Poussière d’étoile

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Cette journée promet d’être belle ! Lily va enfin réaliser son rêve : ouvrir un magasin de douceurs et sucreries. Enfant lorsqu’on lui demandait : « que feras tu plus tard », elle répondait toujours : « je serais donneuse de bonheur, je vendrais des bonbons tout doux, et des biscuits moelleux et parfumés ».
Aujourd’hui, après maints et maints efforts, la réalité rejoint la fiction. Elle est propriétaire d’une jolie boutique à rêves : un monde où le sucre roux, le miel et mille et un autres parfums règnent en maître.
Dans cet antre, il n’y a pas de place pour la mélancolie et la tristesse. Tout ici respire la tendresse, le rappel à l’enfance. C’est le royaume des petits et grands, pour qui la gourmandise n’est pas un vilain défaut.
Dans cet endroit magique, le visiteur ne sait plus où donner de la tête. Tous ses sens sont sollicités : l’odorat, le goût, le toucher et surtout la vue ! L’ouïe n’est pas en reste non plus, tant le froissement d’un papier de bonbon qu’on déballe, nous transporte au septième ciel.
Ici, tout n’est que berlingot, guimauve, réglisse, caramel, roudoudou, sucette, sucre d’orge et autres friandises.
Lily a fait en sorte que cet endroit soit agencé avec soins, et que chaque bonbon soit mis en valeur, à sa juste place.
Il n’en manque aucun. Il y a même un glossaire pour répertorier les différents bonbons répertoriés dans la boutique : par nom, saveur, taille, couleur !
Ah elle peut être contente la jolie Lily qui à l’âge de dix ans, ne s’imaginait autrement que vendeuse en confiserie !
Dring, dring, la cloche de la porte d’entrée tinte, une première cliente entre, avec sa petite-fille. Devant les yeux émerveillés de la gamine, Lily sait qu’elle a fait le bon choix. Quelle joie de voir ce joli minois avec des étoiles dans le regard !
Et soudain, face à tant d’allégresse, Lily eut une illumination.
Elle allait créer son propre bonbon ! Un bonbon à la saveur unique, qui laisserait un goût de bonheur sur la langue, qui se diffuserait, tel un remède miracle, dans tout le corps, et apporterait à celui ou celle qui le mangerait, une impression bienfaisante de paix et de zénitude.
Après le départ de ses clientes, elle commença à réfléchir à la recette de ce bonbon. Il lui fallait trouver un goût inimitable, et qui donnerait à quiconque le dégusterait, une furieuse envie de se replonger dans le paquet.
Elle décida que la nuit portait conseil, et rentra tranquillement chez elle.
Sa maison était proche de son magasin, elle pouvait s’y rendre à pied, ce qu’elle fit par cette belle fin de journée estivale.
Elle flânait le long des berges du Rhône, admirant les reflets des lumières chatoyantes à la surface de l’eau.
Soudain, elle fût interpellée par un homme, qui en fait était son voisin Lilian, et qui lui proposa de faire le chemin ensemble.


Elle accepta volontiers, se disant qu’un peu de compagnie ne lui ferait pas de mal. Il lui suggéra de boire un verre dans l’un des nombreux bistrots présents sur les quais, histoire, de faire plus ample connaissance.
Autour d’un verre de vin blanc, ils discutèrent à bâton rompu de tout et de rien. Et Lili se sentant en confiance, lui fit part de son projet d’invention d’un nouveau bonbon.
Lilian fut enthousiasmé. Lui-même était pâtissier. Il se rappelait les visites à la confiserie avec sa grand-mère où tout n’était que régal et merveille.
Lily lui dit que pour le moment elle n’avait pas la moindre ébauche d’idée de recette, d’autant qu’elle désirait que ce bonbon soit un délice tant pour les grands que les petits.
Elle voulait un parfum original, un goût exceptionnel et qui resterait gravé à jamais dans l’esprit des clients.
A l’instant présent, la seule chose qui lui venait à l’esprit était que la saveur devait emballer les papilles, offrant au palais une multitude d’explosions pétillantes.
Mais voilà, il ne suffisait pas d’avoir une ébauche, il fallait aller au bout de la recette, et déjà lui trouver un nom.
Lilian, qui était un pâtissier de renom, lui promis de réfléchir à ce nouveau défi.
Il la raccompagna jusque chez elle, se donnant rendez-vous le lendemain autour d’un dîner cette fois-ci pour un joyeux débat.
Ils devaient se voir dans un petit bouchon lyonnais, dont ils avaient entendu le plus grand bien. Lily arriva en avance, pressée de soumettre ses trouvailles à Lilian.
Elle s’installa en terrasse au bord de l’eau. Elle n’eut pas longtemps à attendre. Et bientôt ce fût autour d’un bon plat qu’ils échangèrent leurs réflexions.
Lilian avoua que ce projet avait occupé une majorité de sa nuit, et qu’il avait quelques suggestions à lui faire.
Il avait très bien compris ce qu’elle recherchait dans ce bonbon qu’elle voulait unique et inimitable.
Il envisageait une confiserie au goût de fraise et framboise, tout doux, dans un enrobage de sucre candie et qui, lorsqu’on le croquerait exploserait en millier de saveur dans la bouche.
Lily était très attirée par ce premier jet. Elle imaginait parfaitement ce bonbon, elle en salivait déjà.
Il fallait se mettre à l’œuvre sans tarder, Lily voulant faire partager sa découverte à ses clients, dès la rentrée de septembre.
Ils avaient donc tout l’été pour mettre au point cette recette.
Lilian proposa à Lili de passer, le soir après la fermeture de sa boutique, pour élaborer cette recette.
Il leur fallait commencer par la base : le parfum. Fraise et framboise leur semblait un bon début. Mais avec de vrais arômes de fruit, pas des saveurs de synthèse. Ils recherchèrent alors les meilleurs producteurs de fraises et framboises. Lilian, en tant que pâtissier, avait un cahier d’adresses bien fourni, et il proposa à Lili un producteur du beaujolais, pas très éloigné de Lyon où le goût des fruits était inimitable.


Aussitôt dit, aussitôt fait, ils appelèrent l’agriculteur, qui leur proposa de venir visiter son verger.
Lily et Lilian purent ainsi se rendre compte par eux-mêmes des produits : leur couleur, leur saveur, c’était parfait.
Après les fruits, pour cette nouvelle recette, il fallait également du sucre, et pas n’importe quel sucre, du sucre candi à la saveur subtile, à la fois acidulée, généreuse, et laissant un goût de « revenez-y » après avoir croquer le bonbon.
Le sucre candi, ne fût pas difficile à dénicher, la fabrique du meilleur, étant située dans le département du Rhône ; ils passèrent commande.
Ne rester plus qu’à produire la guimauve avec des colorants naturels de fraise et framboise.
Ce bonbon ! Ah ils l’imaginaient déjà. Rond et brillant, avec un cœur de guimauve à l’intérieur ! Miam, miam. Maintenant, y avait plus qu’à !
Pour apporter une saveur piquante, ils décidèrent d’y ajouter de la limonade, pour une explosion en bouche.
Tous les soirs, après leur travail, ils se retrouvaient dans l’atelier de Lilian, et firent plusieurs essais.
Il y eut de nombreux ratages, des fous rires quand la guimauve devenait trop collante où le sucre candi trop dur, la limonade débordait, rendant l’atelier collant et glissant.
Les proportions pour arriver à la symbiose n’étaient pas faciles à évaluer. Il fallait doser, encore et encore. Ils rajoutèrent un peu plus de fruits, un peu moins de sucre, la guimauve devait être souple sans être trop molle sans oublier la limonade qu’ils trouvèrent chez un limonadier dont c’était le métier depuis des décennies. Il avait pour eux un nectar : une boisson faite à l’ancienne où l’on retrouvait tous les goûts d’antan, avec juste ce qu’il fallait de bulles pour ce qu’ils souhaitaient.
Mais peu importe, ils ne renoncèrent pas ; ils la voulaient cette réussite unique et inoubliable.
Il leur fallut beaucoup de patience et de persévérance pour aboutir à la perfection.
A force, ils arrivèrent au résultat espéré : le bonbon apparut, rond et brillant, promesse de régal du palais !
Ils décidèrent de le goûter ensemble : ils le mirent dans leur bouche et sentirent aussitôt l’influence de la limonade ; cela pétillait sur la langue ! Ensuite vint le goût du sucre candi, pour finalement laisser place à une guimauve, douce, fondante et onctueuse.
Ils avaient fermé les yeux, et savouraient chacun cette merveille.
Lily en pleurait de joie ! Ils avaient réussi.
Il leur restait, maintenant à trouver un joli emballage pour cette délicieuse friandise et surtout un nom afin que nul ne l’oublie, à l’instar des berlingots et autres caramels.
Mais cela n’était pas chose facile, pour l’emballage, passe encore, ils élaborèrent un joli modèle de boîte en forme d’étoile, avec des alvéoles pour y glisser les bonbons.
Une fois le prototype terminé, ils contactèrent un fabriquant, et l’affaire fut lancée.
Le plus dur restait à faire, trouver un nom à cette gourmandise.
Ils décidèrent de fermer l’atelier, n’ayant plus d’inspiration.


Au moment de franchir le seuil, Lily laissa tomber la boîte, qui fût aussitôt recouverte de poussière jaune dorée, l’atelier étant situé dans une rue où officiait un peintre qui régulièrement aspergeait la rue d’une fine poussière dorée suite aux manipulations malencontreuses de son pistolet à peinture.
La boîte, couverte de cette poussière, était magnifique ! C’était un clin d’œil du destin. Lily persuadé qu’un ange gardien veillait sur elle, eut soudain une illumination : elle allait appeler son bonbon « poussière d’étoile » ! Il ne pouvait en être autrement !
Pour remercier le peintre à l’origine de ce nom, elle lui offrit la première boîte de bonbons !
Lorsqu’il goutât cette merveille, il fut époustouflé et la félicita chaleureusement.
Lily et Lilian avaient mené à bien leur projet.
Le lendemain, ils décidèrent de mettre à l’honneur leur trouvaille et firent une dégustation gratuite dans la boutique de Lily.
Le succès fut immédiat. Tant les enfants que les parents furent enthousiasmer par le bonbon qui tenait toutes ces promesses en bouche.
Ils pouvaient être fiers d’eux.
Les demandes affluèrent, et ils purent ainsi passer commande de milliers d’écrin en forme d’étoile pour leur fameuse gourmandise « poussière d’étoile ».
Leur affaire prit tellement d’ampleur, qu’ils décidèrent de s’associer ; la boutique sur les quais du Rhône était jouxtée par une ancienne papeterie, suffisamment vaste pour que Lilian puisse y établir sa pâtisserie et son atelier. Ainsi fût fait.
Le magasin agrandit fût alors baptisée : « des étoiles plein les yeux » en l’honneur du fameux bonbon dont les deux concepteurs firent mieux que de s’associer puisque ne se quittant plus le jour au travail, ils finirent par se marier !
Leur mariage eut lieu dans leur grande boutique, où ils invitèrent bien sûr tous leurs clients, et le dessert ne fut autre qu’une gigantesque pièce montée, faite uniquement de « poussière d’étoile » empilés les uns sur les autres !
Nul doute que leurs enfants seraient les premiers servis dans ce monde magique des gourmandises où le fantastique le dispute au merveilleux.

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Mireille Bosq · il y a
Très bien on salive tout le long, on suit les progrès de l'imagination et des travaux des créateurs , de leurs délices gustatifs. On avait bien compris qu'ils allaient convoler, si bien assortis.