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PRENDRE DE LA HAUTEUR

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Il y a deux jours, j’ai été contacté par un vieux pote de collège, Marcus. Ça devait faire au moins vingt ans que ne l’avais pas revu. Je lui ai proposé de venir boire le café à la maison, et comme ça, discuter du bon vieux temps. Et donc deux jours plus tard après son coup de fil, il était là, assis sur une des chaises de mon salon. On peut dire que le temps ne lui avait pas vraiment fait de cadeaux, presque plus de cheveux, un peut empâté, et des lunettes ringardes.
- Dis moi Marcus, t’aurais pas un peu grossi ?
- Oh ça va Eddy ! Je me passerais bien de tes commentaires.
Marcus me racontait sa vie, même si je m’en fichais un peu, pour ne pas dire fortement. Il me disait que sa femme était partie, que son fils de cinq ans était insupportable, qu’il était endetté, etc. J’ai même pensé qu’il allait me demander de l’argent ce saligaud. Il n’avait plus rien du gars que j’avais connu autrefois. Mais quand il m’a parlé de cinq millions d’euros, là j’ai commencé à tendre l’oreille.
- T’es sûr ? Cinq millions ?
- Cinq millions. Mais j’ai besoin de toi pour ce coup là. Allez comme au bon vieux temps, comme quand on était ados, on était les meilleurs pour ce genre de coup, avec ton frère.
- Marcus, on volait dans les magasins, on allait pas braquer des bijouteries.
- Mais qui a parlé de braquer ? On passe par les toits, la nuit, quand y’a personne.
- T’as un plan ?
Un plan, il avait tout prévu. Je ne le savais pas si organisé. Jake, mon frère, bossait dans une entreprise d’informatique située un peu plus au nord de ville. Évidemment, il n’y avait que lui pour forcer le système d’alarme de la bijouterie. C’est pour ça que Marcus voulait qu’il vienne. Alors je l’ai appelé.
- Allô Jake ?
- Eddy ça fait longtemps. Tu penses plus à appeler ton vieux frère ?
- Désolé j’ai été pas mal pris par le boulot ces temps ci.
- Ah ça va je plaisante. Bon que me vaut l’honneur de cet appel ?
- Pour faire court, Marcus est à la maison.
- Naan ! Sérieux ? J’arrive !
Mon frère semblait jouasse à l’idée de revoir Marcus. Je vis sa grosse berline bleu marine arriver en trombe devant chez moi. Je sortit pour l’accueillir. Nous nous assîmes autour de la table, et nous mîmes à parler du casse.

Deux jours plus tard

- Frangin, t’es sûr que tu pourras bloquer l’alarme ?
- Tu sais à qui tu parles ?
- C’était pour être sûr. Bon on grimpe ?
Il y avait une échelle de service dans une ruelle où personne passait. Bien sûr, il y avait une grille, fermée avec un gros cadenas, qui empêchait d’aller plus haut. Mais c’était sans compter sur Marcus, qui maîtrisait l’art du crochetage à la perfection. J’ai toujours secrètement rêvé qu’il m’apprenne. Il y avait Marcus en premier, moi en deuxième, et Jake en dernier. Arrivés sur le toit, nous vîmes toute la ville illuminée, et on pensait au bon paquet de fric qu’on allait empocher. Environ un million six cents mille chacun. Ça en fait du blé. On avançait, sans faire de bruit, jusqu’à arriver à ce qu’on pourrait appeler, un gros problème. Le toit de la bijouterie était juste en face. Sauf qu’un saut d’au moins cinq mètres nous en séparait. Cinq mètres, ça paraît peu, mais si on se ratait, c’était une chute de vingt mètres qui allait s’en suivre.
- Marcus, c’était pas prévu ça ?
- Oh vous rigolez ? C’est pas si loin.
- Bah vas-y.
- Ok.
Marcus prit son élan, se mit à courir à toute vitesse, et sauta. Il y arriva sans problème. Il se mit à hurler vers notre direction.
- Allez-y ! Vous courrez bien vite, et vous sautez !
Je dis à Jake tout bas ;
- Si Marcus l’a fait, alors pour nous c’est comme sauter au dessus d’une flaque d’eau.
Je me reculai de quelques pas, me mis à courir aussi vite que je pouvais, et je fis le grand saut. Je me suis bien rétamé à l’arrivée, mais j’étais entier. Jake sauta également, et réussit parfaitement. Problème réglé. Restait maintenant à entrer. Il y avait une petite trappe, qui elle aussi était cadenassée. Pas de soucis, Marcus à la rescousse. Il ouvrit le cadenas, leva la trappe, et descendîmes chacun notre tour. On était à l’intérieur. Jake s’occupa de l’alarme en à peine une minute. Je saisis le marteau, brisai les vitres. On pouvait se servir. Tous ces bijoux, tout cet argent. Mais quelque chose clochait, c’était bien trop facile. Nous sortîmes du bâtiment par la porte de derrière, qu’on ne pouvait ouvrir que de l’intérieur, et nous voilà partis, chargés comme pas possible.

Il fallait s’y attendre, nous entendîmes les sirènes des flics au loin. Quelqu’un nous avait vu. En tout cas, impossible de repasser par les toits avec nos sacs. Et c’est là que Marcus proposa quelque chose. L’idée était de planquer les sacs dans un endroit sûr, et d’aller les récupérer le lendemain. Sur le coup, ça paraissait une bonne idée.
- Regardez les gars, ici c’est bien.
- Ici, dans cette benne à ordure ? Marcus enfin, t’es pas sérieux.
- T’as une meilleure idée toi ?
- On doit trouver autre chose.
- Je sais quoi faire.
Marcus pointa soudain un flingue vers nous. Il avait le regard d’un assassin.
- Vous croyez vraiment que je vais vous laisser partir avec mon blé ?
- Marcus, on l’a fait ensemble ce coup. Tu vas pas faire ça ?
- Oh non je ne vais pas vous tuer, mais seulement vous ralentir.
- Marcus non !
- Allez, donnez-moi vos sacs !
- Tu vas le regretter !
- Ah bon ? Juste pour votre information, j’ai rebranché les fils de l’alarme. Vous voyez cette vitre là bas ? Elle fait partie de la bijouterie. Je tire, ça sonne. Maintenant donnez vos sacs !
- Donne les lui Eddy. Laisse tomber.
Par dépit, je lui lançai les sacs.
- Voilà, c’est bien. Allez-sans rancune les gars.
Marcus tira un balle dans la vitre, et se mit à courir vers une voiture garée dans l’allée, qui devait sûrement lui appartenir. Quand à nous, nous devions nous tirer de là en vitesse. Nous reprîmes de la hauteur, et nous refîmes le chemin en sens inverse. C’était beaucoup trop haut pour qu’on nous voie.
- Allez plus vite Jake ! On doit rejoindre le terrain vague ! Vite !
- Juste derrière toi frangin !
- T’es prêt pour le saut, allez avec moi ! Un, deux, TROIS !
Nous sautâmes, l’adrénaline nous rendait service. Je me suis foulé une cheville de l’autre côté, mais je ne pouvais pas m’arrêter. Jake poussa un cri de douleur derrière moi, mais me suivait toujours.
- Allez Jake, ne penses pas à la douleur, cours !
Nous nous faufilâmes de toit en toit, on approchait de l’échelle.
- Regarde Jake, c’est l’échelle ! Allez on continue !
Les voitures de police sillonnaient le quartier. Quand je pense que Marcus s’est barré avec sa voiture, il me le paiera celui-là. L’échelle était juste devant nous, nous descendîmes. Le terrain vague était juste au bout de la ruelle. Lorsque deux voitures de police arrivèrent et se positionnèrent de chaque côté. C’était la fin de notre cavale.

Une heure plus tard, au poste...

Voilà un quart d’heure que nous attendions dans un bureau, probablement celui du commissaire. Quelques minutes plus tard, quelqu’un entra. Nous ne le vîmes pas tout de suite, nous tournions le dos à la porte. Puis il s’assit devant nous, à son bureau. Jake et moi fûmes stupéfaits. C’était Marcus.
- Salut les gars. Je parie que vous ne vous y attendiez pas.
- T’es flic, et tu as volé un bijouterie.
Marcus décida alors de s’expliquer.
- Je suis vraiment désolé de vous avoir entraîné la-dedans. Ne vous inquiétez pas, vous n’aurez pas d’ennuis.
- Mais la bijouterie ?
- Il y a quelque mois, on a eu la preuve que cette fameuse bijouterie vendait de la marchandise volée, ironique non?
- Et tu nous a appelé pour qu’on t’aide à tout saisir.
- Je dois vous avouer que mon passé ne jouait pas vraiment en ma faveur. Et regardez où j’en suis, promu plus jeune commissaire de la ville.
- Tu réponds pas à la question là.
- Oui c’est vrai, je vous ai demandé à vous, parce que je savais que mes gars n’auraient jamais accepté. Alors ils m’ont dit de faire appel à qui je voulais. Alors...
- Alors on s’est pété les chevilles Marcus ! Et pointer une arme sur nous, tu te rends compte de la peur qu’on a eue ?!
- Dîtes vous que vous avez rendu un grand service, même si pour ça, j’ai quelque peu exagéré les chiffres. En plus, on s’est rendu compte après analyse, que tous les bijoux étaient en toc. Alors sans rancune les gars.

Cinq ans plus tard

Après tout ça, Jake et moi avions complètement changé de vie. Notre quotidien n’était plus du tout le même. Jake avait quitté son poste, moi j’avais arrêté de bosser, j’étais cuistot dans un restaurant. Marcus continuait de travailler dans la police. Après avoir passé le concours, Jake et moi avions rejoint Marcus à la brigade. Nous qui volions dans les supermarchés à l’époque, qui l’eut cru? On s’y était fait, c’était assez drôle.
Le téléphone sonna, je répondis : Cambriolage de bijouterie en cours, demande de renforts immédiats, les voleurs s’enfuient par le toits !

FIN
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