Pour rêver

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J'ai commencé à écrire lorsque j'étais perdue, que je ne savais plus quoi faire. Ça me faisait du bien. Et puis un beau jour la tristesse c'est envolée et n'est plus resté que le plaisir de  [+]

C'est encore la nuit. La lune ne brille plus depuis plusieurs heures déjà, mais apparemment, le soleil ne semble pas d'avis à venir nous honorer de sa présente céleste, pourtant requise. L'hiver n'est pas encore arrivé, mais on sent déjà la fraîcheur de ces matins de givre. De gros nuages de fumée blanche s'échappent de ma bouche en s'envolant gracieusement dans le ciel gris, pour finalement disparaître à jamais dans l'immensité de la voûte céleste. La musique de mes écouteurs résonne dans ma tête comme dans une caverne vide. Le vent souffle et mes longues boucles brunes dansent avec lui. Le refrain arrive, noyant mes pensées dans un flot de paroles vaseuses et peu captivantes. Cependant l'air m'entraîne et je file avec lui. Je marche dans la rue tandis que mon esprit danse sur une musique sans âme, ni voix. Le froid s'engouffre dans mes vêtements me faisant frissonner. J'arrive dans la rue principale, une rue éclairée. Les lampadaires déversent une lumière jaunie et passée, en un cercle parfait, me laissant dans l'ombre la plupart du temps.
Mes mains sont rougies par le froid, qui commence à dessiner de petites marques violettes au niveau de mes jointures. Je les place dans mes poches. Le vent glacial continue de souffler sur moi. La rue est déserte. Toutes les maisons sont endormies, leurs propriétaires aussi. Çà et là, quelques lumières s'allument, tout de même. Mais aujourd'hui, à part Amaya et moi, personne ne prendra le bus. Malgré les quelques lampadaires allumés, la nuit englobe tout sur son passage, et je disparais dans l'obscurité. Tout est calme. Aucun bruit, mis à part mes pas sur le bitume. Je traverse la rue déserte. Je prends un chemin de terre, j'aperçois encore les lampadaires de la grande rue.
Je me stoppe devant cette porte rouge, que je connais si bien. Elle est dessinée à même le bois. En haut il y a un grand carré. Juste en-dessous un rectangle, dans lequel se trouve une fente en fer portant l'inscription "LETTRES". Puis, il y a un grand carré semblable à celui du dessus et sur le côté gauche, au niveau du rectangle, une poignée en fer forgé. Une nouvelle chanson, aux paroles tout aussi ringardes, commence. Et comme chaque matin mon index trace inlassablement, ou presque, le parcours des rayures de la porte. A la moitié de la chanson et après avoir fait au moins une vingtaine de fois le chemin des motifs du bois, je cherche une autre distraction, je focalise mon attention sur le lampadaire quelques mètres plus bas. Il s'allume, s'éteint et recommence à s'allumer. Je me demande, qui de nous deux, partira en premier.
La chanson touche à sa fin, en général, nous sommes déjà parties. Je regarde le ciel à présent irisé, çà et là de quelques nuances de bleu clair. Mais que fait-elle? Je sonne et attend de nouveau. J'entends des pas se rapprocher, je souris, j'ai eu peur pour elle. Mais, à ma grande surprise la personne qui ouvre la porte n'est pas celle que j'attendais ; c’est un homme d’une quarantaine d’année, portant sur lui une robe de chambre et un air fatigué. Il se tient sur le pas de la porte. En discutant j'apprends qu'Amaya est déjà partie. La porte se referme en claquant violemment. Le lampadaire s'éteint, me laissant dans le noir matin. Il a gagné. De mauvaise humeur, je continue mon chemin.
J'arrive à mon point de chute. Un arrêt de bus miteux, on ne peut moins étanche, sentant le moisi, les relents d'égouts et de viande faisandée. Tout est calme. Personne, nulle part. Rien que le bruit du vent dans les branches des arbres de l'autre côté de la route. Le matin commence tout doucement à se lever. Tout devient plus clair. Je souffle longuement, expirant tout l'air retenu dans mes poumons.
Il y a du bruit dans la rue. Je vois une forme mouvante. Une tache grisâtre me fonce dessus. Je finis par distinguer une femme. Il s'agit d'Amaya. Elle a les joues rouges d'avoir couru. Elle reprend son souffle, me fait la bise et entreprend de me raconter son rendez-vous galant d'hier soir. Un grand sourire se forme sur son visage, au fur et à mesure qu'elle me narre son histoire. Sa peau couleur de bois précieux, montre directement ses origines. Ses parents sont polynésiens ; chez eux, Amaya signifie "nuit de pluie". Ses yeux vert pétillent et sourient de joie.
Le bus arrive dans un brouhaha, terrifiant. L'énorme édifice de câbles et de carrosserie bringuebale dans tous les sens, avant de s'arrêter en fumant. Des volutes de fumée blanche s'envolent dans le ciel. Je monte sans aucune envie dans le bus, adressant tout de même un "bonjour" au conducteur. Celui-ci m'adresse un regard plein de gratitude et de tristesse. Puis en un coup de volant et dans un bruit de fin du monde, il lance le bus à la poursuite d'autres personnes.
Je ferme les yeux épuisé.
-Cassidy, ça va ?
J’ouvre mes paupières. Amaya me regarde inquiète. J’aime ses yeux et son sourire protecteur. Je souris.
-Oui je suis seulement un peu fatigué.
-Tu as encore passé une nuit à lire ? A ton âge, il faut que tu te reposes si tu veux grandir...
Elle continu a me sermonner. Je la coupe dans son élan.
-Amaya ?
-Oui ?
-Est-ce que tu sais ce que signifie Cassidy ?
-Oui, c'est un prénom irlandais qui peut se traduire par "qui as les cheveux bouclé."
Amaya est une encyclopédie ambulante. J'aime la façon qu'elle a de tout expliquer comme si c'était normal. Elle me fait rire.
-Dis-moi Cassi, tu n’as pas l’intention de ne pas aller en cours aujourd'hui ?
-J’essaierais de venir à 10 heure.
-Bizarrement, je m’en doutais.
-Amaya, il n'est pas encore 7 heure que tu m'as déjà fait un sermon, tu dois attendre un peu pour le second.
Elle rit. Elle a un rire doux. J'aime bien voire ses yeux se plisser. Ses lèvres s'ouvrent et révèlent de belles dents malgré un petit décalage sur le côté droit. Et sa tête bascule en arrière, dégageant sa gorge couleur caramel. Elle se calme et repend son air sérieux.
-Un jour tu voudras bien me dire ce que tu fais tous les vendredis ?
-Peut-être un jour.
Elle lève les yeux au ciel. Je regarde la ville. Le ciel commence à se teinter de rose. Tous les lampadaires s'éteignent, les uns après les autres, comme s'ils me faisaient la révérence. Comme s'ils saluaient mon courage ; mon courage face à la vie et ses déceptions. Comme s'ils se moquaient de ma peur ; ma peur de l’inconnu qui s’étend à l’horizon. Une voix préenregistrée annonce : Lycée Charles Baudelaire. Nouvel arrêt, nouveaux passagers. Amaya descend. Les rues défilent à travers les grandes vitres recouvertes de buée
Je descends à l'arrêt suivant. Je laisse le vent refroidir mes joues rouges. Je déambule, un petit moment, dans les rues vides de passagers. Toute la beauté du ciel se reflète dans mes yeux noisette. Une goutte tombe, puis une seconde et bientôt un millier de gouttes d'eau se déversent sur la ville, encore à moitié assoupie. Il pleut de la neige fondu. Je m’immobilise sous le ciel rageur. Les grosses gouttes de pluie ruissellent sur mes boucles brunes, mes joues recouvertes de quelques taches de rousseurs, mes paupières fermées et mes lèvres pulpeuses. Je frissonne. La pluie est glacée, le vent me souffle son haleine gelée au visage. J'ai froid et pourtant, je reste sous l’averse, exposée aux vents. Je laisse l’eau ruisseler et emmener avec elle, ma peur.
L’ondée se change en flocons de neige éphémères. Une petite étoile gelée atterrie sur mon nez et fond instantanément. Je réajuste mon écharpe et me place à l'abri, sous un paravent. Je regarde un peu la neige tomber et souris. L’enfant encore en moi, voudrait faire des boules de neige et courir sous cette eau gelée. Mais l’adulte que je deviens se contente de regarder, nostalgique. C'est rare d'avoir de la neige si tôt. L'hiver sera là dans deux jours et les vacances de Noël sont pour ce soir. La neige commence à tenir çà et là. Tout devient petit à petit blanc. Je marche dans la rue enneigée.
J'arrive dans une petite ruelle. D'un côté se trouve la cathédrale. De l'autre, il s'agit du marché couvert. Le vent souffle et arrive de toutes parts. Cette ruelle est un endroit particulier. D'après une légende du Moyen-Âge, sur fond de culture antique, c'est à cet endroit que les quatre vents, Borée, le vent du nord et de l'hiver, Euros, le vent de l'est et de l'automne, Zéphyr, le vent de l'ouest et du printemps et enfin Notos, le vent du sud et de l'été se rencontrent. C'est de là qu'elle tient son nom, "ruelle des quatre vents". J'avance sur les pavés enneigés. Je regarde mes pieds. L’eau glacée s'est infiltrée dans mes tennis. Le soleil brille. La neige fond.
J'arrive sur la place. Cette fois les pavés ont laissé place à de petites tomettes anciennement beiges, mais à présent crème. J'ai les pieds trempés. Quelques touristes s'amassent pour une photo. C'est rare. La Bourgogne n'est pas un coin très touristique. Je regrette cela. Il y a tellement de choses à découvrir. Face à moi, il y a un vieux carrousel. Lorsque j'étais petite, mes parents m'y emmenaient quelques fois. J'adorais faire des tours et des tours de manège. Ensuite, plus tard, j'ai eu l'habitude de venir seule et l'été de m'allonger sur le rebord de la fontaine. C'est une fontaine moderne, de la même couleur que les dalles. Aujourd'hui l'eau est coupée. Je tourne le dos à la cathédrale. La rosace, comme un œil, semble me fixer.
J'entre dans la "maison de dieu", j'aime le silence et l'atmosphère pesante qui y règne. Tout est plongé dans l'obscurité, et le soleil du matin, passant par la rosace et le vitrail des anges musiciens, éclaire la salle de toutes les couleurs. Je distingue des taches de rose, un peu de jaune et du vert. J'adore m'asseoir par terre et fermer les yeux. A cet instant, tout devient calme, et j'ai l'impression de m'envoler. J'avance dans les dédales du couloir nord de la nef.
J'arrive au transept nord. Je salue le vitrail le plus célèbre de la cathédrale. C'est un peu comme un rituel, ou plutôt une habitude. J'avance dans le déambulatoire. Chaque pièce, derrière les barres de fer forgé honore un personnage important pour la religion chrétienne. Une fois la salle du pape passée, j'arrive à mon endroit préféré. Le passage de l'archevêque. C'est un escalier de pierres. La lumière est agréable et personne ne vient me déranger. Je m'assois sur les pierres froides. Tout est beau. Je sors un carnet de mon sac et commence à écrire.
"C'était le début de l'automne, ou peut-être la fin de l'été. Le soleil, grande boule de feu, descendait peu à peu vers l'horizon. On voyait apparaître dans le ciel de longues courbes en demi-cercle autour de cette entité qui, à chaque marche, devenait plus foncée. Derrière les nuages, les couleurs de l'arc en ciel se succédaient en passant par le rouge, le jaune, l'orange, le vert, le bleu et l'indigo. On voyait également quelques meutes d'oiseaux passer devant le soleil, croyant pouvoir le couvrir de leurs ailes. "
J'arrache ma page. Je la regarde un instant et la mets à la va-vite dans mon sac. Je me reconcentre, je regarde l'environnement. Les cierges allumés. L'odeur de cire fondue. Les statues d'angelots cachées entre les colonnes. Tout ici respire le Moyen-Âge. La vierge en face de moi prie. J'aime bien sa couleur. Personne ne peut la toucher, elle est derrière des grilles. Mais elle a tout de même perdu son teint d'albâtre avec la fumée des cierges et des bougies. Elle ressemble à la vierge noire d'Espagne, en grisâtre. Je reprends mon stylo et me remets à écrire.
"Elle était belle. Elle avait cheveux d'or qui dévalaient, telle une cascade, tout son corps. Ses pieds paraissaient disparaître sous un champ de blé en été. Ses yeux noisette aux reflets dorés illuminaient sa peau mate et tannée par le soleil. Elle abordait des lèvres rouges et des pommettes rosées. Un long nez fin barrait son visage d'ange. Ses longs cils et son sourire révélait son âge d'enfant. Elle avait une apparence posée, malgré son regard espiègle. Ses douces courbes féminines étais ensevelit sous les plis de sa robe."
Je regarde ce que je viens d'écrire. Décidément, je n'ai aucun talent. J'arrache de nouveau ma page. Et par la même occasion je déchire le silence. Je le vois saigner. Il pleure. Il se meurt. Il n'y a rien de plus beau que le silence. J'aime la douce musique qu'il fait à mes oreilles. Je prends mon stylo. Une traînée de sang se déverse sur ma page.
" Dans la clarté éblouissante du matin les enfants s'éveillèrent de leur nuit agitée. Bien que soleil ne se soit levé que depuis quelques heures la chaleur est suffocante. Lorsque qu'on regarde devant soi quelques mirages se forment déjà. Les hommes portent des chapeaux, les femmes des foulards. Bientôt, sortir dehors voudra dire mourir. La chaleur caniculaire étouffe les visiteurs qui passent le plus clair de leur temps dans la piscine de leurs hôtels. L'intérieur est presque pire. Les odeurs fétides remontent et la crasse apparaît d'autant plus que d'habitude. "
Je me relis. Sans commentaire. J'arrache, mais cette fois plus discrètement, ma page. Un homme promène son bébé dans les dédales du déambulatoire. C'est un lieu bizarre pour balader un bambin. Le petit gazouille. Les sons se répercutent aux murs, les intensifiant. En un instant, la cathédrale est emplie de gazouillis enfantin. J'espère que le petit ne va pas se mettre à pleurer. J'ai une idée. Je prends mon stylo et écrit.
"Mon visage était linéaire, taillé à la serpe. Le sien était doux, modelé par les anges. Mon corps était dégingandé et anguleux. Le sien était petit et rond. Mes mains étaient grandes et fines. Les siennes étaient minuscules et boudinée. Mes yeux étaient noisettes. Les siens étaient bleus. Mes cheveux étaient bruns. Les siens étaient blonds. Ma peau était bronzée. La sienne blafarde. Mes ongles étaient courts et repoussant. Les siens étaient d'une longueur raisonnable et très mignons. J'étais un homme. Elle était une femme. J'avais vingt ans. Elle n'avait que quelques jours."
L'homme repart avec son bébé. Mon inspiration s'en va avec lui. De toute façon qu'aurais-je bien pu écrire de plus ? J'arrache une nouvelle fois ma page. Je vise mes écouteurs, après une chanson et demie l'inspiration me vient. Je jette un coup d'œil dehors. La neige a totalement disparu, le soleil n'est plus caché par les nuages et il se trouve haut dans le ciel, à présent bleuté. Mon stylo dans les mains, je me mets à écrire.
"Je sortais de la librairie de monsieur Twain qui, pour moi était un pays de Cocagne, se trouvant à l’angle de la rue du paradis et celle du puits de la chaîne, mon nouveau livre en main. Je descendis la rue Pasteur, passant devant la boulangerie de la mère Madeleine, toujours en train de manger en cachette de son mari ; devant la pharmacie ou le "professeur" Bernard faisait encore des expériences pour le bien de l’humanité, disait-il, au détriment, de son voisin monsieur Vanderbilt ; devant la charcuterie des Labrut, ou madame Florence faisait encore sa commère ainsi que mademoiselle Louison venant acheter le gigot d’agneau du dimanche et devant l’école ou l’implacable madame Besançon regardait d’un œil noir les enfants sortant en trombe ainsi que les parents les attendant devant le grand portail. Madame Durand discutait avec les jeunes mères, mesdames Julia, Diane et Elizabeth, pendues à ses lèvres telles de petites filles buvant les paroles de leur meilleure amie. Je trouvais toute cette petite fratrie ridicule et grotesque."
Je réprime un cri de frustration. J'arrache la dernière page de mon carnet et la jette dans mon sac. Je quitte la cathédrale et déambule dans les rues. Je me laisse tomber sur un banc et branche mes écouteurs. Des sons rock, puis pop, et enfin classiques résonnent à tour de rôle. Les vagues de musiques déferlent dans mon esprit et noient la dernière heure de mon existence.
Le bus arrive. L'édifice bringuebalant ruisselle. Je monte. Il n'y a personne. A travers les gouttes de pluie, je peux voir la ville. Les immeubles infâmes côtoient les pavillons nouveaux, tandis qu'un magasin de prêt-à-porter féminin est le voisin d'une pâtisserie. Quelques personnes courageuses bravent la pluie. D'autres, totalement folles, font du sport. Je descends à l'arrêt "square Jean Cousin". Je me dirige en direction du bâtiment de briques couleur crème brûlée.
J'entre dans la médiathèque et monte à l'étage, au rayon roman. Tout est plongé dans l'obscurité. Une des bibliothécaires ouvre la fenêtre et défait les volets. Au-dessus de son bras, je vois le parc Jean Jaurès. Elle referme les doubles vitrages, la lumière a envahi la pièce. De grandes baies vitrées sont encore partiellement occultées par des jalousies. Sur le rebord de la fenêtre, des livres sont négligemment placés çà et là. Sûrement l'œuvre de visiteurs. Sur le mur de gauche est placée une verrière emplie de bouquins en tous genres. J'en prends un au hasard.
Je le feuillette et le remets à sa place. Elle range quelques livres et sort de la pièce. Une fois seule, j'extirpe de mon sac tous mes papiers. Je les place sur le bureau et les regarde attentivement. Des bribes, sans queue ni tête. Je les place dans les endroits où je récupère d’autres bouts de papier. Mes textes sont compléter par des lecteurs anonymes. Je prends un des papiers et lis.
"J'étais assise, le regard vide et fixe. Rien ne semblait avoir d'importance à mes yeux. Je tenais un crayon dans ma main qui flottait au-dessus d'une copie vierge.
-La hantise des écrivains.
Je levais la tête vers cette voix familière. Samir était derrière moi et regardait la feuille immaculée.
-De quoi parles-tu?
-La page blanche." L'écriture est verticale et linéaire, quelques peu penchée. L'idée est bien trouver. Du point de vue stylistique, c'est assez sobre, mise à part quelques figures de styles. J'ouvre un autre papier.
"C'est une fin de nuit calme. Le vent souffle d'un air nonchalant sur les grands arbres qui bordent l'allée. La rue est déserte. De temps en temps, on parvient à entendre un bruit, très léger, très fin, presque inaudible. Le bruit de la rivière quelques mètre en contrebas. L'homme ouvre les yeux. Le ciel est encore tout endormi. La lune est encore visible et arrive quelques fois à percer les épais nuages. Son petit nez lumineux sourit gentiment, rappelant le visage d'une mère attentionnée." L'écriture est droite et épaisse. L'auteur utilise un stylo bille noir. C'est une belle description, même si le personnage n'apporte rien au texte. Je passe à un autre texte.
"La jeune fille brune courait, dans les herbes hautes encore humides, en cette matinée de printemps. L'humidité ne semblait pas la gêner et elle semblait même aimer cette rosée qui lui mouillait les pieds, les chevilles, les mollets et ainsi de suite, jusqu’à sa fine taille d'écureuil. Ses longues boucles brunes dansaient dans la suite de sa course. Chaque fois qu'elle courait, ses pieds décollaient presque du sol, si bien qu'en un instant elle aurait pu s'envoler et rejoindre les oiseaux dans le ciel azur. Un magnifique sourire illuminait son visage d'ivoire. " L'écriture est maîtrisée, on dirait une écriture de professeur de primaire, toute les lettres son formatée. C'est écrit au stylo plume avec une encre marron, ce qui est original. Je pense que ce doit être le grain de folie de l'auteur. Les phrases ont tendance à être longue à alourdir le texte au détriment de ce que raconte l'histoire. J'attrape un autre texte.
" Le parc d'attractions était bondé. Les manèges tournaient à plein régime. Les visiteurs se bousculaient dans les queues des nouvelles attractions de l'été. Le soleil illuminait le parc, sans pour autant assommer les vacanciers. Les enfants avaient de grands sourires scotchés sur leurs visages. Les adultes semblaient ravis de cette journée idéale. Les décors et les animateurs déguisés en mascotte se faisaient assaillir par les enfants et les parents. " Une description d'une scène animée. Pas de répétions, le texte a étais retravailler. Cette fois-ci, l'auteur à utiliser un crayon de papier. Les courbes des lettres sont épaisses et délicates. J'arrive au dernier texte.
"Tout est si merveilleux dans le doux monde des rêves. La chaleur nous englobe. Les paupières se ferment. Le souffle est lent et régulier. Une douce mélodie flotte dans l'air. Tout est calme. Mon cœur reproduit doucement la musique d'un solo de batterie. L'esprit s'envole. Tout est occulté. Le bien, le mal, tout cela n'a plus aucune importance, jusqu'à ce que j'ouvre de nouveau mes yeux sur le monde." Le style est beau, alternance de phrase longues et courtes. L'auteur utilise un stylo plume à encre bleu, comme moi. Il a ajouté des figures de style pour accentuer l'effet d'endormissement.
Je baille. Je suis seule et les coussins moelleux de mon lit m'appellent. Je me suis levé trop tôt aujourd'hui. Ou peut-être me suis-je coucher trop tard hier soir, ou tôt ce matin. Je ne sais plus. Je baille sans pouvoir m'arrêter. Je me dirige d'un pas mollasson vers une table en contreplaquer et me laisse tomber sur une des quatre chaises qui l'entoure. Mes paupières se ferme peu à peu, je baille encore une dernière fois et finit par tomber dans les bras de Morphée.
Une forte lumière est pointée sur mes paupières closes. Je les ouvre et place ma main en visière. Le soleil brille à travers la fenêtre. Je passe mes mains sur mes yeux encore endormies. Je me lève. Ma tête bourdonne. J'ai la gorge sèche. Je m'étire comme un chat après une sieste. Je baille encore, mais c'est tout de même mieux. En bas, une porte claque. J'entends des pas dans l'escalier. Je me place face à une étagère et fait semblant de m'intéresser au livres.
Un jeune homme, d'une quinzaine voire d'une vingtaine d'années, arpente les rayons. Il arrive devant une étagère. Il cherche quelque chose. Il sort les livres un par un et les replace immédiatement après. Il arrête lorsqu'un de mes petits papiers tombe. Il sourit et se baisse pour le ramasser. Il le déplie. Ses yeux chocolat noir lisent le début de mon histoire. Il sourit doucement, comme un petit enfant et ses yeux pétillent de joie.
Il emporte le bout de papier jusqu’à une table. Il sort un stylo plume de sa poche de jean, et commence à écrire. L'encre du stylo est bleue. Le jeune homme remplit la feuille de caractères en tous genres. Sa main bouge à toute vitesse et son stylo survole gracieusement la page déjà bleuit. Il s'arrête, réfléchit. Il tergiverse et il finit par trouver. Il s'empresse de noter son idée sur le petit bout de papier.
Je m'assois à quelques tables d'écart. Je le vois de dos. Je me lève et pars prendre un livre au hasard. Il a fini d’écrire. Il se relit, apparemment fier de lui. Il se lève et replace le livre ainsi que le bout de papier. Puis il descend en sifflotant. Est-ce que je reste dans la bibliothèque ou est-ce que je suis le jeune homme ? Je décide de lire ce qu'il a écrit.
" Des nuages noirs recouvraient presque entièrement le ciel d'un bleu azur. Ces trouées bleues semblaient telles des formes vaporeuses et fantomatiques. Le ciel s'apparentait à un lac. En le regardant, on avait l'impression de se retrouver à l'envers. Ces marécages nuageux étaient aussi beaux que dangereux. En quelques instants de contemplation, on pouvait être happé par cette beauté saisissante et ne jamais pouvoir s'en détacher." Il a continué son premier texte.
Je suis curieuse. J'ai envie de savoir qui il est. Je descends l'escalier et arrive à l'accueil, je jette discrètement un coup d'œil à l'écran de l'ordinateur. Le dernier pass visiteur date de ce matin huit heures dix-huit et il s'agit de moi. Il doit y avoir un problème, je ne suis pas la seule personne à être entrée. Je tourne la tête et scrute le parc. Le garçon est là, assis sur un banc. Il me fait signe.
Je ne sais pas pourquoi, mais je sors le rejoindre. Je ne l'ai jamais vu. Il s'approche pour me faire la bise. Je ne sais pas pourquoi je ne pars pas en courant. Il me sourit, il semble m’avoir déjà vu. Mais avant que je ne puisse lui demander des explications, il prend la parole. Il me raconte qu'il me connaît. Il m'explique des choses que je suis la seule à savoir. Je commence à avoir peur. Comment cet étranger peut-il savoir toutes ces choses sur moi alors que je ne les ai racontées à personne? Je le regarde dans les yeux. Je vois un enfant, un enfant aux mêmes yeux chocolat noir.
Je lui demande qui il est. Il me scrute les yeux emplis de douceur. Il me fait un baiser sur la joue et me serre dans ses bras. Je ne sais pas pourquoi mais je ne le repousse pas. Je l'entoure également de mes bras et ferme les yeux.
Je rouvre mes yeux. Je suis sur la table de la bibliothèque, un stylo à la main. Le jeune homme a disparu et c'est moi qui suis en train d'écrire à sa place. J'écris, et pour la première fois de ma vie je trouve que j'écris bien. Il n'y a plus aucune trace de l'homme aux yeux chocolat noir. Était-ce un rêve ou la réalité? Des millions de possibilités me trottent dans la tête.
Je place mes bras sur la table et place ma tête dedans. Je ferme les yeux et écoute ma respiration, comme en maternelle, quand la maîtresse nous demandait de nous calmer. J'ouvre les yeux et distingue quelque chose sur mon avant-bras droit. Je relève la tête et regarde attentivement.
Il y a un message, écrit au stylo plume bleu. C'est écrit: "Bonne chance".
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Loutze · il y a
Woaw ... bizarre, je ne sais pas vraiment quoi penser de cette fin, c'est un texte original, j'aime bien les descriptions et l'idée, mais si je peux me permettre une remarque constructive, il y a pas mal de fautes et de répétitions, le style des personnes de la bibliotheque est identique, alors que tout le monde a son style, mais outre cela j'ai été emportée et j'ai bien aimé ton histoire ;)
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Clara · il y a
Merci ! Oui je sais que j'ai des choses a revoir...
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Loutze · il y a
C'est pas grave, c'est des details ! ;)