté avait incliné le pli des herbes, les roches elles-mêmes semblaient avoir orienté leurs yeux aveugles pour pouvoir glaner, ne serait-ce qu’un instant, de l’éternel en toi. L’ellipse de ton visage, le nez fin pointant délicatement l’embrasure de tes lèvres, la forêt noire et tendre de tes cheveux engloutissant tes joues rosées ; tous attiraient l’attention. Pourtant, c’est sous ton grand front pâle, sous ces cils fiers et dans ces yeux faits d’amandes sombres que la terre entière puisait son âme. Et toi, Zohreh, l’esprit en ébullition, tu pensais à la peau lactée de ton amour qui t’attendait au loin.

Quand le bus est enfin arrivé à Nandal, tu t’es attablée à une échoppe qui servait du Fesendjan. Assis à la table d’en face, un petit gros te regardait sans ciller, tout en mâchant sa viande avec l’appétit que lui permettait son grand âge. Le goût exquis du canard, de la noix pilée et de la grenade concentrait toute ton attention, mais à chaque fois que tu tournais la tête dans sa direction, tu pouvais apercevoir ses yeux fixés sur toi. D’autres auraient peut-être ressentis un certain inconfort mais tu avais appris à ne pas te soucier du regard des autres, ou plutôt à les transformer en jeux ou en outils. Au fond, tu appréciais d’être au centre des conversations et des rayons de lumières. Tu savais utiliser ta capacité à subjuguer pour accomplir tes desseins. Et quand un homme était assez courageux pour te parler, tu savais comment le remettre gentiment, mais sûrement, à sa place. Ton père n’avait pas comptabilisé toutes les demandes en mariage qu’il avait reçues, mais il t’avait toujours soutenu dans tes choix personnels, c’est-à-dire dans tes refus. C’en était devenu un sujet de plaisanteries en famille. Quand on te parlait de mariage, tu répondais que tu attendais toujours ton homme, qui mesurerait plus de deux mètres et qui aurait les yeux clairs. Tu ne croyais pas si bien dire à l’époque.

Tu t’étais mise à marcher sous le soleil de cette pente douce qui mène vers le ciel. Quelques fois, tu t’arrêtais pour cueillir une gerbe de fleurs. Parfois un œillet, une autre un myosotis, ou un droséra. Paradoxe bien à toi, tu jouissais de l’ascension tout en haïssant les passages en escaliers. Comme si le côté saccadé, prévisible et froid des marches de pierre cassait le plaisir de la progression. Ils le compromettaient un temps, mais tu reprenais de l’entrain en tapant tes chaussures montantes contre la terre sèche. Aux alentours de midi, en regardant vers l’est, tu crus apercevoir au loin le mythique Simorgh, oiseau gigantesque pouvant transporter des caravanes entières, et possesseur du savoir de tous les âges. Comme tu aurais aimé, pareil à lui, posséder toutes les connaissances de l’univers ! Et surtout pouvoir voler !
Après tes études d’ingénierie aérospatiale, tu avais voulu poursuivre ton rêve de conquête du ciel, à l’école de pilote de Téhéran. Une des très rares femmes du programme, tu t’étais battue pour qu’un pilote accepte enfin de t’enseigner le métier, alors que la plupart d’entre eux se refusaient à initier une femme à cet art. Fidèle à ton ambition et à ta volonté farouche, tu avais fini major de ta promotion. Dans tes moments de repos, tu lisais avec fougue la prose de Saint Exupéry et de Richard Bach, entre les vols de nuit et la résistance de Jonathan Livingstone Le Goéland. Comme lui, tu rêvais d’un monde qui te laisserait réaliser tes rêves d’enfance, au lieu d’une société obsédée par le contrôle et le conforme. Une société qui supporterait ton ambition et ton goût pour le perfectionnement, plutôt qu’un fardeau entravant chacun de tes mouvements. La beauté du vol est tant dans la joie de l’acte lui-même que dans la libération qu’il représente. Affranchi des lois du monde sous-aérien, tu aurais enfin pu devenir éther de volonté pure porté par les vents changeants de ton cœur.

À la nuit tombée, tu as installé ta tente non loin du refuge de Takht-e-Fereydoun. À quatre mille trois cents mètres d’altitude, tu pouvais apercevoir les lumières au bord de la Caspienne, mais à cette hauteur là dans l’Elbourz, la température descend très vite. Tu t’es dépêchée de te couvrir et de t’asseoir sous la tente. Tu as sorti de ton sac de quoi célébrer la nouvelle année perse qui commençait avec l’arrivée du printemps. Norouz, le jour nouveau, t’attendait. C’était la première fois que tu le passais seule, loin de tout, au milieu des montagnes. Tu étalas sur le tapis les sept clés qui donnent à l’équinoxe tout son sens. Le germe et la pâte de blé bien sûr, symboles de renaissance et d’abondance dans cet abri instable tourmenté par les vents. L’ail et les pommes pour la bonne santé et les baies de Sumac pour te réchauffer à l’ardeur des soleils levants. Le vinaigre que tu versais dans le petit récipient de bronze était comme une invitation à méditer sur l’amertume de toute vie, et le fruit séché du Jujubier, un symbole impérissable de l’amour. Tu saisis alors le livre de poèmes de Hafez et lu la dernière ligne de la page qui était ouverte : « Quand Vénus chante, le Christ lui-même se met à danser ». Si seulement ta danse avait pu réanimer ton père mort devant toi dans un hall sombre du vieil hôpital de Karaj ! Si seulement elle avait pu activer l’infirmier qui répétait impuissant qu’il était trop tard...Dans la pénombre de la tente, tu repensais à tes deux sœurs et à ta mère. À la dignité sans nom de cette femme pieuse et généreuse, qui avait appris le braille pour l’enseigner à une voisine aveugle. À celle qui avait maintenant une classe entière, lui apprenant chaque jour à déchiffrer le sens dans les ténèbres. Pendant ce temps, tu luttais contre l’obscurité et te hissais vers les sommets. Comme Jamshid qui, en cette nuit, il y a des millénaires, monta sur le trône de Persépolis ; tu gravis les échelons jusqu’au couronnement. Championne d’Iran d’escalade sur glace. Médaillée de bronze aux championnats d’Asie. Première femme Iranienne à participer aux Jeux Olympiques d’escalade. Toujours tes yeux portés sur l’or blanc des cimes, et sur tous les types d’or. L’or bleu du ciel. L’or rouge du cœur. L’or jaune des médailles. Autour de ton cou fort et fragile, pour que cessent de te tourmenter les jours. Jusqu’à ce que tu puisses enlacer le corps solide de ton bien-aimé.

Enfin, ton équipement était prêt. Tes crampons doubles, tes cordes de rappel imperméables, ton casque et tes piolets tractions. Tu commençais l’ascension de nuit, sans système d’assurage ; mais avec ta force, ta souplesse et ton endurance comme guides. La lune était obscurcie par de gros nuages. Tu montais, méticuleusement, en plantant tes piolets dans la glace. Tu avais presque réussi à surmonter ta peur de la pénombre, mais parfois, elle revenait et te prenait à la gorge. Tu revoyais alors en flashs successifs l’obscurantisme qui accablait ta vie : les véhicules de police, gyrophares et alarmes à plein régime, qui arrêtaient dans la rue les femmes non voilées, ces professeurs qui te parlaient sans te regarder parce que tu n’étais pas un homme, et ces compagnies aériennes qui refusaient de recruter la major de l’école de pilote à cause de son sexe. Le retour de ces images te fit perdre l’équilibre, et, soudain, la paroi sous tes crampons se brisa. Tu glissais sur la glace, cramponnée à ton matériel, et te retrouvais, par miracle, encore vivante au fond d’un gouffre du Mazandéran. Un de tes piolets était fracturé. Fixant la paroi gelée qui remontait d’un pic vers les cimes, tu te mis à pleurer. Aucun ours n’était là pour te prendre dans ses bras et te consoler. Un sentiment d’impuissance et d’inadéquation te submergea. Tu te revoyais au début de tes compétitions d’escalade, avec les seules chaussures que tu avais pu trouver en Iran, des baskets d’homme, quatre fois trop grandes, avec lesquelles tu te confrontais pour la première fois aux compétitions internationales. Le même courant d’air glacé avait pris possession de ton corps lorsque tu avais aperçu l’équipement de tes adversaires et leurs entraîneurs ; alors que tu avais dû apprendre seule et sans support. Mais tu avais toujours su panser tes blessures et te relever. Quand personne, hormis ta famille, ne croyait en toi ; quand le monde entier te poussait à abandonner tes rêves (quelle idée de vouloir faire quelque chose que nul n’avait fait auparavant), tu avais su garder ton sang-froid et ta détermination. Quand une défaillance de ta collègue t’avait coûté une sérieuse blessure aux genoux, le médecin t’avait annoncé que c’était la fin de ta carrière d’athlète. Un an plus tard, tu pris un certain plaisir à le saluer du haut du podium.

C’est au fond de cette image victorieuse que le courage te revint. Les premiers rayons de soleil commençaient à percer à l’horizon. À la vue de la pureté majestueuse de la glace, ta peur fondit. Comme galvanisée par une force des tréfonds de l’âme, tu brandis ton piolet unique dans un cri et tu repris l’ascension. Tac. Tu repartis à l’assaut. Tac. Chaque fois que le piolet heurtait la glace, une pensée te remontait à l’esprit. Tac. Ce voile que tu devais garder, même sur tes publications à l’étranger, pour rester dans l’équipe nationale. Tac. Ton apprentissage tardif de la natation. Tac. La couleur des grenades mûres dans les jardins de Chiraz. Tac. Ta passion de l’escalade et de l’effort ; la philosophie du travail qui libère. Tac. Face à la glace, toi contre toi, et le monde qui se tait enfin. Tac. La phobie des lacets défaits. Tac et tac et tac, et, inlassablement, tel un oiseau rieur se jouant des lois de la pesanteur, tu progressais vers le sommet. Tu retrouvais dans l’intensité de ta concentration et la précision de ton mouvement une échappatoire aux désillusions et aux médiocrités du monde d’en bas. Un espace où la liberté s’éprouve au contact du danger et de l’effort, une juste lutte où la compétence, l’endurance, la force (physique et mentale) sont vecteurs de succès. Sans besoin du concours d’esprits obtus, d’êtres corrompus ou de règles absurdes. Celle qui ne craint pas le ciel, si elle aspire à vivre et si elle se bat, travaille avec la glace, dans une estime et un respect silencieux mais profond. Ils ont réussi à t’empêcher de voler, tu monteras donc vers les cieux le piolet à la main.

Cinq mille cinq cent quatre-vingt-dix, cinq mille six cents, cinq mille six cent dix ! Le ciel et la neige t’aveuglent. Tu es arrivée au sommet. Tu contemples au nord, sous l’irréel soleil des cimes, les grandes étendues bleutées de la mer Caspienne. Au sud, la plaine de Téhéran et les monts Zagros mènent ton regard vers Ispahan. Dans le miroir bleu du ciel et de la mer, dans le miroir blanc des neiges et dans le miroir ébène des roches, tu vois tes yeux se refléter à l’infini dans un tourbillon de joie et de ferveur mystique. Le sol tremble, et le dragon Azi Dahaka, enchaîné à moi jusqu’à la fin des temps, mugit.
Enlevant ton voile et le laissant s’envoler au loin, tu te mets à déclamer des vers du Livre des Rois, vantant les pouvoirs du plus grand volcan de Perse, et d’au-delà. Mais ils sont tant à croire qu’un volcan éteint est un volcan mort, alors qu’il ne s’agit que d’un simple repos. Sous la beauté de ton pas, l’élégance de ta voix et la pureté de ton âme, je sens les premières effluves remonter du fond des âges. Ton corps d’athlète est pris de convulsions et d’extases répétées. Il m’a fallu attendre sept mille ans pour ressentir à nouveau cela. Je bénis Ahura Mazda, le seigneur sage, pour cet événement improbable et sublime. Mon manteau se fissure, mon flanc s’engorge de lave incandescente et d’amour. Avant que, d’une ultime explosion de soufre et de bonheur, je n’aille t’envoyer rejoindre les cieux, tu as planté ton piolet dans ma chair pâle. Tu t’es déshabillée et tu t’es allongée nue dans mes neiges éternelles. Et moi, Mont Damavand, je t’ai enlacée et rendue immortelle. Zohreh. Vénus en perse. L’étoile des cœurs égarés.

PRIX

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Odile · il y a
On dirait un hommage à une personne ayant exister et pourtant, l'escalade ne devient discipline olympique qu'en 2020. On y croit tant les descriptions font appel à tous les sens. On y croit mais cette femme est une déesse portant toutes les beautés en elle et sur elle. J'ai aimé la montagne qui s'exprime et enlace. Le réel et la fiction en zone trouble. Merci pour ce beau moment de lecture
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Felix CULPA · il y a
Merci pour ce conte fabuleux qui nous fait voyager. Il est d'une parfaite maîtrise !
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MCF · il y a
Une écriture qui coule comme du miel dans la gorge, comme une cascade aux oreilles, comme une brise légère sur la.peau, comme "un frisson d'eau sur de la mousse". Merci!
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Fred Panassac · il y a
Un texte exceptionnel que je découvre à temps ! Bravo et mes 5 voix pour ce récit d’une vie passionnée et d’un volcan en révolte !
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M. Iraje · il y a
Un très grand coup de ♥♥♥. Un "5" suspendu à tous mes espoirs !
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Artvic · il y a
J'espère que ce texte retiendra l'attention d'une récompense ou recommandation car c'est vraiment un texte qui m'a touché ! merci beaucoup Arsène .
Amitié Michaël

puis vous inviter à lire et aimer ma poésie en finale https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lempreinte-des-souvenirs

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Ginette Vijaya · il y a
Une sorte de bible de la femme. C'est ainsi que j'ai compris votre texte si épique .
Je vous souhaite bonne chance et une bonne finale .

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Pascal Gos · il y a
votre texte est poétique. On se prend a suivre cette femme courageuse. J'ai adoré. Téhéran à l'époque de la perse immense. Bravo. Belle finale.
Arsène, je vous invite à grignoter mon hamburger de Noël qui est en lice pour la final du GP hivers 2019.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-hamburger-de-noel-1

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Chateaubriante · il y a
princesse éternelle ; merci mes 4 voix pour ce voyage en Iran, que je ne connais pas
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La luciole · il y a
Une belle histoire entre la vie et le mythe, mon vote
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